DOMINIQUE JEZEGOU « LE SECRET DERRIÈRE LE MUR »

Quatrième de couverture

« Le secret derrière le mur » est une aventure du cœur et de l’esprit qui vous fera remonter le temps, de notre époque à celle des corsaires… Anne et Gil se rencontrent à Lisbonne, au Portugal et tombent follement amoureux l’un de l’autre. Ils s’installent tous deux au Pays basque et Anne découvre le destin incroyable de la famille de Gil, les Alméida, à la fois basques et portugais. Après qu’un drame terrible eut brisé leur union, Anne décide de retourner habiter au Croisic, avec leur fils Nicolas. Luttant contre son chagrin, elle décide de restaurer une vieille demeure sur la côte. En y découvrant une pièce murée, elle va faire ressurgir des évènements très anciens et peu à peu comprendre que, quelque chose d’unique la lie à cet endroit et à ceux qui l’ont fréquenté. En trois lieux et trois époques, cette histoire explore les sentiments, montre qu’ils peuvent transcender le temps, mais aussi comment, des êtres, malgré des périodes et des vies très différentes, ont finalement beaucoup en commun : la solitude, le chagrin lié à la disparition d’un être cher, la quête du bonheur. En réalité, une seule chose agit sur notre destinée à tous. L’amour.

L’auteur

Longtemps journaliste dans la presse écrite, Dominique Jézégou a notamment vécu et travaillé en Afrique ainsi qu’en Polynésie française. Après « Vin de Tahiti, jusqu’au bout du rêve », l’histoire d’un vignoble, publiée aux éditions Féret, elle poursuit son expérience littéraire avec son premier roman intitulé « Le secret derrière le mur ».

Mon avis

Une rencontre à Lisbonne, dans un musée, et c’est l’amour fou. Le Portugal, ses poètes, le fado, la saudade en toile de fond de cet amour qui se dessine …

Mais ses vacances se terminent, et elle rentre à Nantes. Lui se partage entre le Portugal et le Pays basque…

Le Pays Basque où il décident de s’installer et de construire leur vie. Mais, un jour, c’est le drame …

Une maison au Croisic, une demeure qui vous trouve…

Un livre comme un voyage dans le temps et dans l’espace où l’amour, le deuil, le courage de surmonter les épreuves se côtoient. Le parcours douloureux d’une femme qui lentement se reconstruira pour elle et pour son enfant. S’accordera-t-le droit de vivre à nouveau?

C’est aussi une histoire de corsaires, l’histoire d’un secret…

Et puis il y a l’amour pour les livres: Pessoa, Tabucchi , Saramago…

Des personnages bienveillants et touchants. Une écriture précise et délicate.

L’art de raconter une histoire, est totalement maîtrisé, dans ce roman. Une belle lecture.

Extraits

▪️« Peut-être, est-ce cette demeure qui m’a trouvée…

Elle était là au détour d’un chemin, surgissant derrière un bouquet d’arbres et je l’ai aimée tout de suite…

L’air sentait bon, le soleil dardait ses derniers rayons et la lumière était belle en cette fin d’après-midi. C’était l’heure que je préfère, ce court instant où le temps et l’espace semble se conjuguer, un vrai moment de paix où tout est suspendu.

L’heure douce, comme l’appelait mon bien-aimé…

▪️Voyager, c’est aussi prendre des leçons d’histoire.

▪️ … les livres qui s’accumulaient sur les rayonnages de leur bibliothèque. Celle ci penchait d’ailleurs dangereusement sous le poids de la quantité d’ouvrages qu’elle contenait. Indifférents à la distinction de styles et d’idées, les auteurs voisinaient. Certains ouvrages avaient du être lus à plusieurs reprises, car la reliure était fatiguée. Je constatais que Pessoa avait effectivement une large place. J’aimais ces bibliothèques qui révèlent la vraie nature de leur lecteur, plus passionné par le contenu que par le contenant.

▪️Les souvenirs deviennent précieux lorsqu’on sait qu’on ne reviendra pas en arrière.

▪️Les livres avaient toujours eu pour moi, un effet profondément rassurant. Je sentais, comme toute lectrice qui se reconnait, l’odeur familière des livres, du papier et de l’encre d’imprimerie.

