Littérature belge: sélection 2018

Ma sélection 2018, en littérature belge:

– Tuyêt-Nga Nguyên « Les mots d’amour, je les aime tant» Renaissance du Livre

– Jérôme Colin « Le champ de bataille » Allary Éditions

– Odile d’Oultremont « Les déraisons » Éditions de l’observatoire

– Dominique Costermans « En love mineur » Éditions Quadrature

– Isabelle Bary « Dix-sept valises » Éditions Luce Wilquin

– Élise Bussière « Mal de mère» Éditions Mols

– Armel Job « Une femme que j’aimais » Robert Laffont

– Roméo Matsas « Le méridien d’Athènes » L’Harmattan

– Alia Cardyn « Une vie à t’attendre » Éditions Charleston

– Jean-Louis Aerts « Un demi-siècle de mensonges » 180° éditions

⁃ Marc Meganck et Aurélie Russanowska «Au sud des jours ordinaires» (micro-nouvelles) 180° éditions

Jean-Louis Aerts « Un demi-siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

1940 : Emilie a 14 ans quand la Seconde Guerre mondiale vient bouleverser ses rêves d’adolescente.

1961 : Jeanne a 18 ans lorsque sa vie vole en éclats.

2006 : Marylou a 40 ans au moment où deux drames font basculer son existence et lui rappellent son douloureux passé.

Quel lien unit ces trois femmes? Qui donc a intérêt à déterrer les vieux démons ? L’inspecteur Gleizner mène l’enquête et tente de démêler l’écheveau de mensonges qui entoure les mystérieux incidents dont est victime Marylou.

Entre thriller et récit de vie, le lecteur est forcé de plonger de nouveau dans le passé pour comprendre le présent. Passionnant de bout en bout, ce roman revisite quelques événements marquants de l’histoire de Belgique.

L’auteur

Professeur de français, de latin et de théâtre dans une école bruxelloise depuis plus de vingt-cinq ans, Jean-Louis Aerts a multiplié les expériences littéraires et artistiques: one man show, saynètes et improvisations théâtrales, nouvelles, contes, etc.

Mon avis

Trois femmes, trois destins, trois histoires intimement liées. Emilie, Jeanne et Marylou: trois destins qui s’enchevêtrent… Emilie, amoureuse durant la seconde guerre mondiale. Jeanne, et le secret qui bouleversera sa vie. Et Marylou, qui après mille péripéties, a retrouvé une vie plus tranquille. Son grand-père décéde. Est-ce un accident ou un meurtre? On échappe pas à sa destinée. Le passé refait jour, ainsi que les manipulations les drames et les mensonges….

Une enquête palpitante qui entraîne le lecteur dans une histoire familiale complexe et mystérieuse. Et toujours l’Histoire en toile de fond. De l’exposition universelle de 1958 à l’incendie de l’Innovation en 1967, c’est l’histoire de Belgique qui revit au fil des pages. Un excellent moment de lecture, on tourne les pages sans s’en rendre compte et déjà il faut quitté le personnage de Marylou avec un soupçon de tristesse.

Extraits

▪️Écrire est un acte égoïste de survie, un exutoire utilisé par l’écrivain pour ne pas sombrer dans les abîmes de la la bêtise humaine, une bouée qui l’empêche de se noyer dans l’océan de haine que l’homme déverse jour après jour sur cette terre qu’il méprise.

▪️Quand la réalité est trop dure à supporter, on choisit parfois naïvement l’hypothèse la moins traumatisante.

▪️A-t-on besoin d’étaler sa souffrance pour ne pas l’oublier?

▪️Un petit moment d’hésitation peut vous trahir aussi bien qu’un flagrant délit.

Note: 5/5

180°éditions, 2018, 350p.

Jean-Louis Aerts « Un siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

Jeune journaliste de 33 ans, Marylou est engagée par un richissime vieillard américain pour écrire sa biographie. Le contrat à peine signé, elle se rend compte qu’elle se fait manipuler. Trop tard, le piège se referme inexorablement sur elle. Le compte à rebours est déclenché : il lui reste moins de deux ans pour comprendre les enjeux dont elle est l’objet. Débute alors un véritable bras de fer entre deux êtres que tout semble opposer. De New York à Syracuse, en passant par Bruxelles, Marylou sera forcée de remonter le passé jusqu’en 1907 et d’ouvrir la boîte de Pandore.

