Giorgio van Straten « Le livre des livres perdus »

Quatrième de couverture

Un tour du monde en huit volumes, et non en quatre-vingt jours. (…) Et à la fin du voyage, j’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n’ont pas : ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer.

Et si, d’un côté, ils continuent de nous échapper, de s’éloigner malgré nos tentatives pour nous en emparer, d’un autre côté, ils reprennent vie à l’in- térieur de nous et, à la fin, comme le temps proustien, nous pouvons dire que nous les avons retrouvés. G.V.S.

Mon avis

Un petit livre érudit sur ces livres disparus que ce soit par la volonté de l’auteur ou d’un mari, la censure ou l’homophobie. Ou parce qu’une épouse abandonne un instant une valise pleine de manuscrits et de tapuscrits, dans un train, le temps d’aller s’acheter une bouteille d’eau. (Hemingway). Ou parce qu’un petit comité a convaincu un éditeur à ne pas publier un livre de mémoires « scandaleuses » (Byron). Ou parce qu’une femme décide de respecter les volontés de son mari (Bilenchi). Ou parce qu’un mari décide à la mort de sa femme de ce qui doit être publié ou pas (Sylvia Plath) … Et ces livres perdus, « ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer. » Et ce qui est beau, c’est peut-être « le risque d’une impossibilité » Tous ces livres que nous ne pourrons pas lire, nous pourrons les rêver.

Extraits

▪️Chaque fois que, dans ma vie, je suis tombé sur un livre perdu, j’ai ressenti la même impression que lorsque j’étais enfant et que je lisais des romans parlant de jardins secrets, de téléphériques mystérieux, de châteaux abandonnés: l’occasion d’une recherche, la fascination pour ce qui nous échappe, et l’espoir d’être le héros capable de résoudre l’énigme.

▪️Mais pour déchaîner cette tristesse, ce sentiment de l’irréparable, ces angoisses qui préparent l’amour, il faut – et c’est peut- être ainsi, plutôt que ne l’est une personne, l’objet même que cherche anxieusement à étreindre la passion – le risque d’une impossibilité. Marcel Proust « La recherche du temps perdu »

▪️Et à la fin du voyage, j’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n’ont pas: ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer.

▪️La littérature n’est qu’une forme raffinée d’indiscrétions. Ian Mc Ewan

▪️Des poètes il ne faudrait faire parler que les mots. Maria Grazia Calandrone

Note: 4/5

Titre original: « Storie di libri perduti »

Éditeur italien: Laterza

Traduction: Marguerite Pozzoli

Actes Sud (Un endroit où aller), 2017, 176p.

La letteratura non è che una forma raffinata di gossip. Ian McEwan

La littérature n’est qu’une forme raffinée d’indiscrétions. Ian Mc Ewan

Cristina Comencini « Lucy »

Quatrième de couverture

C’est l’histoire d’une famille: la rencontre de Franco et Sara en Grèce, leur mariage, la naissance de leurs deux enfants, le travail de Sara, paléontologue, qui l’entraîne loin de chez elle et des siens, dans la vallée du Rift. Sara est une mère absente, une épouse inexistante, si bien que le couple se déchire.

Franco refait sa vie, mais ses relations avec ses enfants sont tendues, et le souvenir de son ex-femme, qui le hante, se ravive soudain à la lecture d’une lettre qu’elle lui a écrite. Dans ces lignes, il peine à reconnaître Sara, au caractère si fort et qui préférait d’ordinaire regarder vers l’avenir plutôt que se tourner vers le passé. Mais Sara vit désormais dans un autre monde…

Mon avis

Qu’il est parfois difficile de concilier sa vie de femme et de mère? Surtout quand on aspire à la liberté, et qu’on a un métier passionnant! Telle est l’histoire de Sara, qui aime son métier, son mari et ses enfants! Mais son besoin de liberté fait d’elle une mère et une épouse absente… Une lettre, un jour, portera avec elle, de nombreux questionnements…

Un roman choral, sur les douleurs de la séparation, les déchirements de la vie, les relations parents-enfants, la difficulté de grandir entre deux parents qui se déchirent!

