Lisa Balavoine « Éparse »

Quatrième de couverture

À travers une série de fragments, Lisa Balavoine – la quarantaine, divorcée et mère imparfaite de trois enfants – fait le tour de son existence comme on fait le tour du propriétaire, et signe le roman espiègle et nostalgique de toute une génération.

Convoquant la mémoire de chansons, de films, d’événements emblématiques des années 80 à aujourd’hui, entremêlant souvenirs de jeunesse et instantanés de sa vie quotidienne, elle fait de son histoire intime un récit dans lequel chacun peut se reconnaître. Car les questions qu’elle pose (sur l’éternel recommencement de l’amour, sur les héritages et la transmission…) sont les nôtres. Car ses doutes, ses joies, ses peines fugaces ou durables, nous les connaissons. Car les inventaires audacieux qu’elle propose (description à la Perec d’un tiroir de salle de bain, arguments pour ou contre la vie de couple, liste de ses phobies, déclarations d’amour aux acteurs qu’elle a aimés…) nous renvoient à nos propres obsessions.

Telle est la prouesse de ce livre  : à mesure que l’auteur rassemble les morceaux de son puzzle personnel et tente l’autopsie de la première moitié de sa vie, c’est le lecteur qui se redécouvre lui-même.

Mon avis

Des bribes de vies juxtaposées, une petite musique toujours présente. Des bouts de vie mis côte à côte et qui forme un portrait et un très joli roman. Un roman qui parle d’une femme, de sa vie, avec ses fragilités et ses doutes, mais qui parle aussi de nous, de notre mémoire collective. Coup de cœur, lu d’une traite, malgré d’incessants arrêts pour noter une phrase, un mot!!!

Extraits

– Les débuts déshabillent nos jours et vêtent nos nuits d’un manteau inédit. p.13

– Au nombre des années passées ensemble s’additionnent les matins ensoleillés, les rires des enfants dans leur chambre de l’autre côté du mur, l’odeur du café qui passe et celle du pain grillé. Je mesure l’importance de ces minutes que je sens s’écouler lentement et constituer notre vie petit à petit. Je voudrais qu’à la place de l’heure d’été, il me soit fait don d’une heure supplémentaire pour rester allongée, dans l’attente de ce qui peut advenir, dans l’espoir de ce qui se dessinera peut-être ou peut-être pas, à l’orée de ce jour qui commence. p.21

– Il serait question d’aimer, il serait question de raconter. C’est ce qui se fait de nos jours, raconter. Mettre en mots. Encrer. Déverser. La sueur, la moelle, le sang. Le beau comme le sale. Ce qui brûle là, au- dedans.le vivant . Des histoires de rien , brodées de petits motifs, ajustées aux entournures, un peu lâchés par moments. Des histoires de rien parce que le beaucoup ce n’est pas mon fort, parce que le plein je connais mal, parce que je connais que le bancal, le boiteux, le casse-gueule, le branlant. Des histoires de rien, parce que ne vise pas bien loin, parce que je me contente de peu, parce que je n’ambitionne pas de voir grand. Des histoires qui ne font pas de bruit et des histoires qui claquent. D’autres qui rythment une vie. Il faudrait que quelqu’un me dise où commencer: je ne veux pas d’un début qui serait une fin et puis qui recommencerait, à l’envers, à rebours, à reculons. Une histoire qui se plante de trajectoire. Une histoire qui ne va pas tout droit. Je pourrais sans doute parler de moi. p.24

– … que se patine peu à peu la mémoire fugace de mes instants heureux. p.27

– Que reste-t-il lorsque les amis sont partis et que les tables ne sont pas débarrassées? Il reste le souvenir de leurs regards, les paroles qui flottent dans l’air, les cendriers qui débordent et les verres vides qu’on met toujours un certain temps à ramasser. p.36

– Mais voilà la vie . La vie. Les erreurs. Les décisions. Les non-dits. Ces si-j’avais-su. Les peut-être que. Les pourquoi. La vie. p.49

On voudrait que la vie ressemble toujours… à un film de Woody Allen qui déambule dans les rues de New-York en noir et blanc, à un coup de fil qui dure toute la nuit, … à une valse de Brahms, au moment où quelqu’un nous serre fort dans ses bras comme ça pour rien, au secrets de l’enfance dans des cahiers sur des feuilles à grands carreaux, à une aventure bretonne du Club des Cinq, à une balade en vélo sous le soleil sur un chemin de campagne, aux larmes qui viennent parfois en regardant une photographie que l’on avait oubliée, à la beauté d’une rencontre imprévue, à du pop-corn qui éclate, à un compliment qui fait monter le rouge aux joues, à l’odeur de l’herbe fraîchement coupée dans laquelle on marche pieds nus, … à un mot d’amour qu’on se dit à l’oreille, à un long trajet sur des nationales au mois de juillet, à un café partagé en terrasse, … à des retrouvailles sur un quai de gare, à une peur enfin surmontée, à un roman que l’on ne peut lâcher, aux yeux de la personne qu’on aime lorsqu’elle nous regarde. p.52-53

– Que reste-t-il de nos grands soirs? » Il reste un bonheur rare, un fulgurance dans la nuit, juste quelques minutes, une douce éternité. p.93

– Le temps passe et le réel constamment se réécrit. La mémoire est mouvante, nos sentiments aussi. L’amour est ainsi fait qu’il nous laisse qu’une part de la réalité, celle qu’on a choisi de se raconter, et tant pis si elle n’est pas vraie. p.106

– Parfois je rêve de gommer les ratures pour écrire par-dessus au crayon de papier. Je rêve que tout est plus simple. Et puis je me réveille. p.108

– Je me dit que le spectaculaire n’est plus dans l’histoire, désormais il est dans l’instant. p.118

– De quoi parsemons-nous les chemins de nos vies? p.153

– Le grand amour? Laisse tomber, c’est un connard. Qui ne tient pas ses promesses. p.156

Note: 4,5/5

J.C. Lattès, 2018, 254p.

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