Alia Cardyn « Une vie à t’attendre »

Quatrième de couverture

« Je suis petite, si petite dans ces lieux silencieux. Je connais la nature des silences et celui-ci n’est pas bon. Il est le dernier souffle d’une maison qui s’est vidée, précipitant ma perte. Je les appelle et en réponse, ce silence implacable. Où sont-ils ? Je m’apprête à poser le pied sur cette marche mais j’ai déjà compris. Dans quelques secondes, je cesserai d’être une enfant. »

Qui devient-on dans une vie où des parents disparaissent mystérieusement ? Rose a six ans quand la tragédie se produit. Dans ce quotidien bouleversé, elle grandit avec sa version de l’histoire, qui l’étouffe. Qui Rose serait-elle aujourd’hui si elle ne pensait pas qu’ils l’ont abandonnée ? C’est la question que se pose celui qui l’a toujours aimée. À Bali, seize ans après leur disparition, Rose découvre quelques mots sur un carton. Commence alors un périple haletant. Les indices qu’elle va petit à petit accumuler lui permettront-ils de dépasser une enfance brisée ?

Mon avis

Une intrigue familiale, des secrets et des mystères!

Comment se construire quand ses parents ont disparu, littéralement volatilisés? La petite fille de six ans voit son monde s’écrouler, perd tous ses repères et va devoir grandir en se demandant pourquoi et en cherchant à comprendre.

Un beau premier roman, une histoire émouvante et attachante, avec de jolis personnages. Un joli moment de lecture! Une plume à suivre!

Extraits:

– Il y a des jours où on aime et d’autres où on apprend à aimer.

– C’est impressionnant comme le son d’une voix peut faire voyager. Quelques mots dont je ne saisis pas le sens et d’un seul coup, mille images reviennent à l’esprit.

– La vie à son lot de secrets et d’épreuves. Sur ce chemin être une alliée pour soi est précieux.

– Je les imagine se lisant un livre, tour à tour et à voix haute. Chacun met ses images sur les mots qui s’écoulent et ensemble, ils vivent un voyage commun mais différents.

Note: 4/5

Prix: Prix des lecteurs Club 2016

Charleston, 2017, 315p.

Un jour, une citation: Frank Andriat

Un livre, ça peut être tout ou presque rien. Un coup de vent dans la forêt du songe, un tremblement dans notre vie réelle. Il peut modifier la lumière de notre quotidien, la rendre soudain plus vive ou plus ténue. On continue de respirer comme avant et, pourtant, au coeur de nous, une graine pousse, inattendue. Frank Andriat «La forêt plénitude» Editions Mijade (2013)

(Photo: Boeken Diogenes, Kerkstraat 22a, 8340 Damme)

Armel Job « Une femme que j’aimais « 

Quatrième de couverture

Chaque week-end, Claude, jeune homme au tempérament solitaire et à la vie un peu terne, rend visite à la seule personne qu’il aime rencontrer, sa tante Adrienne, qui habite une belle villa à la campagne. Adrienne a cinquante-cinq ans, elle est veuve, elle ne sort pratiquement jamais de chez elle. Mais sa douceur, sa beauté fascinent Claude, comme tous les hommes qui ont un jour croisé son regard.

Un samedi, Adrienne évoque un secret qui depuis toujours pèse sur son coeur. Elle voudrait le confier à Claude, qui refuse de l’entendre. Quelques semaines plus tard, il la trouve gisant sur le carrelage de la villa, morte. Accident ? Meurtre ?… Alors, seulement, Claude se met en quête de la confidence qu’il n’avait pas voulu recevoir. Cette quête va le mener sur les traces du passé d’Adrienne, chaque rencontre lui suggérant une réponse que remet en question la suivante…

Sur un rythme de thriller psychologique qui entraîne le lecteur de fausse piste en fausse piste jusqu’à la révélation finale, un magnifique portrait de femme où Armel Job explore avec le talent qu’on lui connaît les paradoxes de l’âme humaine, de la dévotion à la haine.

Mon avis

Un portrait de femme. On se laisse facilement emporter par cette histoire qui de fausse piste en fausse piste enquête sur la vie d’une femme et ses secrets. À travers les recherches de son neveu, on découvre peu à peu l’histoire de cette femme. Peu à peu le puzzle se recompose et la vérité se profile, mais les secrets doivent-ils toujours être révélés? Une lecture très, très agréable et un style brillant. Un coup de cœur!!