▪️En rentrant, je m’assis sur le canapé et sortis de mon sac le livre découvert ce jour là. Je caressai sa tranche dorée et sa reliure de vieux cuir, décorée de mords et de nerfs dorés. Je fermai les yeux tout en humant son odeur au charme poussiéreux, celle que j’aimais chez les livres anciens et qui ne manquait pas d’ouvrir dans mon esprit, mille portes imaginaires.

▪️J’avais toujours aimé les livres aussi loin que je me souvienne. Enfant, j’étais déjà fascinée par leur odeur, puis par les images et les personnages. C’était des objets simples et élégants. Uniques. Je les ouvrais et ils révélaient des mondes inconnus. Ils me faisaient voyager. Plus tard, en grandissant, cette passion avait pris une autre dimension, j’avais découvert une autre pensée que la mienne. Le livre avait ainsi façonné ma conscience, enrichi ma sensibilité, ouvert mon esprit.

▪️On dit parfois que les livres sont des âmes fortes.

▪️La correspondance passée est toujours très intéressante. C’est pour moi comme un véritable laboratoire intérieur. Les épistoliers en sont rarement conscients, mais ils nous éclairent en profondeur sur leur espace intérieur, mais aussi sur l’époque, le contexte et l’histoire.

▪️Pour l’avoir expérimenté jeune, je savais que lorsqu’on a commencé, le bonheur de découvrir des histoires, ne cesse jamais.

▪️Je ne crois pas non plus au hasard, je crois plutôt à une coïncidence pleine de sens qui dirige la destinée.

▪️… des livres. Je réalisai qu’ils avaient toujours été de solides compagnons dont j’avais recherché la proximité dans les moments les plus complexes de ma vie. J’éprouvais donc un certain plaisir à ouvrir chaque jour la porte du magasin, à longer les rangées de livres, à caresser du bout des doigts les reliures, à découvrir les couvertures, à tourner les pages … A eux seuls, ils m’offraient des voyages immobiles.

▪️… tout ce, à quoi nous tenons, est fragile. Combien nos existences sont fragiles. Comme du cristal. Tout peut se briser. En un instant.

▪️Lorsque nous nous plongeons dans notre histoire familiale, bien plus souvent qu’on ne croit, la petite et la grande histoire se confondent, jusqu’à faire émerger, des secrets, des souvenirs lointains, refoulés, avec leur héritage de blessures et de chagrins. J’avais plongé très profondément dans ce passé inconnu, j’étais allée bien plus loin que je ne l’aurais imaginé. Sans doute fallait il creuser encore davantage pour avoir toutes les réponses.

▪️les mots s’effacent pour toujours, si on ne les prononce pas, au bon moment.

▪️Penchée sur le livre, je restai plusieurs minutes à fixer les mots. Si nous pensions comme ce violoncelliste, en combien de secondes se résumerait notre existence?

▪️j’ai découvert que dans ce qui nous lie les uns aux autres, les frontières n’existent pas, elles peuvent être repoussées toujours plus loin. L’amour est infini. Et quand tout s’achève ici bas, en réalité tout commence, car il reste l’éternité.

Note: 4,5/5

5 sens Éditions, 2019, 544 p.

VALÉRIE LAVALLÉ «  SAISIS TA CHANCE, CALYPSO! »

Quatrième de couverture

Ne jamais, jamais, l’avoir rencontré. Voilà ce que voudrait Calypso, en ce beau matin de novembre, alors qu’elle pense à sa récente rupture avec Yann. Yann est l’homme de sa vie – et il l’a quittée. Brutalement. Une blessure qui jette une ombre sur tout le reste de sa vie si parfaite.

Plongée dans ses pensées, Calypso ne voit pas venir la voiture qui la percute violemment. Cela pourrait être la fin de l’histoire… ce n’est que le début. Car le choc l’a projetée six mois plus tôt, dans une vie à laquelle Yann n’appartient pas encore.

Tout est donc encore possible et Calypso va devoir saisir sa chance pour tenter de réécrire l’histoire, son histoire.

Une merveilleuse comédie romantique au ton enjoué, vif et résolument moderne, dans laquelle amour et amitié tiennent des places essentielles. Irrésistible Calypso !

L’auteur

Maman 4G, ultra connectée (mais aussi ultra-fatiguée) vivant à Bisseuil (dans la Marne), Valérie Lavallé raconte sa vie de maman avec un soupçon de second degré et une bonne dose de déculpabilisation sur son blog allomamandodo.com, suivi par près de 60 000 fans. « Saisis ta chance, Calypso! », son premier roman, a été finaliste du Prix du Livre Romantique.

