Anne Serre « Voyage avec Vila-Matas »

Quatrième de couverture

« Car en fait, sans qu’il le sache vraiment quoiqu’il ne fût pas né de la dernière pluie, j’avais souvent pénétré dans le bureau de Vila-Matas tandis qu’il écrivait. Je l’avais fait discrètement mais j’avais un passe, et je m’asseyais dans le fauteuil vert. Je ne le regardais pas vraiment, je laissais errer mon regard par la fenêtre qui donnait sur une rue de Barcelone. Je me disais que j’étais en Espagne et cela me plaisait. »
Dans le train qui l’emmène vers un festival littéraire, Anne Serre a emporté un livre d’Enrique Vila-Matas. Soudain, l’auteur espagnol est là, assis à côté d’elle. Heureuse coïncidence ou fruit de son imagination ? Elle entame avec lui une conversation qu’on dirait commencée depuis longtemps… Plus tard, ils seront voisins de chambre dans le même hôtel, où l’on croisera aussi Anna Magnani… Tout cela est-il bien réel ?
Avec Voyage avec Vila-Matas, Anne Serre prend un malin plaisir à « manipuler » son lecteur, sous les auspices d’un maître en la matière. Avec ce texte jubilatoire, elle nous parle du pouvoir de la littérature et livre aussi un autoportrait singulier.

Mon avis 

Un voyage en train pour aller à la rencontre de ses lecteurs à Montauban, et l’esprit de l’auteur se met à vagabonder. Elle a emmené avec elle un livre Vila-Matas et rêve de solitude. Ce livre étrange est une réflexion sur la lecture et l’écriture, érudite et intime. Ainsi qu’un portrait d’écrivain: son rapport à la reconnaissance et l’aspect social de la profession.

Extraits

– L’écrivain qui écrit ses livres n’est pas la personne qui se trouve devant vous. Jamais. Celle qui se trouve devant vous a des amours, une vie de famille, une robe de chambre, n’aime pas le porridge, fume trop, a chaque semaine des séances de kiné, vient de s’acheter un nouveau manteau, passera ses prochaines vacances en Savoie. Mais celle-là, ce n’est pas du tout celle qui a écrit un livre. Celle qui a écrit un livre n’a pas de corps, on ne peut pas le toucher, elle est même invisible.

– On ne sait jamais qui sont les gens, quelle fonction ils ont dans votre vie, et même si d’ordinaire on s’attache à être prosaïque, il est difficile parfois de ne pas se laisser aller à penser que telle ou telle figure entrevue dans un geste, un regard, telle ou telle posture, est en réalité une carte dans le jeu de votre destinée, vous indiquant ceci ou cela.

– l’arrivée tant espérée d’un nouveau roman paraît être une chose majeure, devant quoi tout le reste de votre vie, amour, amis, occupations, doit s’incliner, passer en second…

– il y avait des moments où des romans commençaient de tous côtés, où qu’on jette les yeux.

– C’est drôle comme entre deux coups d’œil quelque chose peut changer, et même être l’inverse de ce que l’on a perçu la première fois.

– Comme souvent dans le train, je regardais du coin de l’œil ce que les gens lisaient, attendant le moment où reprenant leur respiration ils s’arrêteraient de lire un instant, modifieraient légèrement leur posture, et où je pourrais alors distinguer la couverture du livre et lire à l’envers à toute vitesse le titre et le nom de l’auteur.

– … quand tu écris, n’hésite pas à pas à aller plus loin, tu dois aller plus loin encore, à chaque moment tu dois aller plus loin…

– quoiqu’aucun des livres que je conserve et place dans ma bibliothèque ne soit « n’importe lequel » me suis-je dit, s’ils sont entrés dans ma bibliothèque c’est qu’ils ont comptéd’une manière ou d’une autre.

– Je fais toujours beaucoup de crédit aux gens … je pense toujours qu’ils devinent mes motivations les plus complexes et les approuvent.

Note: 3,5/5

Mercure de France, 2017, 145 p.

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