Laurence Bertels « La solitude du papillon »

Quatrième de couverture

Pendant qu’Isabelle lit Madame Bovary pour la quatrième fois, se languit et s’interroge sur sa vie de couple, un accident survenu en montagne bouleverse l’existence de sa fille, Clara. Chrysa­lide appelée à devenir papillon, la jeune fille va surmonter de nombreux obstacles pour attirer enfin les regards vers elle… Elle passera ensuite sans transition de l’enfance à l’âge adulte, celui où les amours se déchirent, où les solitudes s’installent.

De Paris à Gérone, en passant par la petite ville côtière de Veules-les-Roses en Normandie, se tissent les destins de personnages intimement liés sans le savoir par des secrets de famille.

Mon avis

Entre Paris et Veules-les-Roses, se déroule l’histoire de deux femmes, une mère et sa fille. La première connaît la crise de la quarantaine, la seconde doit faire face à la perte et la douleur, et vit les premiers pas de l’amour…

Un livre sur la famille, le couple, l’adolescence, les premières amours, sur les crises de la vie (celles de l’âge adulte et celles de l’adolescence). Un roman sur le théâtre et les livres aussi, Madame Bovary en filigrane, Zweig, Maupassant…

Un livre émouvant et tendre, une agréable lecture. En conclusion, un premier roman très réussi.

Extraits

▪️Une lettre de Catherine. Isabelle s’interroge. Elle a failli la jeter en même temps que les dépliants publicitaires. Elle ne reçoit presque plus jamais de courrier, de vraies lettres. Un pincement au cœur. Elle se croyait guérie, et pourtant ses mains tremblent légèrement. Que lui veut-elle ? Elle se retient de ne pas l’ouvrir sur le trottoir, là dehors, devant d’hypothétiques passants. Elle pousse la grille de sa maison, en gravit le sentier en calmant sa respiration et cherche à retrouver sa fragile sérénité. (Incipit)

▪️C’est devenu un rituel, un rendez-vous auquel elle ne peut ni ne veut se soustraire, tous les dix ans, elle relit « Madame Bovary ». Chaque fois, elle y découvre une autre histoire et ne cesse de s’en étonner. Jamais, sans doute, ce livre ne la décevra. Jauni, vieilli, écorné, il garde malgré sa piètre allure une place de choix dans sa bibliothèque, près d’Irène Némirovsky et d’autres livres classés, mais aussi empilés, oubliés, prêts à choir. Des livres qui la rassurent et l’encombrent. Pourquoi les conserver alors qu’elle sait ne pas avoir le temps d’y retourner ?

▪️Elle ouvre le roman avec lenteur pour mieux savourer un moment attendu depuis longtemps. Elle se laisse agréablement surprendre par le calme apparent. Elle se demande alors ce qui occupe Clara en ce moment et si tout va bien pour elle puis, comme toujours, se laisse emporter par la lecture. Elle partage la morosité de la jeune provinciale, prend Charles Bovary en pitié, apprécie la manière dont Flaubert dépeint la médiocrité de la bourgeoisie, partage l’intimité des premières conversations entre Emma et Léon, et referme son roman à contrecoeur quand l’horloge franchit le seuil des deux heures. Elle regrette, comme chaque fois, que le brave clerc de notaire tarde à se déclarer, mais il est temps d’aller dormir. Le manque de sommeil ne lui a jamais réussi.

▪️Flâner, oublier. Il fait encore frais, mais le soleil éblouit.

▪️Tous ces livres qu’elle adorait feuilleter… Dès que leurs pas les menaient là, il savait qu’ils en auraient pour des heures et qu’elle repartirait les bras chargés de romans

▪️Elle savait. Parce que les mères savent toujours.

Note: 4,5/5

Éditions Luce Wilquin, 2013, 240p.

Lien: Laurence Bertels « Le silence de Belle-Île »

https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2017/03/01/laurence-bertels-le-silence-de-belle-ile/amp/

Marc Meganck et Aurélie Russanowska « Au sud des jours ordinaires » [Extrait]

C’est beau une femme qui lit

Les paupières semblent fermées. Le visage est légèrement penché en avant. Le regard posé sur le papier, sur les pages qui tournent presque imperceptiblement, sur les lignes du temps qui s’est arrêté. C’est beau une femme qui lit. De face, de côté. Dans un bistrot, dans un train, dans une baignoire, dans nos songes. Sur une terrasse, sur un banc, sur une butte herbeuse. C’est un spectacle apaisant, celui d’une femme emportée par des mots, emmenée par un auteur et son univers…. Marc Meganck «Au sud des jours ordinaires» (micro-nouvelles) – dessins Aurélie Russanowska 180éditions

Roméo Matsas « Le méridien d’Athènes »

Quatrième de couverture

« – Écoute Alex, ne commence pas à m’énerver. Si tu n’es pas content, tu sors et tu continues à pied.

