ARMANDE RAHAGA « Ne lui parle pas d’elle »

« On dit qu’on ne peut pas manquer de quelque chose

que l’on a pas connu. Pourtant l’amour manque toujours. »

Quatrième de couverture

Isolée dans son univers, Ann vit avec le fantôme d’Hélène, cette mère qu’elle n’a jamais connue. Il ne lui reste que quelques souvenirs effacés et des rêves palpables. Elle navigue entre ces sensations et y trouve souvent l’inspiration pour écrire.

Le jour où le doute s’installe autour de la mort de sa mère, elle se met en route à la recherche de son histoire.Les rencontres et les récits donnent à Hélène plusieurs visages. Égarée entre le réel et la fiction, Ann s’enfonce alors dans l’opacité de sa propre identité.

Déconcertant roman initiatique « Ne lui parle pas d’elle » embarque le lecteur dans une quête de la vérité, entre présences oniriques et secrets de famille. La plume d’Armande Rahaga trace des personnages criants d’authenticité et d’élan vital.

L’auteur

Née en 1991, Armande Rahaga réside dans le sud de la France, où elle a étudié les sciences du langage et de la communication. En 2019, elle remporte un prix pour une de ses nouvelles. Elle continue dans la voie littéraire en publiant ce premier roman plein de promesses.

Mon avis

Sa vie, c’est écrire. Elle a arrêté de vivre pour écrire. Et ce rêve d’écriture, elle veut le poursuivre, elle le lui a promis… D’elle, elle ne sait rien ou si peu. Qui est cette femme qui fut sa mère? Un mystère, une absence, un vide monstrueusement vaste et creux. Une feuille manuscrite virevolte dans un courant d’air… Un vertige, et c’est le début d’une quête, à la découverte du passé, à la recherche de son histoire.

Un livre sur les choix: les choix que l’on fait en croyant bien faire, les choix dont le poids est parfois trop lourd à porter, les choix que l’on fait par amour, les choix qui conditionnent la vie des autres, les choix qui bouleversent l’avenir, les choix qui deviennent silence et rendent à jamais inconsolable. Et puis les mauvaises rencontres, les vérités cachées, les mensonges et les non-dits. Et ces traces du passé qui hantent la vie et risquent de vous changer. La volonté d’écrire elle, demeure, plus forte que tout…

De belles pages sur la création littéraire…

Une très jolie écriture pour un beau premier roman. Une splendide découverte et une plume à suivre!

Extraits

▪️On dit qu’on ne peut pas manquer de quelque chose que l’on a pas connu. Pourtant l’amour manque toujours. p.53

▪️La violence d’un amour arraché et inconsolable manque à sa vie. Sans la folie et la souffrance de l’amour, elle a raté tellement de trains et de rencontres. Elle manque d’aimer. Elle a le cœur qui brûle. Tout ce qu’elle veut, c’est souffrir de l’amour et en mourir. p.53

▪️La vie n’apporte pas de belles choses, elle apporte le poids des événements, et chacun tente de jouer avec. Personne n’est épargné jamais. p.107

▪️Les non-dits et les tabous façonnent et dispersent parfois les familles. p.129

▪️La vie est imprévisible, mais c’est aussi une boucle qui se referme sur elle-même. La vie est comme un roman, et j’ai choisi d’arrêter de vivre pour écrire. p.168

▪️Écrire pour moi c’est vital, ce n’est pas seulement une façon de s’exprimer, c’est simplement vital. C’est douloureux, c’est angoissant, quelquefois, je me perds dans des endroits de mon esprit que je n’ai pas encore apprivoisés. p.169

▪️Tu es devant ta feuille blanche et tu écris, tu écris et tu décris les feuilles mortes aux couleurs orangées, un lieu imaginaire dans lequel tu n’avais pas prévu d’aller, et ton cœur de met à battre et tes doigts glissent sur le clavier jusqu’au moment où tu arrives en haut d’une montagne, tu as passé les bois sombres, les cailloux qui dégringolaient sous tes pieds et ralentissent ta marche sur les chemins pentus, tu es juste au sommet, au-dessus des nuages, et tu respires avant que l’air redevienne asphyxiant. C’est très court, et c’est intense. p.169

▪️Mais on souffre de ce qu’on ne connaît pas, et c’est peut-être la pire des douleurs qui existe. p.174

▪️Tu sais débuter un roman est l’une des choses les plus difficiles que j’ai eu à faire dans ma vie. La première phrase doit être un vol plané. L’omniscience. Tu es toute-puissante, tu vas créer et bouleverser des destins. Tu dois commencer par une atmosphère, un paysage, un regard qui annonce des événements à venir. Je n’ai jamais fait les choses comme on est censé les faire. J’ai souvent préféré commencer mon récit par l’entrée, directe et sans détour, dans la tête d’un personnage. Je n’ai aucune idée d’où l’action va se dérouler ou comment les événements vont modifier la vie des femmes et des hommes que je vais créer. Mais je connais parfaitement leurs visages et leurs démarches, avant même d’avoir commencé à écrire, j’entrevois leurs doutes, leurs buts et leurs forces. Ils accompagnent mes rêves et créent des souvenirs. Je sens que je perds le contrôle sur mes propres pensées et ils se mettent à envahir mon quotidien, si bien que je finis par voir à travers leurs yeux, je touche avec leurs mains, ils m’habitent à plusieurs quelquefois. Et quand j’écris enfin, je ne suis plus moi-même depuis longtemps. Je suis contrainte de vivre la vie réelle et leurs vies rêvées en même temps. Je me sens entre deux mondes, sans jamais réussir à faire le choix de l’un ou de l’autre. Il me faut pourtant choisir sans cesse entre le monde des vivants et ce qui me semble être celui des morts. L’imaginaire et le réel sont similaires à mes yeux. J’essaie tant bien que mal d’amarrer au bon endroit et au bon moment. p.232-233

Note: 4,5/5

180° éditions, 2020, 240 p.