DOMINIQUE ZACHARY « Les frémissements du silence »

Quatrième de couverture

À priori, ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Déjà pour une question de rythme et de volume de voix. Alex Pergaux, chef d’entreprise, 58 ans, revêche et autocentré, parle vite, parle fort, ne vise que la rentabilité. Françoise, infirmière, 39 ans, peintre à ses heures, discrète et mystérieuse, parle lentement, d’une voix douce, ne vise que l’humanité.

Et pourtant leurs chemins vont se croiser. Alex voit ses plans bouleversés lorsqu’on le prévient que sa mère se meurt en soins palliatifs. Il découvre dans cet endroit des valeurs qui le bouleversent: aux frontières de la mort, les équipes soignantes rient et protègent leurs patients. Françoise l’observe et le déstabilise, au risque de faire vaciller Alex.

Il va d’abord devoir apprendre à parler moins fort, puis à parler moins, jusqu’à ne plus parler du tout. Il devra ensuite apprendre à écouter. À apprivoiser le silence. Et ça fait peur, le silence, surtout quand on n’y est pas habitué… 

Une quête de soi bouleversante qui va réunir ces deux antipodes, du service des soins palliatifs en Lorraine jusqu’aux confins du Maroc. Un voyage initiatique qui va les transformer à jamais.

L’auteur

Dominique Zachary, auteur de nombreux ouvrages, est journaliste professionnel en Belgique. Il a notamment signé le best-seller « La patrouille des enfants juifs », qui a été adapté en BD ainsi qu’en une comédie musicale qui a rencontré un grand succès.

Mon avis

Alex n’a pas le temps… Son travail, son entreprise, il ne vit que pour ça! Alors, quand une infirmière le contacte pour le prévenir que sa maman, en fin de vie, souhaite le revoir une dernière fois, il croit à un chantage affectif. Toutefois, il prend la route et se rend en Lorraine, au chevet de sa mère. En homme arrogant, il affronte la situation. Françoise, l’infirmière, peintre a ses heures, ose le bousculer. Elle lui conseille de cultiver le silence…

Un cheminement, une quête de soi qui passe par le silence, par l’écoute et qui l’emmènera dans un monastère, au Maroc, et sur la côte d’Opale…

Il découvrira de nouvelles rives, de nouveaux soleils… jusqu’ aux frémissements du silence…

Un roman d’une profonde humanité, qui fait réfléchir sur le sens de nos vies. Nos priorités, nos ambitions sont-elles si importantes? L’essentiel n’est-il pas ailleurs? Ne passons nous pas à côté de la vie? Un texte empreint d’émotion et de bienveillance. Une belle écriture. Une belle lecture que je vous conseille!

Extraits

▪️Il faut changer votre âme, de l’intérieur. Changer beaucoup de choses en vous. Vous ouvrir aux autres. Devenir plus humble. Plus tolérant. Vous avez déjà entendu parler de la miséricorde? Ce n’est pas qu’une notion chrétienne, chacun devrait la pratiquer dans sa vie. Soyez plus miséricordieux, Monsieur Pergaux. Parlez moins. Arrêtez de vous exprimer comme si vous aviez un compte en banque à la place du cœur. Cultivez le silence, l’écoute. Sortez de votre usine. Quittez vos certitudes. Écoutez le chant des oiseaux. Observez les arbres, les fleurs. Sentez-les. Caressez le vent. Mettez son souffle dans votre poche. p. 48

▪️Les frémissements du silence. Écouter des bruits de trois fois rien. Écouter le rien.

▪️Détrompez-vous, un simple regard échangé, un sourire, une main que vous tenez chaleureusement, sans pour autant parler, ce sont des actes d’une profonde humanité. p.123

▪️La vie est parfois faite de rendez-vous manqués, d’occasions loupées, mais si l’on ne peut revenir en arrière, il est par contre toujours possible d’aborder de nouvelles rives, d’entrevoir de nouveaux soleils. p.156

Note: 5/5

Éditions Kiwi, 2020, 243 p.

