CAROLINE VALENTINY « Il fait bleu sous les tombes »

Quatrième de couverture

« Enfant, lorsqu’il était en vie, il se couchait dans l’herbe, le soir, pour observer le ciel. Aujourd’hui, depuis son carré d’herbe étanche à la lumière, il a beau plisser les yeux, il ne peut plus rien voir. »

Jusqu’il y a peu, Alexis était vivant. A présent, il ne sait plus. Il perçoit encore la vie alentour, le bruissement des feuilles, le pas des visiteurs, et celui, sautillant, de sa petite sœur qui vient le visiter en cachette.

Il se sent plutôt bien, mais que fait-il là ? Il ne sait plus. Ses proches n’y comprennent rien non plus. Quel est le mystère d’Alexis? Qu’a-t-il voulu cacher à en mourir?

Caroline Valentiny explore le clair-obscur de l’existence dans un premier roman d’une subtilité et d’une douceur impressionnantes.

L’auteur

Caroline Valentiny est psychologue au sein de l’Université catholique de Louvain en Belgique. « Il fait bleu sous les tombes »est son premier roman.

Mon avis

Alexis a choisi de quitter cette terre et pourtant ses pensées perçoivent la vie qui continue. Pour ses proches, son adieu à la forme d’un point d’interrogation. Entre lui et eux, une frontière qui déchire l’atmosphère…

La détresse d’une mère au cœur nauséeux de questions sans réponses, la tendresse d’une petite sœur qui broie le coeur, un père qui n’arrête plus de travailler et Juliette, son amoureuse..

Un livre sensible et touchant abordant un sujet difficile et triste. Les personnages face au deuil. Et la petite fille perdue, au milieu de tout ça, qui émeut par sa sensibilité et sa tendresse. Un magnifique coup de cœur.

Extraits

▪️Quand votre enfant meurt, peu importe son âge, et même s’il était devenu presque un homme et que sa force vous émerveillait quand il vous serrait dans ses bras, il redevient le tout petit sur lequel vous étiez censée veiller, et vous savez soudain que vous avez failli, que le protéger était ce que vous auriez du faire, que c’était même la seule chose que la vie exigeait vraiment de vous, vous, sa mère.

▪️On débute en silence, sur terre, derrière le rideau des coulisses maternelles, on termine en silence, sous des rideaux de terre, l’âme évanouie, distraite.

▪️Elle ne pouvait pas chercher les traces de son corps. Elle cherchait celles de son cœur.

▪️La mort était cette hémorragie blanche qui le faisait douter de tout, de l’odeur des fleurs, de la couleur de la neige , du néant permanent qui s’était mis à recouvrir le souvenir des arbres, des routes et des semaines, de sa propre réalité, du fil de sa mémoire. Il voulait que le bleu l’emporte, mais le bleu se traînait.

▪️Alexis emportait avec lui son secret. Peut-être était-ce la lumière, un éclat bleuté dans la tombée du jour. Peut-être était-ce l’amour, peut-être le manque d’amour. L’appel intérieur d’une musique qu’il ne parvenait pas à jouer. L’ennui. Ou la peur. Ou le bruit. Le silence, il fallait qu’elle lui laisse la réponse. Il avait emprunté les marches et s’était jeté dans le vide, elle devrait désormais vivre avec cet impossible-là, ça n’ôtait rien à la grâce de ce qu’il avait été, à la grâce infinie de ce qu’il avait été.

▪️Elle emporterait les souvenirs, oh, ça oui, tous les souvenirs elle les prendrait, mais les traces elle les laisserait, elle les regarderait partir dans l’autre sens, vers un océan inconnu, il fallait bien.

▪️Il était né… Il y avait eu le ciel, les rires, les soirs d’hiver. Il y avait eu la musique et les caresses. Il y avait eu les livres et leurs trésors. Il y avait eu les peurs et les doutes. Il y avait eu tant et tant. Il avait tout reçu, une conscience, un corps, les battements de son cœur. Les odeurs, les détresses, l’amour. Tous ces instants désormais rassemblés au creux de la terre qui poursuivaient leur mémoire, reliés au soleil, à sa sœur, à ses proches, au bois des violoncelles, aux pages des histoires et comme tout le reste à l’univers immense. Tous ces instants qui ne se perdraient que pour mieux poursuivre leur marée vive…

Note: 5/5 💙💙💙

Albin Michel, 2020, 194 p.

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