Site web : http://allomamandodo.com/

Mon avis

Et si l’on pouvait revivre sa vie et refaire les choses en mieux. Qui n’a jamais rêvé de cela! Un matin de novembre, Calypso, un cappuccino à la main et perdue dans ses pensées, se fait percuter par une voiture. Elle pensait à « l’homme de sa vie », Yann, celui qui vient de la quitter, et souhaitait ardemment ne l’avoir jamais rencontré. Le choc ne l’a pas seulement projeté au sol mais l’a également propulsée dans le temps. Que s’est-il passé? L’occasion peut-être réécrire son histoire en mieux et s’offrir un autre destin…

Comme un flashback de sa vie… Une seconde chance…

Un roman pétillant qui m’a fait penser au film « Sliding doors » ( « Pile et face ») avec Gwyneth Paltrow. Revivre sa vie, refaire les choses en mieux, et au final se rendre compte que tout ce que nous vivons a forgé notre histoire. Il ne faut rien regretter, car tout nous a conduit à maintenant.

Un livre qui a le pouvoir de vous isoler du monde, une fois commencé, on perd toute notion du temps.

Extraits

▪️Mais chacun perçoit la littérature (et l’amour) comme il le veut.

▪️Il y a des gens qu’on n’aurait jamais dû rencontrer. Parce que leur présence, même furtive et heureuse dans votre vie chamboulera tout le reste de votre existence.

▪️Ne regrettons pas notre enfance, notre passé,

C’est lui qui nous a guidé jusqu’à maintenant.

Ne regrettons pas qui nous avons été,

Ca nous a permis d’être qui nous sommes vraiment.

Ne regrettons pas nos faux-pas, nos actes-manqués,

Ces souvenirs, mêmes tristes, sont le patchwork de notre tempérament. Ne regrettons pas nos hésitations, nos maladresses,

Car elles ont forgé notre histoire, ce lien passé-présent.

Ne regrettons pas nos tentations, nos cœurs brisés,

L’erreur est humaine, acceptons-la, tout simplement.

Éditions Charleston, 2019, 272 p.

JÉRÔME ATTAL « LA PETITE SONNEUSE DE CLOCHES »

« Quelles amours plus fortes que tout se terrent dans les livres, qui brûlent d’un feu inextinguible le coeur de ceux qui les écrivent? »

Quatrième de couverture

Deux époques entrelacées, deux histoires d’amour qui se confondent en une chasse au trésor fiévreuse et romantique dans les rues de Londres.

1793. Le jeune Chateaubriand s’est exilé à Londres pour échapper à la Terreur. Sans argent, l’estomac vide, il tente de survivre tout en poursuivant son rêve de devenir écrivain. Un soir, tandis qu’il visite l’abbaye de Westminster, il se retrouve enfermé parmi les sépultures royales. Il y fera une rencontre inattendue : une jeune fille venue sonner les cloches de l’abbaye. Des décennies plus tard, dans ses Mémoires d’outre-tombe, il évoquera le tintement d’un baiser.

De nos jours, le vénérable professeur de littérature française Joe J. Stockholm travaille à l’écriture d’un livre sur les amours de l’écrivain. Quand il meurt, il laisse en friche un chapitre consacré à cette petite sonneuse de cloches. Joachim, son fils, décide alors de partir à Londres afin de poursuivre ses investigations.

Qui est la petite sonneuse de cloches? A-t-elle laissé dans la vie du grand homme une empreinte plus profonde que les quelques lignes énigmatiques qu’il lui a consacrées? Quelles amours plus fortes que tout se terrent dans les livres, qui brûlent d’un feu inextinguible le coeur de ceux qui les écrivent?

Mon avis

Une promenade dans les rues de Londres…

Autrefois, quand Francois-René, rencontre la petite sonneuse de cloches, le temps d’un baiser …

Le souvenir de ce baiser, quelques lignes dans les « Mémoires d’outre-tombe »: « J’entendis un baiser et la cloche tinta le point du jour… »

Et aujourd’hui, quand Joachim, parti sur les traces de ce baiser, de ce point d’interrogation laissé sur terre par son père, rencontre Mirabel…

J’ai adoré ce roman. Voyager entre deux époques, avec en toile de fond Londres. Ces amours ébauchées, rêvées. La vie, l’amour, la littérature, l’écriture qui s’entremêlent. Un livre enchanteur qui a su m’enchanter et « laisser quelque chose de beau dans la tête »

Extraits

▪️Mais un souvenir peut-il seulement être agréable? Un souvenir n’est-il pas chargé par essence d’une dose de mélancolie qui en corrodé obligatoirement le caractère agréable?

