Un jour, une citation: Françoise Sagan

Dans l’ordre des souvenirs, l’amour de la littérature a une grande supériorité sur l’amour tout court, l’amour humain. C’est que si l’on ne se rappelle pas forcément où et quand on a rencontré «l’autre», si on ne sait pas forcément quel effet «il» vous fit ce jour-là – et si on a même plutôt tendance souvent à s’extasier de ce que, ce soir-là, on ne comprit pas tout de suite que l’autre, c’était justement «lui» -, la littérature en revanche offre à notre mémoire des coups de foudres autrement fracassants, précis et définitifs. Je sais très bien où j’ai lu, où j’ai découvert les grands livres de ma vie; et les paysages extérieurs de ma vie alors sont là, inextricablement liés à mes paysages internes qui sont généralement ceux de l’adolescence. Françoise Sagan « Avec mon meilleur souvenir »

(Photo: Piolalibri, rue Franklin, 66-68, 1000 Bruxelles)

Jean-Claude Lamy « Céleste et Sagan – Pour l’amour de Proust»

Quatrième de couverture

Céleste Albaret, la gouvernante de Marcel Proust, est morte le 25 avril 1984 à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Françoise Sagan, le 24 septembre 2004 à soixante-neuf ans. Puisée aux sources de la réalité, leur rencontre relève de la fiction. Un tête-à-tête hors du temps étayé par des éléments véridiques. Pour l’amour de Proust, leur maître absolu, les voilà enfin réunies. C’est peut-être un roman…

Mon avis

Une conversation imaginaire entre Françoise Sagan et Céleste Albaret et en filigranes Marcel Proust. Elles effeuillent des souvenirs et Proust n’est jamais très loin. L’une à été sa gouvernante, l’autre a choisi son nom de plume dans « La recherche ». Une conversation pleine de charme!

Extraits

– La nuit, le temps s’étire à l’infini. Il se perd dans les vapeurs enivrantes de conversations sans lendemain.

– L’œuvre que l’on porte en soi paraît toujours plus excitante que celle que l’on couche sur le papier… Écrire reste pour moi un effort d’humilité effrayant.

– … je pleure d’un œil et ris de l’autre. Pour écrire, rien n’est plus nécessaire que ces rires et ces larmes. On ajoute toujours quelques mensonges à la vérité, et parfois pour embellir un récit, on l’agrémente de paillettes d’or.

– Hantée par les rapports de l’éternité et du temps, je relis Proust.

– Je crois que le bonheur, c’est surtout une aptitude.

– Je crois que les idéaux s’imposent avec les circonstances. On s’insurge » contre quelque chose » et ça devient un idéal.

Note: 4/5

Albin Michel, 2018, 144p.