Un jour, une citation: José Saramago

🇫🇷 On apprend presque tout en lisant, […] chacun invente sa propre façon, certains passent leur vie à lire sans jamais réussir à dépasser le stade de la lecture, ils restent collés à la page, ils ne comprennent pas que les mots sont comme des pierres placées en travers d’une rivière pour en faciliter la traversée, elles sont là pour que nous puissions parvenir sur l’autre rive, c’est l’autre rive qui importe […] Sauf si ces fameuses rivières ont plus de deux rives, sauf si chaque personne qui lit est elle-même sa propre rive et si la rive qu’elle doit atteindre lui appartient en propre. » José Saramago « La caverne »

🇮🇹 Leggendo, si viene a sapere quasi tutto, […] ciascuno inventa la propria, quella che gli sia più consona, c’è che passa tutta la vita a leggere senza mai riuscire ad andare al di là della lettura, restano appiccicati alla pagina, non percepiscono che le parole sono soltanto delle pietre messe di traverso nella corrente di un fiume, sono lì solo per farci arrivare all’altra sponda, quella che conta è l’altra sponda, […] A meno che quei fiumi non abbiano due sole sponde, ma tante, che ogni persona che legge sia, essa stessa, la propria sponda, e che sia sua, e soltanto sua, la sponda a cui può arrivare. José Saramago « La caverna »

(Photo: Bouquinerie, Bruxelles)

Un jour, une citation: Goliarda Sapienza

🇫🇷 Il n’y a rien à faire, comme disait ma mère, tous les dix ans il faut relire les livres qui nous ont formés si l’on veut mener à bien quelque chose. Goliarda Sapienza « L’art de la joie »

🇮🇹 Non c’è niente da fare, come diceva mia madre, ogni dieci anni bisogna rileggere i libri che ci hanno formato se si vuol venire a capo di qualcosa. Goliarda Sapienza « L’arte della gioia »

(Photo: Bouquinerie, Paris)

Un jour, une citation: John Williams

🇫🇷 Il se promenait dans les rayonnages de la grande bibliothèque de l’université parmi des milliers de livres et inhalait cette odeur de renfermé, de cuir, de toile et de papier jaunissant comme le plus exotique des encens. Parfois il s’arrêtait, sortait un ouvrage des rayons et le tenait un moment dans ses grandes  mains tout émues de manipuler un objet si peu familier. La reliure, le dos, les planches si dociles… Puis il le feuilletait et attrapait un paragraphe ici ou là… Ses doigts malhabiles tournaient les pages avec le plus grand soin, terrifiés qu’ils étaient à l’idée d’abîmer ou de déchirer ce qu’ils avaient eu tant de mal à découvrir. John Williams « Stoner »

🇮🇹 Vagava per i corridoi della biblioteca dell’università, in mezzo a migliaia di libri, inalando l’odore stantio del cuoio e della tela delle vecchie pagine, come se fosse un incenso esotico. Certe volte si fermava, prendeva un volume da uno scaffale e lo teneva per un istante tra le sue manone, che vibravano al contatto ancora insolito con il dorso e il bordo e le pagine docili. Poi cominciava a sfogliarlo, leggendo qualche paragrafo qua e là, e le sue dita rigide giravano le pagine con infinita attenzione, quasi timorose di distruggere, con la loro rozzezza, ciò che avevano scoperto con tanta fatica. John Williams « Stoner »

(Photo: Libreria Achille, Piazza Vecchia, 4, 34121 Trieste, Italie)

Un jour, une citation: Dorian de Meeûs

Assis dans notre fauteuil, même seul, les livres nous ouvrent au monde, à l’autre, à l’inconnu. Dans un monde effréné qui distrait notre attention, où le silence paraît parfois angoissant, un moment de lecture peut offrir un feu d’artifice d’émotions. Rien ne vaut une subtile et juste métaphore, une phrase merveilleusement équilibrée, un personnage qui nous ressemble, un autre qu’on aime détester, un amour impossible ou une histoire envoûtante. Bref, rien ne vaut les joies des mots qui nous emportent. Dorian de Meeûs , édito « Le temps d’un flirt » du supplément  » De literatuur du Nord au Sud » – La Libre Belgique du 11 février 2019.

(Photo: Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)

MICHÈLE LESBRE « RENDEZ-VOUS À PARME »

