Un jour, une citation: Mona Ozouf

Pourquoi la littérature ? Parce que la littérature nous pourvoit de dons que nous n’avons pas. Elle nous pourvoit immédiatement de l’ubiquité. Grâce à la littérature, nous vivons dans des pays, des villes où nous n’avons jamais posé le pied. Grâce à la littérature, nous pouvons reculer vers des époques révolues. Il y a une sorte d’immense liberté que donne la pratique des livres, et que nous n’avons pas. La démultiplication de l’existence dans la littérature est une chance précieuse. Mona Ozouf « Pour rendre la vie plus légère (les livres, les femmes, les manières) « , Stock.

(Photo: Cook and Book, Bruxelles)

Un jour, une citation: Julian Barnes

Ce sont les romans qui disent le plus de vérité sur la vie : ce qu’elle est, comment nous la vivons, quel sens elle pourrait avoir, comment nous la goûtons et l’apprécions, comment elle tourne mal et comment nous la perdons. Les romans parlent à et émanent de tout ce que nous sommes – esprit, cœur, œil, sexe, peau, conscient et subconscient. Ils disent ce que c’est que d’être un individu, ce que signifie faire partie d’une société, ce que signifie être seul. Seul et pourtant en compagnie: telle est la position paradoxale du lecteur. Seul en compagnie d’un écrivain qui parle dans le silence de notre esprit. Et – autre paradoxe – cela ne fait aucune différence que cet écrivain soit vivant ou mort. Le roman rend des personnages qui n’ont jamais existé aussi réels que nos amis et des écrivains morts aussi vivants qu’un présentateur de télévision. Julian Barnes « Par la fenêtre »

(Photo: Librairie Tulitu, Bruxelles)

Un jour, une citation: Julia Kerninon

Comme des repères, les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher (…) dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout. Julia Kerninon « Une activité respectable » Éditions La Brune au Rouergue.

(Photo: Bouquinerie, Saint-Gilles)

BERNARD CAPRASSE «  Le cahier orange »

Quatrième de couverture

New York, 24 janvier 1990.

Anton, avocat réputé, contemple les cercueils de ses parents, posés à même le sol, indifférent à la foule qui se presse dans la cathédrale Saint-Patrick.

Renval en Ardenne, 9 septembre 1944.

Des maquisards attaquent deux chars allemands.

Entre les deux événements: un cahier orange dont la lecture va bouleverser la vie d’Anton et l’entraîner vers sa part d’ombre.

« Olga, sais-tu qui tu aimes? »

L’auteur

Ancien avocat successivement aux barreaux de Bruxelles et de Marche-en-Famenne, Bernard Caprasse a été Gouverneur de la Province de Luxembourg. Auteur de théâtre, il signe ici son premier roman.

Mon avis

Un cahier orange et dans ce cahier, une première phrase: « Olga, sais-tu qui tu aimes? »

Le début d’un roman… Un roman, une écriture, celle de sa mère…

Et l’histoire d’une jeune fille, Olga, à Renval, dans les Ardennes belges durant la seconde guerre mondiale…

Un récit, un secret et le début d’une enquête, qui bouleversera la vie d’Anton, avocat à New-York…

Un roman bouleversant… Une histoire passionnante! Un livre inoubliable! Une écriture magnifique! Un premier roman à lire absolument! En un mot, un énorme coup de cœur!

Extraits

▪️On ne construit rien de durable s’il n’y a que la passion, Anton. Elle peut te foudroyer.

– Et quel est le paratonnerre?

– La raison. p.12

▪️Être amoureux sans raison, oui… c’est sublime. Mais il vaut parfois mieux trouver des raisons d’aimer. Tu vois, moi, je crois que c’est le plus sûr moyen de bâtir quelque chose de fort, quelque chose qui dure. Évidemment, c’est moins romantique. p.12-13

▪️Si les jours de funérailles sont douloureux, les lendemains sont cruels. Ils installent l’absence. Elle vous cueille au détour d’une porte, d’un lit, en présence d’un vêtement. p.23

▪️Sur l’un des murs de la pièce principale quelques planches posées sur des tiges de fer servaient d’étagères. J’y avais rangé mon trésor, mon seul luxe: mes livres. « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, que nous avions analysé en classe , des romans de François Mauriac et, sacrilège, d’André Gide, cet écrivain sulfureux. Marc m’avait prêté nombre de ces ouvrages à l’époque du lycée. Je ne lui avais jamais rendus… J’en avais acheté quelques-uns à bon compte auprès du tenancier de la procure de l’école , un abbé desséché et sans joie. Il me les avait conseillé pour « leur haute élévation morale » . René Bazin, catholique d’abord, romancier ensuite avait sa préférence, nullement la mienne, mais enfin c’était des livres et j’aurais lu n’importe quoi… La lecture serait souvent mon refuge lors de ces années épouvantables. p.46-47

▪️Le hasard, ce faiseur de circonstances. p.86

▪️La justice, c’est la vengeance apprivoisée.

Note: 5/5 💙💙💙

Weyrich Édition, collection Plume du Coq, 2020, 392 p.