HYAM ZAYTOUN « VIGILE »

Quatrième de couverture

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.

Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

L’auteur

Comédienne, Hyam Zaytoun joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle collabore par ailleurs à l’écriture de scénarios. Elle est aussi l’auteur d’un feuilleton radiophonique – « J’apprends l’arabe » – diffusé sur France Culture en 2017. Vigile est son premier texte. 

 Mon avis

Une nuit où tout bascule. Une nuit traumatique. L’homme qu’elle aime fait un arrêt cardiaque. Et ce sont des jours d’angoisse, d’attente, de peur, de douleur, d’entraide et de courage qui commencent. Des jours de cauchemars sans fin…. Peine et espoir s’alternent… Cinq plus tard, elle raconte.

Un texte bouleversant, tellement beau. L’amour parcourt les pages. L’émotion envahit le lecteur, il est rare qu’un texte touche autant.

Extraits

▪️Une histoire de pulsation. Une certitude physique qui mute en pensée.

▪️La mort est comme un diable qui susurre à l’oreille qu’il est déjà trop tard…

▪️Tendre des fils. Ne pas se laisser submerger par la déferlante.

▪️On dirait que tu me connais déjà. Et dans tes gestes, tu parles corps à corps. Tu me désarmes.

▪️Cette façon de s’accorder le droit d’aimer pour deux.

▪️Je ne connaissais pas notre bonheur.

▪️Je repense à cette histoire. Une histoire de famille, que je reconstitue à force de récits, à force d’images aperçues ça et là dans la maison de tes parents.

▪️Près de ton lit maintenant je détisse. Et tisse autrement. Je gagne du temps. Que nos enfants grandissent. Que l’on s’aime encore plus. À tes oreilles, je glisse une autre histoire. Et tes lèvres prendront bien le relais mon amour.

▪️-Moi, quand je serai papa, vous serez papi et mamie. […] Cela m’a submergée. […] Et j’ai dit, Oui. Oui à Victor. Oui à l’avenir qu’il nous dessinait simplement. Et j’ai osé. Pour la première fois, à nouveau, je nous ai vus vieillir ensemble. (Excipit)

Note: 5/5 💙💙

Prix: Sélectionné pour le Grand Prix des Lectrices et des Lycéennes de ELLE

Le Tripode, 2019, 128 p.

SANDRINE YAZBECK « LES IMPARFAITS »

Quatrième de couverture

Londres 2013. Depuis la disparition de sa femme Clara cinq ans plus tôt, Gamal, ancien grand reporter de guerre n’a jamais cherché à la retrouver. Aussi quand il découvre qu’Howard, son meilleur ami, se rend en secret à Positano dont elle est originaire, tout se met à vaciller.

Entre mensonge et trahison, amour, amitié et rivalité, le puzzle d’un trio apparemment parfait s’ouvre sur leurs failles et leurs secrets. À la fois intimiste et ouvert aux grands enjeux du monde, Les imparfaits entrelace les émotions, les relations, les leurres que nous entretenons autant avec ceux que nous croyons connaître qu’avec nous-mêmes.

L’auteur

Ancienne avocate internationale, Sandrine Yazbeck a vécu 7 ans à Londres, avant de s’installer à Boston. Père libanais, mère française, mari irlandais, deux jeunes enfants, elle a décidé de se consacrer à l’écriture à 40 ans. « Les imparfaits » est son premier roman.

Mon avis

Elle est partie sans un mot et sans laisser d’adresse. Après trente ans de mariage, Clara s’est volatilisée. Cinq ans plus tard, Gamal, son mari, découvre par hasard que son meilleur ami, Howard, lui ment. Alors qu’il avait prétendu partir en convalescence en Floride, il a réservé un hôtel à Positano…. Positano, l’endroit où Clara a passé sa jeunesse. Et puis il y une inscription en arabe sur une carte postale représentant « La trahison des images » de Magritte …

Un triangle amoureux fait de mensonges, de secrets, de non-dits, d’incompréhensions et de trahisons. Chacun ne connaît jamais qu’une partie de la vérité. Tout être cache quelque chose. Au fil du récit, la vérité peu à peu transparaît.

