Lionel Duroy « Échapper »

Quatrième de couverture 
Vous me demandez ce que Susanne a de plus que vous, je vais vous le dire : Susanne est en paix avec les hommes, elle ne leur veut aucun mal, elle n’ambitionne pas de me posséder et de m’asservir, elle aime au contraire me savoir libre et vivant pour que je continue d’être heureux et de lui faire l’amour. Longtemps, longtemps. Vous comprenez, ou il faut encore que je vous explique?Pour guérir d’une rupture, Augustin s’exile au bord de la mer du Nord, sur les traces d’un livre qui l’obsède. Sa rupture avec Esther, la rencontre de Suzanne, les souvenirs d’enfance qui affleurent transforment sa solitude…

Mon avis
Un écrivain part sur les traces d’un livre qu’il a beaucoup aimé, un livre dans lequel il souhaiterait habiter, qui serait un espace pour survivre, échapper à sa vie et reprendre son souffle.
« Un livre… nous avons chacun nos raisons de l’aimer ou de ne pas l’aimer » écrit l’auteur, et ce livre est de ceux qui m’ont beaucoup parlé. A la fois par la poésie des pages sur l’écriture et sur la lecture et par l’analyse subtile des relations amoureuses, le tout porté par une écriture brillante.
Et nous, lecteurs, n’avons nous pas eu envie parfois d’habiter un livre?

Citations

– Comment pourrions-nous nous aimer alors qu’hier nous ne nous connaissions pas?

– Je ne veux pas qu’on m’aide à choisir un livre. Ou alors qu’on m’aide aussi à choisir ma femme. Un livre c’est tout à fait semblable, il faut pouvoir le regarder silencieusement la première fois sans être vu, lui tourner autour, essayer de se projeter en sa présence une fois chez soi, la porte refermée. 

– j’essayais de retrouver dans les livres ce que je cherchais dans les chambres d’hôtel, un espace où survivre,où reprendre souffle.

– M’était -il déjà arrivé, une seule fois dans ma vie, de me réfugier dans un livre comme on se réfugie dans une chambre d’hôtel. 

– J’ai tellement aimeé ce livre… Que j’aimerais habiter dedans, y entrer et ne plus en sortir.

– Mais c’est ce que nous faisons en écrivant, non? Transformer la réalité en une création artificielle, avec une esthétique, une poésie, une musique- à l’intérieur de laquelle nous trouvons notre place. Pourquoi écririons-nous sinon? Pourquoi écririons -nous si la vie réelle est affreusement contrariante…, vous le savez bien, elle ne serait pas supportable sans les livres, ceux que nous lisons et ceux que nous écrivons. 

– Il faut un puissant rêve au départ, pour entretenir le désir d’écrire durant des mois. 

– On peut savoir et ne pas vouloir le croire. 

– J’aurais repeint la Tour Eiffel en rose si elle me l’avait demandé.

– La vie est grande et enviable dans les livres, intéressée et impitoyable sur la Terre. 

– Je ne sais pas quelle aurait été ma vie sans les livres, …, j’y ai toujours trouvé l’espace nécessaire pour rêver et reprendre des forces. 

– Nous sommes dans un train dont nous ne connaissons pas la destination, …, et il  faudrait accepter de bavarder gaiement et de chanter. Je n’y arrive pas. 

– J’écris pour rouspéter.

– Combien le désir de l’autre nous donne le sentiment d’être précieux. 

– Parfois on se regarde faire une chose et on ne saurait même pas dire pourquoi on l’a fait. 

– Mais vous écrivez quoi ? – … Tout ce qui s’égrène sous mes yeux, j’essaye de tout noter, de tout garder – la pluie, le vent la digue, les maisons, les gens… Cela paraît insignifiant mais insensiblement les mots construisent un objet, comme les mailles font un tricot ou les briques une maison, petit à petit la chose prend forme et elle témoignera d’un momenti de nos vies, de la mienne en tout cas.

– Si nous nous réfugions dans les livres avec tant de hâte et de soulagement, c’est que la vie y est épurées de tout ce qui fait de nous des êtres plutôt pitoyables, intéressés et calculateurs, profondément égoïstes, très rarement courageux, globalement dénués de grandeur et la plupart du temps avançant à tâtons comme des chiens perdus.

– Un livre… nous avons chacun nos raisons de l’aimer ou de ne pas l’aimer.

– Le livre ou la toile cristallisent les émotions qui sommeillaient en nous et parfois il nous faut plusieurs jours pour parvenir à les formuler.

– Tout bonheur est une innocence. Marguerite Yourcenar 

-C’est irrationnel l’émotion que l’on peut éprouver pour un visage.

-Chacun est touché différemment selon son histoire, chacun a sa petite horlogerie qui s’est construite dans l’enfance. Tout cela est très subtil, très sensible, difficilement transmissible. 

– J’aime tellement ta façon de m’aimer.

– Vous aimez la photo ?- Oui, pour tout ce qu’elle révèle, ou plutôt trahit.

– Ce qui est entré dans le cadre en dépit de nous et nous raconte une chose qui nous avait échappé.
– je n’ai jamais fait qu’écrire ce qui nous traverse, qu’essayer de dire ce dont nous sommes fait.

– Parfois une photo arrive à saisir ce que nous ne saurions formuler. 

Note: 4,25/5

J’ai lu, 2016,291p.

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