Extraits

▪️Tu vis dans les bouquins, as-tu de la place pour autre chose?

▪️… notre cerveau ne peut pas stocker toutes les histoires que nous lisons…

▪️Tant qu’on court derrière la personne aimée, la fébrilité ne nous lâche pas.

▪️Je me souviens bien des premières impressions de lecteur. J’évitais d’emprunter les livres de mon père, là aussi je voulais suivre mon instinct.

▪️Ce n’était pas des mots, mais des pierres. Je retrouve ce poids dans les premiers romans, dans les passages les plus décousus de l’histoire, dans les descriptions qui s’égarent sur un geste insignifiant, dans la phrase manifestement biffée dont on sent encore la présence.

▪️Le métier d’éditeur n’est pas pour moi, je garderais tous les défauts d’un livre et virerais ce qui marche trop bien, ce qui coule.

▪️Quand il y a des enfants, la séparation est impossible, parce qu’elle n’est jamais complète. Ils sont là et perpétuent l’histoire d’amour qu’on a voulu casser.

▪️On ne cesse jamais d’être l’enfant d’un amour, même quand il est fini… Chaque être nourrit cette illusion et chaque vie porte la marque de cet éventuel amour.

▪️Tu aimes les livres qui cherchent.

Note: 4/5

Titre original: « Lucy »

Éditeur italien: Feltrinelli

Traducteur: Dominique Vittoz

Livre de poche, 2018, 254p.

Lien: Cristina Comencini « Être en vie »: https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2018/04/18/cristina-comencini-etre-en-vie/

Andrea Camilleri « Noli me tangere -Ne me touche pas »

Quatrième de couverture

Laura, belle et brillante épouse d’un grand écrivain, disparaît alors qu’elle était sur le point de finir son premier roman. Son mari s’inquiète, la presse s’emballe et toute une ribambelle d’amants en profitent pour dire tout le mal qu’ils pensent d’elle.

Mais Laura est-elle cette séductrice cruelle et sans cervelle, cette femme calculatrice et superficielle, ce monstre d’égoïsme que décrivent ses amants ? Ou bien un être tourmenté et absolu, avide de spiritualité, chroniquement affligé de crises de mélancolie, de ghibli, comme elle dit, qui l’obligent à se retrancher du monde et des hommes ?

Le subtil commissaire Maurizi mène une enquête discrète sur les traces d’une femme mystérieuse, fascinée par la fresque de Fra Angelico, Noli me tangere, qui a magistralement orchestré sa propre disparition.

Construit comme un kaléidoscope de dialogues, articles, lettres qui tentent tour à tour d’approcher l’insaisissable Laura, ce court roman est un formidable hommage à une femme libre et à la possibilité qu’a tout un chacun de se réinventer radicalement.

Mon avis

C’est l’histoire d’une disparition. Des dialogues, des lettres, des mails, articles de journaux et des interrogatoires dessinent peu à peu, le portrait de la femme qui est partie… Une femme mystérieuse, insaisissable… La police s’interroge, la presse avance des hypothèses … A-t-elle quitté son mari pour un autre homme? A-t-elle été enlevée? Un subtil jeu de piste mêlant art (Fra Angelico) et littérature (T.S.Eliot) commence…

Un roman sur la possibilité de changer son destin et de conquérir sa liberté. Un roman très court, trop court peut-être, mais charmant! Une lecture agréable!

Extraits

▪️Si c’est ce que vous voulez, je peux vous réconcilier avec la condition humaine. T.S.Eliot « Le Cocktail Party »

▪️Heureuse? Je n’en sais rien, peut-être n’est-ce pas le bon terme. Elle était… en harmonie, voilà. En harmonie avec elle-même. Et avec le monde.

▪️J’espère que, arrivé à la fin, le lecteur se sera aperçu que ce bref roman n’entend pas être un récit policier sur la disparition d’une jeune femme, mais la tentative de dessiner, avec des moyens simples, le portrait d’une femme complexe, oui, mais pas si inhabituel qu’il peut apparaître à première vue.

