Amélie Cordonnier « Trancher »

Quatrième de couverture

Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. »

Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence,des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté: il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire.

D’une plume alerte et imagée, Amélie Cordonnier met en scène une femme dans la tourmente et nous livre le roman d’un amour ravagé par les mots.

Mon avis

Les mots peuvent faire très mal et être d’une violence inouïe! Que faire quand les insultes pleuvent à longueur de journée? Faut-il partir ou rester? Son mari est violent; une violence faites de mots qui blessent et donnent une « claque au cœur ». Ces mots, ces insultes, ces injures, ces tirades incendiaires, ces insanités, elle les retranscrit dans la fonction « Notes » de son IPhone, et la liste devient au fil du temps « sacrément longue ». Malgré tout, elle rêve de le sauver alors qu’il la détruit. Et puis il y a la liste des choses qu’elle ne veut pas perdre…

Une écriture remarquable: précise et vive. Des mots justes pour parler de la souffrance et de la violence des mots au quotidien! J’ai adoré ce premier roman! Une plume à suivre, très certainement! Un coup de cœur !

Extraits

▪️Tu écris pour fixer les choses, donner une consistance à ce qui se délite. Écrire comme une bataille.

▪️… tu égrènes ses mots partout. Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi.

▪️Peut-on seulement se changer les idées quand on n’en a plus et que le cœur est un champ de ruines? Changer ses idées comme on change de tenue, ou de disque.

▪️Tu avais peur que le bonheur soit vraiment du chagrin qui se repose.

▪️… ses mots te fauchent comme une gicle. T’écorchent et t’humilient. Sa main ne se lève pas, mais de sa bouche les torgnoles tombent de nouveau. Et c’est une claque au cœur, chaque fois.

▪️La femme d’un mec violent qui réussit à la casser sans la taper.

▪️Les bleus, tu les avais à l’âme. Et l’avantage qu’ils ont sur ceux du corps, c’est qu’on n’a pas besoin de les planquer. Sauf que si personne ne les voit, toi tu les sens.

▪️Tu as toujours redouter le moment où ça bascule. Le mot de trop, qui fait déborder une première phrase, puis entraîne toutes les autres à sa suite.

▪️C’est étrange: tu as perdu certaines sensations du passé, mais pas le fil de tes pensées. Tu te souviens très bien, accrochée à la balustrade en fer, tu regardais le ciel et tu te demandais où aller. Aujourd’hui, tu ne sais toujours pas.

Note: 5/5 💙💙

Flammarion, 2018, 176 p.

Michel Déon « Un citron de Limone » suivie de « Oublie »

Quatrième de couverture

Sur les rives du lac de Garde, en Italie, un couple rencontre un fortuné vieillard qui accepte, non sans hésitation, de leur louer la villa qu’ils convoitent pour les vacances. Mais leur séjour, qui s’annonçait idyllique, va rapidement être assombri par le comportement étrange et oppressant du vieil homme, qui semble s’intéresser d’un peu trop près à ses invités…

À Paris, un étudiant rencontre une jeune femme troublante mais désespérément insaisissable. Et quand un autre garçon entre dans ce chassé-croisé amoureux, l’innocence va très vite laisser place au drame.

« Et cette maison même qu’elle aurait voulue rassurante, dont elle gardait une naïve image d’enfance, maintenant qu’elle l’habitait, qu’elle y vivait, qu’elle connaissait le secret des portes et des fenêtres, cette maison ne lui rappelait plus rien. »

Mon avis

Une image d’enfance, une villa palladienne sur les rives du Lac de Garde, un citron de Limone… Et un séjour qui tourne mal…

À Paris, un jeune étudiant rencontre une jeune fille mystérieuse au Jardin du Luxembourg, sous un rayon de soleil. Un autre jeune homme et c’est le drame…

Deux jolies nouvelles qui mêlent amour et mystère: l’une aux parfums de l’Italie, l’autre au goût des promenades et des lectures au Jardin du Luxembourg.

Extraits

▪️Le présent effaçait les bribes du passé.

▪️Entre eux, les mots étaient devenus des riens, à peine des commodités. Ils se prenaient la main, ils s’embrassaient et tout était dit.

▪️Ça me désole d’avoir raison quand tu ne le prends pas bien.