▪️Tout écrivain, je suppose, sait qu’il est périlleux de raconter telles quelles des choses qu’on ne peut que suggérer. Ne serait-ce que pour se distinguer de l’anecdote, du commérage. Des choses qu’il est bon de dissimuler derrière des caractères et des signes. Combien de messages secrets se cachent sous la panoplie anodine d’une description? Combien d’histoires d’amour languissent, comme des sources de fleuve en attente, sous la pagaie d’une virgule?

▪️Les livres sont faits pour durer plus longtemps que les passions inextinguibles qui les commandent, mais ne les secouez pas trop, ils sont pleins de vérités tues que le cœur ne pouvait supporter de garder pour lui seul.

▪️Après tout, pensais-je, qui peut dire la place que prend telle ou telle personne sur l’instant? Puis dans le souvenir? Qui est suffisamment lucide, ou orgueilleux, pour connaître précisément le sillon qu’il creuse, l’importance qu’il laisse, dans le cœur de l’autre? D’ailleurs, ne touche-t-on pas ici à la beauté de la littérature? À son essence même? À ce qui nous bouleverse dans les livres, au-delà de l’identification qui est toujours euphorisante ou rassurante.

▪️Je poursuis cette idée que derrière une phrase en apparence banale, il peut se cacher un monde fabuleux ou déçu, un chemin qu’on a pas pris, un secret indicible; un espoir ou une promesse.

▪️La naissance d’un amour, c’est une faim qui ne se trompe par aucun subterfuge.

▪️J’aimais cette loi d’être ensemble que nous écrivions tous les deux, ces petites connivences comme des diamants persistants dans les souvenirs embrouillardés. L’acclimatation, le début d’un lien. La chaleur d’un pull. Une porte franchie

▪️Toute ma vie, il me semblait avoir recherché des êtres qui me feraient vivre des « instants maison ». Ce que j’appelle des « instants maison » sont des instants où l’on se sent soi-même, à une distance la plus infime possible entre ce qu’on est et l’image qu’on se fait de sa présence sur terre, sans vouloir toujours chercher ailleurs, comme une âme errante, une personne de plus, prompte à nous réinventer.

▪️… un véritable poète est quelqu’un qui « est supposé laisser au lecteur quelque chose de beau dans la tête, quand il tourne la page. » (J.D Salinger « Franny and Zooey »)

▪️C’est merveilleux d’écrire! Moins merveilleux que d’être lu.

Note: 5/5

Robert Laffont, 2019, 270 p.

SOPHIE FONTANEL « NOBELLE »

Quatrième de couverture

Pour toutes celles qui se sentent le talent d’écrire…

« En octobre dernier, quand, par un coup de téléphone, votre Académie a agité ses clochettes, c’est le nom de Magnus qui m’est venu en premier à l’esprit. Les choses naissent bien quelque part, et comment ne pas nous revoir, lui, le jeune garçon penché sur mes poèmes, et moi, au toupet illimité, qui le regardait lire… »

À l’occasion de son discours de réception du prix Nobel de littérature, Annette Comte se souvient de ses dix ans et de celui qui lui a donné l’envie d’écrire. Elle raconte, émerveillée, ce que le flamboyant Magnus fut pour elle – et il fut tout – l’été 1972, dans le sud de la France. Mais ce n’est qu’en osant, à Stockholm, revenir ainsi sur cette première et immense peine de coeur qu’Annette prendra la mesure de ce qu’un écrivain demande à l’amour.

Mon avis

On vit des mots que l’on aime. Et c’est ce que nous raconte Sophie Fontanel à travers l’histoire de cette petite fille qui voulait quelque chose d’extraordinaire et qui avait des mots dans les doigts.

Un stylo plume bleu ciel offert l’été de ses 10 ans, des vacances sous le soleil de Saint-Paul-de-Vence et l’envie d’écrire qui envahit sa vie. Une vue sur la mer, une piscine, une rencontre, la poésie…

Un merveilleux roman (que j’ai dévoré le temps d’un voyage en voiture) sur les balbutiements de l’amour, de l’écriture… et les premiers chagrins, les premières trahisons.

