LORENZO MARONE « LA TRISTESSE A LE SOMMEIL LÉGER »

Quatrième de couverture

« Je m’appelle Erri Gargiulo, et je me shoote à l’espoir depuis quarante ans. »

J’ai commencé à espérer à l’âge de cinq ans, quand je me suis fait l’illusion que mes parents allaient arrêter de se disputer… J’ai espéré que mes frères seraient enlevés par des terroristes, qu’Arianna deviendrait ma petite amie, que Giulia ne pourrait plus se passer de moi, que Matilde m’accueillerait dans son lit, que l’équipe de Naples gagnerait le championnat, que, tôt ou tard, je deviendrais dessinateur de BD. 

En fin de compte, j’ai compris qu’il est faux de dire que l’espoir ne devient jamais réalité. C’est une pure et simple question de probabilités: plus on a de désirs, plus il y a de chances qu’ils se réalisent.

Le temps d’un dîner, Erri Gargiulo se souvient, se raconte et fait un choix décisif pour le reste de son existence… À la fois drôle et subtile, portée par une construction originale et parfaitement maîtrisée, une comédie douce-amère qui brosse le portrait d’un homme et de sa famille, microcosme foisonnant, moderne, recomposé, à l’image de l’Italie du Sud d’aujourd’hui, aussi nostalgique qu’électrique.

L’auteur

Lorenzo Marone est né à Naples en 1974. Après deux œuvres au succès confidentiel, il explose sur la scène littéraire italienne et internationale avec son troisième livre, « La Tentation d’être heureux », traduit dans une dizaine de langues, adapté au cinéma par Gianni Amelio et récompensé par le prix Stresa ainsi que le prix Scrivere per Amore. « La tristesse a le sommeil léger » est son nouveau roman. Lorenzo Marone vit actuellement à Naples, avec sa femme et leur fils.

Mon avis

C’est l’histoire d’un homme, de sa vie, de ses échecs, de ses choix, de ses regrets, de ses rêves, de ses doutes, de ses espoirs, de ses blessures … Et l’histoire foisonnante de sa famille recomposée…

Il se raconte le temps d’un repas de famille. Et s’ils se réunissent autour de cette table, ce jour-là, c’est qu’il y a une raison…

Lorenzo Marone sait raconter une histoire. C’est d’une finesse et d’une justesse rare. L’auteur capture l’attention du lecteur et le tient en haleine grâce à des flash-backs, des diversions, des récits de souvenirs … Et pourtant le personnage principal n’a rien d’un super-héros, il est, somme toute, banal, un homme désenchanté et fragile, mais il nous fait entrer dans sa vie.

Un roman construit selon les règles de l’art, que j’ai adoré!

Extraits

▪️En fin de compte, j’ai compris qu’il est faux de dire que l’espoir ne devient jamais réalité. C’est une pure question de probabilités : plus on a de désirs, plus il y a de chances qu’ils se réalisent.

▪️c’est justement dans les instants de monotonie que les vérités nous échappent.

▪️Alors que d’autres sillonnent l’océan de l’existence à une vitesse folle, je suis l’ancre depuis des temps immémoriaux. Allez savoir pourquoi certains individus ressemblent à des pions de Monopoly qui avancent à des pions de Monopoly qui avancent à toute allure de plusieurs cases tandis que d’autres essaient en vain d’éviter celle de la prison.

▪️Je venais d’apprendre que parfois, de même que les choix sinon refuse de faire, les questions qu’on ne osent pas peuvent faire du mal à ceux qui nous sont chers.

▪️D’un côté. Il existent des personnes qui aiment les autres; avec elles , on peut défaire les cartons d’un déménagement. D’un autre côté, il y a des personnes qui aiment l’idée d’aimer les autres; avec elles, on ne peut pas aller au-delà d’un dîner agréable.

▪️Semer le doute . Il n’existe aucune technique plus efficace pour s’opposer à une personne prête à tout sacrifier sur l’autel de ses rêves.

▪️Il paraît que le doute serait l’apanage des gens intelligents que les gens superficiels ne le connaissent pas, qu’ils se satisfont de leur mariage. De leur emploi et du dieu qu’il faut remercier de les leur avoir donnés.

▪️Plus les vies semblent parfaites, plus elles reposent sur un énorme bluff.

▪️Des gens restent à côté de toi, une vie entière, et tu ne t’en rends pas compte. D’autres t’effleurent à peine, et tu t’en s’ouvrît pour toujours.

