Colum McCann  » Lettres à un jeune auteur  » [Extraits]

Quatrième de couverture

« De l’audace devant la page blanche! Écris au-delà du désespoir. Chante. Chasse tes visions dans le noir. Partage ta rage. Résiste. Dénonce. De la vigueur, du coeur, de la persévérance! Donne du poids à l’imaginaire. Commence par douter. Va où personne n’est allé. Compose une langue unique. Sublime l’ordinaire. Pas de panique. Révèle une vérité inconnue. Divertis également. Soulage la soif de sérieux et de joie. On peut te retirer bien des choses – même la vie -, mais pas les récits que tu en fais. Pour toi, jeune auteur, ce mot donc, non dénué d’amour et de respect: écris! »

Extraits

▪️ »Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne, disait Rilke dan les « Lettres a un jeune poète », il y a plus d’un siècle. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même ».

▪️… demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : “suis-je vraiment contraint d’écrire? (Rilke)

▪️Écrire « d’inexprimables bonheurs »(Rilke)

▪️Éloigne-toi du raisonnable. Sois fervent. Dévoué. D’une aisance subversive. Lis à haute voix. Mets-toi en jeu. Ne crains pas les sentiments, même taxés de sensiblerie. Sois prêt à te faire réduire en miettes: cela arrive. Accorde-toi la colère. Échoue. Marque un temps. Accepte le rejet. Nourris-toi de tes chutes. Pratique la résurrection. Émerveille-toi. Porte ta part du monde. Trouve un lecteur en qui tu aies confiance. Ils doivent aussi te faire confiance.

▪️Laisse la langue emplir tes poumons. On peut te retirer bien des choses – même la vie -, mais pas les récits que tu en fais. Pour toi, jeune auteur, ce mot donc, non dénué d’amour et de respect: écris!

▪️Notre voix n’est pas unique. Elle provient d’une multitude d’ailleurs. Là jaillit l’étincelle.

▪️Mets ton histoire sur des rails. Imagine que cela soit une porte. Quand tes lecteurs en auront franchi le seuil, tu pourras leur montrer le reste de la maison.

▪️Ne te soucie pas tant du nombre de mots. C’est en retirer qui compte [ … ] Souvent, plus on efface, mieux c’est.

▪️L’objet ultime de toute bonne littérature est d’inscrire la nouveauté dans la durée. Tu crées un temps parallèle. Tu rends perceptible ce qui n’existait pas jusque-là.Tu n’es pas seulement l’horloger, mais l’étalon de sa création. Tu donnes forme au passé, au présent et à l’avenir.

▪️Ton rôle es de donner à voir et à entendre au lecteur.

▪️Le détail le plus infime peut détenir la clé d’un nouveau mode de pensée.

▪️Rappelle-toi que le mystère est la colle qui nous unit. Nous aimons l’inédit. Le lecteur – ton complice – écoute aux portes avec toi.

▪️Rappelle-toi toujours que ce que nous taisons est aussi important, sinon plus, que ce que nous révélons. Alors étudie les silences et fais-Les agir dans la page.

▪️Et écrire est affaire de perspective.

▪️Le livre n’est pas une entité isolée : il est une relation, il est l’axe d’innombrables relations. Jorge Luis Borges

▪️Toute œuvre de fiction est organisée d’une manière ou d’une autre – les meilleures le sont plus profondément qu’elles ne le paraissent. Nos histoires s’appuient sur l’instinct de l’homme-architecte. La structure sert, à la base, de contenant pour un contenu. L’armature qui soutient ton histoire ressemble à une maison qui se dresse lentement sur ses fondations.

▪️Sur cette terre, tu bâtiras la maison dans laquelle tu as vraiment envie de vivre. Pour créer cette maison, cette structure, tu auras besoin d’être terrassier, maçon, charpentier, menuisier, plombier, plâtrier, décorateur, locataire, propriétaire et même le fantôme du grenier.

▪️Tu dois alors inviter quelqu’un à faire le tour de la maison. Le lecteur ne tient pas à voir les fondations, ni les fils électriques encastrés dans les murs, ni même les plans initiaux. C’est – c’était – ton travail, ton secret. Le lecteur doit se sentir à l’aise à l’intérieur, qu’il s’agisse d’un palais, d’une hutte ou d’un hangar à bateaux.

▪️Écris comme si tu envoyais à ton lecteur une phrase soignée à la fois. La prose doit être aussi bien rédigée que la poésie. Chaque mot compte, vérifie le rythme, la précision. Cherche les assonances, les allitérations, les rimes internes. Les réverbérations. Varie les procédés. Tu es presque en train de danser. Écoute les sons qui s’entraînent. Que cela ne soit jamais de la musique d’ascenseur. Faire un pas de plus si tu le décides, te distinguera du lot.

▪️Tu lis pour t’embraser le cœur. Tu lis pour décalaminer ton cerveau.Tu lis parce que tu es le plus vaillant imbécile du coin, prêt à s’aventurer dans cette joyeuse confusion. Tu sais quand un livre opère. Laisse-lui le temps. Et s’il te déroute pendant qu’il te transporte, tant mieux: continue, continue.La cohérence absolue dénote un manque d’imagination. La confusion est une réponse sincère. Les changements se produisent grâce à elle.

▪️Un bon bouquin fera basculer ton univers. Bouleversera ta façon d’écrire. Les prosateurs devraient lire les poètes. Les poètes devraient lire les romanciers. Les dramaturges devraient lire les philosophes. Les journalistes devraient lire les nouvellistes. Les philosophes devraient lire toute la bande. En fait, nous devrions chacun les lire tous. Personne ne fait rien seul.

▪️Joan Didion dit que nous. Oui racontons des histoires pour arriver à vivre.Vis donc autant de vies que tu peux. Encore et encore et encore.

▪️N’oublie jamais qu’écrire c’est distraire. Oui, ton devoir est de dépeindre le monde, mais aussi de lui apporter un peu de brillance.

▪️Un récit ne se limite pas à une intrigue, mais se compose d’une langue, d’un rythme, d’une musique, d’un style.

▪️La littérature doit servir de sursis , ou de point d’appui contre le désespoir. Est-ce suffisant? Bien sûr que non, mais c’est tout ce que nous avons.

▪️L’écriture a cette capacité confondante de pénétrer dans la blessure sans infliger de violence.

▪️Nous devons comprendre que la langue est un pouvoir, même si le pouvoir s’échine à nous le confisquer.

▪️Écris, jeune auteur, écris. Empare-toi de ton avenir. Trouve les mots. Écris pour le pur plaisir que nous avons à le faire, mais garde en tête que nous pouvons peut-être modifier ce fichu monde un tant soit peu. C’est malgré tout un bel endroit, bizarre et terrible. La littérature nous rappelle que la vie n’est pas déjà écrite. Il reste d’immenses possibilités. Fais de ta confrontation avec le désespoir une minuscule frange de beauté. Plus tu voudras en voir, et plus tu en verras. Finalement, les seules choses qui valent la peine sont celles qui te brisent le cœur. Continue d’enrager. [explicit]

Belfond, 2018, 170p.

Titre original: « Letters to a young writer »

Traduction: Jean-Luc Piningre

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