Un jour, une citation: Julien Bisson

… si les livres sont faits pour être lus, ils sont aussi faits pour être là. Ils sont autant de cartes postales du passé, qui ont conservé entre leurs pages le souvenir des jours passés en leur compagnie. Il vous suffit d’en apercevoir la couverture, d’en effleurer le grain, d’en ressentir le poids, pour revivre ces moments en tête à tête, ces histoires d’amour fugaces que vous avez connues avec un roman chéri. Julien Bisson « Le un des libraires » du 24 août 2018

(Photo: Boekhandel Dominicanen, Dominicanerkerkstraat 1, 6211 CZ Maastricht, Netherlands)

Un jour, une citation: Federico Garcia Lorca

🇫🇷 Des livres! Des livres! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: « Amour, amour », et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis. Quand le célèbre écrivain russe Fédor Dostoïevski était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par courrier à sa famille éloignée, ne disant que: « Envoyez-moi des livres, des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas! ». Il avait froid, ne demandait pas le feu; il avait une terrible soif, ne demandait pas d’eau… il demandait des livres, c’est-à-dire des horizons, c’est-à-dire des marches pour gravir la cime de l’esprit et du cœur! Parce que l’agonie physique, – biologique, naturelle d’un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu, mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie! Federico García Lorca (Discours prononcé lors de l’inauguration de la bibliothèque municipale de Fuente Vaqueros, son village natal, en Andalousie (septembre 1931)

🇮🇹 Libri! Libri! Ecco una parola magica che equivale a dire: “amore, amore”, e che la gente dovrebbe chiedere come chiede pane o come brama la pioggia per i propri seminati. Quando l’insigne scrittore russo Fëdor Dostoevskij, era prigioniero in Siberia, fuori del mondo, tra quattro mura e circondato da desolate pianure di neve senza fine; e chiedeva aiuto per lettera alla sua famiglia lontana, diceva soltanto: “Mandatemi libri, libri, tanti libri affinché la mia anima non muoia!”. Sentiva freddo e non chiedeva fuoco, aveva una sete terribile e non chiedeva acqua: chiedeva libri, cioè orizzonti, cioè scale per risalire le vette dello spirito e del cuore. Perché l’agonia fisica, biologica, naturale, di un corpo per fame, sete o freddo, dura poco, pochissimo, ma l’agonia dell’animo insoddisfatto dura tutta la vita. Federico García Lorca (Discorso di inaugurazione della biblioteca di Fuente Vaqueros, suo paese natale, in Andalusia (settembre 1931)

(Photo: Boekhandel De Tribune, Kapoenstraat, 8-10, 6211 KW Maastricht)

Un jour, une citation: Patrick Modiano

Il se passe, entre un roman et son lecteur, un phénomène analogue à celui du développement des photos, tel qu’on le pratiquait avant l’ère du numérique. Au moment de son tirage dans la chambre noire, la photo devenait peu à peu visible. à mesure que l’on avance dans la lecture d’un roman, il se déroule le même processus chimique. Mais pour qu’il existe un tel accord entre l’auteur et son lecteur, il est nécessaire que le romancier ne force jamais son lecteur – au sens où l’on dit d’un chanteur qu’il force sa voix – mais l’entraîne imperceptiblement et lui laisse une marge suffisante pour que le livre l’imprègne peu à peu, et cela par un art qui ressemble à l’acupuncture où il suffit de piquer l’aiguille à un endroit très précis et le flux se propage dans le système nerveux. Patrick Modiano « Discours à l’Académie Suédoise » (Discours du 7 décembre 2014 (Stockholm) Gallimard, p.11 (2015)

(Photo: Boekhandel Dominicaner, Dominicanerkerkstraat, 6211 CZ Maastricht)

Un jour, une citation: Robert-Louis Stevenson

🇫🇷 Toute lecture digne de ce nom se doit d’être absorbante et voluptueuse. Nous devons dévorer le livre que nous lisons, être captivé par lui, arraché à nous-mêmes, et puis sortir de là l’esprit en feu, incapable de dormir ou de rassembler ses idées, emporté dans un tourbillon d’images animées, comme brassées dans un kaléidoscope. Les mots, si le livre nous parle, doivent continuer de résonner à nos oreilles comme le tumulte des vagues sur les récifs, et l’histoire – s’il s’agit d’une histoire – repasser sous nos yeux en milliers d’images colorées. Robert-Louis Stevenson « Essais sur l’art de la fiction » À bâtons rompus sur le roman »

