PATRICK MODIANO « ENCRE SYMPATHIQUE » [Extraits]

▪️Il y a des blancs dans cette vie, des blancs que l’on devine si l’on ouvre le “dossier” : une simple fiche dans une chemise à la couleur bleu ciel qui a pâli avec le temps. Presque blanc, lui aussi, cet ancien bleu ciel. (Incipit) p.11

▪️J’ai toujours eu le goût de m’introduire dans la vie des autres, par curiosité et aussi par un besoin de mieux les comprendre et de démêler les fils embrouillés de leur vie- ce qu’ils étaient souvent incapables de faire eux-mêmes parce qu’ils vivaient leur vie de trop près alors que j’avais l’avantage d’être un simple spectateur, ou plutôt un témoin, comme on aurait dit dans le langage judiciaire. p.23

▪️Toutes ces paroles perdues, certaines que vous avez prononcées vous-mêmes, celles que vous avez entendues et dont vous n’avez gardé que le souvenir, et d’autres qui vous étaient adressées et auxquelles vous n’avez prêté aucune attention… Et quelquefois, au réveil, ou très tard dans la nuit, une phrase vous revient en mémoire, mais vous ignorez qui vous l’a chuchotée dans le passé. p.29

▪️Il y a des blancs dans une vie, mais parfois ce qu’on appelle un refrain. Pendant des périodes plus ou moins longues, vous ne l’entendez pas et l’on croirait que vous avez oublié ce refrain. Et puis, un jour, il revient à l’improviste quand vous êtes seul et que rien autour de vous ne peut vous distraire. Il revient, comme les paroles d’une chanson enfantine qui exerce encore son magnétisme. p.48

▪️Jamais Paris ne m’avait semblé aussi doux et aussi amical, jamais je n’étais allé si loin dans le cœur de l’été, cette saison qu’un philosophe dont j’ai oublié le nom qualifiait de saison métaphysique. p.61

▪️… ma vie, je la laissais s’écouler comme l’argent fou qui file entre les doigts. p.64

▪️Il y a des blancs dans une vie , et des éclipses de la mémoire. p.68

▪️Mais vous avez beau scruter à la loupe les détails de ce qu’a été une vie, il y demeurera des secrets et des lignes de fuite pour toujours. p.74-75

▪️Je crois qu’il est préférable de laisser courir sa plume. Oui, les souvenirs viennent au fil de la plume. Il ne faut pas les forcer, mais écrire en évitant le plus possible les ratures. Et dans le flot ininterrompu des mots et des phrases, quelques détails oubliés ou que vous avez enfouis, on ne sait pourquoi, au fond de votre mémoire remonteront peu à peu à la surface. Surtout ne pas s’interrompre, mais garder l’image d’un skieur qui glisse pour l’éternité sur une piste assez raide, comme le stylo sur une page blanche. Elles viendront après les ratures.p.76

▪️Comment démêler le vrai du faux si l’on songe aux traces contradictoires qu’une personne laisse derrière elle? Et sur soi-même en sait-on plus long, si j’en juge par mes propres mensonges et omissions , ou mes oublis involontaires? p.99

▪️Demain, ce serait elle qui parlerait la première. Elle lui expliquerait tout. ( explicit), p.137

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