ERRI DE LUCA « Le tour de l’oie » [Extraits]

Extraits

▪️L’espace d’un tiers de seconde, les paupières descendent brusquement sur les yeux . Environ quinze fois par minute. La vue ne s’interrompt pas, car le cerveau réunit les points lumineux. C’est ce que doivent faire ces lignes, courir sans percevoir les points, les alinéas. La ligne à lire doit se situer entre deux battements de cils. p.9

▪️Je te raconte un peu de la vie qui a filé. p.12

▪️[les histoires]… Elles ne sont pas à moi, elles appartiennent à la vie et au vocabulaire, moi je les mets ensemble. Seul me revient le droit d’assemblage. p16

▪️La liberté est une ruelle étroite… p.24

▪️Ce qui m’importe c’est la page qui me tient éveillé pendant que je l’écris, non pas celle déjà écris, jamais plus relues. p.42

▪️Je lis à la manière des navigations, je passe au large de promontoires. p.43

▪️Telle est ma façon de lire, l’ajout personnel qui change le résultat. Chaque livre se prête à la variante de celui qui le lit. En tant que lecteur, je sais qu’entre l’auteur et moi le rapport est à égalité, un à un. p.44

▪️En tant qu’écrivain, c’est la faculté de parole qui me revient. Je l’écris, je la prononce, j’agis en haut-parleur de moi-même et de certaines parties leseees, qui ne sont pas écoutées. p.48

▪️La vie se concentre dans des pages, elle se densifie, comprime les années en lignes, les villes en centimètres et pourtant on la retrouve. p.107

▪️Un mot en amène d’autres par association, chez un lecteur comme chez un auteur. p.107-108

▪️Celui qui lit ou qui écoute n’est pas un récipient vide à remplir, mais un multiplicateur de ce qu’il reçoit. Il ajoute ses propres images, souvenirs, objections. p.108

▪️L’écriture est mon aujourd’hui et je suis content qu’elle soit quelque part, l’aujourd’hui d’un lecteur. p.113

▪️On est accompagnés de signes, y prêter attention est un point en faveur de celui qui raconte, parce qu’il offre une explication. p. 140

▪️… je veux être un lecteur. J’ai lu tellement plus de pages que je n’en ai écrit. p.143

▪️Je ne pense pas à mes vies parallèles non vécues, mais aux histoires que je n’ai pas racontées. p.151

▪️Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. p.160

▪️En littérature, l’indescriptible n’existe pas. Ce n’est pas un acte de foi envers les mots. C’est l’étincelle de bonheur qui libère de l’enthousiasme quand on trouve les bons. p.160

. .

« Chi legge o ascolta non

è un recipiente vuoto da riempire,

ma un moltiplicatore di quello

che riceve. Aggiunge di suo immagini,

ricordi, obiezioni. »

. .

Quatrième de couverture

«Une fois interrompue la série des naissances, j’étais un rameau sans bourgeon ou, comme dit un de mes amis pêcheurs : un rocher qui ne fait pas de patelles. Je te parle à toi ce soir qui n’est même pas celui-ci. C’est un soir. Toi, tu es là, plus vrai, plus proche et consistant que le plafond. Je te parle à toi et non à moi-même. Je le sais parce qu’avec moi je parle napolitain.»

Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfants, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence évanescente apparaît à ses côtés, qui évoque le profil du fils qu’il n’a jamais eu. L’homme imagine lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l’engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité se transforme en introspection, le monologue évolue en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livrent sans merci.

L’auteur

Erri De Luca, né à Naples en 1950, est écrivain, poète et traducteur. Il est l’auteur d’une oeuvre abondante, publiée par les Editions Gallimard et partout dans le monde, dont les romans « Montedidio » (2002, prix Femina étranger) et « Le poids du papillon » (2011) ou plus récemment « La nature exposée » (2017).

Titre original

« Il giro dell’oca »

Traduction

Danièle Valin,

Gallimard, 2019, 176 pages

Une réflexion sur “ERRI DE LUCA « Le tour de l’oie » [Extraits]

Répondre à Matatoune Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s