Note: 4/5

Titre original: « Noli me tangere »

Traducteur: Serge Quadruppani

Éditions Métaillié, 2018, 140p.

Primo Levi « Poeti » [Extraits]

DIALOGUE ENTRE UN POÈTE ET UN MÉDECIN

▪️… il ressentait l’univers comme une immense machine inutile, un moulin qui broyait éternellement le néant sans aucun but; non pas muet, éloquent au contraire, mais aveugle et sourd à la douleur du genre humain….

▪️… aucun homme doté de raison ne pouvait refuser la conscience de ce que la nature n’est pour l’homme ni une mère ni une enseignante ; c’est un vaste pouvoir occulte qui, objectivement, règne au détriment de tous.

▪️… l’amour avait toujours été pour lui source de tourment et non de joie; et sans l’amour, à quoi bon vivre?

SONGE FUGACE

▪️ «Quand le train fut à l’arrêt en gare de Naples, il se retourna et se trouva face au regard de la fille. C’était un regard ferme et et gentil, mais qui faisait penser à de l’attente: elle avait l’air de lire en lui comme dans un livre.» Primo Levi «Songe fugace»

▪️«Tout ce qui plaît au monde est un songe fugace.» Pétrarque «Le chansonnier» chant I

PRIMO LEVI « Poeti  » Éditions Liana Levi – piccolo, 2002

Titres originaux: « Dialogo di un poeta e di un medico » et « Sogno » Einaudi Editore

Italo Svevo « Sur Joyce » [Extraits]

▪️Un homme de génie ne commet pas d’erreurs. Ses erreurs sont volontaires et sont les portails de la découverte. James Joyce « Ulysse » p.17

▪️Ces nouvelles ( de Joyce) sont autre chose que celles de Maupassant, qui savent contenir un destin dans une coquille de noix. Ici, n’entre que la part de destin qu’il s’agit de comprendre. p.23

▪️Dès qu’un artiste se souvient, il crée. Mais sa propre personne, qui reste toutefois le pivot de la création, est une partie très importante et proche du monde, qu’aucune virtuosité n’arrive à fausser. Je dirais que dans l’inspiration, elle se déforme en devenant plus entière. p.25

▪️De même que nous… tissons et détissons au cours des jours la trame de nos corps, dont les molécules font ainsi la navette, de même l’artiste tisse et détisse son image. James Joyce « Ulysse » p.25-26

▪️Sa vie semblait s’être ouverte sur l’éternité. Chacune de ses pensées, chacun de ses instants de conscience pouvaient sembler se refléter radieusement dans le ciel. Et lorsque son âme s’enrichit ainsi de sagesse spirituelle, il perçut le monde entier comme l’immense miroir du pouvoir et de l’amour divins. p.30

▪️Il est vrai que tout lecteur un peu lettré fait de chaque roman son propre roman. p.62-63

▪️Pour Joyce, Ulysse n’existe plus. Il a conscience d’avoir déployé tout son savoir-faire dans ce texte, et il pense qu’ « Ulysse » doit désormais se débrouiller seul dans le vaste monde qui lui a été si largement ouvert. S’il venait à se manifester aux bons souvenirs de son auteur, c’était pour qu’il le chasse aussitôt de son esprit dorénavant tourné vers de toutes autres choses. p. 63

▪️Notre destin consiste peut-être à ne pas savoir suffisamment jouer avec nos mots, qui sont nos maîtres plus que nos obligés. p.64

▪️Victor Hugo disait que, pour avoir un grand poète, il fallait un grand public. p.67

▪️Proust est l’artiste de la grande prose narrative. Sa phrase crée à force d’exhaustivité ; elle se développe, énorme, dans ses incises, dont chacune est une surprise, une découverte. Il n’en a jamais assez, et il raconte, raconte, poussé par le besoin nostalgique de rechercher le temps qui n’est plus. Sur sa toile, il ajoute trait après trait, couleur après couleur, pour adhérer à la réalité. La tonalité parfaite du tableau provient de la vision parfaite de la réalité. p.69

▪️La réalité peut parfois devenir satire par sa seule précision. p.69

▪️Je ne suis pas un critique. p.78

ITALO SVEVO « Sur Joyce » Éditions Allia, 2014, 80p.