🇮🇹 Quando la lettura è degna di questo nome, nel procedimento stesso dovrebbe esserci qualcosa di voluttuoso e di travolgente; davanti al libro dovremmo sentirci esaltati, rapiti, praticamente svuotati di noi stessi; e quando smettiamo di leggerlo e lo mettiamo da parte, la nostra mente dovrebbe ancora essere piena di un vero e proprio caleidoscopio di immagini, dense e fluttuanti, tanto da impedirci di prendere sonno o di pensare ad altro. Le parole… debbono danzare da quel momento nelle nostre orecchie, con il rumore e la musica delle onde che si frangono sulla riva; e la storia… ricomincia da capo in una serie di fantastiche e policrome visioni che si susseguono davanti ai nostri occhi. Robert-Louis Stevenson « L’isola del romanzo »

🇬🇧 In anything fit to be called by the name of reading, the process itself should be absorbing and voluptuous; we should gloat over a book, be rapt clean out of ourselves, and rise from the perusal, our mind filled with the busiest, kaleidoscopic dance of images, incapable of sleep or of continuous thought. The words, if the book be eloquent, should run thence-forward in our ears like the noise of breakers, and the story, if it be a story, repeat itself in a thousand coloured pictures to the eye. Robert-Louis Stevenson « A gossip on romance »

(Photo: Librairie Vander Elst, Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)

Un jour, une citation: Marcel Proust

🇫🇷 La trouvaille du romancier a été d’avoir l’idée de remplacer ces parties impénétrables à l’âme par une quantité égale de parties immatérielles, c’est-à-dire que notre âme peut s’assimiler. Qu’importe dès lors que les actions, les émotions de ces êtres d’un nouveau genre nous apparaissent comme vraies, puisque nous les avons faites nôtres, puisque c’est en nous qu’elles se produisent, qu’elles tiennent sous leur dépendance, tandis que nous tournons fiévreusement les pages du livre, la rapidité de notre respiration et l’intensité de notre regard. Et une fois que le romancier nous a mis dans cet état, où comme dans tous les états purement intérieurs, toute émotion est décuplée, où son livre va nous troubler à la façon d’un rêve mais d’un rêve plus clair que ceux que nous avons en dormant et dont le souvenir durera davantage, alors, voici qu’il déchaîne en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques-uns, et dont les plus intenses ne nous seraient jamais révélés parce que la lenteur avec laquelle ils se produisent nous en ôte la perception; (ainsi notre cœur change, dans la vie, et c’est la pire douleur; mais nous ne la connaissons que dans la lecture, en imagination: dans la réalité il change, comme certains phénomènes de la nature se produisent, assez lentement pour que, si nous pouvons constater successivement chacun de ses états différents, en revanche la sensation même du changement nous soit épargnée). Marcel Proust « À la recherche du temps perdu » « Du côté de chez Swann »

🇮🇹 L’ingegnosità del primo scrittore fu d’intendere come, essendo l’immagine il solo elemento essenziale nell’apparato delle nostre emozioni, la semplificazione consistente nel sopprimere puramente e semplicemente  i personaggi reali sarebbe stata un perfezionamento decisivo. Un essere reale, per quanto profondamente muova la nostra simpatia, è in gran parte percepito dai nostri sensi: ci resta cioè opaco, offre un peso morto che la nostra sensibilità non può sollevare. Se una disgrazia lo colpisce, unicamente in una piccola parte della nozione totale che abbiamo di lui potremo sentircene commossi; non solo, ma unicamente in una piccola parte della nozione che lui stesso ha di sé, potrà essere commosso. La trovata del romanziere fu di’aver sostituito a quelle parti impenetrabili all’anima una pari quantità di parti immateriali, che la nostra anima cioè può assimilare. Che importa quindi che le azioni, le emozioni di quegli esseri di nuova natura ci appaiano come vere, dacché le abbiamo fatte nostre, e si producono in noi; dacché tengono sotto la propria dipendenza, mentre voltiamo febbrilmente le pagine di un libro, la rapidità del nostro respiro e l’intensità del nostro sguardo? E una volta che lo scrittore ci ha messi in questo stato, in cui, come in tutti gli stati puramente interiori, ogni emozione è aumentata del decuplo, in cui saremo turbati dal suo libro come da un sogno, ma un sogno più chiaro di quelli che facciamo dormendo, e che avrà più duratura ricordo, allora eccolo scatenare in noi per un’ora tutti i beni e tutti i mali possibili; nella vita impiegheremmo anni a conoscerne alcuni, e i più intensi non ci sarebbero mai rivelati, perché la lentezza del loro determinarsi ce ne toglie la percezione (così il nostro cuore muta, nella vita, ed è questo il più grande dolore; ma noi non lo conosciamo che nella lettura, in fantasia: nella realtà muta, come certi fenomeni della natura, con lentezza sufficiente perché, se possiamo constatare successivamente ciascuno dei suoi stati differenti, per contro la sensazione stessa del mutamento ci sia risparmiata).Marcel Proust « Alla ricerca del tempo perduto « La strada di Swann »

(Photo: Daunt Books, Marylebone High Street, 83-84, Marylebone, Londres)