Hélène Gestern « Un vertige »

Quatrième de couverture 

Une partie de moi est restée immobilisée dans le soleil insultant de ce samedi de printemps, au moment où j’ai reçu un mail dans lequel l’homme m’expliquait, avec une précision, une veulerie et une logique admirables, pourquoi il allait me quitter. C’était un 29 avril. Je ne suis pas sûre d’avoir de pardon disponible pour cela.

Hélène Gestern dans ce texte sur la déprise amoureuse écrit sans pathos, avec une précision presque clinique, nous entraîne dans le vertige sidérant du mystère de l’amour et de son effacement.

Mon avis 

Deux cours textes qui parlent d’amour et d’abandon. Le premier « Un vertige », l’auteur le définit comme le récit clinique d’une rupture qu’on écrit pour rendre l’histoire d’amour « moins vénéneuse ». Une histoire douloureuse et triste, l’histoire d’un chagrin immense, d’un amour impossible. Et la souffrance de l’abandon se décline au fil des pages. L’autre texte, plus court, plus littéraire, parle également de séparation et du « gâchis des sentiments « . 

Une écriture précise et incisive porte le texte qui va au cœur des sentiments et des émotions. 

Extraits 

– Remettre ses pas dans le vide du présent, refaire seul l’itinéraire enchanté que l’on fit à deux, sur une esplanade devenue chemin de croix.

– Un homme a aimé une femme, il lui a promis un avenir et elle y a cru. Lui, aussi, peut-être. Puis il s’est lassé, a changé d’avis et l’a abandonnée. Fin de l’histoire. La nature des promesses, la douceur des caresses, le contenu des conversations, la violence de la passion, le détail des griefs, la procédure des justifications, et même la force des sentiments importent peu. Nous n’avons fait su actualiser un paradigme historique, celui de la rupture amoureuse, et je ne suis pas persuadée que notre cheminement ait été si différent de celui des autres couples, bien que je reste convaincue de son caractère unique. 

– … je m’interrogeais sur la force qui nous pousse, au mépris le plus élémentaire de nous-mêmes, dans les amours invivables, sur ce que cela suppose de défaillance – puisque l’on finit par tout abdiquer- de masochisme et de désir de mort. 

– Les phrases sont formées sans larme et sans effort, elles étaient comme des concrétions calcaires sédiment des, une goutte d’eau après l’autre, et qu’il suffisait de détacher d’une pression sèche et ferme. Une fois posées, elles ont cessé d’adhérer à ma conscience et se sont prises dans le flux lisuide des paroles que chaque jour charrie. Je les ai neutralisées.

– Qu’est-ce qui se sépare en nous quand nous nous séparons ? On se croit jumeaux, amandes philippines, lovées dans le même corps d’amour, on se croit indestructibles. On partage l’illumination, le sentiment extraordinaire d’être de plain-pied avec un autre que soi. On apprend la grammaire d’une peau, d’un désir, d’un regard, on se plonge dans l’énigme d’un être inconnu, ce gouffre merveilleux, dont on explore pas à pas les chemins apolliniens et les traverses dyonisiaques ; on se construit un royaume commun, dont on invente la langue et les gestes partagés. Tout en soi s’ouvre, adopte, héberge, comme si l’être, sous la poussée amoureuse, connaissait une nouvelle naissance, une expansion de chacune de ses cellules, qui soudain rend apte à entendre ce qu’il n’entendait plus, à voir ce sur quoi il avait baissé les paupières. On ne peut imaginer que, un jour, cet édifice pourra vaciller.

– … l’on est en train d’aimer un souvenir plus qu’un présent.

– Il a donné une forme au temps ; il a été sa pulsation. 

– Deux souffrances jamais ne s’équilibrent, ni se réparent: elles ne font que s’additionner, grever de leur poids jumeau celui, déjà considérable, du gâchis des sentiments.

– Jusqu’où peut-on poser sa souffrance au milieu de l’histoire comme un fil de fer barbelé, en faisant comme si celle de l’autre n’existait pas?

– … peut-être, en définitive, fallait -il passer par là pour supporter le fardeau merveilleux d’un impossible amour.

Note
: 4,5/5

Arléa, 2017, 92p.

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