Françoise Frenkel «Rien où poser sa tête»

Quatrième de couverture

En 1921, Françoise Frenkel fonde la première librairie française de Berlin où viendront signer les plus grands auteurs français. Rien où poser sa tête raconte son itinéraire : contrainte en 1939 de fuir l’Allemagne, elle gagne la France où elle espère trouver refuge. C’est une vie de fugitive qui l’attend, jusqu’à ce qu’elle réussisse à passer clandestinement la frontière suisse en 1943. Tantôt dénoncée, tantôt secourue, incarcérée puis libérée, elle découvre des Français divisés par la guerre dont elle narre le quotidien, avec émotion et objectivité. Soixante-dix ans après sa publication à Genève, ce témoignage conserve, miraculeusement intacts, la voix, le regard, l’émotion d’une femme qui réussit à échapper à un destin tragique.

Mon avis

Patrick Modiano parle de ce livre comme de « la lettre qui vous était peut-être destinée ». Retrouvé par hasard à Nice, dans un déballage des compagnons d’Emmaüs, ce texte avait été publié, en Suisse, en 1945. Un voile de mystère demeure sur l’auteur de ce texte.

Ce témoignage retrace le parcours d’une femme, libraire dans les années ’20 à Berlin. Passionnée de littérature française, elle tient la première librairie française berlinoise. En 1939, contrainte à fuir le nazisme, elle trouve refuge en France. Commence alors une vie de clandestinité à travers la France, de cachette en cachette: de Paris à Avignon, Nice, Vichy, Annecy et la Savoie. Et enfin, la Suisse…

De l’amour des livres à la vie clandestine, faite de fuite, de dangers et de peur, sobrement elle raconte sa vie. À lire absolument!

Extraits

▪️Tous mes instants de loisir se passaient le long des quais, devant les vieilles boîtes humides des bouquinistes. J’y dénichais parfois un livre du XVIIIe siècle, qui, à cette époque, m’attirait tout particulièrement. Parfois, je croyais avoir mis la main sur un document, un volume rare, une lettre ancienne; joie toujours nouvelle, bien qu’éphémère. p.20

▪️… et l’amateur de livres continuait sa lecture à la dérobée, devant les tables chargées des trésors que les éditeurs et les libraires mettaient si généreusement à la disposition de tous, avec une bienveillance affable, un parfait désintéressement. p.21

▪️A la façon de tenir un volume, presque tendrement, d’en tourner délicatement les pages, de les lire pieusement ou de les feuilleter hâtivement, sans attention, pour remettre ensuite le livre sur la table, parfois si négligemment que les coins, cette partie si sensible, en était écorchés, j’arrivais à la longue à pénétrer un caractère, un état d’âme et d’esprit. Je plaçais le livre que je croyais indiqué, discrètement toutefois, à proximité du lecteur, afin qu’il n’éprouvait pas l’influence d’une suggestion. S’il le trouvait à sa convenance, j’en étais radieuse. p.22

▪️La librairie, disaient-ils, est le seul endroit où nous puissions venir reposer notre esprit. Nous y trouvons l’oubli et le réconfort, nous y respirons librement. p.52

▪️J’aimais ma librairie, comme une femme aime, c’est-à-dire d’amour. p.52

▪️Je cherchais auprès de mes livres réconfort et encouragement. Et subitement je perçus une mélodie infiniment délicate… elle venait des étagères, des vitrines, de partout où les livres menaient une vie mystérieuse. J’étais là, j’écoutais… C’était la voix des poètes, leur consolation fraternelle à ma grande détresse. Ils avaient entendu l’appel de leur amie et faisaient leurs adieux à la pauvre libraire dépossédée de son royaume. p.53

▪️Car si la joie d’être sauvé est grande, celle de porter secours à un être humain dans la détresse, doit sans doute, la dépasser chez les cœurs bien nés. p.176

▪️C’est ainsi que dans le drame de la vie il se mêle souvent un élément comique, sinon cocasse…p.195

Folio (n• 6432), 2018, 328p.

« La lettre d’une inconnue qui vous était peut-être destinée. » Patrick MODIANO

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