JEAN E. PENDZIWOL « LE SILENCE DU PHARE »

Quatrième de couverture

Emily et Elizabeth. Les deux faces d’une même pièce, les inséparables jumelles Livingstone. Elles ont grandi à l’ombre du phare de Porphyry, sur les rives tumultueuses du Lac Supérieur. Une enfance libre et sauvage au coeur de cette nature éblouissante. Jusqu’au jour où le drame a frappé. Depuis, Elizabeth a dû apprendre à vivre seule, à effacer le nom d’Emily.

Soixante-dix ans plus tard, au crépuscule de sa vie et privée de la vue, Elizabeth s’est réfugiée dans la musique. Mais lorsque les journaux tenus par son père sont découverts dans l’épave d’un voilier échoué, elle n’a d’autre choix que se replonger dans ce passé… et réunir enfin les pièces manquantes de son histoire.

Que s’est-il passé sur la petite île de Porphyry toutes ces années plus tôt ? Et quel est le lien avec Morgan, la jeune femme qui vient lui rendre visite dans sa maison de retraite ? Une bouleversante histoire d’amour et de mort, de secret et de pardon.

« UN MAGNIFIQUE ROMAN SUR L’AMOUR ET LE MENSONGE QUI RÉALISE LE TOUR DE FORCE D’ÊTRE À LA FOIS MÉLANCOLIQUE ET GRISANT. » Kirkus Reviews

L’auteur

Auteure primée de nombreux best-sellers pour les enfants, Jean Pendziwol s’est lancée dans le roman avec « Le Silence du phare », qui s’est immédiatement hissé en tête de liste des best-sellers canadiens. Elle y retranscrit toute l’ambiance de son Ontario natal, les terres somptueuses mais tumultueuses du Lac Supérieur. Ce roman a été lauréat du Northern Lit Award 2018 et finaliste du HWA Crown Award, qui récompense le meilleur roman historique paru au Royaume-Uni.

Mon avis

Morgan est une jeune fille rebelle, au passé douloureux et en quête de vérités. Ses graffitis ont endommagé la clôture de la maison de retraite Boreal et elle est condamnée à réparer les dégâts qu’elle a causés. Deux fois par semaine, elle se rend donc, sur les lieux pour y effectuer des heures de travail communautaire.

Elizabeth, une vieille femme aveugle, vit là. Autour d’elle plane l’ombre de sa sœur jumelle, Emily.

Elles se rencontrent et Elizabeth propose à la jeune fille de lui lire les carnets de son père, qu’elle vient de retrouver. Au fil des jours, des liens se créent entre elles, et doucement elles s’apprivoisent.

Les mots lus par Morgan restituent à Elizabeth des instantanés de vie, des noms, des lieux, sa jeunesse, son passé et ses secrets.

Elle reparcourt son enfance, sur l’île où son père était gardien de phare. Un endroit sauvage, à l’écart du monde où elle a grandit aux côtés de sa sœur.

L’histoire se déroule, le puzzle se recompose, et les secrets, peu à peu, se dévoilent. Elles ne sortiront pas indemnes de ces lectures…

Un véritable page turner, qui tient le lecteur en haleine, jusqu’à la dernière page. Les secrets du passé, la complexité des relations familiales et humaines, la dévotion d’une sœur pour sa jumelle, au point de sacrifier sa propre vie, sont les thèmes que le roman aborde. Les passages relatifs à la vie sur l’île et au phare ont quelque chose de magique et de fascinant.

Une histoire touchante et émouvante. Une fine analyse psychologique. Une écriture fluide et entraînante. Un roman très réussi.

Extraits

▪️les mots , un à un, remplissent les vides jusqu’à ce que la mare de souvenirs déborde et afflue en moi.

▪️la plupart d’entre nous… ne sont que des spectateurs de la vie. Ceux qui ont laissé leurs démons envahir leur vie sont les architectes de la vie: ils construisent le monde tel que nous le connaissons. C’est peut-être à cause de cela que, pour eux, la ligne est bien mince entre ce qui est vénéré et ce qui est honni.

▪️Les noms et les lieux. Des instantanés de vie. Ils constituent mon passé. Ma jeunesse. Mon chez moi.

▪️Je ne me lasse pas. Je crois que le fait de le raconter me rend plus forte. Ces mots qui s’échappent de moi et façonnent cette histoire, qui nous ont menées toutes les deux jusqu’ici, maintenant, dans cette pièce, attendaient de prendre vie. Cela me libère et m’allège de les partager.