Une écriture poétique (surtout dans les passages du journal de Clara, le journal pour toi qui voudras bien le lire). Un énorme coup de cœur de cette rentrée littéraire 2019! Je ne peux que conseiller cette petite merveille!

Extraits

▪️C’était cela aussi, fondamentalement, l’amour… Laisser partir celui qui voulait s’en aller

▪️Ce serait formidable si, pour rattraper le temps perdu, il suffisait de monter et descendre les escaliers.

▪️J’aurais davantage faire confiance au temps dans la vie, j’aurais dû savoir me reposer sur lui.

▪️Il y a tant de choses que je n’ai jamais vues (ou les ai-je oubliées?) comme on a tendance à ne pas voir les choses à portée de main et qu’on croit pouvoir voir n’importe quand.

▪️Ma vie était devenue une fenêtre? Vers quoi?

▪️Les secrets parviennent toujours tôt ou tard à la connaissance de celui que l’on épargne.

▪️Au loin, les nuages, rares, semblent avoir été esquissés au pinceau d’une main indécise, parfois tout en épaisseur, parfois tout en transparence, môme un arbitrage impossible entre le ciel et le blanc, le lumineux et l’opaque, l’illusion et la matière.

▪️J’ai suivi tête baissée un chemin dont je n’ai jamais voulu questionner ni le tracé ni les motivations

▪️Il y a des fautes que l’on ne peut oublier. On a beau les enfouir, les nier, les enrober , tenter les excuses, les explications, l’amende honorable, laisser les années passer, rien n’y fait, il y a des fautes qui, où que l’on regarde, vous sautent au visage.

Note: 5/5 💙💙

Albin Michel, 2019, 154 p.

FRED PARONUZZI « DRÔLE D’ENDROIT POUR DE LA NEIGE»

Quatrième de couverture

Alors qu’elle assiste à la cérémonie célébrant la promotion professionnelle de son mari, la narratrice décide de le quitter et d’emmener leurs deux enfants, quelques jours, au bord de la mer.

Dans ce nouveau livre, Fred Paronuzzi nous offre une émouvante parenthèse enchantée dans la vie d’une femme qui s’apprête à tout reprendre à zéro. Un bel exemple de « lâcher prise » qui donne envie de croire en l’humanité.

L’auteur

Fred Paronuzzi a débuté aux Éditions Le Dilettante (10 ans ¾, 2002), puis a publié Comme s’ils étaient beaux, (Le Dilettante, 2005) et La Lettre de Flora, (éditions Robert Laffont, 2007) Depuis quelques années il écrit essentiellement pour la jeunesse et publie des livres chez Thierry Magnier.

Mon avis

Devenue la numéro deux dans la vie de son mari, et alors que celui-ci fête une promotion, une femme décide de partir à la mer avec ses enfants. Elle loue une maison, recommence à vivre, fait des rencontres.

Le temps d’une parenthèse, elle se découvrira étrangement sereine. Quelque chose d’essentiel se termine, mais un nouveau départ, dont elle ignore tout, se profile… Et le temps de ces vacances, un moment suspendu…

Un court roman. Un joli portrait de femme, une renaissance pleine d’espoir. Une agréable découverte !

Extraits

▪️Pas convaincue qu’il y ait une cohérence à notre histoire, en définitive, mais je déteste lâcher un film en cours de route, même si l’épilogue s’avère mal ficelé, un brin casse-gueule, alourdi par les clichés. Le début était prometteur, pourtant.

▪️et un roman aussi, les mots d’un autre.

▪️ C’est la fin de quelque chose d’essentiel, même si je n’en mesure pas encore l’importance, et le début d’autre chose dont j’ignore tout.

▪️on ne sait jamais combien de temps durent les choses.

Note: 4,5/5

Éditions Anne Carrière, 2018, 116 p.