ARNAUD DUDEK « On fait parfois des vagues »

Quatrième de couverture

Quelques jours après son dixième anniversaire, Nicolas apprend que son père – avec qui rien n’est simple, tant l’homme et le garçon paraissent différents – n’est pas son père biologique. Que faire alors du généreux donneur de gamètes? L’oublier? Le nier?

À 30 ans, Nicolas décide de partir à la recherche de son « bon génie » biologique malgré les obstacles administratifs qu’il s’attend à rencontrer.

Depuis ses premiers textes (« Rester Sage », Alma, 2012), presque tous les romans d’Arnaud Dudek tournent autour de la paternité, de l’identité, de la transmission. Il a trouvé, une fois encore, le ton juste pour raconter, à sa manière, une quête des origines à la fois intime et universelle et pose toutes ces questions qui intriguent – sans avoir la prétention d’y répondre: Qu’est-ce qu’un père? Que transmet-on? Comment se construit-on quand on se sent si différent du modèle à suivre?

L’auteur

Arnaud Dudek est né en 1979. Il habite et travaille à Paris. Après « Rester sage » (2012, « Les vérités provisoires »(2026) ou « Laisser des traces », il publie avec « On fait parfois des vagues » son septième roman.

Mon avis

Un père, dont on met les Caterpillar en cachette, un père solide, un roc qui rassure. Et un jour une annonce, un moment qui va bouger les lignes, un trémor … Le monde s’effondre, la vie en est bouleversée. Il ne reste que silence et tout ce qu’on ne se dit pas…

Sous les yeux du lecteur, l’existence qui se construit par petites touches, petits moments du quotidien. Une relation, celle d’un père et d’un fils. Et une recherche, une quête …

La paternité, filiation, la famille sont au centre du récit.

L’émotion monte et envahit dans les dernières pages. La vie comme les vagues qu’on rencontre…

Un très très beau roman. Une très très belle écriture. Un petit bijou.

Extraits

▪️Ma vie ressemble à une brise légère qui traverse des herbes hautes. p.15

▪️… derrière les lumières vives, il y a souvent une nuit cachée près d’un vieux mur fissuré. p.63

▪️Écrire: c’est ainsi que je pense trouver, d’une certaine façon ma place dans l’univers. p.72

▪️Si la certitude est un pays, l’esquive est un empire. p.130

▪️Tout ce qu’il faut savoir, c’est que tu me donnes depuis plusieurs mois des envies de balades au bout du monde,des envies d’alexandrins, des envies de rose thé. p.143

▪️On traverse la vie en faisant des vagues. Quelques vagues. De moins en moins de vagues.

Et à un moment.

Une vague.

Nous renverse. p.177

▪️… ta caresse à la douceur des promesses qu’on fait le matin à voix basse, des petits déjeuners en terrasse; des chemins de halage qui très vite conduisent au milieu d’un nulle part ensoleillé. p.185-186

Note: 5/5

Éditions Anne Carrière, 2020, 192 p.

(Épigraphe)

MARION MCGUINNESS « Une bonne et une mauvaise nouvelle »

Quatrième de couverture

Clothilde a fait de l’annonce des mauvaises nouvelles son métier. Son créneau: les interactions que les gens préfèrent éviter. Sa mission: informer avec diplomatie et professionnalisme en cas de ruptures, licenciements, maladies et décès…

Née sous X, Clothilde porte un prénom qu’elle déteste et collectionne les objets perdus qu’elle s’efforce de rendre à leurs propriétaires. Elle a deux chats, parce qu’eux ne la contredisent jamais, et une seule amie, Sarah. L’unique défaut de Sarah c’est son frère jumeau, Ben, dont Clothilde ne veut plus jamais entendre parler.

Alors qu’elle est confortablement installée dans cette vie un tantinet marginale, Clothilde reçoit la visite du notaire: il a une bonne et une mauvaise nouvelle pour elle. Sa mère biologique vient de mourir, lui laissant un héritage pour le moins inattendu: la garde d’un petit garçon de 8 ans, tout aussi roux qu’elle… qui se révèle être son frère. Mais est-ce la bonne ou la mauvaise nouvelle ?

