Marguerite Yourcenar «Alexis ou le traité du vain combat »

Note de l’éditeur

Comme tous les héros de Marguerite Yourcenar, Alexis s’interroge pour mieux comprendre le monde et mieux se comprendre lui-même. Il cherche à sortir d’une situation fausse qui est l’échec de son mariage. Une longue lettre forme tout le récit où il prend sa femme à témoin du vain combat qu’il a mené contre son penchant naturel et sa vocation véritable.

Alexis est le premier roman de Marguerite Yourcenar et a révélé son grand talent d’écrivain.

Mon avis

Un homme a quitté sa femme sans rien dire. Il lui écrit une longue lettre, une lettre-confession pour lui expliquer les raisons de son éloignement et son vain combat contre ses véritables désirs, qu’il juge criminels. Il a cru pouvoir les ranger, comme on range les objets dans un tiroir, mais n’y est pas arrivé. Tout est évoqué sans être nommé. Un roman épistolaire, un très beau texte, une écriture splendide.

Extraits

▪️J’ai lu souvent que les paroles trahissent la pensée, mais il semble que les paroles écrites la trahissent encore davantage.

▪️Écrire est un choix perpétuel entre mille expressions, dont aucune ne me satisfait sans les autres.

▪️ S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d’expliquer sa vie.

▪️ … à cette heure sans lumière où l’on se voit si peu qu’on ose presque avouer tout.

▪️Chaque mot que je trace m’éloigne un peu plus de ce que je voulais d’abord exprimer.

▪️il y a certains moments de notre existence où nous sommes de façon inexplicable et presque terrifiante ce que nous deviendrons plus tard.

▪️Le passé, pour peu qu’on y songe, est chose infiniment plus stable que le présent, aussi paraissait-il d’une conséquence bien plus grande.

▪️J’ai trouvé toute ma vie le plaisir et la souffrance deux sensations très voisines.

▪️La vie … est beau ou plus complexe que toutes les défini possibles: toute image simplifiée risque d’être grossière.

▪️… chacun de nous à sa vie particulière, unique, déterminée par tout le passé, sur lequel nous ne pouvons rien, et déterminant à son tour, si peu que ce soit, tout l’avenir. Sa vie qui n’est qu’à lui-même, qui ne sera pas deux fois et qu’il n’est pas toujours sûr de comprendre tout à fait . Et ce que je dis de la vie toute entière, je pourrais le dire de chaque moment d’une vie.Les autres voient notre présence, nos gestes, la façon dont les mots se forment sur nos lèvres; seuls nous voyons notre vie. Cela est étrange: nous la voyons nous nous étonnons qu’elle soit ainsi, et nous ne pouvons la changer. Même lorsque nous la jugeons nous lui appartenons encore; notre approbation ou notre blâme en fait partie: c’est toujours elle qui se reflète elle-même. Car il n’y a rien d’autre; le monde, pour chacun de nous existe que dans la mesure où il confine à notre vie.

▪️Tout bonheur est une innocence.

▪️C’est l’opinion d’autrui qui confère à nos actes une sorte de réalité.

▪️Je croyais pouvoir ranger méthodiquement mes désirs et mes peines, comme on range les objets dans le tiroir d’un meuble.

▪️La vie est le mystère de chaque être: elle est si admirable qu’on peut toujours l’aimer. La passion a besoin de cris, l’amour lui-même se complaît dans les mots, mais la sympathie peut-être silencieuse.

▪️La mémoire des femmes ressemble à ces tables anciennes dont elles se servent pour coudre. Il y a des tiroirs secrets; il y en a, fermés depuis longtemps et qui ne peuvent s’ouvrir; il y’a des fleurs séchées qui ne sont plus que poussière de rose; des écheveaux emmêlés, quelquefois des épingles.

▪️Comme il est difficile, quelques précautions qu’on prenne, de ne pas faire souffrir…

▪️La sagesse, comme la vie, me parut faite de progrès continus, de recommencements, de patience.

▪️ … nos instincts se communiquent à notre âme, et nous pénètrent tout entiers.

▪️Nous nous prêtions des livres. Nous les lisions ensemble, mais non a voix haute, nous savions trop bien que les paroles rompent toujours quelque chose. C’étaient deux silences accordés. Nous nous attendions à la fin des pages…

Note: 5/5

Pléiade, 2017, 76p.

Une réflexion sur “Marguerite Yourcenar «Alexis ou le traité du vain combat »

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