SARAH BARUKH « Envole-moi »

« Envole-moi, envole-moi, envole-moi

Loin de cette fatalité qui colle à ma peau

Envole-moi, envole-moi

Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots »

Quatrième de couverture

À presque quarante ans, Anaïs a réinventé sa vie à Nice, loin de la grisaille du 19e arrondissement parisien où elle est née. Lorsque Marie, son amie d’enfance, la contacte après une longue absence, des souvenirs enfouis rejaillissent. Les années 90, lorsque le rap et le basket galvanisaient les cours de lycée et le racisme sévissait déjà. Cette amitié bancale, où Marie semblait décider de tout… Et le drame qui les a séparées. Le temps d’un week-end improvisé, les deux femmes affronteront leurs fantômes pour tenter de se retrouver. Grâce à des personnages d’une vérité poignante, Sarah Barukh, l’auteure de « Elle voulait juste marcher tout droit », nous plonge au coeur de l’adolescence et de ses stigmates, explorant dans ce roman troublant le poids du passé et la nécessité de s’en libérer pour pouvoir être soi-même.

Mon avis

Seule à Nice, son mari étant en voyage, Anaïs, traverse une épreuve douloureuse et éprouvante. C’est le moment que choisit son amie d’enfance, Marie, pour la recontacter après des années de blanc. Leurs routes se sont séparées un jour de 1993, l’année du drame…

Un road trip, une parenthèse de deux jours, et le poids du passé qui les a séparées. Deux jours pour retourner dans les pas de ces adolescentes et de leur amitié. Une amitié de celle qu’on croit pour la vie jusqu’à l’inévitable séparation.

Thelma et Louise ne sont pas bien loin…

Un roman qui raconte les années 90. L’adolescence et ses amitiés, parfois toxiques; l’adolescence et ses malaises; l’adolescence, ses solidarités et ses rivalités inavouées; l’adolescence et sa violence; mais aussi le racisme, le drame de l’excision et la radicalisation.

Et puis, la musique et « Envole-moi » de Jean Jacques Goldman…

Une très, très belle découverte, une écriture directe et moderne. Des personnages touchants !

Et comme une envie de lire les précédents romans de cette auteure!

Extraits

▪️Notre quotidien avait beau faire de nous des étrangers, nos voix ravivaient toujours notre proximité à nouveau intacte. p.102

▪️Mais je savais désormais que les rêves étaient de la dentelle. Quelque chose de doux et délicat mais qui ne suffit pas à tenir chaud dans le froid de l’existence. p.121

▪️Seuls les livres nous liaient. Ma mère les dévorait, comme moi, chacune dans son coin. Et quand je voulais me rapprocher d’elle en évitant les sujets qui fâchaient, je lui proposais qu’on échange les derniers romans qui nous avaient plu. On se laissait quelques semaines et on se rappelait pour commenter. Les histoires n’étaient bien sûr jamais prises au hasard. Nous comprenions les messages que véhiculaient ces héroïnes mourant de vanité, celles que leur orgueil empêchait de vivre, celles encore qui devaient tout quitter pour pouvoir être elles-mêmes… Nous défendions nos ambassadrices. Les arguments n’étaient pas toujours convaincants, mais c’était notre point de rencontre. p.238-239

▪️Qu’elle que soit l’époque, l’adolescence charriait la même violence. Un âge ingrat qui traversait les générations en laissant des traces qu’une vie entière ne suffisait pas toujours à effacer. p. 291

▪️Soudain au loin, vers l’Italie, se dessine un arc-en-ciel. Des larmes chaudes coulent le long de mes joues….

Note: 5/5 💙

Albin Michel, 2020, 304p.

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