Jean d’Ormesson « Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit »

Quatrième de couverture

«Tu t’es donné beaucoup de mal, mon cher amour, pour aboutir à bien peu de chose. J’ai été enchantée d’apprendre que la lumière transportait du passé à la vitesse record de trois cent mille kilo-mètres à la seconde, que cette vie que nous avons tant aimée nous venait des étoiles, que notre vieux Soleil qui nous éclaire et nous chauffe était parvenu à peu près au milieu de son âge et que, capables de choses si grandes, si charmantes et si gaies, les hommes n’étaient pas là pour toujours. Tout ça me fait une belle jambe. Tout ça, franchement, m’est un peu égal. Ce que je voulais savoir, je ne le sais toujours pas. Ce qui va nous arriver, et à toi et à moi, dans quelques années à peine, ou peut-être même demain, quand le temps sera écoulé de notre passage sur cette Terre, m’est toujours aussi obscur.

Je t’ai souvent entendu dire que tu souhaitais écrire des livres qui changent la vie des gens. Tu n’as pas changé grand-chose à la fragilité passagère et si affreusement menacée de mon amour pour toi.»

Cette histoire universelle tient à peu près debout et se laisse lire sans trop d’ennui. J.O

Mon avis

Plus qu’un roman, une réflexion sur la vie, ses joies, ses tristesses; sur le temps, sur l’écriture. Un hommage aux choses aimées: la famille, la littérature, l’Italie, la beauté. Et puis l’origine du monde, la mort et les étoiles… et l’amour enfin. Un beau livre de Jean d’Ormesson! Une très belle écriture!

Extraits

– Voici pourtant encore un livre, quelle audace! voici encore un roman – ou quelque chose, vous savez bien, qui ressemble à un roman : des histoires, quelques délires, pas de descriptions grâce à Dieu, un peu de théâtre, pourquoi pas? et les souvenirs, épars et ramassés pêle-mêle, d’une vie qui s’achève et d’un monde évanoui. Peut-être ce fatras parviendra-t-il, malgré tout, à jeter sur notre temps pris de doute comme un mince et dernier rayon? Et même, qui sait? A lui rendre enfin un peu de cette espérance qui lui fait tant défaut. Jean d’Ormesson « Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit (p.12-13)

– Il y a dans toutes les familles sinon des secrets, du moins des tourments plus ou moins cachés et capable de faire souffrir. (p.70)

– L’argent est un serviteur dont l’idée fixe est de devenir le maître – il faut l’en empêcher. (p.93)

– Il faut bien vivre et avancer sans nous poser trop de questions. Nous simplifions les autres et les sentiments que nous leur portons, et nous nous simplifions nous-mêmes. (p.99)

– Nous pouvons encore espérer de jolis livres, des passions, de grandes amours, et même des coups de génie. Jean d’Ormesson « Un jour, je m’en irai sans en avoir tout dit » (p. 104)

– … l’histoire. Elle continuait. Peu de choses l’arrêtent. Ni l’horreur, ni le chagrin, ni la guerre, ni la paix, ni la souffrance des hommes, ni les révolutions. (p.111)

– … un peu d’écume sur l’océan du temps. (p.113)

– J’aimais les histoires. J’aimais les paroles et les mots. J’aimais beaucoup de livres. Ils me consolaient de mes chagrins. (p.124)

– Les livres étaient à mes yeux des objets sacrés. Je les mettais très haut. D’où venaient-ils? Leur surgissement me paraissait mystérieux. (p.141)

– J’ai beaucoup aimé l’Italie. Ses livres, bien sûr, ses films ses peintres, ses architectes, ses collines, ses oliviers. Mais aussi ses bourgades endormies sans trottoirs, ses derniers chemins de terre, ses artisans, ses épiceries, ses bedeaux, ses faire-part de décès affichés sur les murs. (p.143-144)

– … tout le monde peut écrire. Mais pour tirer du néant un de ces objets bizarres qui ressemblent, même de loin, à une œuvre, ou peut-être tout simplement à quelque chose, et qui puisse espérer durer plus d’une saison ou deux, il faut une espèce de miracle. (p.149)

– Écrire est une étrange combinaison d’allégresse et d’angoisse. J’ai connu l’allégresse et j’ai connu l’angoisse. (p.149)

– Les mots me venaient tout seuls. Ils coulaient de source. Ils ne venaient même pas de moi. Ils venaient d’ailleurs. Ils me traversaient. Ils se servaient de moi pour se coucher sur le papier. Ils sortaient je ne sais d’où et ils volaient jusqu’à moi. Un grand bonheur m’envahissait. Il me payait de mes attentes et de mes découragements. (p.150)

– Ils constatent que les jours et les saisons se succèdent. Qu’il y a partout des débuts qui sont si beaux et des départs qui sont tristes. (p.190)

– Chacun de nous se débat comme il peut contre les mystères qui l’entourent. Nous nous souvenons de temps en temps de quelques mots murmurés, d’un instant de bonheur, d’un visage, d’une souffrance, d’un tableau dans une église ou dans un musée, d’un temple sur une colline, d’un certain nombre de chiffres inutiles et d’une chanson de marin ou d’une cantate de Bach chantées par des voix disparues ou qui disparaîtront. (p.209-210)

– … cette vallée de roses et de larmes… (p.212)

Note: 4/5

Pocket, 2017, 277p.

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