Extraits

– Il y a des histoires qu’on préfère ne pas entendre. Je le comprends tout à fait. À quoi bon remuer le passé, dévoiler ce qui a été si soigneusement occulté, rouvrir les plaies? La vérité a ses droits, mais le secret n’a-t-il pas les siens? Ceux qui ont caché ce qu’ils nous ont caché étaient peut-être plus sages que nous qui prétendons tout déballer…

Ce genre d’histoire, en conséquence, mieux vaut l’écrire. Pour qu’elle ne se perde pas, tout de même. Ce serait dommage. De cette façon, elle reste là, malgré tout. Le texte dort gentiment sous sa couverture. Le réveillera qui veut. Et, s’il n’y a personne, il n’en vivra pas moins, au royaume infini des rêves. p.9-10

– Malheureusement, on avait pas inventé le push-pull pour le cerveau. p.12

– Le dimanche, ils s’endimanchaient. Verbe sorti de l’usage. p.13

– Les photos figent les gens , elles les épinglent comme des papillons dans les cases d’un tiroir entomologique. p.14

– Quand on tient à ses illusions, c’est fou ce que l’imagination peut aller chercher. p.83

– Le meilleur de l’amour, n’est-ce pas quand on ne s’est pas encore déclaré , avant l’évidence des sentiments, lorsqu’on guette chez l’autre les signes de ce que l’on ressent soi-même? p.277

Note: 5/5 💙💙

Robert Laffont, 2018, 297p.

Odile d’Oultremont « Les déraisons »

Quatrième de couverture

La vie d’Adrien et de Louise est un chaos enchanteur. Méritant et réservé, il travaille pour assurer leur quotidien. Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle désaxe la réalité pour illuminer leur ordinaire. Leur équilibre amoureux est bouleversé le jour où l’agenda stratégique de l’employeur d’Adrien coïncide avec la découverte de tumeurs dans les poumons de sa femme. Pendant que les médecins mettent en place un protocole que Louise s’amuse à triturer dans tous les sens, l’employé modèle est exilé par un plan social aux confins d’un couloir. Sidéré, Adrien choisit pour la première fois de désobéir: il déserte son bureau vide pour se dévouer tout entier à Louise, qui, jour après jour, perd de l’altitude. Mais peut-on vraiment larguer les amarres et disparaître ainsi sans prévenir? Et les frasques les plus poétiques peuvent-elles tromper la mélancolie, la maladie et finalement la mort?

Mon avis

Une histoire d’amour magnifique, un couple hors du commun. Et la déraison, qui aide à affronter la douleur envers et contre tout, quoiqu’il en coûte. Un livre poétique et bouleversant qui nous fait passer du sourire aux larmes! Un bonheur de lecture dévoré en quelques heures!! Une écriture originale et riche.

Extraits

– Peut-être l’a-t-elle aimé pour une raison qui se trouve n’en être aucune. Juste parce que l’aimer, c’était pile l’endroit où se trouver, le point entouré sur la carte de Louise, le millimètre carré où s’enfonce la fléchette lancée sur la cible. Ou peut-être l’a-t-elle aimé instinctivement. Sans hiérarchie de pourquoi ou de parce que… p.13

– … permettant à Louise de se multiplier… de créer, d’interpréter, d’élaborer, de rêver, d’imaginer, de peindre, de fonder, de rire, de fabriquer, de concevoir, d’innover, d’écrire, de dessiner, de susciter, de bâtir, de jouer. De devenir Louise. p.49-50

– … l’amour est la langue secrète d’une minuscule communauté où l’on réside seul la plupart du temps. p.79

– Ses fantasqueries, ses bizarrettes, son imaginatie, son inventivitelle, ses pensettes créatiques, sa follesse, sa légèretère. Encouragées, entretenues, quoi qu’il lui en coûte, elles demeureraient, survivantes. p.154

– L’amour est à vivre… Le reste, c’est du reportage. p.207

– Mais la loi ne connaît pas l’amour, ni la complexité de ses méandres, les filaments de son silence, ses vallées perdues, les accélérations soudaines de son tempo, sa fébrilité, ses parages miraculeux, ses salves électriques, le sang qui monte et vient bâtonner les tempes, l’éclosion du sentiment jusqu’à la surface d’un être vivant et toute son existence à suivre. p.212

Note: 5/5 💙💙

Editions de l’Observatoire, 2018, 220p.

« Rien n’est sérieux en ce bas monde que le rire » Flaubert

Un peu de poésie en attendant le printemps (7)

En hiver

Le sol trempé se gerce aux froidures premières,

La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,

Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,

Des coussinets de laine irisés de lumières.

.

Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,

A travers le désert des silences dolents,

Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents

Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.

.

Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,

Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,

On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,

.

Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,

Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin

Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.

Emile Verhaeren « Les flamandes » « En hiver » (1883)

Auteur

Emile Verhaeren (Saint Amand 21/05/1855 – Rouen 27/11/1916) Poète belge flamand, d’expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale proche de l’anarchisme lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d’une grande musicalité. Surnommé le « grand Barbare doux », il a su donner une voix au vent, à la mer, aux arbres et aux forces de la nature.