▪️… il y a une chose dans sans laquelle la famille, les enfants et le foyer ne sont plus qu’une coquille vide. Cette chose, la plus importante de toutes. Celle qui mérite ton plus grand respect, c’est ton bonheur.

▪️s’il est une chose au monde qui fiche une peur bleue, c’est bien le bonheur. On ne sait jamais quand il va arriver.

▪️La vérité, c’est que la vie est un ensemble de petits épisodes transformés en souvenirs. Et que si on est pas capable de les considérer à leur juste valeur, alors on ne mérite pas de les garder en mémoire. Et avec une mémoire vide, à quoi bon vivre?

▪️Tout ce qu’on ne fait pas au bon moment se transforme ensuite en boulet qu’on traîne pour le restant de ses jours.

Note: 5/5💙💙

Belfond, 2019, 384p.

JOHANNE RIGOULOT « UN DIMANCHE MATIN »

Quatrième de couverture

« C’est un fait divers comme la France en compte des centaines chaque année. Quand, au hasard d’une conversation, j’évoque « mon cousin condamné pour le meurtre de sa femme », je m’étonne de la surprise des gens.

Les crimes et délits saturent les journaux et nourrissent nos imaginaires. Ils doivent bien trouver leur réalité quelque part. Elle est la mienne et celle de ma famille depuis ce soir de juillet 2004.

Pierre a tué un dimanche matin avant de cacher le cadavre de sa victime. Par les multiples atteintes por-tées au corps de sa femme, mère de ses deux enfants, il a contraint le monde à parler d’elle au passé. Trois jours plus tard, le temps d’une mise en scène grossière révélée par l’enquête, l’affaire envahissait nos vies.

La famille est un organisme vivant. Qu’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte. » J.R.

L’auteur

Scénariste et romancière, Johanne Rigoulot est notamment l’auteur de « Et à la fin tout le monde meurt » (Prix Marie-Claire du premier roman) et de « Bâti pour durer »

Mon avis

Elle a connu l’homme. Le monde rencontre le meurtrier. Son cousin, Pierre, a commis l’inconcevable, l’impensable, l’inimaginable. Il a tué sa femme un dimanche matin…

Un récit courageux qui raconte un tsunami familial.

Comment réagir quand quelqu’un qu’on a côtoyé et aimé, devient un criminel? La famille du coupable s’effondre et est anéantie, entre incompréhension, désarroi, mais quel est le poids de sa douleur face à celle de la famille de la victime? Et puis il y a les parloirs, les lettres qu’on échange et les procès. Et essayer de mettre des mots sur le papier comme pour traquer l’oxygène.

C’est très très bien écrit.

Extraits

▪️Face à l’inconcevable, c’est un réflexe de survie: on traque la clé du basculement comme on chercherait l’oxygène.

▪️La famille est un organisme vivant. S’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte.

▪️Il est des souffrances profondes impossible à assumer.

▪️La vie raconte des histoires et nous sommes libres de les écouter ou non.

▪️J’ignore dans mon chagrin , où s’arrête mon histoire personnelle et où commence la nôtre, universelle, mais, comme beaucoup, j’ai perdu la foi.

▪️Ces lignes. Par elles, je traque l’oxygène.

▪️J’ai connu l’homme. Eux rencontrent un meurtrier. La justice, elle tranche par les faits.

▪️L’amour fait et défait. Il vient étayer les fondements identitaires, les modifie à sa guise. C’est une métamorphose.

▪️dans ce monde étrange, le sentiments amoureux construit des châteaux de sable livrés au hasard de la marée.

▪️L’individu est un puzzle, entre corps et tête, plaisir et douleur ou bonheur et souffrance, rendu difforme par le désespoir amoureux. L’évolution humaine s’est nourrie de la capacité à concilier la chair et l’esprit.

▪️Je crois à l’écriture avant toute chose. Je crois que ceux qu’on a aimés ne meurent pas tant que l’on témoigne d’eux. Je crois aux prémices de l’apaisement dans la justesse des mots.

Note: 5/5

Éditions des Équateurs, 2019, 224p.

SIMENON – LOUSTAL « LE PASSAGER CLANDESTIN »

Quatrième de couverture

Il y avait six canots sur le pont, calés dans leur berceau, sans compter la grande baleinière. Chacun était recouvert d’une bâche en grosse toile grise qui formait tente.

