JHUMPA LAHIRI « EN D’AUTRES MOTS »

Quatrième de couverture

Pendant vingt ans, j’ai étudié la langue italienne comme si je nageais le long des contours [d’un] lac. Toujours à côté de ma langue dominante, l’anglais. La longeant toujours. C’était un bon exercice. Bon pour les muscles, pour le cerveau, mais pas vraiment palpitant. En étudiant une langue étrangère de cette façon, on ne peut pas se noyer. L’autre langue est toujours là pour te soutenir, te sauver. Mais on ne peut pas nager sans prendre le risque de se noyer, de couler à pic. Pour connaître une nouvelle langue, pour s’immerger, il faut quitter la rive. Sans bouée de sauvetage. Sans pouvoir compter sur la terre ferme.

J. L.

Mon avis

Ce livre est une déclaration d’amour à la langue italienne. Pendant des années, l’auteur étudie l’italien avec acharnement. Cette langue pour laquelle elle a un véritable « coup de foudre »: elle « éprouve quelque chose de physique, de troublant, d’inexplicable ». Elle, la romancière américaine, originaire du Bengale, finira par s’installer en Italie avec sa famille, et même par écrire en italien. Ce petit livre est le premier rédigé en italien. Un livre sur l’amour d’une langue et sur le besoin d’écrire. Le récit d’une métamorphose linguistique. Un livre passionnant et touchant, tant il fait écho à mon vécu.

Extraits

▪️Pendant vingt ans, j’ai étudié la langue italienne comme si je nageais le long des contours de ce lac. Toujours à côté de ma langue dominante, l’anglais. La longeant toujours. C’était un bon exercice. Bon pour les muscles, pour le cerveau, mais pas vraiment palpitant. En étudiant une langue étrangère de cette façon, on ne peut pas se noyer. L’autre langue est toujours là pour te soutenir, te sauver. Mais on ne peut pas nager sans prendre le risque de se noyer, de couler à pic. Pour connaître une nouvelle langue, pour s’immerger, il faut quitter la rive. Sans bouée de sauvetage. Sans pouvoir compter sur la terre ferme.

▪️Mais au final le désir n’est rien d’autre qu’un besoin fou.

▪️Quand on vit dans un pays où sa propre langue est considérée comme étrangère on peut ressentir un sentiment d’étrangeté permanent.

▪️Parce qu’au final,apprendre une langue, pour se sentir lié à elle, il faut dialoguer, bien que ce soit infantile, bien que ce soit imparfait.

▪️Lire dans une autre langue implique d’être dans un état perpétuel de croissance, de possibilité. Je sais que mon travail de lecture, d’apprentissage de la langue, ne finira jamais.

▪️Quand on est amoureux, on veut vivre pour toujours due désespoir en même temps que de l’espoir.

▪️Pourquoi est-ce que j’écris? Pour connaître le mystère de l’existence. Pour me tolérer moi-même. Pour approcher tout ce qui se se trouve hors de moi. Si je veux comprendre ce qui me touche, ce qui me perturbe, ce qui m’angoisse, en bref, tout ce qui me fait réagir, je dois mettre des mots dessus. L’écriture est ma seule façon d’aborder et d’ordonner la vie. Autrement je m’effraierais, je me torturerais trop.

▪️La langue est le miroir, la métaphore principale. Parce que, dans le fond, la signification d’un mot, comme celle d’une personne est quelque chose de démesuré, d’ineffable.

Sans un sentiment d’émerveillement devant les choses, sans l’étonnement, on ne peut rien créer.

▪️Une langue étrangère, c’est comme un muscle frêle, , délicat. Si l’on ne sert pas, il s’affaiblît.

▪️Les livres sont les meilleurs moyens – privés, discrets, fiables – de dépasser la réalité.

▪️Celui qui n’appartient à aucun lieu spécifique ne peut, en réalité, retourner nulle part. Les concepts d’exil et de retour impliquent une origine, une patrie. Sans patrie et sans véritable langue maternelle, j’erre de par le monde, même à mon bureau. Finalement, je me rends compte que ce n’est pas un véritable jeu d’exil. Je suis exilée de la définition même d’exil.

▪️Dans chaque joie , il y a une douleur. Dans chaque passion fulgurante, un côté sombre.

▪️J’écris pour casser le mur, pour m’exprimer de manière pure. Quand j’écris, mon apparence, mon apparence, mon nom ne comptent pas. Je suis écoutée, sans être vue, sans préjugés, sans filtre. Je suis invisible. Je deviens mes mots et mes mots deviennent moi.

▪️Que cherchons-nous en lisant un roman, en regardant un film, en écoutant un morceau de musique? Nous cherchons quelque chose qui nous change, dont nous n’avions tout d’abord pas conscience. Nous voulons nous transformer…

Note: 5/5

Actes Sud, 2015, 160 p.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s