En 1889, Verhaeren rencontre une jeune aquarelliste, Marthe Massin, qui fréquente régulièrement la sœur du poète. Il tombe sous son charme et l’épouse en 1891. Son amour pour elle s’exprimera au travers de 3 recueils de poèmes dédiés aux âges de la vie d’un couple : « Les Heures claires » (1896), « Les Heures d’après-midi » (1905), « Les Heures du soir » (1911)

À partir de 1898, il séjourna fréquemment dans une petite commune à la frontière française, Roisin

Grâce aux éditions du Mercure de France, ses recueils connaîtront une diffusion européenne. On le traduit dans les langues européennes les plus importantes (l’anglais, le russe, l’allemand) et il fait des tournées littéraires à travers la Belgique, la France, la Hollande, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, La Pologne et la Russie. A ce moment, Verhaeren est sans conteste une célébrité littéraire. Ce sont aussi les années pendant lesquelles il fait la connaissance d’Auguste Rodin, d’Eugène Carrière, de Rainer Maria Rilke et surtout de Stefan Zweig.

Le mythe veut que ces derniers mots ont été : Ma femme, ma patrie.

Émile Verhaeren meurt accidentellement à Rouen et en 1927, sa dépouille sera transférée dans un tombeau monumental aux bords de l’Escaut, à Saint-Amand.

Un jour, une citation : Dominique Costermans

Le pari, lecteur chéri, adorable lecteur, c’est que tu « imagines »! C’est là tout le beau lien, le jeu subtil et excitant, la merveilleuse passerelle que jettent les, entre toi et moi: si je te disais tout, si je te décrivais tout dans le détail, quel plaisir prendrais-tu à me lire? Où se déploierait ton imagination ? Sans toi, sans ta merveilleuse petite usine à rêves, à quoi me servirait-il d’écrire? Dominique Costermans « Y’a pas photo » (Éditions Luce Wilquin)

(Photo: Librairie Shakespeare & co, 37, rue de la Bûcherie, 75005 Paris)

Dominique Costermans « En love mineur »

Quatrième de couverture

« Le train poursuivait sa course dans la nuit tombante, en s’arrêtant toutes les cinq ou dix minutes. La narratrice se dit que ça pourrait donner un bon début d’histoire, un soir un train, une intersection entre deux trajectoires, une collision et puis, le champ des possibles qui s’ouvre en délicatesse. C’était un bon début. Ca démarrait au quart de tour. Elle se sentait sure d’elle, maitresse de la situation et de la tournure que pourrait prendre cette rencontre ».

Mon avis

Des nouvelles à siroter comme une tasse de thé ou une tisane au coin du feu. Des instants de vies, des voyages en Italie, au Portugal, en Crête ou à Chamonix, un cappuccino à Rome, un train vers Bruxelles… Amour, souvenirs , nostalgie… Le champ des possibles… Les choses de la vie et la fugacité du bonheur … Un coup de cœur tant pour les histoires racontées que pour l’écriture. Une « bulle de bonheur »

Extraits

– Il faisait un temps magnifique, c’est-à-dire qu’il ne pleuvait plus, ou pas encore

– À un certain stade de la conversation amoureuse, ce qu’on dit n’a plus aucune importance.

– C’est toujours, comme ça les nouvelles, ça surgit, tant pis pour le reste du monde.

– L’après-midi, j’allais dans les jardins de la villa Borghese, avec un livre et mon carnet de notes. Bien sûr, aussi des souvenirs attendaient partout en embuscade, mais ce champ de mines me semblait plus à ma mesure.

– Dans les ruelles entre le Tibre et le Corso, je suis allée boire un cappuccino dans un petit bar et j’ai choisi une pâtisserie à la crème et à la fleur d’oranger qu’on ne mange qu’en Italie. J’ai passé un bon moment avec mon livre.

– À cette époque, je n’étais pas encore écrivaine. Est- ce qu’on devient écrivain quand on publie? C’est la définition communément admise. Mais n’est-on pas déjà écrivain quand on écrit ce qui sera un jour publié? J’en sûr. Écrire. C’est une chose intime. Mais devenir écrivain, c’est un adoubement.

– J’aime ces actes manqués, ces connexions invisibles.

– … cette beauté qui nous rend si vulnérables, si attentivement présents au monde, si conscients du fragile équilibre des choses et de la fugacité du bonheur.

– Je désire juste l’immobilité de toutes choses en leur perfection.

– … un soir un train , une intersection entre deux trajectoires, une collision et puis, Le champs des possibles qui s’ouvre en délicatesse sur une connivence culturelle.

Note: 5/5 💙

Editions Quadrature, 2017, 115p.