Gianrico Carofiglio « L’été froid »

Quatrième de couverture

Été 1992. Meurtres, attentats, enlèvements : la Mafia fait régner

la terreur dans les rues de Bari.

Quand il apprend qu’un enfant a été kidnappé, le maréchal Pietro Fenoglio sait que le point de non-retour est atteint : il s’agit du fils d’un des parrains les plus puissants de la ville. La guerre est déclarée.

Le chef du clan rival, qui sent le vent tourner, décide de collaborer avec la justice pour sauver sa peau. Il se lance alors dans un récit hypnotique qui fera plonger Fenoglio et le lecteur au plus profond d’un système où l’omerta est le mot d’ordre.

Un polar haletant, par l’un des meilleurs connaisseurs de la Mafia.

Mon avis

Tandis que l’Italie vit une de ses périodes les plus tragiques: les assassinats du juge Falcone et du juge Borsellino, entre mai et juillet 1992. Durant un été froid. À Bari, un enfant disparaît, alors qu’une guerre de mafia fait rage… Très vite un des mafieux, « au casier judiciaire ressemblant à un résumé de droit pénal », décide de collaborer avec la justice. La terreur règne dans les rues de Bari… Pietro Fenoglio, un maréchal des carabiniers, lettré, désireux de donner un sens au chaos, participe à l’enquête…

Le livre suit au plus près l’enquête et les interrogatoires du magistrat. L’auteur, magistrat lui-même, nous livre un portrait de la justice sans concession. L’histoire est profondément humaine: rien n’est jamais noir ou blanc, mais a toujours des « sfumature », comme disent les italiens. Et l’analyse de l’âme humaine est très juste. Gianrico Carofiglio est un écrivain que je lis depuis longtemps en italien comme en français, et à chaque fois, j’adore ses romans. Un coup de cœur! 💙

Extraits

▪️… il ne faut pas tenir les émotions et les sentiments pour acquis, il faut les partager, les décrire et les rendre tangibles. Il ne faut pas tenir l’amour pour acquis.

▪️ Être conscient du temps, dans les cas d’urgence, c’est important. Cela aide à lutter contre l’inévitable distorsion de la mémoire, la perte de consistance des souvenirs, la contamination apportée par l’imaginaire. 

▪️Il n’y a rien de plus inacceptable qu’un enfant qui meurt avant ses parents. Quand cela se produit, l’illusion d’un quelconque sens dans ce monde s’écroule comme le plus banal des châteaux de cartes. La mort d’un enfant ouvre une abîme de douleur et de folie dont il est impossible de voir le fond.

▪️D’ailleurs de manière plus générale, se souvient-on jamaisdes ses pensées d’autrefois.

▪️Nous faisons presque tout par hasard. Même si généralement, nous n’en sommes pas conscients.

Éditions Slatkine & Cie, 2021, 464 p.

Sandro Veronesi « Le colibri »

Quatrième de couverture

« Tu es un colibri parce que, comme le colibri, tu mets toute ton énergie à rester immobile. Tu réussis à t’arrêter dans le monde et dans le temps autour de toi, , et même parfois, à retrouver le temps perdu. »

C’est ainsi que Luisa la femme qu’il aime et qui ne cesse de lui échapper, s’adresse à Marco Carrera. Mais qu’advient-il d’un homme lorsque la passion et la tragédie s’invitent ensemble au cœur d’une nuit d’été?

Le grand roman d’amour et de résilience de Sandro Veronesi, traduit dans le monde entier.

L’auteur

Sandro Veronesi est considéré comme l’un des auteurs italiens les plus importants. Il a remporté les prix littéraires les plus prestigieux et notamment le prix Strega, le Femina étranger et le prix Méditerranée pour Chaos calme, également adapté au cinéma avec Nanni Moretti. Cinq ans après Terres rares, Le colibri, également lauréat du Prix Strega, est le grand roman de Sandro Veronesi, salué dans la presse transalpine comme le meilleur roman italien des dernières années.