▪️On ne doit se voir, se parler qu’au moment précis ou un événement inattendu vient casser notre rêve.

▪️- Que regardez vous? dit-elle.

– Paris, pour ne pas trop penser à vous.

▪️Mais qui peut dire la portée du plus petit de nos actes?

▪️… le monde lui sembla moins gris et il sut que toute peine pouvait par instants sinon disparaître, du moins se déchirer.

Note: 5/5

Folio, 2018, 115p.

Mary Costello « Academy Street »

Quatrième de couverture

Tess a 7 ans. Alors qu’elle joue tranquillement dans le grand domaine familial, sa sœur Claire l’emmène au pied du monumental escalier. Là, elle comprend. Sa mère vient de mourir. Avec cette perte, se creuse en l’enfant silencieuse une solitude fondamentale. Après des études d’infirmière à Dublin, Tess suit sa sœur à New York. La timide jeune femme se laissera-t-elle emporter par le tourbillon de la ville ?

Mon avis

Marquée par la perte de sa mère, alors qu’elle n’a que 7 ans, Tess grandit, blessée par l’indifférence de son père. Elle choisit de devenir infirmière, tout comme sa mère, et suit sa sœur aux États-Unis. Une vie nouvelle s’ouvre à elle. Elle rêve d’amour, de beauté, mais trouve refuge dans les livres. Des années 40 aux attentats de 2001, le roman dressé le portrait triste d’une femme seule, courageuse et sensible.

Une écriture délicate et fine, de très belles pages sur les livres et la lecture! J’étais passée à côté de ce petit bijou à sa sortie et je le regrette! Un coup de cœur!

Extraits

▪️Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. Albert Camus (épigraphe)

▪️Il n’y a guère que pendant la leçon d’anglais, lorsque le professeur récite du Wordsworth ou du John Donne, qu’elle oublie brièvement où elle se trouve, emportée par les sonorités et par les images vers des hameaux lointains, des rivières et des cathédrales qui se dressent à la rencontre du firmament. Dans ces moments-là elle a l’impression de tendre vers quelque chose, de se rapprocher d’un but qui reste hors de portée mais dont elle sait la justesse et la beauté.

▪️Peut-être ces choses-là, ces gens-là même, n’existaient que dans les livres.

▪️Au fil des années, au fil des longues soirées d’hiver et des après-midi d’été, Tess trouva dans les livres une nouvelle vie. Comme si elle était possédée par l’instinct du retour à l’origine, sa main s’attardait souvent devant l’étagère d’une bibliothèque ou dans un bac devant une librairie sur un titre qui, par magie, lui convenait parfaitement à cet instant-là. La simple vue d’un livre sur la console du couloir ou sur sa table de chevet, le nom de l’auteur ou le titre sur la tranche, le souvenir d’un personnage – ses épreuves, son malheur – la détachaient du temps ordinaire, provoquaient en elle un sentiment fort, un sentiment d’entente avec l’auteur en question.

▪️Ce à quoi elle avait toujours aspiré – connaître la beauté, l’amour ou le sacré -, elle le trouvait dans les livres.

▪️Elle était elle-même, authentiquement elle-même, durant ces heures passées parmi les livres.

▪️Ce n’était pas des réponses ou des consolations qu’elle trouvait dans les romans, mais un degré d’empathie qu’elle n’avait croisé nulle part ailleurs et qui atténuait sa solitude. Ou qui la renforçait, comme si une partie d’elle-même – son côté ermite – se trouvait à portée de main, attendant d’être incarnée. La pensée qu’à une époque lointaine, une personne – un étranger qui écrivait à son bureau – avait su ce qu’elle savait, ressenti ce qu’elle ressentait dans son cœur plein de vie, lui donnait confiance et force. Il est comme moi, se disait-elle. Il partage mes sensations. Il n’y aurait jamais assez d’heures, semblait-il , de jours ou d’années dans sa vie pour lire tout ce qu’elle voulait lire.

▪️Tant de sentiments qui rattachent les gens sont codifiés par le geste et par le silence, car les mots ne sont pas à la hauteur.

▪️Des rues qui attendraient ses pas. Des portes à ouvrir, des livres à lire, sabir à telle qu’elle l’avait vécue.

