Fabienne Kisvel « Les neiges assassines »

Quatrième de couverture

Marie s’envole pour l’Afghanistan retrouver l’homme qu’elle aime et va être confrontée à son destin.

Victime d’un tragique accident dans l’Hindou Kouch, soutenue par l’espoir de retrouver Mathieu, elle engage une terrible bataille pour sa survie.

Partis à sa recherche, les héros seront entraînés dans l’horreur et devront livrer un combat sans merci pour braver tous les obstacles, captifs d’une nature profondément sauvage et hostile dans un pays en proie aux luttes intestines…

Sortiront-ils vivants de cet enfer ?

L’auteur

Née en région parisienne, Docteure en psychologie clinique, Fabienne Kisvel exerce à Nice en cabinet libéral.

Après L’homme en bas de chez elle, paru en avril 2016, elle publie Éclipse de vie en février 2017.

Les Neiges Assassines est son troisième roman. Il met de nouveau en scène les personnages principaux de L’homme en bas de chez elle. Même si nous y retrouvons une continuité psychologique, ce récit peut se lire indépendamment du premier opus et donc être appréhendé comme tel par de nouveaux lecteurs.

Mon avis

Un avion s’écrase. À son bord, Marie, qui voulait rejoindre son amour. Elle se réveille avec quelques survivants dans un Himalaya hostile, blessée et consciente des mille dangers qui l’entoure. Il faut survivre…

Mathieu, l’homme qu’elle aime, décide de partir sur les traces de l’avion écrasé et de Marie. Déterminé, il entreprend avec quelques autres une expédition dangereuse et éprouvante, semée d’embûches.

Peut-on sortir indemne d’épreuves aussi terribles? Une fois sauvés, si l’on se sauve, il reste un long chemin à parcourir, un lent retour à la vie… un retour au monde, une prise de conscience… et le bonheur peut-être au bout de la route….

Un roman d’aventure, de lutte pour la survie face à la dureté de la nature et la cruauté des hommes, l’amour pour guide.

Un Himalaya grandiose où survivre est un combat quotidien; un pays, l’Afghanistan, où le danger est omniprésent, à chaque instant, en chaque endroit.

Un récit plein d’humanité qui tient le lecteur en haleine et qui sonde les questionnements qui affluent, inévitablement, dans les moments de danger et de détresse! Une analyse psychologique fine!

Un coup de cœur.

Extraits

▪️Dans l’immensité de ces massifs, elle n’avait toujours pas décelé ne serait-ce qu’un seul organisme, aucun oiseau, pas un insecte, pas même un brin d’herbe. Il lui apparaissait très nettement qu’être encore vivante à cette altitude était tout bonnement une aberration, une imposture qui serait très vite régularisée. La mort, telle une sentinelle, veillait au bon respect de l’ordre des choses, et il était très clair que l’être humain ne faisait pas partie de ce monde, qu’il n’aurait jamais dû se trouver là, seul, au centre de la puissance de ces montagnes, moucheron perdu au milieu des champs de neige et de glace immaculées, balayé par les vents, écrasé par l’ahurissante beauté d’un ciel bleu profond sans nuages et sans aucune commisération.

▪️Que l’on souffre ou que l’on aime, il vaut mieux le garder pour soi. Seuls les actes comptent. Et puis reconnaître son amour, c’est rendre tangible une réalité incertaine,…

▪️Pourquoi nous fallait-il connaître le manque de l’autre pour découvrir la douleur de son absence ? Par chance, il n’était pas trop tard. Cette fois-ci, il ne ferait plus la même erreur!