– T’es en forme dis donc! Tu es tellement en colère que tu oublies que je ne suis plus en état de me promener seul. »

En ce printemps 2011, une vie s’échappe et une autre se prépare.

Jean-Baptiste, fils d’immigrés grecs devenu cadre brillant dans une multinationale, apprend le décès de son frère Alexandre. Une vieille promesse d’enfance ressurgit alors, qui le contraint à conduire les cendres de celui-ci au pied de l’Acropole.

Ce même matin Ann, sa compagne, s’entend confirmer qu’elle est enceinte. Trop longtemps espéré, ce bonheur qu’elle ne peut partager fait naître en elle l’urgent besoin de redessiner le cours de son existence.

Alors que leur quotidien bascule, et qu’autour d’eux de profonds changements politiques et sociaux s’installent, Jean-Baptiste et Ann évoluent et se retrouvent au fil des rencontres et des échanges, réels ou fantasmés, qui parsèment le voyage qui leur fera traverser tout un continent.

Pour finalement s’aligner sur un nouveau méridien ?

Roméo Matsas vit en Belgique et est le père de deux filles. Depuis de nombreuses années, il travaille dans le domaine de la coopération internationale et de la lutte contre les inégalités. Le méridien d’Athènes est son premier roman.

Mon avis

Une promesse faite à son frère, alors qu’il était encore enfant, oblige Jean-Baptiste à tout quitter pour accompagner les cendres de celui-ci en Grèce, au pied de l’Acropole. Ce voyage à travers l’Europe sera l’occasion d’une longue réflexion sur sa vie. En Belgique, il laisse Ann, sa compagne, qui vient d’apprendre qu’elle est enceinte…

J’ai beaucoup aimé cette jolie histoire, ces deux êtres embourbés dans leurs vies, lui tiraillé entre sa situation actuelle et ses origines, elle décidée à redessiner sa vie … et ce voyage vers la Grèce avec ses rencontres réelles ou imaginées…. Entre tristesse et espoir, entre regrets et audace.

Extraits

▪️Elle se faisait face dans le miroir. En sous-vêtements, de pied, les yeux plongés dans son regard. (Incipit)

▪️A quoi sert le temps entre deux moments heureux?

▪️Redécouvrir ensemble tant de choses. La nature autour de nous, sa langue et ses jeux, le monde et ses merveilles.

▪️Vis. Bats-toi. Sois adulte. Laisse une trace.

▪️Veux-tu lâcher le bord de la piscine pour que nous allions ensemble nager dans les grands fonds?

Note: 4,5/5

Éditions de L’Harmattan, 2017, 158p.

Dominique Costermans « Des provisions de bonheur »

Quatrième de couverture

Des provisions de bonheur, un titre sucré, douze nouvelles acidulées, douces-amères, mordantes, cyniques et tendres. Comme la vie finalement : tragique, à ne pas prendre au sérieux, à consommer sans modération.

Mon avis

Les choses de l’amour. Ces instants de bonheur fugaces, les déchirements, les non-dits, les séparations, le désir, l’attente, le manque… 12 nouvelles qui racontent ces moments de l’amour, petites histoires anodines, instantanés de la vie. Dans l’écriture de Dominique Costermans, la photographie n’est jamais loin.

Extraits

▪️Des jours comme ça, quel bonheur, rien ne peut nous arriver. Que du bien, des senteurs de roses par brassées dans tous les vases, des fruits rouges dans la bouche.

▪️Il ne peut rien nous arriver, que des cerises, des caresses, de jolis mots qu’on enfilera comme des perles.

▪️Un peu de nostalgie se glisse clandestinement dans ses pensées, ce soir. C’est doux et triste comme une caresse, va-t’en savoir pourquoi.

▪️… elle aime les carnets de toutes sortes, elle aime les papiers qui donne envie d’y poser des mots, elle aime y laisser glisser la plume pointe large, elle aime y déposer l’encre noire. Colin partage cet amour des choses de l’écriture, feutres , cahiers, carnets , stylos de prix ou en plastique, tous ces objets qui donnent envie d’écrire de jolies choses.