Extraits

▪️Des mots dans les doigts, voilà bien quelque chose que tout le monde n’avait pas.

▪️Il n’y a que la littérature pour se battre et galvaniser les hommes

▪️Dans ce demi-jour à l’heure de la sieste, je me mis sur mon lit avec mon cahier et mon stylo-plume Je lançai mon cœur dans le vide. Le stylo bleu n’était plus bleu, ni rien, ces détails n’existaient pas. J’écrivais.

▪️C’était trois fois rien. À peine des bous de phrases. Ça peut être joli des bouts de phrases…

▪️Et je compris comment l’on sait un jour, qu’on a fini un livre. Ce n’est pas le mot « fin », que l’on met tout au bout, ce n’est pas un point jeté après un mot. C’est le prodige d’avoir laissé naître en soi des milliers de phrases comme celle-là, qui tiennent toutes seules un jour au milieu du temps.

▪️On vit des mots que l’on aime.

Note: 5/5

Robert Laffont, 2019, 288 p.

JOHANNE RIGOULOT « UN DIMANCHE MATIN »

Quatrième de couverture

« C’est un fait divers comme la France en compte des centaines chaque année. Quand, au hasard d’une conversation, j’évoque « mon cousin condamné pour le meurtre de sa femme », je m’étonne de la surprise des gens.

Les crimes et délits saturent les journaux et nourrissent nos imaginaires. Ils doivent bien trouver leur réalité quelque part. Elle est la mienne et celle de ma famille depuis ce soir de juillet 2004.

Pierre a tué un dimanche matin avant de cacher le cadavre de sa victime. Par les multiples atteintes por-tées au corps de sa femme, mère de ses deux enfants, il a contraint le monde à parler d’elle au passé. Trois jours plus tard, le temps d’une mise en scène grossière révélée par l’enquête, l’affaire envahissait nos vies.

La famille est un organisme vivant. Qu’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte. » J.R.

L’auteur

Scénariste et romancière, Johanne Rigoulot est notamment l’auteur de « Et à la fin tout le monde meurt » (Prix Marie-Claire du premier roman) et de « Bâti pour durer »

Mon avis

Elle a connu l’homme. Le monde rencontre le meurtrier. Son cousin, Pierre, a commis l’inconcevable, l’impensable, l’inimaginable. Il a tué sa femme un dimanche matin…

Un récit courageux qui raconte un tsunami familial.

Comment réagir quand quelqu’un qu’on a côtoyé et aimé, devient un criminel? La famille du coupable s’effondre et est anéantie, entre incompréhension, désarroi, mais quel est le poids de sa douleur face à celle de la famille de la victime? Et puis il y a les parloirs, les lettres qu’on échange et les procès. Et essayer de mettre des mots sur le papier comme pour traquer l’oxygène.

C’est très très bien écrit.

Extraits

▪️Face à l’inconcevable, c’est un réflexe de survie: on traque la clé du basculement comme on chercherait l’oxygène.

▪️La famille est un organisme vivant. S’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte.

▪️Il est des souffrances profondes impossible à assumer.

▪️La vie raconte des histoires et nous sommes libres de les écouter ou non.

▪️J’ignore dans mon chagrin , où s’arrête mon histoire personnelle et où commence la nôtre, universelle, mais, comme beaucoup, j’ai perdu la foi.

▪️Ces lignes. Par elles, je traque l’oxygène.

▪️J’ai connu l’homme. Eux rencontrent un meurtrier. La justice, elle tranche par les faits.

▪️L’amour fait et défait. Il vient étayer les fondements identitaires, les modifie à sa guise. C’est une métamorphose.

▪️dans ce monde étrange, le sentiments amoureux construit des châteaux de sable livrés au hasard de la marée.

▪️L’individu est un puzzle, entre corps et tête, plaisir et douleur ou bonheur et souffrance, rendu difforme par le désespoir amoureux. L’évolution humaine s’est nourrie de la capacité à concilier la chair et l’esprit.

▪️Je crois à l’écriture avant toute chose. Je crois que ceux qu’on a aimés ne meurent pas tant que l’on témoigne d’eux. Je crois aux prémices de l’apaisement dans la justesse des mots.

