Fabienne Blanchut « Maman ne répond plus!»

Quatrième de couverture

A 62 ans, Zabou s’apprête à célébrer son anniversaire. Pour l’occasion, tous ses proches sont réunis: Michel, son mari passionné (essentiellement de vélo), Louise et Benjamin, ses enfants attentifs (surtout à eux-mêmes), Paul, Léa et Clara, ses petits-enfants aimants (les biberons et les pistolets à eau) et Nicoucou, son amie fidèle (à ses tee-shirts voyants et à son franc-parler légendaire). L’esprit a beau être à la fête, Zabou ne peut réfréner son envie de se réfugier dans le cellier pour pleurer et avaler des bonbons par poignées.

Après des années à s’être consacrée aux autres, elle semble désormais tout juste bonne à accompagner son mari sur les routes du Tour de France et à garder les plus petits. Et s’il était temps de rompre l’ennui? De se laisser embarquer par la douce folie de l’amitié? De fuguer pour mieux se retrouver?

Mon avis

Zabou fête son anniversaire! Mais son cœur n’est pas à la fête. Elle se sent incomprise. L’histoire de sa vie: à 62 ans, elle devenue invisible, transparente aux yeux de sa famille. Ses enfants ont quitté le nid et son mari n’est heureux que sur son vélo… Alors pour se consoler elle mange des bonbons en cachette dans le cellier …

Les vacances arrivent et son mari lui propose de suivre les routes du Tour de France. Elle accepte, oui, mais au bout de cinq jour, elle fugue…

Fuguer pour se retrouver et retrouver les siens…

À la fois drôle et touchant, le roman aborde sur un ton léger, les problématiques de la vie de couple, des relations familiales: la lassitude, le découragement, le manque d’attention, les incompréhensions… Les personnages sont attachants. Les dialogues sonne t savoureux. Un joli coup de cœur!

Extraits

▪️La liberté donne des ailes, ou les ailes offrent une plus grand liberté, je ne sais pas trop dans quel sens tourner cette phrase.

▪️À quel moment ai-je raté le tournant? Pourquoi un klaxon ne retentit pas dans un coin de notre tête avant que tout parte en cacahuète?

▪️… mais je sais que nous avons toujours de bonnes raisons de faire certaines choses, même si elles échappent à nos proches.

▪️On ne raccroche jamais son cœur quand on est parent.

Éditions Marabout, La Belle étoile, 2021, 208 p.

Gianrico Carofiglio « L’été froid »

Quatrième de couverture

Été 1992. Meurtres, attentats, enlèvements : la Mafia fait régner

la terreur dans les rues de Bari.

Quand il apprend qu’un enfant a été kidnappé, le maréchal Pietro Fenoglio sait que le point de non-retour est atteint : il s’agit du fils d’un des parrains les plus puissants de la ville. La guerre est déclarée.

Le chef du clan rival, qui sent le vent tourner, décide de collaborer avec la justice pour sauver sa peau. Il se lance alors dans un récit hypnotique qui fera plonger Fenoglio et le lecteur au plus profond d’un système où l’omerta est le mot d’ordre.

Un polar haletant, par l’un des meilleurs connaisseurs de la Mafia.

Mon avis

Tandis que l’Italie vit une de ses périodes les plus tragiques: les assassinats du juge Falcone et du juge Borsellino, entre mai et juillet 1992. Durant un été froid. À Bari, un enfant disparaît, alors qu’une guerre de mafia fait rage… Très vite un des mafieux, « au casier judiciaire ressemblant à un résumé de droit pénal », décide de collaborer avec la justice. La terreur règne dans les rues de Bari… Pietro Fenoglio, un maréchal des carabiniers, lettré, désireux de donner un sens au chaos, participe à l’enquête…

Le livre suit au plus près l’enquête et les interrogatoires du magistrat. L’auteur, magistrat lui-même, nous livre un portrait de la justice sans concession. L’histoire est profondément humaine: rien n’est jamais noir ou blanc, mais a toujours des « sfumature », comme disent les italiens. Et l’analyse de l’âme humaine est très juste. Gianrico Carofiglio est un écrivain que je lis depuis longtemps en italien comme en français, et à chaque fois, j’adore ses romans. Un coup de cœur! 💙

Extraits

▪️… il ne faut pas tenir les émotions et les sentiments pour acquis, il faut les partager, les décrire et les rendre tangibles. Il ne faut pas tenir l’amour pour acquis.

▪️ Être conscient du temps, dans les cas d’urgence, c’est important. Cela aide à lutter contre l’inévitable distorsion de la mémoire, la perte de consistance des souvenirs, la contamination apportée par l’imaginaire. 

▪️Il n’y a rien de plus inacceptable qu’un enfant qui meurt avant ses parents. Quand cela se produit, l’illusion d’un quelconque sens dans ce monde s’écroule comme le plus banal des châteaux de cartes. La mort d’un enfant ouvre une abîme de douleur et de folie dont il est impossible de voir le fond.

▪️D’ailleurs de manière plus générale, se souvient-on jamaisdes ses pensées d’autrefois.

▪️Nous faisons presque tout par hasard. Même si généralement, nous n’en sommes pas conscients.

Éditions Slatkine & Cie, 2021, 464 p.

Un jour, une citation: Dante Alighieri

🇮🇹 Noi leggiavamo un giorno per diletto

di Lancialotto come amore lo strinse;

soli eravamo e senza alcun sospetto.

Per più fiate li occhi ci sospinse quella lettura, e scolorocci il viso;

ma solo un punto fu quel che vinse

Quando leggemmo il disïato riso

esser basciato da cotanto amante,

questi, che mai da me non fia diviso,

la bocca mi basciò tutto tremante.

Galeotto fu ‘l libro e chi lo scrisse:

quel giorno più non vi leggemmo avante. Dante Alighieri « La divina commedia », Inferno, Canto V, versi 133-138

🇫🇷 Un jour, par plaisir, nous lisions de Lancelot, comment l’amour l’enserra de ses liens; nous étions seuls et sans aucune défiance.

Plusieurs fois cette lecture mut nos regards et décolora notre visage; mais un seul moment nous vainquit.

Quand nous lûmes comment les riantes lèvres désirées furent baisées par un tel amant, celui-ci, qui jamais de moi ne sera séparé,

Tout tremblant me baisa la bouche: Galeotto pour nous fut le livre et qui l’écrivit; ce jour nous ne lûmes pas plus avant. Dante Alighieri « La Divine Comédie », « Enfer »

#25marzo #25mars #dantedì

(Photo: Librairie Tropismes, Bruxelles)