Patrick Modiano «Souvenirs dormants»

Quatrième de couverture 

« »Vous en avez de la mémoire… »   Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée.»

Mon avis

L’auteur part sur les traces de sa jeunesse, de ses souvenirs ou bribes de souvenirs qui ressurgissent. Nostalgie du passé, faite de cafés, de promenades dans Paris qui est « constellé de points névralgiques et des multiples formes qu’auraient pu prendre nos vies. » et de rêves. Tous ces chemins qu’on n’a pas pris, l’un d’eux était peut-être le bon. Et toutes les femmes rencontrées à cette époque. Un livre splendide à l’atmosphère mélancolique. Une pépite!

Extraits 

– J’aimais écouter les gens et leur poser des questions. Il m’arrivait souvent de capter des bribes de conversation d’inconnus dans les cafés. Je les notais le plus discrètement possible. Au moins, ces paroles n’étaient pas perdues pour toujours. Elles remplissent cinq cahiers, avec des dates et des points de suspension.p.42

– Depuis mon enfance, j’avais surpris tant de propos étranges derrière des portes entrebâillées, des murs trop minces de chambres d’hôtel, dans des cafés, des salles d’attent, des trains de nuit… p.43-44

– C’est ainsi qu’il suffit de croiser une personne ou de la rencontrer à deux ou trois reprises, ou de l’entendre parler dans un café ou un couloir de train, pour saisir des bribes de son passé. P.46

– … et je me demande pourquoi certains livres ou certains objets s’obstinent à vous suivre à la trace toute votre vie, à votre insu, alors que d’autres, qui vous étaient précieux, vous les avez perdus. p.47.

– Il y aurait d’autres rencontres avec elle, dans la même rue, comme les aiguilles d’une montre qui se rejoignent chaque jour à midi et à minuit. p.49

– J’ai pensé de nouveau à ces tableaux près des guichets du métro. À chaque station correspondait un bouton sur le cla. Et il vous fallait presser le bouton pour savoir où vous deviez changer de ligne. Les trajets s’inscrivaient sur le plan en traits lumineux de couleurs différentes. J’étais sûr que , dans l’avenir, il suffirait d’inscrire sur un écran le nom d’une personne  que vous aviez croisée autrefois et un point rouge indiquerait l’endroit de Paris où vous pourriez la retrouver. p.51

– À chaque page, je me disais: si l’on pouvait revivre aux mêmes heures , aux mêmes endroits et dans les mêmes circonstances ce qu’on avait déjà vécu, mais le vivre beaucoup mieux que la première fois, sans les erreurs, les accrocs et les temps morts… ce serait comme de recopier au propre un manuscrit couvert de ratures… p.56

– Je tente de mettre de l’ordre dans mes souvenirs. Chacun d’eux est une pièce de puzzle, mais il en manque beaucoup, de sorte que la plupart restent isolées. Parfois, je parviens à en rassembler trois ou quatre, mais pas plus.Alors, je note des bribes qui me reviennent dans le désordre, listes de noms ou de phrases brèves. Je souhaite que ces noms comme des aimants  en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s’enchaînent. p.58

– … à la poursuite de personnes et d’objets perdus. p.58

– Je voudrais préciser ceci: il m’est arrivé de croiser à plusieurs reprises les mêmes personnes dans les rues de Paris, des personnes que je ne connaissais pas. À force de les trouver sur mon chemin, leurs visages me devenaient familiers. Elles, je crois qu’elles m’ignoraient et que j’étais le seul à remarquer ces rencontres fortuites. Sinon,nous nous serions salués ou nous aurions engagé la conversation. Le plus troublant, c’est que je croisais souvent l’âmeme personne mais dans des quartiers différents et éloignés les uns des autres, comme si le destin – ou le hasard – insistait pour que nous fassions connaissance. Et, chaque fois, j’éprouvais du remords à la laisser passer sans rien lui dire. Du carrefour partaient de nombreux chemins et j’avais négligé l’un d’eux qui était peut-être le bon. p.63

– Paris est ainsi constellé de points névralgiques et des multiples formes qu’auraient pu prendre nos vies. p.64

 – Ou bien tout simplement, vivons-nous à la merci de certains silences. p.80

– Ce sont les autres qui vous font connaître une ville dans ses zones les plus secrètes et les plus lointaines, en vous donnant des rendez-vous à telle ou telle adresse. Quand ils ont disp, ils vous entraînent sur leurs traces. p.99

– Mille et mille sosies de vous-même s’engagent sur les mille chemins que vous n’avez pas pris aux carrefours de votre vie, et vous, vous avez cru qu’il n’y en avait qu’un seul. p.104

– Mais était-ce vraiment le bon chemin? Dans vos souvenirs se mêlent des images de routes que vous avez prisent et dont vous ne savez plus quelles provinces elles traversaient. p.105

Note: 5/5 💙

Gallimard, 2017, 105p.

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