▪️L’amour n’est pas aveugle, comme ils disent. L’amour nous aveugle. C’est un voleur.

▪️Parfois les gens expriment dans leurs actes ce qu’ils sont incapables d’exprimer en mots.

▪️À un certain moment, nous nous demandons tous qui nous sommes. En fait, il ne s’agit pas de savoir qui tu es ni qui tu étais, mais qui tu peux être.

Note: 4,5/5

Prix: Northern Lit Award 2018, finaliste du HWA Crown Award

Éditions Charleston, 2019, 346 p.

Jérémy Laniel «La patience des arbres»

Quatrième de couverture

Le 21 mars 2016, Jérémy Laniel, libraire québé-cois, vient passer quelques jours à Bruxelles. Le lendemain matin, plusieurs attentats terroristes frappent la ville. Le bilan est dramatique : 32 morts et 340 blessés. Ces tragiques événements lui ont inspiré ce texte

« À moi s’imposait l’idée qu’entre tous les commerces, tous pouvaient fermer, sauf un. La jour-née où les bombes et les balles feraient fermer les librairies, nous aurions perdu. À onze heures, comme l’indiquait l’horaire sur la porte, nous avons ouvert le grillage et déverrouillé la porte. Et nous avons attendu. »

Mon avis

Un court texte qui parle si bien des livres. Du rôle qu’ils peuvent jouer dans notre monde. Les livres face à la terreur, face à l’horreur, face à l’inimaginable. La résistance par les livres. Ouvrir les librairies. Pour avoir vécu cette journée du 22 mars 2016, à Bruxelles, ma ville, j’ai lu ce témoignage avec beaucoup d’émotion. Une petite pépite.

Extraits

▪️Le livre traverse le temps façonnant au détour le monde dans lequel il évolue. Artisan de la montée comme de la chute des empires, témoignant tantôt d’une autre époque, tantôt de nos demains incertains, il reste puissant, essentiel … Il réfléchit autant qu’il divertit, raconte autant qu’il démontre, choque autant qu’il conforte.

▪️Y a-t-il une sorte de persistance, de révolte, de résistance, dans l’idée de passer une vie à fréquenter des livres? Quelque chose comme un anachronisme? Une nostalgie mal placée? Ou avons-nous encore raison de croire que tout peut se retrouver dans les pages d’un livre?

▪️N’y a-t-il pas une vision on ne peut plus romantique du monde livresque, que de voir ce dernier sans complexe face à la suite du monde, dans une quelconque certitude qu’il poursuivra son chemin, qu’on a beau le brûler, par accident ou par autodafé, Le dématérialiser ou encore le stocker dans un casque de réalité virtuelle, il nous regarde, sourire en coin, sachant pertinemment qu’il va nous survivre.

▪️… l’idée que les mots, les livres , les bibliothèques sont autant de choses qu’on peut trimballer dans une vie, qui nous gardent debout, qui nous ouvrent les yeux, qui nous font lever la tête, qui nous poussent à continuer.

▪️Il y a quelque chose de terriblement beau et anachronique dans ce métier de passeur qu’est celui de libraire, mais vivre avec les livres, n’est-ce pas l’unique façon d’avancer?

▪️Elle est là l’utilité d’une vie livresque, dans l’appui qu’on lui retrouve, dans cette unique façon qu’on a de se tourner vers les livres lorsque le sens semble fuir le réel. Ils sont des compagnons de route, oui, mais aussi des béquilles quand le monde fait de nous des éclopés, et surtout des alliés quand on ne sait plus vers qui se tourner. Les livres ont la patience des arbres. Grands et majestueux, ils semblent attendre notre recueillement. Bien qu’on les ait lus une ou deux fois, qu’on passe près d’eux cent fois, mille fois, ils sauront au bon moment jeter leur sens sur nous comme l’ombre d’un saule majestueux un après-midi d’été.

▪️Lors de son passage à La Grande Librairie, Fanny Ardant mentionnait qu’elle entrait dans une librairie comme on entre dans une forêt et je ne pourrais définir plus justement une librairie. Elles sont des îlots de sens dans un monde en constant mouvement, elles sont ces refuges lorsque les attaques du réel sont incessantes. Entrer dans une librairie, c’est une promesse d’ailleurs comme peu de lieux peuvent en faire.

ONLIT Éditions, 2018, 16p.

Les livres ont la patience des arbres.