Un peu de poésie en attendant le printemps (7)

En hiver

Le sol trempé se gerce aux froidures premières,

La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,

Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,

Des coussinets de laine irisés de lumières.

.

Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,

A travers le désert des silences dolents,

Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents

Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.

.

Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,

Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,

On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,

.

Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,

Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin

Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.

Emile Verhaeren « Les flamandes » « En hiver » (1883)

Auteur

Emile Verhaeren (Saint Amand 21/05/1855 – Rouen 27/11/1916) Poète belge flamand, d’expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale proche de l’anarchisme lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d’une grande musicalité. Surnommé le « grand Barbare doux », il a su donner une voix au vent, à la mer, aux arbres et aux forces de la nature.

En 1889, Verhaeren rencontre une jeune aquarelliste, Marthe Massin, qui fréquente régulièrement la sœur du poète. Il tombe sous son charme et l’épouse en 1891. Son amour pour elle s’exprimera au travers de 3 recueils de poèmes dédiés aux âges de la vie d’un couple : « Les Heures claires » (1896), « Les Heures d’après-midi » (1905), « Les Heures du soir » (1911)

À partir de 1898, il séjourna fréquemment dans une petite commune à la frontière française, Roisin

Grâce aux éditions du Mercure de France, ses recueils connaîtront une diffusion européenne. On le traduit dans les langues européennes les plus importantes (l’anglais, le russe, l’allemand) et il fait des tournées littéraires à travers la Belgique, la France, la Hollande, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, La Pologne et la Russie. A ce moment, Verhaeren est sans conteste une célébrité littéraire. Ce sont aussi les années pendant lesquelles il fait la connaissance d’Auguste Rodin, d’Eugène Carrière, de Rainer Maria Rilke et surtout de Stefan Zweig.

Le mythe veut que ces derniers mots ont été : Ma femme, ma patrie.

Émile Verhaeren meurt accidentellement à Rouen et en 1927, sa dépouille sera transférée dans un tombeau monumental aux bords de l’Escaut, à Saint-Amand.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s