Note: 5/5

Éditions des Équateurs, 2019, 224p.

MARION MCGUINNESS « ÉGARER LA TRISTESSE »

« La vie trouve toujours un chemin »

Quatrième de couverture

À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eue son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?

Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tienne en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…

Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

L’auteur

À 36 ans, Marion McGuinness est autrice et traductrice pour différentes maisons d’édition. « Égarer la tristesse » est son premier roman.

Mon avis

Barricadée dans son chagrin, son fils demeure sa seule raison de vivre. L’homme de sa vie s’en est allé à jamais, la laissant dans une effroyable solitude. Un jour, sa voisine, une vieille dame, lui propose de « délocaliser » sa tristesse. Une maison à Pornic et un « invité  » surprise…

Un premier roman très très réussi! Un roman qui parle de la perte de l’être aimé et de la vie qui lentement reprend le dessus.

Un coup de coeur tant pour l’histoire que pour l’écriture! Une belle écriture, toujours juste. Des personnages attachants et émouvants dans leurs fragilités. On les quitte à regret, une fois la dernière page tournée! On aimerait connaître la suite!

Et quel joli titre!

Extraits

▪️Elle savait ce que la perte d’un être aimé pouvait éteindre au fond du coeur.

▪️Quand on avait perdu un bout de soi et découvert la fragilité de la vie, on ne se laissait plus emmerder par les conventions sociales et la politesse de façade.

▪️… des livres qu’il aimait, qui avaient tous laissé, chacun à sa manière une trace indélébile dans sa vie. Certaines de leurs phrases lui revenaient parfois à l’esprit, sans prévenir, bien longtemps après la gin de sa lecture. Elles le réconfortaient comme le souvenir d’un bon moment passé avec un ami. Avec l’envie de le retrouver pour se sentir heureux. De le partager aussi.

▪️Les livres l’avaient littéralement sauvé, oui. Certains avaient une bande d’amis, lui avait une énorme bibliothèque. Il avait vécu tant d’autres vies depuis le départ de sa mère que parfois il ne savait plus faire la différence entre la réalité et la fiction.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Eyrolles, 2019, 304p.

DIANE BRASSEUR « LA PARTITION »

Quatrième de couverture

De la Grèce aux rives du lac Léman, une superbe fresque familiale.

Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.

Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.

« La Partition » nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu.

Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.

L’auteur

Diane Brasseur est romancière et scripte pour le cinéma. Elle est l’auteure de Les Fidélités et Je ne veux pas d’une passion, publiés chez Allary Éditions et traduits dans huit pays.

Mon avis

C’est l’hiver, Bruno K. se promène dans les rues de Genève. Soudainement il s’écroule sur les pavés. Ce soir-là, son frère, Alexakis, donne un concert. Il aurait dû s’y rendre et revoir ses frères… Le destin en a décidé autrement…

L’histoire d’une fratrie mais surtout l’histoire d’une mère. Une mère complexe: ses fragilités, ses décisions, ses aspirations, sa jalousie et sa possessivité. Des relations familiales compliquées, des choix déchirants, des séparations et des lettres comme fil conducteur. Une correspondance touchante qui ponctue les chapitres. Et la musique …

Un excellent roman qui du Lac Léman à la Grèce, en passant par l’Egypte et la Belgique, vous fera passer un agréable moment. Parfait pour l’été!

Extraits

▪️C’était l’époque où le silence des adultes soufflait sur les questions des enfants.

▪️Dans la bibliothèque de son père, elle a lu des romans, et les poèmes de Sappho cachés derrière les livres d’histoire sur l’étagère la plus haute.

▪️Quand tu seras marié, me disais-tu, tu te demanderas toujours si l’autre t’aime. (Lettre)

▪️L’année est rythmée par les saisons comme la vie d’un couple.

▪️Je pense que l’on peut vivre heureux et trouver la vie belle quand la somme des mauvais jours est inférieure à celle des bons. (Lettre)

▪️… son goût de la langue française.

Avec un soin méticuleux, il choit chaque mot. Il semble parfois fouiller au fond d’un grand tiroir avant de trouver le terme adéquat.

▪️C’est simple comme une équation si on aime on est jaloux.

▪️Il y a bien des « pourquoi  » dans une vie.

Note: 5/5

Allary Éditions, 2019, 448 p.