▪️C’est bien les photos. Qu’est-ce qu’il disait Doisneau, encore? Un centième de seconde par-ci, un centième de seconde par-là, c’est toujours deux trois secondes prises à l’éternité. De toute façon, c’est tout ce qu’elle sait faire. Regarder, prendre. Cadrer, mettre en boîte. Capturer. Voler à l’éternité.

▪️Penser qu’on peut aussi écrire sur de très petites choses.

▪️ »Mais qu’est-ce que j’ai fait de ma vie? » Se demande Bérénice. Tu as attendu , ma belle, mais la vie non, ni le temps qui passe, et tu as vieilli.

Note: 5/5

Éditions Luce Wilquin, 2003, 134p.

Liens:

▪️https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2017/12/29/dominique-costermans-en-love-mineur/

▪️https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2017/05/21/dominique-costermans-y-a-pas-photo/

Tuyêt-Nga Nguyên « Les mots d’amour, je les aime tant »

Quatrième de couverture

C’est l’histoire d’un homme infidèle, d’une femme bafouée.

C’est l’histoire d’un homme qui aime jouer au poker, d’une femme qui aime les mots d’amour.

C’est l’histoire d’un pacte du silence, d’un cheminement intérieur accompli dans la solitude du coureur de fond.

C’est l’histoire d’une bataille gagnée au forceps, car apprendre à désaimer est un chemin long et douloureux.

« Ce qui se construit avec le temps demande du temps pour se déconstruire. Attachement, arrachement, détachement, dans ce processus de l’amour qui naît et qui meurt, je suis seulement au stade de l’arrachement, et à la douleur qui va avec », dit la narratrice.

C’est l’histoire d’une victoire.

Vietnamienne d’origine, Belge par adoption, Tuyêt-Nga Nguyên a vécu aux États-Unis et en Afrique. Diplômée de l’Université libre de Bruxelles, arrivée à l’écriture comme à un rendez-vous avec l’évidence, c’est à sa terre natale, qu’elle a quittée à 18 ans, qu’elle consacre ses premiers ouvrages, des romans historiques formant une trilogie : Le Journaliste français, Soleil fané, Les Guetteurs de vent. Finaliste de plusieurs prix littéraires, elle a remporté le Prix des Lycéens et le Prix Soroptimist avec Le Journaliste français. Entre larmes et rires, vicissitudes et zen attitude, Les mots d’amour, je les aime tant est l’autopsie d’une séparation.

Mon avis

Le roman retrace le parcours d’une femme. Une femme qui va devoir apprendre à désaimer. Une femme qui par amour va accepter l’inacceptable, confrontée à l’aveu de son mari. Mais jusqu’où peut-on aller dans l’acceptation?

C’est l’histoire d’une femme bafouée qui pas à pas reprend sa vie en main… L’histoire d’une séparation malgré le pacte … Le déchirement d’une séparation inévitable, inéluctable, un chemin douloureux à parcourir quand on aime encore ….

Une écriture « métaphorique » qui colle à l’histoire!! Un énorme coup de cœur!

Extraits

▪️Les mots sont pires que les balles: ils ne ratent jamais leur cible.

▪️Les mots d’amour, je les aime tant. Ils gonflent mes veines de cette sève qui fait pousser les fleurs dans le désert, de cette chaleur qui fait que la solitude n’existe pas, de cette espérance qui fait que la vie est joie. Ils lissent mes chagrins, défroissent mes tristesses, colmatent mes fissures. Avec eux, je franchis les mers, escalade les montagnes, dépasse les horizons. p.31

▪️Certains triomphes sont trop amers pour être glorieux.

▪️Les mots d’amour, je les aime tant. Les neufs, les usés, les inédits, les répétés, les intacts, les troués, les chantés, les pleurés, les faux, les vrais, ils me ravissent tous pareil…

▪️… j’écris pour dire ce que d’autres ont déjà écrit et dit, que le bonheur au quotidien est traître, qu’on n’y fait plus attention et un jour il nous fait un pied de nez.

▪️Vous croyez que je suis heureuse d’être malheureuse.

▪️Quand on se noie, on ne se demande pas si le tronc d’arbre qui flotte à côté est pourri, on l’agrippe, un point c’est tout.

▪️Nous sommes le produit de notre histoire.

▪️Les mots ne sont pas anodins, surtout ceux qui nous échappent et qui, sans filtre, traduisent nos véritables émotions.

▪️Il ne suffit pas de poser les bonnes questions, il faut trouver les bonnes réponses.

