Un automne avec Madame de Sévigné (46)

Je dis toujours que, si je pouvais vivre seulement deux cents ans, je deviendrais la plus admirable personne du monde. Je me corrige assez aisément, et je trouve qu’en vieillissant même j’y ai plus de facilité. Je sais qu’on pardonne mille choses aux charmes de la jeunesse, qu’on ne pardonne point quand ils sont passés. On y regarde de plus près; on n’excuse plus rien; on a perdu les dispositions favorables de prendre tout en bonne part. Enfin, il n’est plus permis d’avoir tort. Et, dans cette pensée, l’amour-propre nous fait courir à ce qui nous peut soutenir contre cette cruelle décadence, qui, malgré nous, gagne tous les jours quelque terrain. Voilà les réflexions qui me font croire que dans l’âge où je suis, on se doit moins négliger que dans la fleur de l’àge. Mais la vie est trop courte, et la mort nous prend, que nous sommes encore tout pleins de nos misères et de nos bonnes intentions. Madame de Sévigné « Lettre à Bussy-Rabutin » du 27 juin 1679 ( Pléiade, tome 2, lettre 673, p.653-654)

Roger de Bussy-Rabutin (Saint-Émiland 1618- Autun 1693), cousin de la marquise de Sévigné. Il fut ieutenant-général des armées du roi Louis XIV, courtisan de la cour de France. Il fut également philosophe et écrivain épistolaire, pamphlétaire et membre de l’Académie française. Il est l’auteur de l’ »Histoire amoureuse des Gaules »

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