Mon avis

Dans la vie d’un homme, il a des bonheurs et des tragédies. Des coïncidences et des découvertes…

Une enfance heureuse, des vacances d’été, la mer, entre Florence et Bolgheri. Un amour naissant et puis un drame, une nuit d’été 1981…

Dans son roman, Sandro Veronesi dresse le portrait d’un homme, en recomposant sous les yeux du lecteur, sa vie de manière désordonnée. Entre hier, aujourd’hui et demain…. Peu à peu le puzzle se compose, élucidant toutes les questions. Une construction narrative magistrale.

Éloge de l’immobilité, ce livre témoigne du courage et de l’énergie qu’il faut parfois pour s’arrêter dans le monde et dans le temps. Tel un colibri.

Extraits

▪️la psychanalyse était comme le tabac , il ne suffisait pas de ne pas fumer, il fallait se protéger des fumeurs.

On devrait tous savoir – et ce n’est pas le cas – que le sort d’une relation entre deux personnes est toujours fixé dès le départ et une fois pour toutes: pour prévoir la fin qui l’attend, il suffit de regarder son début. En effet, on connaît toujours, à l’aube d’une relation, un moment d’illumination où on la voit dans un même mouvement fleurir, s’installer dans la durée, devenir ce qu’elle deviendra et finir comme elle finira. Et on voit tout, parce que, en réalité, la relation entière est contenue dans son commencement, de même que la forme de toute chose est contenue dans sa première manifestation. Mais cette vision inspirée n’excède pas l’instant, ensuite elle s’évanouit ou on la refoule, ce qui explique pourquoi les histoires entre les gens réservent des surprises, causent des dégâts, du plaisir ou de la douleur imprévus. On le savait, on l’avait su au début dans un éclair de lucidité, mais ensuite, pendant le reste de notre vie, on a perdu ce savoir.

▪️… de même qu’un drame brise souvent le pacte qui soude une famille, causant un naufrage inexorable, ce même drame peut produire l’effet contraire si la famille a déjà explosé et rapprocher les membres survivants, même si pendant des années ils se sont opposés, blessés, éloignés et ignorés de toutes leurs forces. C’est la théorie de la pierre jetée dans l’eau: dans une eau calme la pierre produit une turbulence, tandis qu’elle apporte le calme dans une eau agitée.

▪️Le fait est qu’on comprend sans mal que le mouvement obéit à un motif alors qu’il est plus difficile de saisir qu’il en va de même pour l’immobilité.

▪️Il y a des êtres qui se démènent toute leur vie, désireux d’avancer, connaître, conquérir, découvrir progresser, pour s’apercevoir qu’en définitive ils n’ont jamais cherché que la vibration qui les a jetés dans le monde: pour ceux-là, les points de départ et d’arrivée coïncident. Puis il y en a d’autres qui parcourent une longue route aventureuse tout en restant immobiles, parce que c’est le monde qui glisse sous leurs pieds et qu’ils se retrouvent très loin de leur point de départ…

Traduction: Dominique Vittoz

Prix: Premio Strega 2020

Éditions Grasset, 2021, 384p.

Littérature italienne: coups de cœur 2020

Mes coups de cœur de cette année 2020! 🇮🇹

– Dario Levantino « De rien ni de personne » Éditions Rivages

– Gianrico Carofiglio « Trois heures du matin » Slatkine et Cie

– Cristina Caboni « Une vie entre les pages » Presses de la Cité

– Nadia Terranova « Adieu fantômes » Quai Voltaire

– Elisabetta Rasy « Un hiver à Rome » Éditions du Seuil

-Paolo Maurensig « Pimpernel – Una storia d’amore » Einaudi editore

– Ferzan Ozpetek « Come un respiro » Mondadori

– Daria Bignardi « Oggi faccio azzurro » Mondadori

– Silvia Bonucci « Retours à Trieste » Éditions du Seuil

– Sibilla Aleramo « Une femme » Des femmes

ERRI DE LUCA « Le tour de l’oie » [Extraits]

Extraits

▪️L’espace d’un tiers de seconde, les paupières descendent brusquement sur les yeux . Environ quinze fois par minute. La vue ne s’interrompt pas, car le cerveau réunit les points lumineux. C’est ce que doivent faire ces lignes, courir sans percevoir les points, les alinéas. La ligne à lire doit se situer entre deux battements de cils. p.9