Une de ces bâches remuait, un vide se dessinait entre elle et le plat-bord, et l’on aurait pu penser à la présence de quelque animal si l’on n’avait distingué des doigts humains.

Du pont d’un paquebot aux paysages enchanteurs de Tahiti, un roman exotique de Simenon magnifié par le dessin et les couleurs de Loustal.

Mon avis

Un bateau voyage vers Tahiti. À son bord, caché dans un canot sur le pont, un passager clandestin. Le canot est bâché, mais quelque chose remue et l’on peut distinguer des doigts humains…

Un moment d’évasion et de dépaysement, une lecture exotique à l’atmosphère bien particulière. Des personnages hauts en couleurs.

Des illustrations signées Loustal aux couleurs ensoleillées. Comme est colorée l’écriture de Simenon.

Extraits

▪️Les minutes, les heures devaient passer, mais elles étaient si fluides qu’on n’en avait pas conscience… Des centaines d’autres bateaux gravitaient ainsi dans la nuit des océans, avec leurs chargements d’humains qui allaient quelque part où les appelait leur destin.

▪️… il y a crapules et crapules… Il y a celles qui n’auraient pas pu devenir autre chose, parce que la vie les a faites ainsi… Ces crapules-là jouent franc-jeu, y vont carrément, prennent leurs risques… De l’autre côté, il y les autres, … Les crapules déguisées en hommes du monde, qui se contentent de petits coups fourrés…

▪️… il lui avait semblé que le temps coulait, si fluide, autour de lui, qu’il ferait bon de ne plus bouger, rester là à jamais. 

Presses de la Cité, 2019, 210p.

MARION MCGUINNESS « ÉGARER LA TRISTESSE »

« La vie trouve toujours un chemin »

Quatrième de couverture

À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eue son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?

Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tienne en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…

Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

L’auteur

À 36 ans, Marion McGuinness est autrice et traductrice pour différentes maisons d’édition. « Égarer la tristesse » est son premier roman.

Mon avis

Barricadée dans son chagrin, son fils demeure sa seule raison de vivre. L’homme de sa vie s’en est allé à jamais, la laissant dans une effroyable solitude. Un jour, sa voisine, une vieille dame, lui propose de « délocaliser » sa tristesse. Une maison à Pornic et un « invité  » surprise…

Un premier roman très très réussi! Un roman qui parle de la perte de l’être aimé et de la vie qui lentement reprend le dessus.

Un coup de coeur tant pour l’histoire que pour l’écriture! Une belle écriture, toujours juste. Des personnages attachants et émouvants dans leurs fragilités. On les quitte à regret, une fois la dernière page tournée! On aimerait connaître la suite!

Et quel joli titre!

Extraits

▪️Elle savait ce que la perte d’un être aimé pouvait éteindre au fond du coeur.

▪️Quand on avait perdu un bout de soi et découvert la fragilité de la vie, on ne se laissait plus emmerder par les conventions sociales et la politesse de façade.

▪️… des livres qu’il aimait, qui avaient tous laissé, chacun à sa manière une trace indélébile dans sa vie. Certaines de leurs phrases lui revenaient parfois à l’esprit, sans prévenir, bien longtemps après la gin de sa lecture. Elles le réconfortaient comme le souvenir d’un bon moment passé avec un ami. Avec l’envie de le retrouver pour se sentir heureux. De le partager aussi.

▪️Les livres l’avaient littéralement sauvé, oui. Certains avaient une bande d’amis, lui avait une énorme bibliothèque. Il avait vécu tant d’autres vies depuis le départ de sa mère que parfois il ne savait plus faire la différence entre la réalité et la fiction.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Eyrolles, 2019, 304p.

DIANE BRASSEUR « LA PARTITION »

Quatrième de couverture

De la Grèce aux rives du lac Léman, une superbe fresque familiale.

Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.

Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.

« La Partition » nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu.

Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.

L’auteur

Diane Brasseur est romancière et scripte pour le cinéma. Elle est l’auteure de Les Fidélités et Je ne veux pas d’une passion, publiés chez Allary Éditions et traduits dans huit pays.

