SOPHIE DE BAERE « Les corps conjugaux »

Quatrième de couverture

« Au sommet du don, je pourrais sacrifier à cet homme jusqu’à ma propre vie et mes enfants. Comme je m’offrais autrefois à ma mère, aux jurys des concours, aux garçons des parkings: ce matin-là, dans cette mairie, je me donne tout entière. Je n’ai plus de défense, redeviens objet. Pourvu qu’il m’aime, Jean pourra faire de moi ce qu’il veut. »

Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans?

Portrait de femme bouleversant, histoire d’un amour fou, secrets d’une famille de province : ce texte fort et poétique questionne l’un des plus grands tabous et notre part d’humanité.

Mon avis

Ils s’aiment. Mais l’amour ne peut pas toujours s’imaginer ce que le destin réserve. Une révélation, un jour, détruit tout sur son passage… La tragédie s’empare alors de leurs existences … Et le drame peu à peu s’écrit.

Une histoire déchirante comme une tragédie grecque. Une histoire qui vous prend à la gorge, une lecture bouleversante dont on ne sort pas indemne.

L’amour, la culpabilité, les tabous, les choix impossibles, les jugements de la société … On s’interroge… Aimer, c’est aller jusqu’où?

Une superbe écriture pour un roman fort.

Extraits

▪️… mes moments de lecture. Si ce n’est les livres de cuisine ou les magazines télé, il n’y a pas de livres chez moi. Alors j’emprunte des romans au CDI ou à la bibliothèque de Bolbec. Et le soir, lorsque ma mère commence à s’endormir sur le fauteuil du salon, je ferme la porte de ma chambre et je les dévore à la lueur d’une lampe de poche. Pendant ces moments suspendus, j’oublie. J’oublie la Miss. J’oublie ce qui tisse ma vie; et je la rapièce à coups de destins et de mots lointains…Maman pourrait trouver ça utile voire dangereux. Elle dit souvent que les livres sont des illusions. Et même, l’apanage des fainéants. p.28-29

▪️Les mots qui surgissent de nos profondeurs sont d’une beauté tout autre. De celles qui rendent différent. De celles qui réparent et qui sauvent. Qui me réparent. Qui me sauvent, peut-être. p.46

▪️Il ne s’agit pas une promesse d’amour mais déjà d’un repère […] Il ne sera jamais la lueur hésitante, je sais déjà qu’il sera mon avenir. Partout. Tout le temps. Dans les endroits hostiles comme en bordure des noirs silences. p.50-51

▪️L’éducation par la crainte laisse des habitudes tenaces. p.68

▪️… l’absence d’un enfant est une omniprésence. Déchirante. Inconsolable. p.107

▪️Il est des lieux qui collent à l’émotion du moment. p.109

▪️Quand vous prenez une décision courageuse, les gens, surtout les plus proches, vous applaudissent. Puis ils rejoignent leur quotidien et ils oublient. p. 143

▪️… une héroïne tragique. La beauté sombre d’un drame. C’est tout ce qui me reste au fond. p.194-195

▪️… la lecture. Tu dis souvent qu’à part ton amour pour moi, c’est tout ce qu’il te reste. Se nourrir des mots et des vies des autres. S’oublier entre les lignes, dans les méats de la fiction. p.285

▪️Au fond de moi, je sais que mon amour pour toi n’a pas mis les voiles et il ne les mettra jamais. Il sera toujours là, en chacun de mes jours. Il danse à mes lèvres, sur mes épaules et jusque sous mes ongles. Le grand amour ne passe pas. Il continue de battre en chacun de ceux qu’il a élus, tapi près du cœur. Jusqu’à la fin. p.292

▪️L’existence n’est finalement faite que de mots. Ce sont qui subliment ou qui noircissent les destins. Ils agissent et décident, font et défont l’appétit et le désir. Ils peuvent tout répéter à l’infini. Bonheur et malheur. Guérison ou blessure. Il y a aussi les mots qui ne passent pas et ceux qui nous dépassent. À moi, les mots ont souvent manqué. p.299

▪️… comme un livre trop puissant qu’on doit reposer de temps à autre. Pour être capable d’en poursuivre la nécessaire lecture. p.301

▪️On peut polir les mots mais pas les silences. Ils nous échappent et nous révèlent. p.315

Note: 5/5 💙

Lien: Sophie de Baere « La dérobée »

J.C. Lattès, 2020, 352 p.

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