Un jour, une citation: Léon Tolstoï

🇫🇷 Anna […] sortit de son sac un coupe-papier et un roman anglais. Tout d’abord il lui fut difficile de lire: les allées et venues autour d’elle, le bruit du train en marche, la neige qui battait la fenêtre à sa gauche et se collait à la vitre, le conducteur qui passait emmitouflé et couvert de flocons, les remarques de ses compagnes de voyage sur l’affreuse tempête qu’il faisait, tout lui donnait des distractions. Mais la monotonie s’en mêlant — toujours les mêmes secousses, toujours la même neige à la fenêtre, toujours les mêmes voix, les mêmes visages entrevus dans la pénombre — elle parvint enfin à lire et à comprendre ce qu’elle lisait. […] Anna Arcadiévna lisait et comprenait ce qu’elle lisait, mais elle avait trop besoin de vivre par elle-même pour prendre plaisir au reflet de la vie d’autrui. L’héroïne de son roman soignait un malade: elle aurait voulu marcher à pas légers dans la chambre de ce malade; un membre du Parlement prononçait un discours: elle aurait voulu le prononcer à sa place; Lady Mary galopait derrière sa meute, taquinait sa belle-fille, stupéfiait les gens par son audace: elle aurait voulu en faire autant. Vain désir! il lui fallait se replonger dans sa lecture en tourmentant de ses mains menues le couteau à papier. Léon Tolstoï « Anna Karénine »

🇮🇹 Anna […] tirò fuori dalla borsetta il tagliacarte e un romanzo inglese. In un primo tempo non le fu possibile di leggere. Le davano noia innanzi tutto il chiasso e l’andirivieni della gente; poi, quando il treno si mise in moto, non poté non prestare orecchio ai rumori, e la neve che picchiava sul finestrino di sinistra e si attaccava al vetro, la vista di un capotreno tutto imbacuccato che passava tutto ricoperto di neve da un lato solo, i discorsi sulla tormenta che infuriava distrassero la sua attenzione. Poi tutto divenne uniforme, il traballio interrotto da scosse, la neve al finestrino, gli improvvisi passaggi da un caldo di vaporazione al freddo e poi di nuovo al caldo, il baluginare di quegli stessi volti nella penombra e il suono delle stesse voci; e Anna prese a leggere e a capire quello che leggeva. […] Anna Arkad’evna leggeva e capiva, ma non provava piacere a leggere e a seguire il riflesso della vita degli altri. Aveva troppa voglia di viverla lei, la vita. Leggeva che l’eroina del romanzo vegliava un malato e le veniva voglia di camminare in punta di piedi per la camera del malato; leggeva che un membro del parlamento faceva un discorso e le veniva voglia di pronunciare lei quel discorso; leggeva che lady Mary inseguiva a cavallo un branco di bestie, provocando la cognata e facendo meravigliare tutti del suo ardire, e le veniva voglia di far lei tutto questo. Non c’era nulla da fare, invece, e rigirando il coltellino liscio tra le piccole mani, si sforzava di leggere. Lev Tolstoj « Anna Karenina »

(Photo: Het Ivoren Aapje, Place du Béguinage, 4, 1000 Bruxelles)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s