▪️Je te raconte un peu de la vie qui a filé. p.12

▪️[les histoires]… Elles ne sont pas à moi, elles appartiennent à la vie et au vocabulaire, moi je les mets ensemble. Seul me revient le droit d’assemblage. p16

▪️La liberté est une ruelle étroite… p.24

▪️Ce qui m’importe c’est la page qui me tient éveillé pendant que je l’écris, non pas celle déjà écris, jamais plus relues. p.42

▪️Je lis à la manière des navigations, je passe au large de promontoires. p.43

▪️Telle est ma façon de lire, l’ajout personnel qui change le résultat. Chaque livre se prête à la variante de celui qui le lit. En tant que lecteur, je sais qu’entre l’auteur et moi le rapport est à égalité, un à un. p.44

▪️En tant qu’écrivain, c’est la faculté de parole qui me revient. Je l’écris, je la prononce, j’agis en haut-parleur de moi-même et de certaines parties leseees, qui ne sont pas écoutées. p.48

▪️La vie se concentre dans des pages, elle se densifie, comprime les années en lignes, les villes en centimètres et pourtant on la retrouve. p.107

▪️Un mot en amène d’autres par association, chez un lecteur comme chez un auteur. p.107-108

▪️Celui qui lit ou qui écoute n’est pas un récipient vide à remplir, mais un multiplicateur de ce qu’il reçoit. Il ajoute ses propres images, souvenirs, objections. p.108

▪️L’écriture est mon aujourd’hui et je suis content qu’elle soit quelque part, l’aujourd’hui d’un lecteur. p.113

▪️On est accompagnés de signes, y prêter attention est un point en faveur de celui qui raconte, parce qu’il offre une explication. p. 140

▪️… je veux être un lecteur. J’ai lu tellement plus de pages que je n’en ai écrit. p.143

▪️Je ne pense pas à mes vies parallèles non vécues, mais aux histoires que je n’ai pas racontées. p.151

▪️Tel est le prodige qui touche ceux qui lisent les livres des littératures. Ils voient que les mots peuvent tout décrire. p.160

▪️En littérature, l’indescriptible n’existe pas. Ce n’est pas un acte de foi envers les mots. C’est l’étincelle de bonheur qui libère de l’enthousiasme quand on trouve les bons. p.160

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« Chi legge o ascolta non

è un recipiente vuoto da riempire,

ma un moltiplicatore di quello

che riceve. Aggiunge di suo immagini,

ricordi, obiezioni. »

. .

Quatrième de couverture

«Une fois interrompue la série des naissances, j’étais un rameau sans bourgeon ou, comme dit un de mes amis pêcheurs : un rocher qui ne fait pas de patelles. Je te parle à toi ce soir qui n’est même pas celui-ci. C’est un soir. Toi, tu es là, plus vrai, plus proche et consistant que le plafond. Je te parle à toi et non à moi-même. Je le sais parce qu’avec moi je parle napolitain.»

Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfants, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence évanescente apparaît à ses côtés, qui évoque le profil du fils qu’il n’a jamais eu. L’homme imagine lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l’engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité se transforme en introspection, le monologue évolue en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livrent sans merci.

L’auteur

Erri De Luca, né à Naples en 1950, est écrivain, poète et traducteur. Il est l’auteur d’une oeuvre abondante, publiée par les Editions Gallimard et partout dans le monde, dont les romans « Montedidio » (2002, prix Femina étranger) et « Le poids du papillon » (2011) ou plus récemment « La nature exposée » (2017).

Titre original

« Il giro dell’oca »

Traduction

Danièle Valin,

Gallimard, 2019, 176 pages

LORENZO MARONE « LA TRISTESSE A LE SOMMEIL LÉGER »

Quatrième de couverture

« Je m’appelle Erri Gargiulo, et je me shoote à l’espoir depuis quarante ans. »

J’ai commencé à espérer à l’âge de cinq ans, quand je me suis fait l’illusion que mes parents allaient arrêter de se disputer… J’ai espéré que mes frères seraient enlevés par des terroristes, qu’Arianna deviendrait ma petite amie, que Giulia ne pourrait plus se passer de moi, que Matilde m’accueillerait dans son lit, que l’équipe de Naples gagnerait le championnat, que, tôt ou tard, je deviendrais dessinateur de BD. 