Mon avis

C’est l’hiver, Bruno K. se promène dans les rues de Genève. Soudainement il s’écroule sur les pavés. Ce soir-là, son frère, Alexakis, donne un concert. Il aurait dû s’y rendre et revoir ses frères… Le destin en a décidé autrement…

L’histoire d’une fratrie mais surtout l’histoire d’une mère. Une mère complexe: ses fragilités, ses décisions, ses aspirations, sa jalousie et sa possessivité. Des relations familiales compliquées, des choix déchirants, des séparations et des lettres comme fil conducteur. Une correspondance touchante qui ponctue les chapitres. Et la musique …

Un excellent roman qui du Lac Léman à la Grèce, en passant par l’Egypte et la Belgique, vous fera passer un agréable moment. Parfait pour l’été!

Extraits

▪️C’était l’époque où le silence des adultes soufflait sur les questions des enfants.

▪️Dans la bibliothèque de son père, elle a lu des romans, et les poèmes de Sappho cachés derrière les livres d’histoire sur l’étagère la plus haute.

▪️Quand tu seras marié, me disais-tu, tu te demanderas toujours si l’autre t’aime. (Lettre)

▪️L’année est rythmée par les saisons comme la vie d’un couple.

▪️Je pense que l’on peut vivre heureux et trouver la vie belle quand la somme des mauvais jours est inférieure à celle des bons. (Lettre)

▪️… son goût de la langue française.

Avec un soin méticuleux, il choit chaque mot. Il semble parfois fouiller au fond d’un grand tiroir avant de trouver le terme adéquat.

▪️C’est simple comme une équation si on aime on est jaloux.

▪️Il y a bien des « pourquoi  » dans une vie.

Note: 5/5

Allary Éditions, 2019, 448 p.

JHUMPA LAHIRI « EN D’AUTRES MOTS »

Quatrième de couverture

Pendant vingt ans, j’ai étudié la langue italienne comme si je nageais le long des contours [d’un] lac. Toujours à côté de ma langue dominante, l’anglais. La longeant toujours. C’était un bon exercice. Bon pour les muscles, pour le cerveau, mais pas vraiment palpitant. En étudiant une langue étrangère de cette façon, on ne peut pas se noyer. L’autre langue est toujours là pour te soutenir, te sauver. Mais on ne peut pas nager sans prendre le risque de se noyer, de couler à pic. Pour connaître une nouvelle langue, pour s’immerger, il faut quitter la rive. Sans bouée de sauvetage. Sans pouvoir compter sur la terre ferme.

J. L.

Mon avis

Ce livre est une déclaration d’amour à la langue italienne. Pendant des années, l’auteur étudie l’italien avec acharnement. Cette langue pour laquelle elle a un véritable « coup de foudre »: elle « éprouve quelque chose de physique, de troublant, d’inexplicable ». Elle, la romancière américaine, originaire du Bengale, finira par s’installer en Italie avec sa famille, et même par écrire en italien. Ce petit livre est le premier rédigé en italien. Un livre sur l’amour d’une langue et sur le besoin d’écrire. Le récit d’une métamorphose linguistique. Un livre passionnant et touchant, tant il fait écho à mon vécu.

Extraits

▪️Pendant vingt ans, j’ai étudié la langue italienne comme si je nageais le long des contours de ce lac. Toujours à côté de ma langue dominante, l’anglais. La longeant toujours. C’était un bon exercice. Bon pour les muscles, pour le cerveau, mais pas vraiment palpitant. En étudiant une langue étrangère de cette façon, on ne peut pas se noyer. L’autre langue est toujours là pour te soutenir, te sauver. Mais on ne peut pas nager sans prendre le risque de se noyer, de couler à pic. Pour connaître une nouvelle langue, pour s’immerger, il faut quitter la rive. Sans bouée de sauvetage. Sans pouvoir compter sur la terre ferme.

▪️Mais au final le désir n’est rien d’autre qu’un besoin fou.

▪️Quand on vit dans un pays où sa propre langue est considérée comme étrangère on peut ressentir un sentiment d’étrangeté permanent.

▪️Parce qu’au final,apprendre une langue, pour se sentir lié à elle, il faut dialoguer, bien que ce soit infantile, bien que ce soit imparfait.

▪️Lire dans une autre langue implique d’être dans un état perpétuel de croissance, de possibilité. Je sais que mon travail de lecture, d’apprentissage de la langue, ne finira jamais.

▪️Quand on est amoureux, on veut vivre pour toujours due désespoir en même temps que de l’espoir.