GUY LAGACHE « UNE HISTOIRE IMPOSSIBLE »

Quatrième de couverture

Chine, mai 1940. Lors d’une réception chez le consul de Grande-Bretagne, Paul de Promont, jeune et ambitieux vice-consul de France, n’a d’yeux que pour une jeune Anglaise inconnue, Margot Midway. Elle a le regard émeraude, une repartie pleine d’esprit, un français impeccable… Et elle est libre. Libre comme on l’est à 20 ans. Libre comme Paul rêve de le devenir. C’est le coup de foudre.

Mais la guerre impose sa loi. Traversé par un dilemme politique insoutenable, Paul est aussi déchiré entre sa famille et Margot. Pourtant, lorsqu’il quitte tout pour rejoindre celle qu’il aime et la Résistance, le doute l’envahit. Qui est vraiment Margot? Quels contacts entretient-elle avec les services de renseignement anglais ? Et comment se pardonner l’abandon de sa femme et surtout de sa fille, Éléonore?

De Hong-Kong à La Nouvelle-Orléans en passant par Londres puis Paris, Guy Lagache nous entraîne sur les chemins douloureux et troubles d’un amour aux prises avec les soubresauts de l’Histoire. Sommes-nous maîtres de nos choix ou happés par des urgences qui nous échappent? Si intenses, si humains, Paul et Margot nous interrogent…

Mon avis

Une rencontre un soir, à l’ambassade de Grande-Bretagne, et la vie bascule vers l’inconnu. Un regard qui bouleverse l’existence…

L’histoire d’un amour, face à l’Histoire, face aux doutes des temps de guerre. L’histoire d’un amour… impossible. La raison qui s’oppose aux sentiments. Et les doutes qui s’insinuent. Nos choix sont-ils toujours le fruit de nos décisions, ou sont-ils parfois guidés par les urgences, les circonstances. Un roman extrêmement bien construit. Il ferait très certainement un très bon film. Une écriture classique, élégante, très visuelle également. Un coup de coeur pour ce roman intense et puissant jusqu’à la dernière page!

Extraits

▪️Or n’y a rien de pire que les vertus de la raison quand on n’a qu’une envie: se laisser emporter par la puissance de ses sentiments.

▪️… quelles que soient les peines endurées le choix de la liberté doit toujours l’emporter sur celui du conformisme et du renoncement.

Note: 5/5 💙💙

Grasset, 2019, 334p.

RAPHAËLLE BACQUÉ « KAISER KARL »

Quatrième de couverture

Qui était vraiment Karl Lagerfeld ? – Un grand couturier – Un adorateur de la féminité – Un patron hyperactif – Mais il était plus que ça : – Un homme du monde – Un manipulateur de haut vol – Un extraordinaire séducteur un rien pervers – Un seigneur à l’allure très Grand Siècle – Un provocateur impénitent – Un amoureux transi dans la vie – Une icône mondiale –

Raphaëlle Bacqué va au-delà de la légende dans ce livre exceptionnel qui dresse le portrait féroce d’un monstre sacré, tenant à la fois du grand document nourri de révélations et de la fresque littéraire d’actualité.

L’auteur

Raphaëlle Bacqué est grand reporter au Monde. En 1995, elle a publié avec succès un document sur Chirac au lendemain de son élection. Elle est aussi l’auteure de L’Enfer de Matignon et, avec Ariane Chemin, de Les Strauss-Kahn et de La Femme fatale.

Mon avis

Enfant, Karl Lagerfeld grandit dans une Allemagne qui bientôt entre en guerre. Une Allemagne qu’il quitte à l’âge de 19 ans. Sans baccalauréat, il s’installe à Paris, gagne un concours de la marque Woolmark et commence son fabuleux parcours dans le monde de la mode…

De lui, on connaît son allure, ses lunettes noires, ses mitaines, ses bagues, ses cols et ses cheveux en catogan, mais que cache ce masque qu’il offre au monde. Tout le monde le reconnaît, mais qui le connaît vraiment !

Le livre analyse la compétition-rivalité entre Karl Lagerfeld et Yves Saint-Laurent, ainsi que leurs carrières parallèles. Une rivalité légendaire, qui avait débuté par une amitié.

La biographie d’un homme secret qui restera un mystère. Un homme et ses petits arrangements avec la vérité. Un homme et les doutes qui plane sur ses origines. Un homme qui recompose la réalité à son goût. Un homme qui redessine sa vie, et nourrit sa légende. Un homme généreux, ombrageux, possessif et âpre..

