Dominique Costermans « Des provisions de bonheur »

Quatrième de couverture

Des provisions de bonheur, un titre sucré, douze nouvelles acidulées, douces-amères, mordantes, cyniques et tendres. Comme la vie finalement : tragique, à ne pas prendre au sérieux, à consommer sans modération.

Mon avis

Les choses de l’amour. Ces instants de bonheur fugaces, les déchirements, les non-dits, les séparations, le désir, l’attente, le manque… 12 nouvelles qui racontent ces moments de l’amour, petites histoires anodines, instantanés de la vie. Dans l’écriture de Dominique Costermans, la photographie n’est jamais loin.

Extraits

▪️Des jours comme ça, quel bonheur, rien ne peut nous arriver. Que du bien, des senteurs de roses par brassées dans tous les vases, des fruits rouges dans la bouche.

▪️Il ne peut rien nous arriver, que des cerises, des caresses, de jolis mots qu’on enfilera comme des perles.

▪️Un peu de nostalgie se glisse clandestinement dans ses pensées, ce soir. C’est doux et triste comme une caresse, va-t’en savoir pourquoi.

▪️… elle aime les carnets de toutes sortes, elle aime les papiers qui donne envie d’y poser des mots, elle aime y laisser glisser la plume pointe large, elle aime y déposer l’encre noire. Colin partage cet amour des choses de l’écriture, feutres , cahiers, carnets , stylos de prix ou en plastique, tous ces objets qui donnent envie d’écrire de jolies choses.

▪️C’est bien les photos. Qu’est-ce qu’il disait Doisneau, encore? Un centième de seconde par-ci, un centième de seconde par-là, c’est toujours deux trois secondes prises à l’éternité. De toute façon, c’est tout ce qu’elle sait faire. Regarder, prendre. Cadrer, mettre en boîte. Capturer. Voler à l’éternité.

▪️Penser qu’on peut aussi écrire sur de très petites choses.

▪️ »Mais qu’est-ce que j’ai fait de ma vie? » Se demande Bérénice. Tu as attendu , ma belle, mais la vie non, ni le temps qui passe, et tu as vieilli.

Note: 5/5

Éditions Luce Wilquin, 2003, 134p.

Liens:

▪️https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2017/12/29/dominique-costermans-en-love-mineur/

▪️https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2017/05/21/dominique-costermans-y-a-pas-photo/

Un jour, une citation : Dominique Costermans

Le pari, lecteur chéri, adorable lecteur, c’est que tu « imagines »! C’est là tout le beau lien, le jeu subtil et excitant, la merveilleuse passerelle que jettent les, entre toi et moi: si je te disais tout, si je te décrivais tout dans le détail, quel plaisir prendrais-tu à me lire? Où se déploierait ton imagination ? Sans toi, sans ta merveilleuse petite usine à rêves, à quoi me servirait-il d’écrire? Dominique Costermans « Y’a pas photo » (Éditions Luce Wilquin)

(Photo: Librairie Shakespeare & co, 37, rue de la Bûcherie, 75005 Paris)

Dominique Costermans « En love mineur »

Quatrième de couverture

« Le train poursuivait sa course dans la nuit tombante, en s’arrêtant toutes les cinq ou dix minutes. La narratrice se dit que ça pourrait donner un bon début d’histoire, un soir un train, une intersection entre deux trajectoires, une collision et puis, le champ des possibles qui s’ouvre en délicatesse. C’était un bon début. Ca démarrait au quart de tour. Elle se sentait sure d’elle, maitresse de la situation et de la tournure que pourrait prendre cette rencontre ».

Mon avis

Des nouvelles à siroter comme une tasse de thé ou une tisane au coin du feu. Des instants de vies, des voyages en Italie, au Portugal, en Crête ou à Chamonix, un cappuccino à Rome, un train vers Bruxelles… Amour, souvenirs , nostalgie… Le champ des possibles… Les choses de la vie et la fugacité du bonheur … Un coup de cœur tant pour les histoires racontées que pour l’écriture. Une « bulle de bonheur »

Extraits

– Il faisait un temps magnifique, c’est-à-dire qu’il ne pleuvait plus, ou pas encore

– À un certain stade de la conversation amoureuse, ce qu’on dit n’a plus aucune importance.

