Jérémy Laniel «La patience des arbres»

Quatrième de couverture

Le 21 mars 2016, Jérémy Laniel, libraire québé-cois, vient passer quelques jours à Bruxelles. Le lendemain matin, plusieurs attentats terroristes frappent la ville. Le bilan est dramatique : 32 morts et 340 blessés. Ces tragiques événements lui ont inspiré ce texte

« À moi s’imposait l’idée qu’entre tous les commerces, tous pouvaient fermer, sauf un. La jour-née où les bombes et les balles feraient fermer les librairies, nous aurions perdu. À onze heures, comme l’indiquait l’horaire sur la porte, nous avons ouvert le grillage et déverrouillé la porte. Et nous avons attendu. »

Mon avis

Un court texte qui parle si bien des livres. Du rôle qu’ils peuvent jouer dans notre monde. Les livres face à la terreur, face à l’horreur, face à l’inimaginable. La résistance par les livres. Ouvrir les librairies. Pour avoir vécu cette journée du 22 mars 2016, à Bruxelles, ma ville, j’ai lu ce témoignage avec beaucoup d’émotion. Une petite pépite.

Extraits

▪️Le livre traverse le temps façonnant au détour le monde dans lequel il évolue. Artisan de la montée comme de la chute des empires, témoignant tantôt d’une autre époque, tantôt de nos demains incertains, il reste puissant, essentiel … Il réfléchit autant qu’il divertit, raconte autant qu’il démontre, choque autant qu’il conforte.

▪️Y a-t-il une sorte de persistance, de révolte, de résistance, dans l’idée de passer une vie à fréquenter des livres? Quelque chose comme un anachronisme? Une nostalgie mal placée? Ou avons-nous encore raison de croire que tout peut se retrouver dans les pages d’un livre?

▪️N’y a-t-il pas une vision on ne peut plus romantique du monde livresque, que de voir ce dernier sans complexe face à la suite du monde, dans une quelconque certitude qu’il poursuivra son chemin, qu’on a beau le brûler, par accident ou par autodafé, Le dématérialiser ou encore le stocker dans un casque de réalité virtuelle, il nous regarde, sourire en coin, sachant pertinemment qu’il va nous survivre.

▪️… l’idée que les mots, les livres , les bibliothèques sont autant de choses qu’on peut trimballer dans une vie, qui nous gardent debout, qui nous ouvrent les yeux, qui nous font lever la tête, qui nous poussent à continuer.

▪️Il y a quelque chose de terriblement beau et anachronique dans ce métier de passeur qu’est celui de libraire, mais vivre avec les livres, n’est-ce pas l’unique façon d’avancer?

▪️Elle est là l’utilité d’une vie livresque, dans l’appui qu’on lui retrouve, dans cette unique façon qu’on a de se tourner vers les livres lorsque le sens semble fuir le réel. Ils sont des compagnons de route, oui, mais aussi des béquilles quand le monde fait de nous des éclopés, et surtout des alliés quand on ne sait plus vers qui se tourner. Les livres ont la patience des arbres. Grands et majestueux, ils semblent attendre notre recueillement. Bien qu’on les ait lus une ou deux fois, qu’on passe près d’eux cent fois, mille fois, ils sauront au bon moment jeter leur sens sur nous comme l’ombre d’un saule majestueux un après-midi d’été.

▪️Lors de son passage à La Grande Librairie, Fanny Ardant mentionnait qu’elle entrait dans une librairie comme on entre dans une forêt et je ne pourrais définir plus justement une librairie. Elles sont des îlots de sens dans un monde en constant mouvement, elles sont ces refuges lorsque les attaques du réel sont incessantes. Entrer dans une librairie, c’est une promesse d’ailleurs comme peu de lieux peuvent en faire.

ONLIT Éditions, 2018, 16p.

Les livres ont la patience des arbres.

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