Littérature française: sélection 2018

Mon top 10, en littérature française (mais le choix fut difficile!) – 2018

▪️Marc Pautrel « La vie princière » Gallimard

▪️Lisa Balavoine « Éparse » Flammarion

▪️Jean Berthier « 1144 livres » Robert Laffont

▪️Camille Anseaume « Quatre murs et un toit » Calmann-Levy

▪️René Frégni « Je me souviens de tous vos rêves » Folio

▪️Sophie De Baere « La dérobée » Anne Carrière

▪️Claire Chazal « Presque tout passe » Grasset

▪️Olivia de Lamberterie »Avec toutes mes sympathies » Stock

▪️Amélie Cordonnier « Trancher » Flammarion

▪️François Bott « Un hiver au Vésinet » La Table Ronde

Valérie Van Oost «  Hurler sans bruit »

Quatrième de couverture

Alex, Isabelle, Marine.

Trois femmes, trois amies. Ensemble, elles ont connu des drames, affronté des obstacles.

Mais tout ne se partage pas, même avec ses meilleures amies. Certains secrets sont gardés, enfouis. Jusqu’au jour où l’on vient les déterrer. Ainsi, quand Jeanne, la fille d’Alex, se trouve confrontée à un choix difficile, les trois amies tombent le masque. Leur amitié sera-t-elle assez forte pour surmonter les révélations ?

Au travers de ses trois héroïnes, l’auteur nous dresse le portrait des femmes d’aujourd’hui, des enjeux que sont pour elles la carrière, la maternité et la vie de couple.

Une histoire poignante sur la résilience au féminin.

L’auteur

Originaire d’Aix en Provence, Valérie Van Oost est aujourd’hui une parigot-provinciale assumée. Consultante éditoriale, ancienne journaliste, et notamment rédactrice en chef de ELLE.fr, elle est sensible aux questions sur la place des femmes dans la société. Auteur de nouvelles, elle a reçu, pour «Rupture sans préavis», le 2e prix de nouvelles organisé par Arte et le magazine Causette en 2010. « Hurler sans bruit » est son premier roman.

Mon avis

Trois amies. Trois femmes avec leurs secrets, leurs blessures, leurs douleurs, leurs chagrins et leurs choix. Des femmes qui ont supporté l’insupportable, et parfois l’irrémédiable. Leur amitié a traversé vents et marées, depuis qu’elles se sont rencontrées sur les bancs de la fac de droit. Elles s’aident, s’épaulent, se confient… Elles se connaissent mais peut être pas aussi bien qu’elles le croient. Elles se racontent tout ou presque…

Trois parcours de femmes qui interrogent sur la maternité, la féminité et le sens de culpabilité souvent présent en chacune de nous. Des personnages à fleur de peau, des femmes d’aujourd’hui qui nous ressemblent. C’est peu de dire que j’ai adoré ce livre subtil, puissant et tellement humain, qui vous emporte dans un crescendo d’émotions!

Extraits

▪️Après tout, il y avait-il des questions à se poser? La vie s’inscrivait dans l’évidence de ce qu’il avait imaginé.

▪️Pour être regardée, elle préfère écouter, elle s’est aperçue au fil du temps qu’on pouvait s’attacher à elle et l’aimer pour ça. Et, elle a besoin, plus que personne ne peut le mesurer, même ses plus proches amies, d’être aimée.

▪️Elles trinquent à ce qu’elles sont aujourd’hui. Plutôt heureuses dans leurs vies imparfaites, même si chacune sait que souvent les choix n’ont pas toujours été faciles à faire, que parfois il n’y a pas eu d’alternative. Elles savent maintenant que les chagrins ne fondent pas avec un pot de crème glacée et que l’irrémédiable ne se dissout pas dans l’eau-de-vie.

▪️Elle sait aussi que tomber amoureux, c’est parfois tomber tout court.

▪️Même les jolis souvenirs qu’ils avaient évoqués ensemble étaient piétinés, dommage collatéral d’un passé qu’elle avait voulu conjuguer au présent.

▪️Son récit bute sur des points de suspension et un point d’interrogation, une partition inachevée dont elle n’arrive pas à tourner la page.

Note: 5/5 💙💙

Librinova, 2018, 131p.