Titre original: « Conferenza su James Joyce »

Conférence du 8 mars 1927, à Milan au Convegno.

Simona Sparaco «Si je ferme les yeux»

Quatrième de couverture

Papa, qu’arrive-t-il aux enfants lorsqu’ils se perdent ?

– Rien, Viola. Les enfants ne se perdent jamais vraiment.

Viola a l’habitude de se cacher dans sa vie. Vêtements amples, quotidien bien loin de ses rêves de petite fille, un brave garçon comme mari mais qu’elle n’a jamais vraiment aimé. Un jour, alors qu’elle est en train de développer des photos dans le magasin où elle travaille, surgit un homme à l’allure dégingandée, encore beau malgré son âge: son père, artiste reconnu, éternel enfant, qui lui propose un voyage sur les terres de leur famille.

 Comment faire confiance à celui qui nous a abandonnés ?

Mon avis

Oliviero, artiste et père absent demande à sa fille, Viola, de l’accompagner dans ses montagnes natales. Ces quelques jours passés ensemble vont permettre à la fille de découvrir un père qu’elle ne soupçonnait pas. Trop d’incompréhensions, de non-dits s’étaient installés entre eux. Envahie par une multitude d’émotions et de sentiments, elle découvrira l’amour infini qu’elle porte à son père, alors que lui se confesse à elle au fil de leur séjour.

Un très joli roman sur les relations père-fille, sur l’abandon d’un père, sur les choses que l’on ignore du passé de ses parents, sur les secrets familiaux. Un voyage initiatique dans les montagnes italiennes aux paysages aussi austères que beaux et aux croyances mystérieuses et magiques. Une histoire émouvante et prenante!

Extraits

▪️En fin de compte , les parents et les enfants se retrouvent trop souvent à n’être que des biographes les uns pour les autres, une série de dates, d’anniversaires, d’habitudes; de lieux, de parcours d’études: voilà ce que nous sommes capables de raconter de nous, pas beaucoup plus.

▪️… sa capacité à créer des images avec les mots…

▪️Toutes les batailles que nous menons sont avant tout une guerre contre le monde duquel nous venons.

▪️L’amour est aussi la douleur des révélations, la force de l’écoute.

▪️…l’amour… il t’oblige à regarder les choses d’un point de vue nouveau. Mais tu ne dois jamais cesser de croire en ce que tu vois. Même quand tout semble sens dessus dessous.

▪️C’est môme ça que nous tombons amoureux, en reconnaissant dans les personnes que nous aimons les ombres qu’aucun autre ne peut voir, avec l’envie de les illuminer, de nous les faire offrir en don.

▪️Il arrive que les gens que nous aimons se retrouvent très éloignés… Et dans leur absence, ce qui nous pèse le plus est ce que nous sommes pas parvenus à leur dire.

▪️Mais même si j’étais curieuse, je sentais aussi qu’on ne peut pas aller au-delà de certains espaces, des lieux qui ne nous appartiendrons jamais.

▪️Je pensais a ce que les lieux que nous désignons comme nôtres racontent de nous, même quand nous ne nous rendons pas compte qu’ils ne nous correspondent pas.

▪️Me voilà qui te sculpte avec les mots comme tu le faisais avec le plâtre. Parce qu’un enfant est comme un sculpteur. Ou un archéologue. Je creuse et tout en ramenant nos pièces à la surface, je réécris notre histoire, je la rends plus proche de ce que j’aurais voulu qu’elle soit.

▪️Certaines séparations n’affaiblissent pas les affects, et certains retours ont seulement pour but de les renforcer.

▪️Les attentes ont le mérite de estomper les contours, et l’amour… de bouleverser les espaces.