En fin de compte, j’ai compris qu’il est faux de dire que l’espoir ne devient jamais réalité. C’est une pure et simple question de probabilités: plus on a de désirs, plus il y a de chances qu’ils se réalisent.

Le temps d’un dîner, Erri Gargiulo se souvient, se raconte et fait un choix décisif pour le reste de son existence… À la fois drôle et subtile, portée par une construction originale et parfaitement maîtrisée, une comédie douce-amère qui brosse le portrait d’un homme et de sa famille, microcosme foisonnant, moderne, recomposé, à l’image de l’Italie du Sud d’aujourd’hui, aussi nostalgique qu’électrique.

L’auteur

Lorenzo Marone est né à Naples en 1974. Après deux œuvres au succès confidentiel, il explose sur la scène littéraire italienne et internationale avec son troisième livre, « La Tentation d’être heureux », traduit dans une dizaine de langues, adapté au cinéma par Gianni Amelio et récompensé par le prix Stresa ainsi que le prix Scrivere per Amore. « La tristesse a le sommeil léger » est son nouveau roman. Lorenzo Marone vit actuellement à Naples, avec sa femme et leur fils.

Mon avis

C’est l’histoire d’un homme, de sa vie, de ses échecs, de ses choix, de ses regrets, de ses rêves, de ses doutes, de ses espoirs, de ses blessures … Et l’histoire foisonnante de sa famille recomposée…

Il se raconte le temps d’un repas de famille. Et s’ils se réunissent autour de cette table, ce jour-là, c’est qu’il y a une raison…

Lorenzo Marone sait raconter une histoire. C’est d’une finesse et d’une justesse rare. L’auteur capture l’attention du lecteur et le tient en haleine grâce à des flash-backs, des diversions, des récits de souvenirs … Et pourtant le personnage principal n’a rien d’un super-héros, il est, somme toute, banal, un homme désenchanté et fragile, mais il nous fait entrer dans sa vie.

Un roman construit selon les règles de l’art, que j’ai adoré!

Extraits

▪️En fin de compte, j’ai compris qu’il est faux de dire que l’espoir ne devient jamais réalité. C’est une pure question de probabilités : plus on a de désirs, plus il y a de chances qu’ils se réalisent.

▪️c’est justement dans les instants de monotonie que les vérités nous échappent.

▪️Alors que d’autres sillonnent l’océan de l’existence à une vitesse folle, je suis l’ancre depuis des temps immémoriaux. Allez savoir pourquoi certains individus ressemblent à des pions de Monopoly qui avancent à des pions de Monopoly qui avancent à toute allure de plusieurs cases tandis que d’autres essaient en vain d’éviter celle de la prison.

▪️Je venais d’apprendre que parfois, de même que les choix sinon refuse de faire, les questions qu’on ne osent pas peuvent faire du mal à ceux qui nous sont chers.

▪️D’un côté. Il existent des personnes qui aiment les autres; avec elles , on peut défaire les cartons d’un déménagement. D’un autre côté, il y a des personnes qui aiment l’idée d’aimer les autres; avec elles, on ne peut pas aller au-delà d’un dîner agréable.

▪️Semer le doute . Il n’existe aucune technique plus efficace pour s’opposer à une personne prête à tout sacrifier sur l’autel de ses rêves.

▪️Il paraît que le doute serait l’apanage des gens intelligents que les gens superficiels ne le connaissent pas, qu’ils se satisfont de leur mariage. De leur emploi et du dieu qu’il faut remercier de les leur avoir donnés.

▪️Plus les vies semblent parfaites, plus elles reposent sur un énorme bluff.

▪️Des gens restent à côté de toi, une vie entière, et tu ne t’en rends pas compte. D’autres t’effleurent à peine, et tu t’en s’ouvrît pour toujours.

▪️… il y a une chose dans sans laquelle la famille, les enfants et le foyer ne sont plus qu’une coquille vide. Cette chose, la plus importante de toutes. Celle qui mérite ton plus grand respect, c’est ton bonheur.

▪️s’il est une chose au monde qui fiche une peur bleue, c’est bien le bonheur. On ne sait jamais quand il va arriver.

