CORINNE ERNAULT « La maison d’autres »

Quatrième de couverture

Quand Hugo, mystérieux intermittent du spectacle, pose ses valises dans le colombier de La Sauvageonne, maison d’hôtes provençale de Jeanne, le bel équilibre de celle-ci commence à s’effriter. Qui est cet homme qui fait resurgir l’histoire familiale? Bientôt, les secrets de Misia, la grand-mère fantasque et de Tania, la mère trop tôt disparue, sortent des tiroirs, dans un tourbillon de billets de banque oubliés. Les souvenirs et les regrets aussi. Pourquoi Hugo est-il venu? Jeanne va-t-elle sortir indemne de ce voyage dans ses souvenirs? En quelques jours, la vérité dévoilée va recolorer les clichés en noir et blanc du passé.

Mon avis

La Sauvageonne, une maison d’hôtes en Provence. Une maison que Jeanne a hérité de sa grand-mère, Misia. Une maison, et le passé qui bientôt refait surface avec ses secrets, ses non-dits. Peu à peu le puzzle se recompose, et la vérité surgit des tiroirs comme les billets de banque oubliés, un peu partout dans la maison. Et puis l’arrivée de Hugo, un homme mystérieux, un inconnu qui déposera ses valises dans le colombier encore en chantier…

Une très jolie lecture, sur les secrets, les vérités qu’on cache pour protéger, les drames de la vie, les histoires de famille, les destins qui bouleversent et ces silences plus bruyants que les mots … Des personnages très attachants, et une écriture poétique et maîtrisée. La Provence en toile de fond et une maison d’hôtes où l’on aimerait séjourner. Un coup de cœur…

Extraits

▪️Les histoires de famille, c’est parfois si douloureux qu’il vaut mieux entrer dans le passé avec les ballerines légères de la nostalgie plutôt qu’avec les gros godillots de la mélancolie.

▪️Qu’est-ce qu’un non-dit? Un silence coupable muré dans la perpétuité de la honte.

▪️Nous continuâmes à marcher sans but précis. Nos mots étaient le chemin à suivre. Nos arrêts étaient la ponctuation de cette conversation.

Note: 5/5 💙

Corinne Ernault, 212p.

Un jour, une citation: Fanny Ardant

Je trouve que la littérature, la grande littérature est révolutionnaire. Elle est vraie, elle vous aide à vivre. Quand on va dans une bibliothèque, tout d’un coup, je ne sais pas pourquoi, à cause du verbe, de la forme et du fond, on ne se sent plus tout seul. Il y a des livres qui racontent juste une histoire. Et il y a une littérature qui vous fait progresser dans votre réflexion, dans la vie. Fanny Ardant (Entretien – 2018)

(Photo: Libreria Ubik, Torino)

JACQUES DE SAINT VICTOR « Casa bianca »

Quatrième de couverture

Ils pourraient jouer dans un film de Nanni Moretti. Michela est italienne, lui, le narrateur, français. À la cinquantaine, ils ne supportent plus de voyager « en touriste »: chaque séjour à l’hôtel menace de se terminer par une catastrophe conjugale. Une seule solution: s’enraciner, chercher le jardin d’Eden.

Ils pensent le trouver dans un couvent en ruine, un morceau de pierre dans les Pouilles, près de Lecce, légué par ses parents à Michela. Mais le couple n’est pas au bout de ses surprises. Lui, le spécialiste de la mafia, découvre que le couvent abrite un cercle de jeu très étrange. Comment le déloger? Serait-il aux mains de gangsters locaux? Le village a été l’une des forteresses de la Sacra Corona, la mafia locale. Les voisins le rassurent: « Tout ça, c’est du passé. Maintenant, la mafia ici, c’est fini! » Les deux amoureux se lancent dans la restauration du couvent. L’amour rend aveugle, celui des vieilles pierres aussi. Après le purgatoire, on touchera peut-être le paradis…

Avec humour, Jacques de Saint Victor nous raconte les tribulations d’un couple décalé et rocambolesque dans cette Italie du Sud, mystérieuse et sensuelle. Casa Bianca est une méditation sur le temps, l’enfance et le rêve universel d’une maison à soi.*

Mon avis

Deux universitaires, écrivains, elle italienne, lui français, décident de restaurer un ancien couvent dans le Sud de l’Italie. Et d’en faire un lieu à soi: « un petit port solide sur cet océan déchaîné ». De vieilles pierres qui se restaureront à coup de « non c’è problema » et un voyage à la découverte de ces terres ancestrales, mystérieuses et ensoleillées. À la découverte aussi de l’histoire et des traditions de ces terres, imprégnées par l’esprit des Anciens. Et le « diario » (journal) d’un « zio », témoignage de toute une époque, que l’on découvre dans un vieux coffre-fort dont personne n’a plus la clef…

Une pointe d’humour, une pointe d’érudition font de cette lecture, une très très belle lecture. Une bouffée de soleil au milieu de l’hiver et de sa grisaille. Aux couleurs de l’Italie. On prendrait bien la route vers ce sud enchanteur..

Extraits

▪️Ce n’étaient donc pas toujours le temps qui embellissait les souvenirs et produisait l’es navrant « c’était -mieux-avent ». Les choses changeaient aussi. Et pas toujours en bien.

▪️On ne choisit jamais tout à fait. Un jour, un lieu vous saisit.

▪️Il arrive parfois dans la vie que les gens sur lesquels nous comptons le moins nous rendent un fier service, alors que ceux qui semblent les plus fiables se révèlent incapables du moindre coup de pouce.

▪️Si stava meglio quando si stava peggio.

▪️ « On est vraiment bien ici. » […] « Tu serais devenu sentimental? » J’étais juste content d’avoir trouvé un petitport solide sur cet océan déchaîné, […]. Une terre rassurante ou je pouvais faire la paix avec moi-même.

▪️… cette maison où j’ai passé une partie de mon enfance. Jamais je n’aurais pensé y revenir. Les souvenirs que j’en garde ne sont pas toujours joyeux ; c’est aussi une maison hantée par des secrets. Mais je sais qu’il faut parfois revenir sur les lieux de son passé et ouvrir les armoires pour faire la paix avec soi-même.

Note: 5/5

Éditions des Équateurs, 2019, 398p.