Entre thriller et récit de vie, l’auteur nous livre un roman captivant dès la première page, dans lequel il distille, les pièces d’un puzzle qu’on prend plaisir à reconstituer. Au final, une intrigue palpitante qui nous replonge dans quelques événements marquants du XXe siècle !

Mon avis

Journaliste intérimaire, Marylou risque de perdre sa place. C’est alors qu’elle est engagée par un richissime vieillard au passé mystérieux, pour écrire sa biographie. Victime d’une machiavélique manipulation qui l’entraînera de Bruxelles à New-York et Syracuse, en passant par Redu, petit village belge dédié aux livres, elle entame un voyage qui bouleversera sa vie à jamais. Un voyage qui la conduira sur les traces de son passé… Et cette question les crimes familiaux du passé peuvent-ils influencer la vie des générations successives!

Une lecture captivante qui parle de manipulation, de secrets, de drames, de coïncidences. Différentes catastrophes qui ont marqué le dernier siècle comme autant d’étapes de cette histoire. Une intrigue passionnante qui vous emporte et dont le rythme s’accélère au fil des pages! J’ai hâte de commencer le deuxième tome « Un demi-siècle de mensonges » dont je vous parlerai bientôt! À suivre!

Extraits

▪️Les souvenirs, si funestes soient-ils, vous aident à tenir debout, à maintenir le cap, coûte que coûte.

▪️L’homme, qui n’a aucun moyen de prévoir les méfaits du hasard, a toujours essayé de trouver une explication rationnelle aux événements, pour se rassurer,

▪️On a tous des petits secrets qu’on garde jalousement de peur qu’il nous échappent ou nous explosent à la figure.

▪️La vie est un jeu où tout le monde perd, certains un peu moins vite.

▪️La vie n’est pas un jeu où l’on retourne à la case départ.

▪️La vie est ainsi faite: pour qu’il y ai une oasis, il faut un désert.

Note: 4,5/5

▪️Finaliste du Prix des Lecteurs Club 2016

180 éditions, 2017, 380p.

Marc Meganck et Aurélie Russanowska «Au sud des jours ordinaires» (micro-nouvelles)

Quatrième de couverture

Les cent micro-nouvelles rassemblées dans ce volume évoquent les petits riens qui agacent et qui éraflent, ces instants trop brefs qui éblouissent, qui aiguisent nos sens. Coups de sang. Coups de cœur. Pour approcher le sud de nos désirs, il faut bien souvent composer avec les « gens », cette abstraction plurielle, ce groupe flou impliqué dans nos énervements quotidiens, dans nos émerveillements d’un jour.

Une chronique tendre et cynique de la vie ordinaire…

Mon avis

Tous ces gestes du quotidien qui nous attendrissent ou nous énervent, moments tristes ou tendres, cyniques parfois. Bribes de vie, petits travers de chacun, la délicate fragilité des instants, les émerveillements aussi. Éloge de l’anodin et de la vie ordinaire. Des micro-nouvelles à déguster dans l’ordre ou le désordre. À picorer au gré de l’envie! Une écriture magnifique et les illustrations d’Aurélie Russanowska sont splendides! Ce livre est également un bel objet et je ne peux que conseiller de l’offrir pour les fêtes qui approchent. À lire et à relire.

Extraits

▪️Quitter le quotidien pour rejoindre le sud de nos désirs, là où il y a de la chaleur, des coups de sang et des coups de cœur. Composer avec « les gens », cette abstraction plurielle, ce groupe flou impliqué dans nos énervements quotidiens, dans nos émerveillements d’un jour… les petits riens qui agacent et qui éraflent, ces instants trop brefs qui éblouissent, qui aiguisent nos sens. (Épigraphe)

▪️La vie n’est qu’une galerie de rôles qu’on endosse. Des rôles qu’on se construit ou qu’on se voit imposer, pas à pas…

▪️Ils sont rares, ces moments fragiles, semblables à des bulles de savon qui éclatent après une course éphémère dans les airs. Un verre en terrasse, la mer au loin, un livre à portée de la main, quelques notes de musique qui grésillent, la chaleur du soleil sur la peau.

▪️ Il faut y être pleinement… au risque de louper la délicate fragilité des instants.

▪️Car je sais qu’au fond, il y a de la lumière, un soleil, un sourire, de la douceur et des yeux qui font mourir les idées noires…

▪️On a la sienne sur le dos, au fond des poches, au creux de la poitrine et sur le bout des lèvres. Une vie et ce qu’on en fait, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Elle nous porte ou on la traîne.

▪️On se crée une vie linéaire en rêvant de la croisée des chemins.