▪️… l’amour est un équilibre instable, qui oscille entre liberté et compromis ; qui aime avance puissant et titubant, le long d’un sentier étroit et toujours incertain, mais sans jamais se demander quelle autre route il aurait pu prendre.

▪️Aie bien soin de resplendir.

Note: 4,5/5

Titre original: « Se chiudo gli occhi »

Traducteur: Élise Gruau

Prix: Premio Tropea 2015, Premio Salerno Libro d’Europa 2015, Premio Selezione Bancarella 2015

Michel Lafon, 2017, 414p.

Ci si innamora così, riconoscendo nella persona che amiamo le ombre che nessun altro può vedere, con la voglia di illuminarle, di farcele dare in dono.

Cristina Comencini « Être en vie »

Quatrième de couverture

« Qu’est-ce que ça veut dire être en vie ?

– Pour moi, c’est comme une chanson, vous la savez par coeur, elle vous semble stupide, toujours la même, tout le monde la connaît, mais quand il vous arrive de la chanter à nouveau, elle vous donne le frisson… »

Caterina vit à Rome, a un travail qu’elle aime, un mari et deux enfants. Un destin inespéré pour la petite orpheline de Campanie.

Quand les corps sans vie de sa mère adoptive et de son compagnon, Sebastiano, sont retrouvés dans une chambre d’hôtel à Athènes, Caterina décide de s’y rendre, seule. À son arrivée, elle est rejointe par le fils de Sebastiano. Ils ont le même âge, sont liés par la même douleur. Pourtant, tout en lui l’irrite, la dérange, et l’attire.

Au cours de ces quelques jours intenses, ils vont revisiter leur enfance et faire ressurgir un passé au goût d’interdit et de liberté. Et se sentir, enfin, vivants.

Mon avis

Une femme, Caterina, au passé divisé en deux, deux vies différentes, se rend en Grèce pour rapatrier le corps de sa mère adoptive, décédée avec son compagnon dans une chambre d’hôtel à Athènes. Sur place, elle passe quelques jours en attente de l’autopsie et reparcourt les souvenirs de son enfance. Elle est rejointe par le fils du compagnon. Entre eux, s’instaure une relation sur le fil. Blessés tout deux par leur enfance, liés dans la douleur, ils découvriront la liberté et le frisson d’être vivants.

Un livre intime et introspectif, sur les drames de l’enfance, le poids du passé et la difficulté d’être en vie. Une lecture splendide, une écriture toute en émotion! Un énorme coup de cœur!

Extraits

▪️«As-tu déjà vu plus belle catastrophe? As-tu déjà vu ça? » Zorba le Grec

▪️Et Sebastiano a murmuré :

– « Qu’est-ce que ça veut dire d’être en vie? »

Yorgos l’a regardé en silence, puis lui a dit:

– « Pour moi, c’est comme une chanson, vous la savez par cœur, elle vous semble stupide, toujours la même, tout le monde la connaît, mais quand il vous arrive de la chanter à nouveau, elle vous donne le frisson… »

▪️… J’ai compris beaucoup de choses, entre autres sur nous

– À savoir? m’a-t-il demandé soupçonneux.

– Qu’on vit ensemble pour entrer dans la vie de l’autre, dans ses désirs, dans son histoire, puis qu’on essaie de les effacer.

▪️Je ne raconterai pas ce qui s’est passé entre nous cette nuit-là.Que nous ayons dansé, fait l’amour, parlé ou que nous soyons seulement restés enlacés en silence devant toutes les merveilles qui nous avaient été rendues, c’est notre secret. La déesse aux doigts de rose ne nous a pas trouvés endormis, nous l’attendions. (Excipit)

Note: 5/5 💙💙💙

Titre original: « Essere Vivi »

Traducteur: Dominique Vittoz

Prix: Premio Cesare Pavese 2016

Stock, La Cosmopolite, 2018,

«Che significa essere vivi?»

Yorgos l’ha guardato e dopo un silenzio ha detto: «Per me è come una canzone, la conosci a memoria, ti sembra stupida, sempre la stessa, la sanno tutti, ma quando la canti di nuovo tu, ti fa venire i brividi…»