▪️La vérité, c’est que la vie est un ensemble de petits épisodes transformés en souvenirs. Et que si on est pas capable de les considérer à leur juste valeur, alors on ne mérite pas de les garder en mémoire. Et avec une mémoire vide, à quoi bon vivre?

▪️Tout ce qu’on ne fait pas au bon moment se transforme ensuite en boulet qu’on traîne pour le restant de ses jours.

Note: 5/5💙💙

Belfond, 2019, 384p.

VALENTINA CEBENI  « LA RECETTE SECRÈTE DES RÊVES »

Quatrième de couverture

Un collier sur lequel est gravé le nom d’une île inconnue et l’enivrante odeur de gâteaux aux épices que laissait sa mère, Edda, dans son sillage… C’est tout ce dont dispose Elettra pour partir à la recherche de son passé et sauver son avenir. Car Edda est dans le coma et la petite pâtisserie familiale, au bord de la faillite.

Alors, Elettra fait le voyage jusqu’à l’île du Titan, le bout de terre perdu au coeur de la Méditerranée qui a vu naître sa mère. C’est sur cette petite île, dont le vent traîne dans son sillage des légendes ancestrales et les saveurs de son enfance, entourée d’une communauté de femmes mystérieuses et passionnantes vivant à l’abri des regards, qu’Elettra va découvrir l’histoire de sa mère, mais aussi une part d’elle-même.

Un roman inoubliable sur le pouvoir de la nourriture et la force du passé, capable de vous transporter sur une île fascinante et secrète où tout peut arriver, aux côtés d’une femme à la recherche de ses racines.

« LE ROMAN QUI A CAPTÉ L’ATTENTION DE L’ÉDITION INTERNATIONALE ! » Publishers Weekly

L’auteur

Née en Italie, Valentina Cebeni est une lectrice passionnée. Depuis l’adolescence, elle cultive son amour pour l’écriture avec la discipline d’un moine tibétain, déterminée à enquêter sur les replis de l’âme humaine à travers les voix de ses personnages.

La Recette secrète des rêves, son deuxième roman, a déjà connu un grand succès international.

Mon avis

Sa mère l’a contrainte à avoir une vie dont elle ne voulait pas. Elle, Elettra, qui rêvait d’aller à New-York, et de décrocher un master en journalisme, se retrouve sans travail, car sa boulangerie « La boutique des merveilles » périclite. Désormais Edda, sa mère, est dans le coma et les secrets de son passé engloutis à jamais. Elle en veut à cette mère dont elle sait si peu de choses et dont la vie est un mystère.

Abandonnant tout, elle part sur les traces d’une inscription gravée sur une médaille et sur les traces de sa mère. Son voyage la conduit sur l’île du Titan, proche des côtes sardes. Là, elle séjourne dans un couvent, habité par des femmes. Ces femmes, au passé douloureux, l’accompagneront dans son voyage à la découverte de l’histoire de sa mère et de la sienne par la même occasion.

Petit à petit elle se réconciliera avec son passé et s’ouvrira à l’amour…

Un livre qui évoque les liens de sang, les secrets de famille, l’amitié, la force et le courage des femmes, ainsi que les préjugés et les traditions.

Des recettes de pâtisseries liées à l’histoire jalonnent le livre et un parfum d’anis accompagne la lecture….

Un bémol: j’ai parfois trouvé que les réactions du personnage principal sonnaient faux et que ses émotions et ses réactions détonnaient, c’est pourquoi je ne suis jamais vraiment entrée dans le livre.

Extraits

▪️Les mauvaises journées sont une science exacte… Dès qu’il y en a une qui arrive, l’air devient lourd et la lumière trop forte.

▪️C’est comme si je ne savais plus rien, comme su ma vie était un album dont une page sur deux serait blanche. Je ne peux sauf sauver que les années dont je me souviens, le reste a sombré dans l’oubli.

▪️Alors sache que ce qu’on cherche, n’est pas toujours ce qu’on aimerait savoir.

▪️Parfois, l’oubli est un geste d’amour.

Note: 3/5

Éditions Charleston, 2019, 416 p.

