PHILIPPE VILAIN « UN MATIN D’HIVER »

Quatrième de couverture

Elle a trente ans, elle est professeur de littérature. Lui enseigne la sociologie. Elle est française, solitaire et passionnée. Lui est américain, désinvolte et mystérieux. Alors que tout les oppose, ils tombent amoureux, se marient, ont un enfant. Une vie de couple heureux. Banalité ? Bonheur ? Un jour, Dan disparaît.

Quinze ans après, le souvenir de sa disparition s’étant émoussé, leur fille ayant grandi, d’autres hommes étant entrés dans sa vie, elle tente de comprendre l’inexplicable. Peut-on vivre avec un fantôme ?

Mon avis

Elle est française, il est américain. Elle est professeur de littérature, il est professeur de sociologie. Ils se rencontrent, s’aiment, ont un enfant… Le bonheur… Et un jour, il prend un avion et disparaît. Comment vivre avec l’absence, avec l’inexplicable? … Mais la vie elle, continue. L’enfant grandit…

Le parcours d’une femme amoureuse. Son amour et sa reconstruction. Ses questionnements, ses doutes, sa douleur face à l’absence. Les épreuves endurées, pour un homme qui devient un fantôme.

Énorme coup de coeur pour ce roman d’une sensibilité profonde.

Une écriture maîtrisée et poétique, tellement belle.

Extraits

▪️… car la littérature a toujours été autre chose qu’un métier à mes yeux : une compagne fidèle plutôt, un secours nécessaire, une amie que j’appelle au milieu de la nuit, dans mes insomnies, aux heures où tout le monde rêve. La littérature m’est une maladie, un malaise existentiel, une migraine lancinante. Comment dire? Si je devais donner une image, je dirais que la littérature est un peu comme l’inspecteur Colombo lorsque l’enquête semble lui échapper et qu’il finit par revenir vers le présumé coupable pour lui dire: « Encore une petite question ! «  C’est cela qu’est pour moi la littérature, une petite question, encore une petite question.

▪️On est jamais celui qu’on voudrait être dans le regard des autres.

▪️J’aime les fins et les débuts, les histoires infinies.

▪️Une nouvelle histoire, un nouvel amour tient toujours du miracle. On se retrouve avec un homme, une femme, quelque part. Quelque part dans une ville, c’est une rue que nous avons fréquentée sans savoir que nous y ferions l’amour ; c’est un immeuble devant lequel nous sommes souvent passés sans le remarquer , c’est une fenêtre qui nous fait voir le monde différemment.

▪️Je n’étais sensible qu’au langage amoureux, à la naissance et aux états de l’amour racontés dans les romans- La surprise, l’éblouissement et l’admiration, le plaisir et l’espérance, la sidération, la dépendance et le doute- qui me paraissent décrire mon propre état. Ainsi quand je lisais dans « Belle du Seigneur: « Aimé hier soir, je lisais un livre et soudain je me suis aperçue que je ne comprenais rien et que je pensais à vous » j’avais l’impression que cette phrase m’était adressée.

▪️Ce n’est pas l’amour qui fait peur, ce sont les mots, les déclarations enflammées, leurs poésie. Le silence est préférable, il est déjà une phrase pour celui qui sait le lire.

▪️Le bonheur n’a pas de mots, il n’a que des images radieuses, des béatitudes et des joies, des enflammades chantonnées dans l’intimité d’une chambre spartiate, des fulgurances et des serments, des appréhensions et des certitudes fragiles.

▪️Les grandes joies disent tout,elles sont des sourires et des confettis à la place des mots. Le bonheur n’a pas de mots, il n’a que des images radieuses,des béatitudes, des enflammades chantonnées dans l’intimité d’une chambre spartiate…

▪️« … à mes yeux, les histoires ne sont d’ailleurs ni tristes ni gaies, ni heureuses ni malheureuses, elles sont simplement ce que nous faisons d’elles, je dirais même qu’elles sont belles de ce que nous faisons d’elles et de ce qu’elles font de nous: belles des surprises qu’elles nous offrent et des découvertes qu’elles nous font faire, belles des malheurs mêmes qu’elles nous font traverser et des peines qu’elles nous font éprouver, belles des passions et des émotions fortes qui nous font vibrer, belles de ce qu’elles nous révèlent, belles des peurs qu’elles nous font surmonter, belles de ce qui nous arrive et de ce qu’elles nous font devenir. Nous appartenons à nos histoires comme nos histoires nous appartiennent, et nous en sommes tantôt les personnages, tantôt les auteurs, tantôt les simples spectateurs: tour à tour, nous incarnons les trois instances du roman de nos vies, de l’épique des jours. 

Note: 5/5 💙💙

Grasset, 2019, 144p.

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