▪️Pourquoi est-ce que j’écris? Pour connaître le mystère de l’existence. Pour me tolérer moi-même. Pour approcher tout ce qui se se trouve hors de moi. Si je veux comprendre ce qui me touche, ce qui me perturbe, ce qui m’angoisse, en bref, tout ce qui me fait réagir, je dois mettre des mots dessus. L’écriture est ma seule façon d’aborder et d’ordonner la vie. Autrement je m’effraierais, je me torturerais trop.

▪️La langue est le miroir, la métaphore principale. Parce que, dans le fond, la signification d’un mot, comme celle d’une personne est quelque chose de démesuré, d’ineffable.

Sans un sentiment d’émerveillement devant les choses, sans l’étonnement, on ne peut rien créer.

▪️Une langue étrangère, c’est comme un muscle frêle, , délicat. Si l’on ne sert pas, il s’affaiblît.

▪️Les livres sont les meilleurs moyens – privés, discrets, fiables – de dépasser la réalité.

▪️Celui qui n’appartient à aucun lieu spécifique ne peut, en réalité, retourner nulle part. Les concepts d’exil et de retour impliquent une origine, une patrie. Sans patrie et sans véritable langue maternelle, j’erre de par le monde, même à mon bureau. Finalement, je me rends compte que ce n’est pas un véritable jeu d’exil. Je suis exilée de la définition même d’exil.

▪️Dans chaque joie , il y a une douleur. Dans chaque passion fulgurante, un côté sombre.

▪️J’écris pour casser le mur, pour m’exprimer de manière pure. Quand j’écris, mon apparence, mon apparence, mon nom ne comptent pas. Je suis écoutée, sans être vue, sans préjugés, sans filtre. Je suis invisible. Je deviens mes mots et mes mots deviennent moi.

▪️Que cherchons-nous en lisant un roman, en regardant un film, en écoutant un morceau de musique? Nous cherchons quelque chose qui nous change, dont nous n’avions tout d’abord pas conscience. Nous voulons nous transformer…

Note: 5/5

Actes Sud, 2015, 160 p.

GUY LAGACHE « UNE HISTOIRE IMPOSSIBLE »

Quatrième de couverture

Chine, mai 1940. Lors d’une réception chez le consul de Grande-Bretagne, Paul de Promont, jeune et ambitieux vice-consul de France, n’a d’yeux que pour une jeune Anglaise inconnue, Margot Midway. Elle a le regard émeraude, une repartie pleine d’esprit, un français impeccable… Et elle est libre. Libre comme on l’est à 20 ans. Libre comme Paul rêve de le devenir. C’est le coup de foudre.

Mais la guerre impose sa loi. Traversé par un dilemme politique insoutenable, Paul est aussi déchiré entre sa famille et Margot. Pourtant, lorsqu’il quitte tout pour rejoindre celle qu’il aime et la Résistance, le doute l’envahit. Qui est vraiment Margot? Quels contacts entretient-elle avec les services de renseignement anglais ? Et comment se pardonner l’abandon de sa femme et surtout de sa fille, Éléonore?

De Hong-Kong à La Nouvelle-Orléans en passant par Londres puis Paris, Guy Lagache nous entraîne sur les chemins douloureux et troubles d’un amour aux prises avec les soubresauts de l’Histoire. Sommes-nous maîtres de nos choix ou happés par des urgences qui nous échappent? Si intenses, si humains, Paul et Margot nous interrogent…

Mon avis

Une rencontre un soir, à l’ambassade de Grande-Bretagne, et la vie bascule vers l’inconnu. Un regard qui bouleverse l’existence…

L’histoire d’un amour, face à l’Histoire, face aux doutes des temps de guerre. L’histoire d’un amour… impossible. La raison qui s’oppose aux sentiments. Et les doutes qui s’insinuent. Nos choix sont-ils toujours le fruit de nos décisions, ou sont-ils parfois guidés par les urgences, les circonstances. Un roman extrêmement bien construit. Il ferait très certainement un très bon film. Une écriture classique, élégante, très visuelle également. Un coup de coeur pour ce roman intense et puissant jusqu’à la dernière page!

Extraits

▪️Or n’y a rien de pire que les vertus de la raison quand on n’a qu’une envie: se laisser emporter par la puissance de ses sentiments.

▪️… quelles que soient les peines endurées le choix de la liberté doit toujours l’emporter sur celui du conformisme et du renoncement.

Note: 5/5 💙💙

Grasset, 2019, 334p.