L’auteur

Marion McGuinness est autrice et traductrice de guides pratiques et de romans. Elle a publié dans la même collection « Égarer la tristesse », paru en 2019.

Mon avis

Clothilde a un métier original, elle annonce les mauvaises nouvelles. Cette jeune femme, maltraitée par la vie, a choisi de vivre une existence solitaire. Elle s’est construit un univers controlé, qui lui convient. Un jour pourtant, on sonne à sa porte. Et c’est à elle, qu’on annonce une bonne et une mauvaise nouvelle. Mais quelle est la bonne nouvelle?

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Marion Mc Guinness. Une fois encore la magie a opéré et je me suis laissée emporter dans l’univers de ses personnages fragiles et émouvants. Des êtres qui vont se reconstruire au fil des pages, réapprendre la confiance en l’autre et finalement s’apprivoiser.

Une belle lecture!

Et si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille également « Égarer la tristesse »

Extraits

▪️Tu sais la vie est faite de choix , et les plus faciles ne sont pas forcément les meilleurs. p.53

▪️Les livres ne faisaient pas de bruit, leur odeur suave, parfois âpre, lui rappelait les moments doux de son enfance. p.201

▪️La simple idée que toutes ces pages étaient remplies d’histoires uniques fabriquées avec seulement vingt-six lettres différentes l’avait toujours laissée songeuse et troublée. p.202

▪️Depuis la bibliothèque était devenue son endroit préféré. Déambuler entre les rayonnages, laisser courir ses doigts sur le dos des livres, en ouvrir au hasard pour lire une phrase, un paragraphe, feuilleter rapidement les pages et respirer l’odeur qui s’en échappait, tout ici l’apaisait et la rassurait. p. 203

▪️Il n’y avait que dans les livres que les gens prenaient des décisions folles, rebroussaient chemin, changeaient le cours des rivières. Dans la réalité, l’habitude et le poids de la peur, qui écrasaient les épaules et plombaient les pieds, étaient plus forts. On ne bougeait pas, on attendait, espérant peut-être une solution tombée du ciel. Que tout s’arrange, mais sans qu’on s’en mêle. p.320

▪️La force […] vient de tout ce qu’on surmonte, pas simplement de ce qu’on traverse. p.322.

Note: 5/5

Liens:

MARION MCGUINNESS « ÉGARER LA TRISTESSE »

MARION MCGUINNESS « LE TOUR DU MONDE DU BONHEUR »

Éditions Eyrolles, 2020, 352 p.

CÉCILE PIVOT « Les lettres d’Esther »

Quatrième de couverture

« Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux. »

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite: une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu.À travers leurs lettres, des liens se nouent, des coeurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants sortiront transformés. Roman initiatique, pétri de tendresse et d’humanité, ces Lettres sont un éloge de la lenteur, une ode au pouvoir des mots.

L’auteur

Cécile Pivot est journaliste. Elle a d’abord publié un récit  « Comme d’habitude » (Calmann-Lévy, 2017) et « Lire! » (Flammarion, 2018) un essai à quatre mains. « Battements de coeur » son premier roman paru chez Calmann-Lévy en 2019, a été salué par la critique.

Mon avis

Esther, libraire à Lille, décide de créer un atelier d’écriture. Et plus précisément un atelier d’écriture épistolaire. Une petite annonce et quelques réponses. Un petit groupe hétéroclite se forme: un homme d’affaires, un jeune garçon triste, une vieille dame seule et un couple en rupture de dialogue. Ils ne se connaissent pas mais ils vont s’écrire. Peu à peu, au fil des lettres, ils vont s’ouvrir, se libérer du poids du passé, et se reconstruire. Car « on ne dit pas les mêmes choses à l’écrit et à l’oral » ….

Un atelier comme une bouée de sauvetage. Un atelier comme une thérapie. Et la cabine du vent… écrire pour mieux s’écouter…

Un roman épistolaire profondément humain, sensible et touchant. Le deuil, la maternité, la dépression autant de thèmes traités avec bienveillance grâce au pouvoir des mots.

