Un jour, une citation: Siri Hustvedt

… je demandais un livre et, sous la lumière silencieuse venue des hautes fenêtres se déverser sur moi, je lisais pendant des heures et il me semblait que j’étais devenue une créature purement potentielle, un corps transformé en un espace enchanté infiniment expansible, et tant que je restais là, à lire au son assourdi des pages tournées, des toux, reniflements et bruits de pas résonnants dans l’immense salle, et, plus rarement, d’un juron échappé dans un murmure, je trouvais refuge dans les cadences d’un esprit, quel qu’il fût, que j’empruntais provisoirement, immergée dans des phrases que je n’aurais pu avoir écrites ni imaginées et, même quand le texte était abstrus ou noueux ou hors de ma portée, et ceux-là étaient fort nombreux, je persévérais, prenais des notes, comprenant que ma mission nécessiterait des années, et non des mois. Si je pouvais me remplir la tête de la sagesse et de l’art des âges, je finirais, avec le temps, par m’augmenter moi-même, volume après volume, jusqu’à devenir cette géante que je voulais être. […] Dans la bibliothèque, j’avais des ailes. Siri Hustvedt « Souvenirs de l’avenir » Actes Sud, p.14-15.

(Photo: Bouquinerie, Louvain-la-Neuve)

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