– C’est toujours, comme ça les nouvelles, ça surgit, tant pis pour le reste du monde.

– L’après-midi, j’allais dans les jardins de la villa Borghese, avec un livre et mon carnet de notes. Bien sûr, aussi des souvenirs attendaient partout en embuscade, mais ce champ de mines me semblait plus à ma mesure.

– Dans les ruelles entre le Tibre et le Corso, je suis allée boire un cappuccino dans un petit bar et j’ai choisi une pâtisserie à la crème et à la fleur d’oranger qu’on ne mange qu’en Italie. J’ai passé un bon moment avec mon livre.

– À cette époque, je n’étais pas encore écrivaine. Est- ce qu’on devient écrivain quand on publie? C’est la définition communément admise. Mais n’est-on pas déjà écrivain quand on écrit ce qui sera un jour publié? J’en sûr. Écrire. C’est une chose intime. Mais devenir écrivain, c’est un adoubement.

– J’aime ces actes manqués, ces connexions invisibles.

– … cette beauté qui nous rend si vulnérables, si attentivement présents au monde, si conscients du fragile équilibre des choses et de la fugacité du bonheur.

– Je désire juste l’immobilité de toutes choses en leur perfection.

– … un soir un train , une intersection entre deux trajectoires, une collision et puis, Le champs des possibles qui s’ouvre en délicatesse sur une connivence culturelle.

Note: 5/5 💙

Editions Quadrature, 2017, 115p.

Dominique Costermans « Y a pas photo »

Quatrième de couverture 

La vie est-elle soluble dans l’écriture ? La fugacité des choses, le sentiment du temps qui passe, sont-ils d’abord une question de regard ? Vaut-il mieux capturer la passion avec des mots ou au 125e de seconde ? Voici vingt-cinq textes drôles, tendres ou féroces, qui promènent le lecteur de la banlieue de Berlin-Ouest aux Jardins de la Villa Borghese, de Viterbo à Chaillac, des cafés chics aux supermarchés de province, et où revient souvent une ville en perpétuel chantier. Vingt-cinq textes émouvants et engagés, où se croisent Khnopff et Magritte, Panamarenko et Cartier-Bresson, la marchande de gaufres de la Gare du Nord et Jean-Pierre Verheggen. Véritable manifeste pour la liberté d’expression et le droit d limage, ce recueil révèle la beauté des choses anodines au voyeur ému qui sommeille en nous.

Mon avis

Un recueil de petits textes autour de la photographie et de l’écriture. Des instants, le temps d’une photo ou pas.  » Je l’ai lu comme on feuillette un album de photos… » dit une lectrice à l’auteur. Et cela résume bien le livre.

Extraits

– (Épigraphe) L’œil, songez à lui. Il boit la vie apparente pour en nourrir la pensée. Il boit le monde, la couleur, le mouvement, les livres, les tableaux, tout ce qui est laid, et il en fait des idées. Guy de Maupassant

– Écrire donne du sens à ce qui n’en a pas, mais quel est le sens de ce qui est écrit, après ?

– Au Delhaize, elle observe les conserves comme je le ferais du rayon livres de poche chez Tropismes.

– Le pari, lecteur chéri, adorable lecteur, c’est que tu « imagines »! C’est là tout le beau lien, le jeu subtil et excitant, la merveilleuse passerelle que jettent les, entre toi et moi: si je te disais tout, si je te décrivais tout dans le détail, quel plaisir prendrais-tu à me lire? Où se déploierait ton imagination ? Sans toi, sans ta merveilleuse petite usine à rêves, à quoi me servirait-il d’écrire?

– Rien ne dirait, dans la photo, tout ce que je tentais de lui communiquer, là, avec les mots: la superposition de nos vies, les villes qui changent, les choses qui remontent du passé un instant puis s’évaporent, le temps qui passe.

– La photo n’est qu’une extension de mon regard.

Note: 3,5/5

Éditions Luce Wilquin, 2006, 92p.