Décidément, j’aime beaucoup cette auteure. J’avais adoré son précédent roman: « Battements de cœur »

Un coup de cœur, une lecture comme je les aime!

Extraits

▪️Vous espérez qu’écrire vous aidera à mettre des mots sur vos émotions, a lutter contre l’indifférence. Je crois qu’en effet, nous pouvons nous reconstruire avec l’écriture. p.22

▪️C’est l’un des avantages (ou inconvénients) de la correspondance écrite, on ne voit pas l’agacement, la lassitude ou la colère chez son destinataire. p.22

▪️… l’on ne dit pas les mêmes choses à l’écrit qu’à l’oral. Nous usons d’autres mots et expressions, soignons notre style. Nos pensées empruntent des chemins différents, plus difficiles d’accès, plus tortueux, plus imprévisibles. plus exaltants, aussi. Nous nous livrons, nous exposons, nous prenons des risques. Écrire une lettre, la poster, attendre une réponse en retour donne une autre valeur aux jours, un poids plus conséquent me semble-t-il, au message dans l’enveloppe. Il prend son temps et trace sa route. p.23-24

▪️Ce que je préfère dans la correspondance écrite, c’est l’idée que le temps prend son temps. p.30

▪️Jeanne a reconnu chez Juliette la vie qui peine. p.32

▪️Tous autant que nous sommes, nous bâtissons notre vie d’adulte sur notre enfance. Elle est plus ou moins solide, stable, fiable, mais dit beaucoup de nos peurs, de nos incapacités, de nos enthousiasmes et du feu qui nous anime. p.58

La maternité et la paternité sont parfois des terrains minés qui peuvent nous faire basculer du côté obscur de la force. C’est dingue ce qu’on traine tous avec nous. p.58

▪️On peut beaucoup pour les gens qu’on aime, mais on ne peut pas tout. p.70

▪️La lecture… Elle est une porte ouverte sur le monde, la nature humaine, les siècles passés et à venir. p.77

▪️La lecture nous ouvre des portes. p.77

▪️Margaux sait mieux que quiconque combien la culpabilité abîme, il n’y a pas mieux qu’une prison pour en étudier les différentes formes, les maux qu’elle engendre, il y a celle qui tue à petit feu, celle qui vous ronge de l’intérieur, celle qui rend fou, appelle la violence, la mort. p.146

▪️Les lettres ont-elles le pouvoir, de créer un lien particulier entre ceux qui les écrivent? p.154

Note: 5/5 💙💙💙

Merci Netgalley et Calmann-Lévy

Calmann-Levy, 2020, 320 p.

ANNE SERRE « Au cœur d’un été tout en or » [extraits]

▪️Je sais bien qu’on ignore tout de ses proches. Ou du moins, d’une grande part de ses proches qui peut vous rester dissimulée à la vie et qu’on découvre parfois soudain après leur mort dans les notes d’un agenda, un journal intime ou des lettres… p.14

▪️J’ai connu d’autres cas où deux existences ne purent jamais se mêler. Deux êtres avaient tout pour s’entendre, pour se comprendre, pour s’apporter l’un à l’autre ce qui manquait à l’un et à l’autre, or leurs trajectoires bifurquaient inexorablement et cependant toujours en s’effleurant, comme si, au fond, l’un n’était rien d’autre que le reflet de l’autre. p.20

▪️C’est ainsi que des êtres qui sont faits l’un pour l’autre, et peut-être trop précisément l’un pour l’autre, en sorte que leur ajustement les confondrait, peuvent ne jamais se croiser, même dans un périmètre grand comme un mouchoir de poche. p.22

▪️Car un bon écrivain à ceci de particulier, c’est même l’une de ses caractéristiques, qu’il ne commence jamais un roman de la même manière. p.28

▪️Tous mes souvenirs sont encombrés, recouverts ou remplis de mes lectures, aussi en suis-je arrivée à ne plus m’y fier tout en les chérissant puisque ce sont tout de même mes souvenirs. p.33