▪️C’est une torture mentale. Combien de clics ? Combien d’actualisations de la page ? Le facteur passe à une heure régulière et puis c’est tout pour la journée. On peut reporter ses attentes au lendemain, cesser de se tourmenter. L’e-mail, lui, est pervers, il peut tomber à tout moment. Il est vecteur d’une terrible – parfois d’une effroyable – incertitude.

▪️Prendre un bateau dans le ciel en compagnie de l’enfant qui sourit et apprécier pleinement la naïveté, la pureté originelle. Se mettre en retrait et se complaire dans l’anodin, de la vie ordinaire.

▪️Le tic-tac de nos vies qui avancent.

▪️Les paupières semblent fermées. Le visage est légèrement penché en avant. Le regard posé sur le papier, sur les pages qui tournent presque imperceptiblement, sur les lignes du temps qui s’est arrêté. C’est beau une femme qui lit. De face, de côté. Dans un bistrot, dans un train, dans une baignoire, dans nos songes. Sur une terrasse, sur un banc, sur une butte herbeuse. C’est un spectacle apaisant, celui d’une femme emportée par des mots, emmenée par un auteur et son univers….

▪️Garder l’image intacte. Partir avant qu’ elle ne relève la tête, avant que le roman ne se referme.. avant qu’elle ne cesse de diriger son regard vers des illusions.

▪️La version papier nécessite du temps, celui qu.il faut prendre, réapprendre, avant de l’oublier.

▪️Changer de destination. Quitter l’autoroute avant de destination. Parce que la région qu’on traverse est belle. Parce qu’on est libre. Et se perdre, encore.

Note: 5/5 💙

180° Éditions, 2016, 184p.

Élise Bussière « Mal de mère »

Quatrième de couverture

1975. Miami.

Elizabeth Jones disparaît de façon inexpliquée. Vingt ans plus tard, son carnet intime refait surface. Sa fille se doit alors de réinventer sa propre histoire.

En explorant la vulnérabilité du lien maternel, ce livre offre un éclairage singulier sur un choix radical.

Mon avis

Une mère fait un choix radical. Un choix difficile à comprendre. Celui de disparaître. Disparaître car elle n’est pas la mère qu’elle souhaitait pour sa fille. Disparaître car elle ne se sent pas à la hauteur de la tâche de mère. Disparaître car elle souffre d’une détresse insidieuse et d’une profonde solitude. Et pourtant elle aime sa fille. Un jour elle entre dans une papeterie et achète un carnet rouge. Elle y écrira la vie qu’elles n’ont pas vécue ensemble…

Alternant la voix de la mère et celle de la fille, on découvre les douleurs de chacune; sentiments confus d’abandon, émotions qui submergent pour la fille, fragilité et défaillance pour la mère. Un beau livre sur la difficulté d’être mère et sur la difficulté de se construire en l’absence de mère. Un rendez-vous manqué entre ces deux femmes qui ne se connaîtront jamais! On oublie trop souvent que la maternité n’est pas toujours que du bonheur!

Extraits

▪️Depuis ta naissance, je n’étais que l’ombre de moi-même, vidée, sans équilibre. Pour t’offrir mieux que cette image, j’ai préféré disparaître.

▪️Est-ce que j’écris par nécessité ou par choix? Je ne sais pas.

▪️Mais, face à cette impensable brisure, parviendrons-nous à tisser les liens qui réparent?

Note: 5/5

Éditions Mols, 2018, 124 p.

Isabelle Bary « Dix-sept valises »

Quatrième de couverture

Alicia Zitouni est ce genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, acculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grand ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.

Lorsque Mathilde Lambert – jeune femme moderne qui a tout pour aller bien – décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie.

En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

Mon avis

Écrire. Écrire pour changer le destin transformer une vérité qu’on n’accepte peut-être pas et réinventer la réalité. Mathilde décide d’écrire un roman pour donner un sens au destin de son amie Alicia, que l’on a vu entrer dans l’océan et disparaître au loin. Lentement, le processus de l’écriture s’élabore. Elle retrace le parcours de son amie, de l’enfance douloureuse au succès! Et bientôt, elle comprend qu’écrire n’est pas une affaire de mots, mais une affaire d’amour. Elle se laisse alors emporter par son imagination…

Alternant le récit de la vie d’Alicia et le travail d’écriture de Mathilde, on découvre les portraits de deux femmes, différentes mais attachantes et fragiles, qui toutes deux mettent beaucoup d’amour dans ce qu’elles font: l’une écrit et l’autre cuisine.