Alberto Vigevani «  Un été au bord du lac »

Quatrième de couverture

Sur les bords du lac de Côme, lieu de villégiature privilégié de la bourgeoisie milanaise, les heures s’écoulent encore avec douceur. En cet été d’entre deux guerres, les femmes, dans leurs costumes de bain, osent les coiffures à la garçonne. Les jeunes hommes, en jaquette et cravate, dansent sur le rythme du Saint-Louis blues. Et les adolescents ressentent le trouble des premiers émois amoureux. Giacomo, envoûté par la mère de l’un de ses camarades, fait son éducation sentimentale dans une mélancolie nostalgique. Est-elle due à son âge ou pressent-il déjà le crépuscule de ce monde tissé de privilèges?

Mon avis

La mélancolie des étés au bord du lac de Côme. L’adolescence, la famille, les cousins, les amis, les vacances tant attendues. L’été s’étire. Rien ne semble se passer et pourtant… Une Italie bourgeoise d’une autre époque…

Une subtile éducation sentimentale. Un voile de mélancolie parcourt le livre. Et une douce poésie émane de ces pages. Tout est dans le détail.

Extraits

▪️ Il lisait les romans de Salgari, de Jules Verne et d’Alexandre Dumas. Ayant dévoré tous ceux qu’il avait pu trouver, avec tant de passion qu’il s’étonnait que les auteurs n’en eussent pas écrits davantage, il lisait aussi des abrégés d’histoire ou de classiques – poèmes d’Homère, tragédies de Shakespeare – ou encore les romans d’amour qu’il dénichait dans le cabinet de toilette de sa mère. Il s’emplissait ainsi l’esprit d’une foule de notions et de bizarreries, inutiles à ses études et qui, parfois, échauffaient sa tête, prompte à s’exalter, au point qu’il en souffrait. Alors il s’étendait sur le lit pour se laisser envahir par des situations fantastiques, dont il était le héros principal, et par des rêves de gloire qu’il n’aurait confiés à personne.

▪️La lecture demeurait son seul refuge; la mélancolie de son esprit paraissait. envahir aussi tout son corps

▪️Ainsi naissaient en lui des instantanés, sons ou paroles, comme une route s’ouvre en un point connu, puis devient ensuite inconnue et imprévisible, en même temps que les visages d’amis d’un jour ou de compagnons de bagarres ou que des conversations inachevées: chaque été, une poignée d’impressions s’imprimaient dans ses sens, semblable à un vol d’hirondelles en vrille autour de quelque chose, un clocher derrière les maisons, les toits, les arbres, et Giacomo pensait que là était la vraie vie, dans un monde empli d’humeurs et de lumières violentes.

Note: 4/5

Titre original: « Estate sul lago »

Traductions l’italien: Claude Bonnafont

Éditions Liana Levi, 2015, 160p.

Giorgio van Straten « Le livre des livres perdus »

Quatrième de couverture

Un tour du monde en huit volumes, et non en quatre-vingt jours. (…) Et à la fin du voyage, j’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n’ont pas : ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer.

Et si, d’un côté, ils continuent de nous échapper, de s’éloigner malgré nos tentatives pour nous en emparer, d’un autre côté, ils reprennent vie à l’in- térieur de nous et, à la fin, comme le temps proustien, nous pouvons dire que nous les avons retrouvés. G.V.S.

Mon avis

Un petit livre érudit sur ces livres disparus que ce soit par la volonté de l’auteur ou d’un mari, la censure ou l’homophobie. Ou parce qu’une épouse abandonne un instant une valise pleine de manuscrits et de tapuscrits, dans un train, le temps d’aller s’acheter une bouteille d’eau. (Hemingway). Ou parce qu’un petit comité a convaincu un éditeur à ne pas publier un livre de mémoires « scandaleuses » (Byron). Ou parce qu’une femme décide de respecter les volontés de son mari (Bilenchi). Ou parce qu’un mari décide à la mort de sa femme de ce qui doit être publié ou pas (Sylvia Plath) … Et ces livres perdus, « ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer. » Et ce qui est beau, c’est peut-être « le risque d’une impossibilité » Tous ces livres que nous ne pourrons pas lire, nous pourrons les rêver.