▪️Rien que du temps, des tâches allégées par le souvenir de l’amour, et des jours comme tous les autres où elle mettrait un pied devant l’autre et poursuivrait sa route, obéissant au destin.

Note: 5/5

Titre original: « Academy Street »

Éditions Points, 2016,190p.

Julia Kerninon « Ma dévotion »

Quatrième de couverture

« Lorsque quelqu’un est aussi discret que moi, personne n’imagine qu’il puisse avoir un tempérament passionné. Mais – je le sais mieux que personne – il ne faut pas juger un livre à sa couverture. »

Après vingt-trois ans de silence, Helen et Frank se croisent par hasard sur un trottoir de Londres. Dans le choc des retrouvailles, la voix d’Helen s’élève pour livrer à Frank sa version de leur vie ensemble, depuis leur rencontre en 1950, à Rome, alors qu’ils étaient encore adolescents, jusqu’à ce jour terrible de janvier 1995, qui signa leur rupture définitive. Elle retrace l’éblouissante carrière de peintre de Frank, et tout ce qu’il lui doit, à elle, sa meilleure amie.

Leurs deux destins exceptionnels, la force implacable qui les lia et les déchira, Julia Keminon les peint avec subtilité, dévoilant en profondeur la complexité des sentiments – cette dévotion d’une femme à l’égard d’un homme, si puissante et parfois dangereuse.

Mon avis

C’est l’histoire d’une « amitié » un peu particulière, d’une femme qui se sacrifie pour un homme. Qui se dévoue pour qu’il devienne l’homme qu’il est. Au soir de leur vie, elle le rencontre par hasard, dans les rues de Londres et le contraint à écouter sa version de leur histoire. Une longue confession, un aveu … De Rome à Amsterdam, de Boston à Londres, en passant par la Normandie, le parcours d’une femme passionnée aux sentiments insoupçonnés et complexes …

Un roman à l’écriture dense et maîtrisée. Un amour des mots, de courts chapitres qui rythment l’histoire. Une belle lecture!!

Extraits

▪️C’est aujourd’hui seulement / Que mon regard sur toi me semble juste. Ted Hughes (épigraphe)

▪️Lorsque je suis sortie de chez moi tout à l’heure, j’ignorais que je te croiserais, sur ce trottoir de Primrose Hill, venant comme par magie à ma rencontre, tenant dans ta main un sac en papier brun froissé qui, me dis-tu au bout d’un moment, contient deux petits pains roulés à la cannelle.

▪️Aucun homme, …, n’est un héros pour sa meilleure amie.

▪️J’ai loué un appartement de trois pièces à proximité de la British Library, et depuis je passe mes journées à lire comme je l’ai fait toute ma vie.

▪️Si je t’avais parlé à temps, Frank. Si je t’avais, une seule fois, dit quelque chose au lieu de simplement faire, toujours faire, toujours tout faire, si j’avais su utiliser les mots qui étaient pourtant, sous leur forme écrite, ma compétence la plus achevée, si j’avais su les dompter pour qu’ils portent ma voix, rien de tout cela ne serait arrivé, n’est ce pas? C’est pour ça que je parle, maintenant, et que tu dois m’écouter.

▪️Quitter ma maison. Lire des livres. Lire des livres en paix.

▪️Il est toujours plus noble de ne mépriser que ce que l’on est en mesure de survoler avec grâce – déprécier l’instance qui nous a jugé indigne manque de grandeur d’esprit.

▪️Qu’est-ce qu’un livre? Qu’est-ce qu’une œuvre? Pourquoi les chefs-d’œuvre sont-ils des chefs-d’œuvre?

▪️L’art, c’est une chose qu’on fait toujours contre tout, c’est un luxe qu’on se paye, jamais un loisir que d’autres nous offrent.

▪️Toute ma vie. Du papier.

▪️Lorsque quelqu’un est aussi discret que moi, personne n’imagine qu’il puisse avoir un tempérament passionné. Les gens pensent que ma personnalité, est un genre de bruit blanc, que le silence que je fais en société est l’écho de celui qui résonne, depuis toujours, dans l’espace clos de ma tête, sous les cheveux coiffés. Mais – je le sais mieux que personne – il ne faut pas juger un livre à sa couverture.