Un roman qui analyse le besoin d’écriture, cette écriture qui bouleverse et envahit la vie. Un très joli roman inspiré par une histoire vraie!

Extraits

▪️C’est l’apanage des âmes prodigieuses, on leur trouve toujours une attitude, un sourire, une délicatesse qui nous incitent à nous laisser entraîner dans leur liberté.

▪️Mais écrire, c’est être libre, non?

▪️Écrire était avant tout un acte de tolérance.

▪️… le récit s’est fait vivant, les mots, les phrases puis les paragraphes sont devenus cette histoire sur j’avais envie d’écrire.

▪️Je comprenais qu’à défaut de pouvoir changer le monde, le voir autrement est parfois la seule issue.

▪️Sans plus chercher à comprendre pourquoi, sans culpabiliser, sans vouloir convertir le cours des choses, sans chercher à convaincre ou être aimée. Juste vivre. Juste écrire.

▪️Moi, je crois qu’écrire est une manière de vivre. Que, quand tu crées tes personnages, ils déteignent sur toi et te forcent à voir la vie autrement, avec leur regard à eux.

▪️- Tu crois qu’écrire rend plus tolérant?

– Évidemment! Et plus heureux!

– Sans doute. Je vais y réfléchir.

▪️Les mots sont dangereux, parfois. Ils instillent des impressions, des vides qu’on comble en cherchant à deviner ce que l’autre n’a pas dit.

▪️Écrire était devenu mon acte d’amour.

Note: 4/5

Éditions Luce Wilquin. 2018, 190p.

Jérôme Colin « Le champ de bataille »

Quatrième de couverture

Le problème avec les enfants, c’est qu’ils grandissent. Un jour, sans prévenir, ils claquent les portes, rapportent de mauvaises notes et ne s’expriment que par onomatopées. Surtout, ils cessent de vous considérer comme un dieu sur terre. Et ça, il faut l’encaisser. La science explique qu’ils n’y sont pour rien. C’est leur cerveau en formation qui les rend feignants, impulsifs et incapables de ramasser leurs chaussettes. N’empêche. On n’a jamais rien créé de pire que les adolescents du virtuolithique. Voici l’histoire d’un couple sur le point de craquer face aux assauts répétés de leur fils de 15 ans. Qu’ont-ils mal fait ? Rien. Mais la guerre est déclarée. Et ils ne sont pas préparés. L’école les lâche, le père part en vrille, la mère essaie d’éteindre l’incendie. C’est un roman sur l’amour familial où les sentiments sont à vif, comme sur un champ de bataille.

Mon avis

Dévoré en quelques heures, ce nouveau roman de Jérôme Colin est un gros gros, gros coup de coeur!!

L’histoire d’un homme, un peu rêveur, très pessimiste, plein de doutes… Il voudrait être un bon père et un bon mari, mais est souvent maladroit. Il se pose énormément de questions. Son refuge: les toilettes. Confronté à la rébellion de son fils adolescent, il en oublie combien celui-ci est merveilleux! Et dans sa vie de couple, rien ne va plus! Une famille, c’est beaucoup d’amour et des conflits!

En toile de fond: les attentants de Paris et ceux de Bruxelles… Personnellement, ce livre m’a fait revivre cette journée du 22 mars 2016, cette journée vécue la peur au ventre…

Un livre actuel, qui colle à notre époque. Et comme pour son premier roman, une écriture qui calque la vie! Ce roman est émouvant, empreint de tendresse, je l’ai terminé la larme à l’œil! À lire absolument!

Extraits

▪️Demain? Que sais-je de demain? Ici , il y a tout l’aujourd’hui qu’il faut. Erri de Luca (épigraphe)

▪️La chambre d’un ado, c’est un savant équilibre agro-écologique.

▪️Comme si l’on pouvait remettre le plaisir au lendemain. Comme si nos heures n’étaient pas comptées. Car demain n’est pas une certitude, c’est au mieux une éventualité.

▪️Vivre, ça ne se faisait pas en trainant les pieds mais en remontant ses manches.

▪️Nous conservons tous, toujours, nos zones d’ombre.

▪️Tu sais comment on élève des enfants? Les élever… Tu as compris le sens de ce mot? Eh bien, on met beaucoup d’amour et un peu d’eau! Voilà comment on fait!

Note: 5/5 💙 💙

Allary Éditions, 2018, 208p.

Lien: Jérôme Colin « Éviter les péages »

https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2018/03/06/jerome-colin-eviter-les-peages/