Extraits

▪️Chaque fois que, dans ma vie, je suis tombé sur un livre perdu, j’ai ressenti la même impression que lorsque j’étais enfant et que je lisais des romans parlant de jardins secrets, de téléphériques mystérieux, de châteaux abandonnés: l’occasion d’une recherche, la fascination pour ce qui nous échappe, et l’espoir d’être le héros capable de résoudre l’énigme.

▪️Mais pour déchaîner cette tristesse, ce sentiment de l’irréparable, ces angoisses qui préparent l’amour, il faut – et c’est peut- être ainsi, plutôt que ne l’est une personne, l’objet même que cherche anxieusement à étreindre la passion – le risque d’une impossibilité. Marcel Proust « La recherche du temps perdu »

▪️Et à la fin du voyage, j’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n’ont pas: ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer.

▪️La littérature n’est qu’une forme raffinée d’indiscrétions. Ian Mc Ewan

▪️Des poètes il ne faudrait faire parler que les mots. Maria Grazia Calandrone

Note: 4/5

Titre original: « Storie di libri perduti »

Éditeur italien: Laterza

Traduction: Marguerite Pozzoli

Actes Sud (Un endroit où aller), 2017, 176p.

La letteratura non è che una forma raffinata di gossip. Ian McEwan

La littérature n’est qu’une forme raffinée d’indiscrétions. Ian Mc Ewan

Cristina Comencini « Lucy »

Quatrième de couverture

C’est l’histoire d’une famille: la rencontre de Franco et Sara en Grèce, leur mariage, la naissance de leurs deux enfants, le travail de Sara, paléontologue, qui l’entraîne loin de chez elle et des siens, dans la vallée du Rift. Sara est une mère absente, une épouse inexistante, si bien que le couple se déchire.

Franco refait sa vie, mais ses relations avec ses enfants sont tendues, et le souvenir de son ex-femme, qui le hante, se ravive soudain à la lecture d’une lettre qu’elle lui a écrite. Dans ces lignes, il peine à reconnaître Sara, au caractère si fort et qui préférait d’ordinaire regarder vers l’avenir plutôt que se tourner vers le passé. Mais Sara vit désormais dans un autre monde…

Mon avis

Qu’il est parfois difficile de concilier sa vie de femme et de mère? Surtout quand on aspire à la liberté, et qu’on a un métier passionnant! Telle est l’histoire de Sara, qui aime son métier, son mari et ses enfants! Mais son besoin de liberté fait d’elle une mère et une épouse absente… Une lettre, un jour, portera avec elle, de nombreux questionnements…

Un roman choral, sur les douleurs de la séparation, les déchirements de la vie, les relations parents-enfants, la difficulté de grandir entre deux parents qui se déchirent!

Extraits

▪️Tu vis dans les bouquins, as-tu de la place pour autre chose?

▪️… notre cerveau ne peut pas stocker toutes les histoires que nous lisons…

▪️Tant qu’on court derrière la personne aimée, la fébrilité ne nous lâche pas.

▪️Je me souviens bien des premières impressions de lecteur. J’évitais d’emprunter les livres de mon père, là aussi je voulais suivre mon instinct.

▪️Ce n’était pas des mots, mais des pierres. Je retrouve ce poids dans les premiers romans, dans les passages les plus décousus de l’histoire, dans les descriptions qui s’égarent sur un geste insignifiant, dans la phrase manifestement biffée dont on sent encore la présence.

▪️Le métier d’éditeur n’est pas pour moi, je garderais tous les défauts d’un livre et virerais ce qui marche trop bien, ce qui coule.

▪️Quand il y a des enfants, la séparation est impossible, parce qu’elle n’est jamais complète. Ils sont là et perpétuent l’histoire d’amour qu’on a voulu casser.

▪️On ne cesse jamais d’être l’enfant d’un amour, même quand il est fini… Chaque être nourrit cette illusion et chaque vie porte la marque de cet éventuel amour.

▪️Tu aimes les livres qui cherchent.

Note: 4/5

Titre original: « Lucy »

Éditeur italien: Feltrinelli

Traducteur: Dominique Vittoz

Livre de poche, 2018, 254p.

Lien: Cristina Comencini « Être en vie »: https://abookisalwaysagoodidea.wordpress.com/2018/04/18/cristina-comencini-etre-en-vie/