Quatrième de couverture

RENDEZ-VOUS A PARME. Dans les cartons de livres que lui a légués Léo, un vieil ami avec qui elle partageait la passion du théâtre, la narratrice découvre un exemplaire de La Chartreuse de Parme. Les premières pages la ramènent à l’été de ses quatorze ans, quand un homme de l’âge de son père lui lisait le roman à haute voix sur une plage. A la fin de la saison, il lui avait murmuré : « Quand vous serez plus grande, vous irez à Parme, il faut lire ce roman de Stendhal à Parme. » Des années plus tard, elle décide d’obéir à cette affectueuse injonction. Laissant désemparé l’homme qu’elle vient de rencontrer, elle prend seule le train pour l’Italie. Dans la sereine ville de Parme, la ferveur de ses préparatifs s’est évanouie. Mais, lorsqu’elle pénètre dans le théâtre Farnèse, son voyage soudain revêt un autre sens : sur la scène vide, défilent les silhouettes absentes dont les spectacles ont tant compté. Patrice Chéreau, Philippe Clévenot, Vàclav Havel, Tadeusz Kantor, Peter Brook et tant d’autres l’emportent dans une belle sarabande. Plutôt que celles, bien loin, de La Chartreuse de Parme, elle est venue suivre ici les traces d’un passé qui lui est essentiel. Le théâtre dès lors guide sa mémoire, envahit son séjour, l’apaise, et l’entraîne vers le présent. Quand, sur une impulsion, elle demande à son amant parisien de la rejoindre, un autre voyage peut commencer… Rendez-vous à Parme est un roman lumineux sur le désir, une invitation à vivre, comme au théâtre, tous les possibles.

L’auteur

Michèle Lesbre vit à Paris. « Rendez- vous à Parme » , son douzième livre chez Sabine Wespieser éditeur, renoue avec la veine romanesque du « Canapé rouge » (2007) ou de « Écoute la pluie » (2013)

Mon avis

Laure aime le théâtre. Cette passion l’unissait à Léo, qui vient de lui léguer six cartons de livres. Parmi les livres, elle découvre « La Chartreuse de Parme » de Stendhal. Un souvenir lui revient. Un été sur une plage normande et la lecture que lui faisait de ce livre un homme qui avait perdu sa fille. Il lui avait dit: « Quand vous serez plus grande, vous irez à Parme, il faut lire le roman de Stendhal à Parme. »

Son exemplaire de « La Chartreuse  » en poche, elle prend un train pour l’Italie, laissant l’homme qu’elle vient de rencontrer… Les souvenirs affluent, le passé revit au fil des jours. Le théâtre… Et puis une invitation aussi soudaine que surprenante…

Ce livre a le charme d’un voyage en Italie sur les traces des souvenirs. Parme, Bologne, Turin, le lac de Côme… autant de lieux, autant de souvenirs…

L’écriture est magnifique: poétique et douce. Une invitation à relire Stendhal, que j’ai saisie sur le champ! Une invitation à lire certains auteurs italiens aussi. Une lecture qui entraîne d’autres lectures: tout ce que j’aime. Un énorme coup de coeur!

Extraits

♡ Voilà les livres dont je me souviendrai au paradis, ils sont pour toi. 

♡ C’était un tout autre roman, je l’habitait avec bonheur, comme retranchée en un temps suspendu où l’histoire se mêlait à la vie.

♡ L’amour comme une sorte de voyage. L’amour n’est- il pas un voyage?

♡ Stendhal écrivait sans doute son roman avec en tête les bouleversements de 1831, à Modène, même s’il se termine un an avant, et c’était ce que j’aimais, cette façon d’évoquer l’histoire à travers la vie et les sentiments.

♡ La littérature est le grand théâtre du temps.

♡ Nos vies sont peuplées d’ombres flottantes.

♡ En m’endormant, je pensais que les commencements avaient jalonné ma vie […] et que j’aimais follement ces commencements. Je n’avais peut- être rien su faire d’autre que de succomber au charme de ce qui survient, l’inattendu, le merveilleux cadeau du hasard. Je m’étais perdue souvent, mais ces perpétuelles improvisations me construisaient. 

♡ Il y a des villes pour les chagrins et d’autres pour le bonheur, parfois ce dont les mêmes.

Note: 5/5💙💙

Sabine Wespieser Éditeur, 2019, 116 p.

Un jour, une citation: Marcel Proust

🇫🇷 Dans l’espèce d’écran diapré d’états différents que, tandis que je lisais, déployait simultanément ma conscience, et qui allaient des aspirations les plus profondément cachées en moi-même jusqu’à la vision tout extérieure de l’horizon que j’avais, au bout du jardin, sous les yeux, ce qu’il y avait d’abord en moi de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c’était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre. Marcel Proust « À la recherche du temps perdu » « Du côté de chez Swann  »

🇮🇹 In quella specie di iridescente schermo di stati diversi che la mia coscienza, mentre leggevo, dispiegava simultaneamente, e che spaziava dalle aspirazioni più profondamente nascoste dentro di me sino alla visione affatto esteriore dell’orizzonte che si offriva ai miei occhi dal fondo del giardino, quel che c’era innanzitutto e più intimamente dentro di me, la leva in continuo movimento che governava tutto il resto, era la mia fede nella ricchezza filosofica nella bellezza del libro che leggevo e il mio desiderio di appropriarmele, indipendentemente dall’identità del libro stesso. Marcel Proust « Alla ricerca del tempo perduto » « Dalla parte di Swann »

(Photo: Cook and Book, Place du temps libre, 1, 1200 Bruxelles)