Un jour, une citation: Eric de Kermel

J’aime les livres.

J’aime tous les livres!

Les tout petits, écrits d’un seul geste, comme les très grands qui sont l’œuvre de toute une vie; les vieux avec leur reliure en lambeaux, mais aussi ceux qui, tout juste sortis de chez l’éditeur, fanfaronnent avec leur belle bande rouge.

J’aime les livres qui racontent de grandes histoires romanesques à vous tirer les larmes, mais j’ai aussi un grand plaisir à me laisser prendre dans les déambulations intellectuelles et savantes des essais qui me procurent le sentiment d’être plus intelligente.

J’aime les livres d’art qui font entrer dans les maisons les tableaux du Louvre ou du Prado, ou les images dépaysantes venues des cinq continents. Combien serions-nous à ne rien connaître de ces merveilles s’il n’y avait ces livres?

J’aime la tranche des livres. Lorsqu’ils sont rangés dans les rayons, on les regarde avec la tête légèrement inclinée, comme si nous les respections avant même de les avoir ouverts.

J’aime le papier. Comment parler du papier au singulier. J’aime les papiers des pages qui se tournent, et dont parfois on se détourne. S’il est bien choisi, un papier consomme avec les mots, et les pages défilent avec gourmandise. Quand il dissone, il peut provoquer l’abandon du lecteur, irrité par un faux accord.

Un papier trop blanc ne convient pas à une histoire d’amour car l’amour n’est jamais tout blanc; il jaunit légèrement avec le temps, prend les traces des heurts et des caresses comme les draps d’un lit après une étreinte.

Un papier gaufré donne de la profondeur aux mots. Ils s’y impriment et s’installent confortablement dans l’épaisseur des fibres, tel un chat sur les coussins d’un canapé.

J’aime aussi les mots sur les pages. Je ne parle pas du sens des mots, mais du rythme que produit le mouvement du gris. Entre chaque mot, un espace toujours égal garantit une distance de courtoisie qui permet à chacun de ne pas marcher sur les pieds de son voisin et de respirer à sa guise. Si nous étions comme les mots sur une page, je suis certaine que la bienveillance trouverait davantage de place pour s’épanouir. Eric de Kermel « La librairie de la place aux herbes »

(Photo: Bouquinerie Thomas, rue Froissart, 13, 1040 Bruxelles)

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