EMMELENE LANDON « MARIE-GALANTE »

Quatrième de couverture

Marie-Galante, c’est l’histoire de deux personnes sur une île, de deux voyages, et d’une année qui s’écoule entre les deux. Cest un livre d’amour écrit au présent, dans le présent vif et aigu d’un échange continuel.

Le premier voyage à Marie-Galante a lieu en 2016. Paul et Emmie aiment les îles, leur géographie, leur solitude, et poursuivre là pour l’un, la lecture et l’écoute, pour l’autre, la peinture et l’écrit. Ils décident de revenir l’année suivante, exactement au même endroit. Dans une continuation. Dans le bonheur du dernier amour.

L’année entre ces deux voyages est retranscrite à travers leurs dialogues. Les joies, les contrariétés, les activités, leur plaisir à se retrouver, se réveiller le matin ensemble, à parler de cinéma, de peinture, d’édition, de musique, dans un flux ininterrompu de pensées et de désir.

Avec le deuxième voyage, nous retrouvons le premier. Et si Marie-Galante était une Utopie, une sorte de Youkali, comme dans l’opéra Marie-Galante de Kurt Weill? Mais il n’y a pas de Youkali.

Le livre s’arrête au seuil.

Mon avis

Un voyage à Marie-Galante, et la volonté d’y retourner l’année suivante. Et entre les deux voyages, l’amour au quotidien. Ils s’aiment, ils se le disent… Parlent de la vie, de l’amour… Lui a « construit sa vie autour de la lecture », elle est peintre.

Un récit très intime sur la passion amoureuse. Ils parlent de tout de rien, de leur amour, de leur travail respectif, de leur voyage au milieu de l’hiver, à Marie-Galante… Un bel hommage à l’homme aimé qui parle du bonheur même si le chagrin arrive.

Extraits

♡ Ce qui comte pour lui reste avant tout la lecture, plutôt que ce qu’il en dit.

♡ Nous partageons nos solitudes. L’amour et la confiance les rendent d’autant plus intenses. 

♡ Les livres nous ouvrent des mondes, percent le silence. Une bibliothèque, c’est la possibilité d’interagir avec tous ces mondes. […] Chaque livre est au centre d’un réseau de lecture, de lecteurs, chacun vit sa propre histoire avec le livre.

♡ Tu es le bonheur dans ma vie, mon bonheur, ma joie.

♡ C’est le mystère inachevé des premières amours qui restent sur une promesse.

Le secret du dernier amour est de sortir du silence, de rompre le silence. Le dernier amour n’attend pas le bonheur, il est le bonheur.

♡ Tous les livres que je publie sont vivants, c’est comme s’ils avaient les cheveux dans le vent.

♡ Notre vie est faites-en bonheur et de lecture, et si je ne connais pas la fabrique de ton bonheur, ce n’est pas un mystère qui en résulte, mais un amour encore plus immense, l’étonnement de partager la vie avec toi.

♡ Une lecture mène à une autre. Tu vois tout du dedans. J’entends la voix intérieure de tous les livres que je publie, sans qu’elle soit mienne.

Note: 5/5

Gallimard, 2018, 98 p.

Un jour, une citation: José Saramago

🇫🇷 On apprend presque tout en lisant, […] chacun invente sa propre façon, certains passent leur vie à lire sans jamais réussir à dépasser le stade de la lecture, ils restent collés à la page, ils ne comprennent pas que les mots sont comme des pierres placées en travers d’une rivière pour en faciliter la traversée, elles sont là pour que nous puissions parvenir sur l’autre rive, c’est l’autre rive qui importe […] Sauf si ces fameuses rivières ont plus de deux rives, sauf si chaque personne qui lit est elle-même sa propre rive et si la rive qu’elle doit atteindre lui appartient en propre. » José Saramago « La caverne »

🇮🇹 Leggendo, si viene a sapere quasi tutto, […] ciascuno inventa la propria, quella che gli sia più consona, c’è che passa tutta la vita a leggere senza mai riuscire ad andare al di là della lettura, restano appiccicati alla pagina, non percepiscono che le parole sono soltanto delle pietre messe di traverso nella corrente di un fiume, sono lì solo per farci arrivare all’altra sponda, quella che conta è l’altra sponda, […] A meno che quei fiumi non abbiano due sole sponde, ma tante, che ogni persona che legge sia, essa stessa, la propria sponda, e che sia sua, e soltanto sua, la sponda a cui può arrivare. José Saramago « La caverna »

(Photo: Bouquinerie, Bruxelles)

Un jour, une citation: Goliarda Sapienza

🇫🇷 Il n’y a rien à faire, comme disait ma mère, tous les dix ans il faut relire les livres qui nous ont formés si l’on veut mener à bien quelque chose. Goliarda Sapienza « L’art de la joie »

🇮🇹 Non c’è niente da fare, come diceva mia madre, ogni dieci anni bisogna rileggere i libri che ci hanno formato se si vuol venire a capo di qualcosa. Goliarda Sapienza « L’arte della gioia »

(Photo: Bouquinerie, Paris)

Un jour, une citation: John Williams

🇫🇷 Il se promenait dans les rayonnages de la grande bibliothèque de l’université parmi des milliers de livres et inhalait cette odeur de renfermé, de cuir, de toile et de papier jaunissant comme le plus exotique des encens. Parfois il s’arrêtait, sortait un ouvrage des rayons et le tenait un moment dans ses grandes  mains tout émues de manipuler un objet si peu familier. La reliure, le dos, les planches si dociles… Puis il le feuilletait et attrapait un paragraphe ici ou là… Ses doigts malhabiles tournaient les pages avec le plus grand soin, terrifiés qu’ils étaient à l’idée d’abîmer ou de déchirer ce qu’ils avaient eu tant de mal à découvrir. John Williams « Stoner »

🇮🇹 Vagava per i corridoi della biblioteca dell’università, in mezzo a migliaia di libri, inalando l’odore stantio del cuoio e della tela delle vecchie pagine, come se fosse un incenso esotico. Certe volte si fermava, prendeva un volume da uno scaffale e lo teneva per un istante tra le sue manone, che vibravano al contatto ancora insolito con il dorso e il bordo e le pagine docili. Poi cominciava a sfogliarlo, leggendo qualche paragrafo qua e là, e le sue dita rigide giravano le pagine con infinita attenzione, quasi timorose di distruggere, con la loro rozzezza, ciò che avevano scoperto con tanta fatica. John Williams « Stoner »

(Photo: Libreria Achille, Piazza Vecchia, 4, 34121 Trieste, Italie)