▪️Ça doit être gai, les romans italiens, comme les films italiens. J’imagine qu’il y a plein de détails dans les romans italiens, non? Moi j’aime bien quand un livre m’emmène complètement quelque part. Ça m’est arrivé avec celui de Gitta Gritti que vous m’avez passé l’autre fois. J’ai raté ma station de métro parce qu’elle était en train de raconter quelque chose dans un champ vert en plein été. Au bout il y avait ce village, et puis il y avait ce garçon qui me plaisait tellement, à l’ancienne, vraiment à l’ancienne, ça n’existe plus des gens comme ce garçon, avec des sentiments extraordinaires. p.48

▪️Les histoires doivent se mélanger, non? Ce n’est pas grave? Mais si, quand même! Si on vous interroge sur un livre, c’est quand même mieux que vous ne le mélangiez pas avec un autre ou alors on va penser que vous avez l’esprit confus. Et puis un livre, ça raconte une histoire et pas une autre. Moi, si j’en écrivais, comme vous, je n’aimerais pas du tout qu’on les confonde avec d’autres. p.48

▪️Dans les nouvelles, les romans, il y a souvent des chutes en forme d’explication qui permettent d’avaler une histoire et de bien la digérer. Dans la vie, parfois, il n’y en a pas. p.74

▪️… j’ai toujours ressenti les ruptures comme venant du ciel, comme décidées par le destin qui travaille avec acharnement à la tapisserie de votre vie. Et jusqu’ici, rien n’a démenti cette impression. p.74

▪️C’est ainsi que nous nous croisons sur terre, parfois avec cette impression de nous être déjà rencontrés — ce qui d’ailleurs suscite bien souvent des amitiés et des amours, surtout des amours — alors qu’il n’en est rien. Ou bien c’est que nous nous sommes rencontrés dans des sortes de plis du temps, comme si le temps pareil a une immense couverture recouvrant un gigantesque lit formait ici ou là des poches, des coudes, des tunnels obscurs où résident et subsistent mille de nos petites expériences et tous leurs objets. p.78

▪️Notre amitié s’était défaite comme se défont souvent les amitiés, sans cause précise, parce que nos chemins bifurquaient. p.79

▪️… mais un écrivain doit savoir exactement pourquoi il met le passé composé à tel endroit et le passé simple à tel autre […] peu importe si ce n’est pas conforme à l’usage […] mais aux yeux de l’auteur, cela doit avoir un sens, et même s’il ne peut vraiment l’expliquer, son intuition doit lui dir fermement que c’est le bon temps, que c’est celui-ci qui va et pas un autre. p.101

▪️… je me dis qu’au fond c’était ainsi que je devais écrire. Comme si je n’étais pas écrivain. Comme s’il n’y avait aucun enjeu professionnel dans le fait d’écrire et qu’il s’agissait seulement d’un jeu, d’une expérience amusante. p.131

Prix Goncourt de la nouvelle 2020

Anne Serre « Au cœur d’un été tout en or », Mercure de France , 2020, 144 p.

BERNARD CAPRASSE «  Le cahier orange »

Quatrième de couverture

New York, 24 janvier 1990.

Anton, avocat réputé, contemple les cercueils de ses parents, posés à même le sol, indifférent à la foule qui se presse dans la cathédrale Saint-Patrick.

Renval en Ardenne, 9 septembre 1944.

Des maquisards attaquent deux chars allemands.

Entre les deux événements: un cahier orange dont la lecture va bouleverser la vie d’Anton et l’entraîner vers sa part d’ombre.

« Olga, sais-tu qui tu aimes? »

L’auteur

Ancien avocat successivement aux barreaux de Bruxelles et de Marche-en-Famenne, Bernard Caprasse a été Gouverneur de la Province de Luxembourg. Auteur de théâtre, il signe ici son premier roman.

Mon avis

Un cahier orange et dans ce cahier, une première phrase: « Olga, sais-tu qui tu aimes? »

Le début d’un roman… Un roman, une écriture, celle de sa mère…

Et l’histoire d’une jeune fille, Olga, à Renval, dans les Ardennes belges durant la seconde guerre mondiale…

Un récit, un secret et le début d’une enquête, qui bouleversera la vie d’Anton, avocat à New-York…

Un roman bouleversant… Une histoire passionnante! Un livre inoubliable! Une écriture magnifique! Un premier roman à lire absolument! En un mot, un énorme coup de cœur!