Un homme qui aimait les livres…

Extraits

▪️Épigraphe Un jour, quand je serai un petit vieux, j’aurai donc rétréci, je vivrai avec le canapé, la commode, les bergères, la table sur laquelle j’écrivais et dessinais… Et je dormirai dans mon lit d’enfant.Karl Lagerfeld

▪️Faire des robes , c’est important, mais ce ne sont que des robes. On est pas Kierkegaard, quand même. Karl Lagerfeld

▪️Dans l’immense bibliothèque qui grimpe jusqu’au plafond et sert de décor à son studio de photo, derrière la librairie qu’il a créée, rue de Lille à Paris, on trouve de la poésie, des livres d’art, des dictionnaires de grec ou d’italien, des ouvrages d’histoire et de la littérature française, anglaise, allemande. Colette et Catherine Pozzi, Emily Dickinson et Keyserling, ses auteurs préférés : mais aussi plusieurs version de « Faust », cet homme qui vendit son âme au diable pour acquérir la connaissance universelle. Faust, c’est lui. Vivant pour l’éternité. 

Note: 3,75/5

Albin Michel, 2019,

MARIE VAREILLE « LA VIE RÊVÉE DES CHAUSSETTES ORPHELINES »

Quatrième de couverture

En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.

Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant: il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie.

Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler son passé ?

L’auteur

Née en 1985, Marie Vareille est diplômée de l’ESCP-Europe et de l’Université de Cornell aux États-Unis. Elle a reçu le Prix Confidentielles pour son best-seller Je peux très bien me passer de toi et de nombreux prix en littérature jeunesse pour sa trilogie Elia la passeuse d’âmes. Elle vit entre Paris et Rotterdam avec son mari et sa fille et se consacre désormais à l’écriture. La Vie rêvée des chaussettes orphelines est son septième roman.

Mon avis

Paris. Pour Alice, l’arrivée à Paris est synonyme de nouveau départ. Elle souhaite repartir à zéro dans une nouvelle ville pour oublier son passé. Peu à peu elle se construit une nouvelle vie. Un appartement, un nouveau boulot pour une start-up aux ambitions aussi poétiques qu’improbables. De nouvelles fréquentations aussi, toutefois, elle reste sur ses gardes, fait des crises d’angoisse. Elle se crée des barrages, incapable de faire confiance aux autres. Quel est donc ce passé secret, qui l’empêche de vivre, et de construire un avenir?

Le roman, alternant le journal d’Alice racontant le passé, et le présent nous immerge dans l’histoire de deux sœurs, l’histoire de cette relation si spéciale qui existe entre elles.

Beaucoup moins léger qu’il n’y parait, ce roman aborde un sujet douloureux pour beaucoup de femmes, l’envie de grossesse et la difficulté de vivre cela au quotidien quand l’enfant n’arrive pas.

On ne peut que s’attacher au personnage qui semble si démuni face à la vie et au sentiment de culpabilité qui la submerge.

On tourne les pages sans y penser, et on ne peut lâcher le livre.

Un énorme coup de cœur.

Extraits

▪️… car écrire soulage, et par ailleurs cela peut aider à mettre en lumière certains sentiments enfouis et refoulés

▪️ notre temps nous est compté. Je voudrais prévenir ceux qui dilapident en activités futiles, le bien le plus précieux que l’univers nous ait donné : le temps; je ne sais pas si tu es au courant, mais un jour on meurt. La vie est courte, elle ne dure pas, chaque instant compte. Le temps s’évapore et emporte avec lui toute possibilité de retour en arrière, ne laissant que les regrets, des débris de coquillages échoués sur une plage à marée basse.

▪️Il y a des visages qu’on remarque, des regards qu’on n’oublie pas.

▪️La vie est faite de minuscules décisions. À chaque pas, chaque action, chaque choix, nous avançons un peu plus sur un chemin plutôt qu’un autre. On sait ce qu’on accepte, mais on ne sait jamais ce à quoi on renonce.

▪️Tu es comme un film d’auteur ou un bouquin très littéraire, mon Alice : complexe et géniale, mais tu demandes un petit effort sur les premiers chapitres pour qu’on commence à t’apprécier vraiment.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Charleston, 2019, 400p.