▪️Alors c’était à ça que menaient nos marches infatigables dans Rome, nos milliers de nuits à parler, les lettres passionnées que nous nous étions écrites. C’est à ça que menait ma dévotion, les sacrifices que j’avais faits pour nous, ma patience.

▪️Je connais tant de mots, et je n’ai pas de vocabulaire pour te dire…

Note: 4/5

La Brune au Rouergue, 2018, 304p.

Olivia de Lamberterie « Avec toutes mes sympathies »

Quatrième de couverture

Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.

Moi, je ne voulais pas me taire.

Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.

Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

O. L.

Mon avis

Un frère décède et l’univers s’écroule! On perd le goût de lire, alors qu’on en avait fait son métier. Et on se met à écrire pour chérir ce frère qui n’est plus!

Un récit tout en émotion, triste et tendre! Un récit qui m’a profondément touchée, lu au bord des larmes! Une écriture comme je les aime, proche de la réalité, proche de la vie. À lire!

Extraits

▪️Je lis comme je respire, j’ai mes rituels, je commence par la page 66 pour voir si l’ouvrage en vaut la peine, puis je dévore. J’adore cette existence parallèle, cette réalité augmentée. Lire, est l’endroit idéal pour qui évolue comme moi dans un entre-deux.

▪️Chez nous, on souffre avec un devoir de réserve.

▪️La lecture est l’endroit où je me sens à ma place. Lire répare les vivants et réveille les morts. Lire permet non de fuir la réalité, comme beaucoup le pensent, mais d’y puiser une vérité. L’essentiel pour moi est qu’un texte sonne juste, que je puisse y discerner une voix, une folie; je n’aime pas les histoires pour les histoires, encore moins les gens qui s’en racontent. Je n’ai pas besoin d’être divertie, mes proches s’en chargent, je me fiche d’apprendre. J’aime être déstabilisée, voir avec d’autres yeux.

▪️Je me noie dans les phrases des autres, moi, si souvent incapable de prononcer un mot. Je m’étourdis de leur sonorité et de leurs frottements de silex. La poésie m’enivre de son étrangeté.

▪️Je déteste les grands discours presque tout faits, je lis parce que j’aime ça. Pour juger l’importance d’une chose, j’imagine son contraire. Je ne pourrais pas me passer de livres.

▪️Un rien m’entame, un rien m’enchante, ai-je coutume de dire.

▪️Tous les âges, tous ensemble, tout ce que j’adore dans l’existence. Parce qu’on s’aime pour de vrai, comme disent les enfants.

▪️Mettre du bleu aux yeux des chagrins les rend plus supportables.

▪️Les incompréhensions et les maladresses sont inhérentes aux relations entre les parents et les enfants, elles n’en sont pas les explications. Nous sommes responsables de nos vies, je le pense profondément.

▪️C’est qu’il arrive tant de choses. Il arrive trop de choses. C’est cela. L’homme accomplit, engendre, tellement plus qu’il ne peut, ou ne devrait, supporter. C’est ainsi qu’il s’aperçoit qu’il peut supporter n’importe quoi. C’est cela. C’est cela qui est terrible, le fait qu’il peut supporter n’importe quoi, n’importe quoi. Faulkner « Light in August »

▪️On se chérit parfois avec maladresses, mais jamais de bassesses.

▪️J’écris pour chérir mon frère mort. J’écris pour imprimer sur une page blanche son sourire lumineux et son dernier cri.

▪️On n’a pas envie d’écrire, on écrit. disait Francoise Sagan, qui parlait toujours d’or. Je prends conscience, pour la première fois, que s’inscrivent des mots que je j’ignorais avoir en moi.

▪️Mais la vraie vie, qu’est-ce que cela veut dire? La vraie vie c’est celle qu’on se crée. Rien d’autre.

▪️La mort n’efface pas la beauté, elle la rend hors de portée.

▪️Le chagrin est une traversée, il faut nager jusqu’à atteindre une rive inconnue, au milieu d’îles et d’écueils.

Note: 5/5 💙

Stock, 2018, 256p.

Simonetta Greggio « Elsa mon amour »

Quatrième de couverture

Quand je regarde derrière moi, on dirait que je me raconte une histoire. Qui était cette enfant qui dormait avec les chats errants, qui réinventait sans cesse les vêtements et les objets, la laideur m’a toujours mise de mauvaise humeur, cette fillette qui ne jouait avec les autres enfants que lorsqu’elle pouvait les mettre en rang et leur faire la classe?»