Extraits

▪️On ne construit rien de durable s’il n’y a que la passion, Anton. Elle peut te foudroyer.

– Et quel est le paratonnerre?

– La raison. p.12

▪️Être amoureux sans raison, oui… c’est sublime. Mais il vaut parfois mieux trouver des raisons d’aimer. Tu vois, moi, je crois que c’est le plus sûr moyen de bâtir quelque chose de fort, quelque chose qui dure. Évidemment, c’est moins romantique. p.12-13

▪️Si les jours de funérailles sont douloureux, les lendemains sont cruels. Ils installent l’absence. Elle vous cueille au détour d’une porte, d’un lit, en présence d’un vêtement. p.23

▪️Sur l’un des murs de la pièce principale quelques planches posées sur des tiges de fer servaient d’étagères. J’y avais rangé mon trésor, mon seul luxe: mes livres. « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, que nous avions analysé en classe , des romans de François Mauriac et, sacrilège, d’André Gide, cet écrivain sulfureux. Marc m’avait prêté nombre de ces ouvrages à l’époque du lycée. Je ne lui avais jamais rendus… J’en avais acheté quelques-uns à bon compte auprès du tenancier de la procure de l’école , un abbé desséché et sans joie. Il me les avait conseillé pour « leur haute élévation morale » . René Bazin, catholique d’abord, romancier ensuite avait sa préférence, nullement la mienne, mais enfin c’était des livres et j’aurais lu n’importe quoi… La lecture serait souvent mon refuge lors de ces années épouvantables. p.46-47

▪️Le hasard, ce faiseur de circonstances. p.86

▪️La justice, c’est la vengeance apprivoisée.

Note: 5/5 💙💙💙

Weyrich Édition, collection Plume du Coq, 2020, 392 p.

MARCEL SEL « Rosa »

Quatrième de couverture

« Une poignante saga familiale qui navigue entre l’Italie fasciste d’hier et la Belgique d’aujourd’hui. »

« Tu vas écrire un roman. » Albert Palombieri, mon père, n’est venu que pour me dire ça. Lui qui ne m’a jamais lu ! Quand j’étais enfant, il jetait mes poèmes à la corbeille. Ceux que mes neuf ans inquiets posaient sur son bureau. Mais je tiens ma revanche : je vais lui écrire l’histoire de Rosa, sa mère. Albert ne sait rien d’elle. Il ne sait pas qu’elle fut fasciste, puis résistante, ni qu’elle a été déportée.

L’auteur

Bruxellois, Marcel Sel est écrivain, chroniqueur et scénariste. Il a publié quatre essais dont Walen Buiten, Les Secrets de Bart de Wever et Indignés de cons. Son « Blog de Sel » est considéré comme l’un de plus influents en Belgique francophone. Rosa est son premier roman.

Mon avis

« Tu vas écrire un roman»

C’est par ces mots qu’un père vient « chambarder » la vie de son fils. Il lui ordonne d’écrire et de commencer aujourd’hui à mettre un mot derrière l’autre. Par vengeance, le fils, lui imposera l’histoire que son père a toujours tenté de connaître, celle qu’on lui a toujours cachée. Page après page, à chaque ligne, il lui racontera enfin la vérité sur Rosa…

Énorme coup de cœur pour ce roman entre Italie et Belgique; entre passé et présent; entre secrets et difficulté de se parler; entre ciel gris et beauté des villages italiens. Une magnifique saga où l’Histoire trouble la vie des êtres et entraîne les destins…

Une très belle écriture. Une lecture touchante qui me restera longtemps en mémoire…

Note: 5/5 💙💙

Prix

Finaliste Prix Rossel

Prix Des Bibliothèques de la ville de Bruxelles

Prix Saga Café

Prix Soleil Noir Jaune Rouge

Prix Des Délégués de Classe – Prix Lycéens 2019

Finaliste Prix Lecteurs Club 2017

Onlit Éditions, 2017, 300 pages