Laurence Vivarès « La vie a parfois un goût de ristretto »

Quatrième de couverture

Lucie, styliste parisienne, revient seule, sur les lieux où son histoire d’amour s’est échouée pour essayer de comprendre, de se confronter à son chagrin, de recoloriser  ses souvenirs, et peut-être de guérir. Ce voyage intérieur et extérieur la conduit à Venise, trouble et mystérieuse en novembre, pendant la période de l’« acqua alta« . Au rythme d’une douce errance, Lucie vit trois jours intenses, sous le charme nostalgique de la ville. En compagnie de Vénitiens qui croiseront providentiellement sa route, un architecte et sa sœur, une aveugle, un photographe, elle ouvre une nouvelle page de son histoire.

« Chaque millimètre de sa peau était sensible. Dans la lumière voilée, toute les couleurs de cette journée de novembre à Venise se déployaient, flatteuse et reposantes. Le contraire du noir ce n’était pas le blanc, mais bien la couleur. C’était simple, mais elle ne le découvrait que maintenant. »

Mon avis

Trois jours à Venise! Venise en novembre, c’est aussi « l’acqua alta »! Sur les traces d’un amour perdu, malheureux et toxique, mais aussi sur les traces des amours de George Sand et Alfred de Musset, sur les traces d’Hemingway, du Titien et de Vivaldi… Une promenade vénitienne, des rencontres … L’histoire d’une renaissance et le conseil d’un ami: « recoloriser le souvenir pour passer à autre chose ».

Des êtres fragiles, cabossés et touchants. Les charmes de Venise! Et le tour est joué!

Un moment d’évasion dans une ville que j’adore (comme beaucoup)! Un très beau premier roman! Une lecture qui a « coloré » ce mois de novembre un peu gris!

Extraits

▪️Nos histoires tissent nos vies, mais… nous pouvons tisser nos histoires.

▪️Pour lui, la culture ancraît l’âme des êtres profondément, comme des racines immenses les reliant par-delà les époques et les frontières, dans une gigantesque nappe phréatique.

▪️Privilège de la solitude, de n’être ancré à rien , et de potentiellement s’intégrer à tout.

▪️Toute réalité, même la plus terrible, est préférable à l’illusion car on peut en faire quelque chose.

▪️Ces peintres de la Renaissance… C’étaient des poètes de la lumière.

▪️Quand on ne voit pas, on est moins prisonniers de nos jugements.

Note: 4,5/5 💙

Eyrolles, 2018, 216p.

Caroline Suchodolski « Cupidité »

Quatrième de couverture

Dans ce huis clos étouffant, la mère est paralysée. la fille cupide et psychopathe. le fils énigmatique. Quel drame se joue? Qui est coupable? De quel crime? Et pourquoi? Cette histoire de famille résonne en chacun de nous, parce que nous voyons les évènements de notre enfance à travers un prisme qui souvent déforme la réalité. La mère se sent coupable, la fille revendique une injustice; le fils …

Mon avis

Une mère paralysée, à la merci de sa fille qui s’en occupe tout en égrenant un long chapelet de reproches et d’accusations, et un fils tenu à l’écart. La mère se sent coupable. Le frère… la sœur, amour ou haine, chacun a sa version! La fille folle au point de faire du mal à sa propre mère ou le frère qui imagine un plan machiavélique pour se débarrasser de sa sœur et sauver sa mère. Le doute s’insinue…

Un huis-clos alternant les voix des trois personnages: la mère, la fille, le fils. C’est glaçant, malsain, et étouffant. Une histoire familiale diabolique!

Un style fluide et tranchant. Un roman qui se lit d’une traite. On regrette à la dernière page, qu’il ne soit pas un peu plus long. Une belle lecture!

Extraits

▪️Les autres sont devenus le miroir de ma disgrâce.

▪️La nuit nous montions sur les toits pour fumer et nous raconter notre vie, celle passée courte et sans intérêt et l’avenir large et profond comme la nuit qui s’étendait devant nos yeux.

▪️Et même si son amour n’était pas fait du même métal que le mien, elle m,aimait et cela me suffisait.

▪️L’amour rend aveugle, dit-on. La maternité est son aveuglement le plus total.

▪️On a tous nos casseroles, on ne peut pas changer le passé, ce qu’il faut maintenant c’est vivre avec, supporter et aller de l’avant.

Note: 4,5/5

The BookEdition.com, 2018, 174p.