Elsa Morante, née à Rome le 18 août 1912, est écrivain, poète et traductrice. Elle épouse Alberto Moravia en 1941, mariage qui durera jusqu’à sa mort le 25 novembre 1985. En 1957, avec L’Île d’Arturo, elle est la première femme récompensée par le prix Strega. La Storia, publié en 1974, figure dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps.

Ce roman, intime et sensuel, redonne sa voix à Elsa Morante. Ce roman est l’histoire de sa vie.

Mon avis

Elsa Morante est un des plus grands écrivains italiens, épouse d’Alberto Moravia, elle a l’intime conviction d’être meilleur écrivain que lui. Amie de grands noms italiens de son époque, elle est un véritable personnage de roman. On disait d’elle qu’elle était l’ange de tourment de Moravia, qu’elle avait un caractère de chameau. On découvre une Elsa Morante intime et sensuelle, une femme qui par timidité garde ses distances et s’invente des mondes. Une femme qui voulait être aimée.

Ce livre est beaucoup plus qu’une biographie, il dévoile le véritable amour de l’auteur pour Elsa Morante. De courts chapitres pour nous faire vivre au côté d’Elsa Morante et nous la faire aimer. Une écriture splendide. Mon livre est souligné, surligné, annoté, preuve s’il en faut, que ce fut une grande lecture! Coup de cœur !

Extraits

▪️… les mots qui flottaient dans notre maison et due nous tissions dans nos romans, les histoires que l’on inventait

▪️Mais toutes mes clés sont dans mes romans. Que celui, ou celle, qui tentera de raconter mon histoire le sache: hors de mes pages, mon existence entière n’est que commérage. Quelques détails, quelques goûts, quelques inflexions. Aborder l’histoire d’autrui n’est acceptable que dans la désinvolture oublieuse et amicale d’une partie de cartes avec un inconnu.

▪️Que reste-t-il de l’enfance si ce n’est des instants figés comme des photos dans la mémoire.

▪️… et pourquoi croit-on que les écrivains écrivent, si ce n’est pour prêter leur voix à ceux n’en ont pas- qui n’en ont plus?

▪️… je sais simplement que, parfois, la vie m’a donné ce que je n’avais pas demandé, et dont je ne savais pas que j’avais besoin.

▪️Cette vie, on voudrait la jeter dès qu’elle se fait douloureuse, mais on la bénit pour peu qu’un instant de joie revienne. Parfois, ce n’est que l’absence de la douleur. Le repos de la souffrance.

▪️… une larme tombée dans un sourire.

▪️Il faut du courage pour montrer nos fractures, pour y fondre un matériau précieux et faire de la douleur une ligne de lumière.

▪️Comme le disait Magnani, pourquoi gommer mes rides? J’ai mis tant de temps à les creuser.

▪️Je répare ce que je peux de la vie en écrivant.

▪️La vie est une folie, sinon elle ne sert à rien.

▪️Le hasard, c’est un écheveau de fils invisibles à nos yeux. Il tresse nos existences à notre insu. De temps à autre, un point carmin remonte à la surface, puis se renfonce dans les mailles de l’inconnu.

Il est curieux de s’apercevoir, l’âge aidant, qu’il n’y a qu’une dizaine de personnes qui se cognent à vous de tout le poids de leur existence: d’un seul coup et pour toujours, ils feront partie de votre histoire.

▪️… cet écrit, où chaque mot est une pierre dans le jardin de ma mémoire. Mais les mots les plus puissants ne peuvent rendre le flux de conscience, les nacres de l’âme en mouvement.

▪️Seul écrire est aussi fort que vivre.

▪️Un écrivain est quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il sait.

▪️Moi qui n’ai jamais tout à fait compris mes propres amours, je ne me fierais pas à essayer de décrypter celles des autres.

▪️Au fond, tout revient à ce qui nous est données départ. . C’est un peut comme gagner au Loto. La famille, certes, l’éducation, le milieu social.

▪️Il y a au cours de notre existence des êtres qui se cognent à nous, et nous escortent pour le restant de nos jours.

Note: 5/5 💙💙

Flammarion, août 2018, 240p.