▪️Mais qu’as-tu besoin de choisir entre un soleil qui se lève et se couche: l’essentiel n’est-il pas qu’il existe?

▪️Les derniers mots ont une importance particulière, quand ils ne sont pas les plus importants, ainsi des post-scriptum, parfois une astuce pour attirer l’attention sur un point que l’on considère essentiel et qui, incorporé dans le texte, est susceptible de passer inaperçu.

▪️Rien n’est jamais blanc ou noir. Il y a les principes, et il y a la réalité. Il y a les faits, et il y a les sentiments.

▪️▪️.. car les amours tristes sont de loin plus chantées que les amours heureuses … Comme si la peine rapprochait plus que le bonheur, comme si le chagrin se partageait mieux que la joie. Ou simplement parce qu’on se reconnaît souvent dans ces histoires-là qui font pleurer.

▪️Amour, obstacle, séparation, souffrance, telle sont les quatre saisons des amours tristes qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau, de tout temps, sous tous les cieux et à tous les âges. Seuls les détails varient.

▪️Apprendre à désaimer est un chemin douloureux. Car c’est alors que les souvenirs reviennent, les plus beaux, pour. Oui faire plus mal.

▪️J’ignore si je préfère le soleil à son lever ou à son coucher.Mais je sais que gagner quand il convient de perdre est une défaite, et perdre quand il convient de perdre est une victoire.

Note: 5/5 💙💙

Renaissance du livre, 2018, 252p.

« Les mots d’amour, je les aime tant. Ils gonflent mes veines de cette sève qui fait pousser les fleurs dans le désert, de cette chaleur qui fait que la solitude n’existe pas, de cette espérance qui fait que la vie est joie. Ils lissent mes chagrins, défroissent mes tristesses, colmatent mes fissures. Avec eux, je franchis les mers, escalade les montagnes, dépasse les horizons. »

« Les mots d’amour, je les aime tant. Les neufs, les usés, les inédits, les répétés, les intacts, les troués, les chantés, les pleurés, les faux, les vrais, ils me ravissent tous pareil… »

Ariane Le Fort « Partir avant la fin »

Quatrième de couverture

Léonor aime Dan depuis quarante ans, et Nils depuis quinze jours. Dan, c’est le rêve américain de ses dix-huit ans qu’elle a quitté trop vite et qu’elle retrouve parfois à la sauvette, dans un hôtel new-yorkais décati, toujours le même. La dernière fois qu’ils se sont vus, c’était il y a huit ans. La prochaine, c’est dans quelques jours. Mauvais timing. Nils a une tête éperdument sympathique et un corps si palpable qu’il serait capable de transformer Dan en abstraction. Mais cette histoire d’amour toute fraîche pourrait tout aussi bien ne pas résister face à une telle longévité. Si Léonor replonge tête baissée dans les bouillonnements de l’existence, sa mère, elle, pense avoir tout résolu. Ce qui l’occupe désormais, c’est d’en finir proprement. Et vite. Et si possible en beauté, dans un hôtel de luxe avec vue sur la mer. Et avec ses filles pour l’aider. Mais comment fait-on ça?

Ariane Le Fort est l’auteur de plusieurs romans, dont Comment font les autres?, On ne va pas se quitter comme ça? Avec plaisir, François, tous publiés au Seuil. Elle a obtenu pour Beau-fils, en 2003, le prix Rossel, le plus important prix littéraire de Belgique.

Mon avis

Un nouvel amour tout frais, aux élans d’adolescence. Une maman, qui voudrait partir avant la fin, pourquoi pas dans un hôtel de luxe en bord de mer et avec ses filles à ses côtés. Et puis, l’amour américain de sa jeunesse qu’elle revoit par intermittences et qu’elle doit revoir à Budapest dans quelques jours. Et l’envie de saisir l’instant avant… L’amour, la mort s’entremêlent dans la vie de cette femme ainsi que l’urgence de vivre le moment présent. Un roman tout en émotion qui nous parle en alternance de sujets graves et légers. À lire!

Extraits

▪️Ça commençait mal. La glycine avait beau être touffue, compacte au-dessus de nos têtes, elle ne suffisait pas à empêcher la pluie de nous mouiller les pieds. Ça n’avait pas l’air de gêner Nils, qui se tenait debout sur le trottoir, les mains nouées derrière le dos, peut-être tout disposé à passer là le reste de sa vie. (Incipit)

▪️J’avais le chic pour remplacer une illusion par une autre, les souvenirs décidément m’intéressaient plus que la réalité. p.139

Note: 4,5/5

Seuil, 2018, 174p.