Un jour, une citation: Romain Rolland

Le plus grand livre n’est pas celui dont le communiqué s’imprimerait dans le cerveau ainsi que sur le rouleau de papier un message télégraphique, mais celui dont le choc vital éveille d’autre vies, et de l’une à l’autre propage son feu et, devenu incendie, de forêt en forêt bondit. Romain Rolland « Le voyage intérieur  »

(Photo: Librairie Nijinski, Bruxelles)

AURÉLIA CASSIGNEUL-OJEDA « Les trois sœurs qui faisaient danser les exilés »

Quatrième de couverture

« Elles s’appelaient Flora, Begonia, Rosa. Elles étaient trois, elles étaient soeurs. Elles habitaient cette maison, à Cerbère, cette grande maison qu’aujourd’hui j’habite. Sous leurs fenêtres l’histoire roulait des flots d’hommes et de femmes. Sous leurs fenêtres la mer se balançait. Un jour elles sont parties, ont tout abandonné. »

Seul, blessé, Gabriele s’installe à Cerbère pour commencer une nouvelle vie. Il achète la maison des Fleurs, une grande bâtisse rose qui surplombe le port, abandonnée depuis des années ; il plonge alors dans la vie de trois jeunes femmes, trois soeurs qui l’habitaient, prises à leur insu dans les griffes de l’histoire, de ta Retirada espagnole à la résistance française. À trente années d’écart Gabriele revit leurs peurs, leurs joies, leurs amours et la mémoire de l’exil.

L’auteur

Aurélia Cassigneul-Ojeda est agrégée d’anglais et enseigne en classes préparatoires. À travers son père originaire de Burgos elle hérite d’une partie douloureuse de l’histoire espagnole, notamment l’assassinat de son grand-père par la Guardia Civil en 1936. Elle passe son bac à Alger et poursuit ses études à Paris avec un mémoire sur le féminisme anglais. Aujourd’hui installée à Toulouse, « Les Trois sœurs qui faisaient danser les exilés » est son troisième roman.

Mon avis

Une maison à Cerbère. Une grande bâtisse rose qui surplombe le port. Gabriele vient de l’acquérir après une rupture douloureuse. Autrefois, Flora, Bégonia et Rosa y ont traversé la tourmente de l »Histoire. Un jour, elles ont abandonné la « maison des fleurs », en y laissant cependant des fresques, des cahiers et des carnets. Et la vie de ces trois exilées qu’il découvre peu à peu, parle à son propre exil, à son propre passé. Leur histoire, son histoire… La mémoire de l’exil…

« Le cœur voyage. Le temps n’est rien. « 

Un roman qui parle des racines, de l’exil, du courage, du sens de la vie…

Une très belle écriture. Un très agréable moment de lecture.

Extraits

▪️L’étrave du navire crève l’eau et le cœur se fend. (Incipit)

▪️Mes souvenirs me font, mon vécu est ce que je suis.

▪️La vie est un cheval fougueux […] Oui la vie est comme ça, cheval fou qu’il faut apprivoiser, cadencer, lâcher, reprendre, ne pas abandonner; tenir, tenir toujours dans ses mains, dans son corps. J’ai vécu ça je crois…

▪️Je survole les époques et mon cœur voyage. Le temps n’est rien. (Excipit)

Note: 5/5

Ateliers Henry Dougier, 2020, 280p.

JULIA KORBIK « Oh! Simone! »

Quatrième de couverture

Simone de Beauvoir a beau nous avoir quitté.es il y a plus de 30 ans, sa pensée, ses questionnements et ses réflexions demeurent plus que jamais actuels. Son engagement féministe, ses activités politiques, ses essais philosophiques, son œuvre littéraire ou tout simplement la façon dont elle a choisi de vivre sa vie: tout vaut la peine d’être découvert. 

Oh, Simone ! est une invitation à vous libérer de ce que vous avez pu entendre ou lire sur Simone de Beauvoir jusqu’ici.

Une invitation à la faire descendre de son piédestal pour la (re)découvrir, à ne plus la réduire au rôle de compagne de Sartre, à ne plus la voir uniquement comme cette « Grande Dame Féministe » dont la pensée serait hors d’atteinte.

Voici ce que propose « Oh, Simone »: penser, lire, apprendre, aimer et rire (promis !) avec Simone de Beauvoir, une femme résolument moderne.

L’auteur

Julia Korbik est une autrice et journaliste allemande née en 1988. Parfaitement francophone, elle est passionnée par la philosophie et la littérature française et, depuis sa découverte lorsqu’elle était collégienne, par la vie et l’œuvre de Simone de Beauvoir. Son premier livre, Stand Up, paru en 2014, s’est vendu à plus de 10 000 exemplaires en Allemagne et a reçu un excellent accueil public et critique. « Oh, Simone! », paru en décembre 2017, est son deuxième ouvrage (plus de 10 000 exemplaires vendus en Allemagne).  Julia Korbik est en train de s’imposer en Allemagne, mais aussi en Europe, comme la voix incontournable d’un féminisme grand public, jeune et dynamique.

Mon avis

C’était une femme libre qui rêvait d’écrire, car écrire était « la grande affaire de sa vie ». Une femme qui se rebella contre son milieu. Une femme qui refusa de se marier. Une femme qui vécut librement et qui accepta la grande aventure d’être elle-même. Une femme qui ne cessa jamais de se remettre en question. C’était Simone de Beauvoir, Castor. Ce n’était pas seulement la compagne de Sartre.

« Je veux tout de la vie  » disait-elle.

Au fil des pages, on la découvre philosophe, féministe, romancière et amoureuse… On découvre ses questionnements et ses réflexions. On découvre sa vie surtout. Une vie qu’elle aimait avec passion!

Une biographie résolument moderne et originale. Parsemée de citations, de références, de curiosités, de détails sur ses goûts, de listes, dont la liste des ses romans en une seule phrase. Une écriture dynamique. Une approche innovante!

Devenir, aimer, penser, écrire, agir, lutter: les étapes que nous propose l’auteur.

Une biographie qui se lit comme un roman!

Extraits

▪️Jardin du Luxembourg, un soir de juillet 1929: deux jeunes gens discutent philosophie morale près de la fontaine Médicis. Le jeune femme – Simone – s’accroche coûte que coûte à sa « morale pluraliste » tandis que le jeune homme – Sartre – démonte ses arguments un à un. Trois heures plus tard, elle abandonne. De retour chez elle, elle écrira dans son journal: « Révélation d’une richesse de vie incomparable avec celle du jardin trop fermé où je m’enferme. […] Je sens en moi quelque chose de trouble qui me fait peur, une violence qui m’épuise. 

▪️Les livres peuvent parler, Simone en est convaincue. Ils parlent du monde qui l’entoure et, parfois, ils parlent d’elle. Ils la font rêver et réfléchir, posent des questions, remettent en cause les idées reçues.

▪️Lorsqu’elle ne trouve pas de réponses dans les livres, elle attrape son crayon. Écrire, pour elle, c’est aussi (se) chercher.

▪️Sa vie est son œuvre, et son œuvre est sa vie. Au fil de cette « grande aventure » Simone a fait des erreurs, pris de mauvaises décisions, mais, et c’est ce qui la différencie d’autres grandes penseuses et penseurs – dont Sartre -, elle n’a jamais cessé d’interroger le monde et de se remettre en question.

▪️… elle a le don pour vous aider à « être », à être curieux.se, intrépide, libre, à agir et à faire de votre vie une aventure.

Note: 5/5

Traduction de l’allemand: Julie Tirard

La ville brûle, 2020, 288 p.