▪️Le bonheur est quelque chose de précieux et de fragile. Nous les Afghans, nous avons énormément souffert et nous savons que le bonheur est une chose fuyante, que le fil échappe et il peut bien se dérober à tout jamais, alors ni ne le lâche ni ne le coupe, car comme on dit chez nous : peut-être que l’on peut nouer un fil rompu, mais il y aura toujours un nœud au milieu…

▪️En se promenant parmi l’éclosion de la vie, Marie eut soudain une révélation, la surprenante intuition que depuis des jours elle se trompait. Il ne fallait plus qu’elle considère cette catastrophe comme un coup du sort, comme une abomination, une vengeance ou une faute à expier, mais comme une déviation imprévue du cours de sa vie. Elle ne devait plus voir cette épreuve comme une interruption ou un basculement de ce que sa vie aurait dû être, c’était tout simplement sa vie à elle, avec ses particularités, ses difficultés, un destin hors du commun, un apprentissage féroce de son prix et une acuité de sa juste valeur. Non, ce n’était pas un arrêt, seulement une expérience qui faisait partie de la continuité de sa vie, sa vie à elle, et elle devait savourer pleinement l’avenir qui l’attendait. Il ne fallait plus qu’elle soit dans l’amertume, la colère, et continuer à se morfondre. En définitive sa vie était un miracle et elle devait lui en être reconnaissante, et la vivre pleinement avec toute sa richesse et ses possibilités.

▪️Nous avons l’impression de pouvoir écrire l’histoire de nos vies comme on écrit un livre, mais comment prévoir ce qui nous est arrivé? Pourquoi sommes-nous vivants alors que d’autres n’ont pas eu cette chance? Comment imaginer un chapitre qui bouleverse ainsi toute notre façon de voir les choses, qui nous ramène à l’essentiel tout en nous obligeant à voir la réalité de notre impuissance à décider de nos vies?

▪️Il y a tellement d’instants parfaits dans une journée que je ne veux plus en rater un seul; le sourire d’un enfant dans la rue, une discussion avec un ami, le partage d’un simple repas, la sensation du soleil sur ma peau, de la brise dans mes cheveux, la couleur d’un coucher de soleil… Dans ces moments-là, il faut savoir mettre sur pause et arrêter le temps. Je vais savourer ces minutes et les laisser devenir une petite éternité

▪️La vie est un très long fleuve tantôt calme et apaisant, tantôt redoutable et dangereux. Nous avons été pris dans ses tourbillons, ses remous, pour être chavirés, percutés, engloutis…

Note: 5/5

Librinova, 2018, 505p.

Jean-Louis Aerts « Un demi-siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

1940 : Emilie a 14 ans quand la Seconde Guerre mondiale vient bouleverser ses rêves d’adolescente.

1961 : Jeanne a 18 ans lorsque sa vie vole en éclats.

2006 : Marylou a 40 ans au moment où deux drames font basculer son existence et lui rappellent son douloureux passé.

Quel lien unit ces trois femmes? Qui donc a intérêt à déterrer les vieux démons ? L’inspecteur Gleizner mène l’enquête et tente de démêler l’écheveau de mensonges qui entoure les mystérieux incidents dont est victime Marylou.

Entre thriller et récit de vie, le lecteur est forcé de plonger de nouveau dans le passé pour comprendre le présent. Passionnant de bout en bout, ce roman revisite quelques événements marquants de l’histoire de Belgique.

L’auteur

Professeur de français, de latin et de théâtre dans une école bruxelloise depuis plus de vingt-cinq ans, Jean-Louis Aerts a multiplié les expériences littéraires et artistiques: one man show, saynètes et improvisations théâtrales, nouvelles, contes, etc.

Mon avis

Trois femmes, trois destins, trois histoires intimement liées. Emilie, Jeanne et Marylou: trois destins qui s’enchevêtrent… Emilie, amoureuse durant la seconde guerre mondiale. Jeanne, et le secret qui bouleversera sa vie. Et Marylou, qui après mille péripéties, a retrouvé une vie plus tranquille. Son grand-père décéde. Est-ce un accident ou un meurtre? On échappe pas à sa destinée. Le passé refait jour, ainsi que les manipulations les drames et les mensonges….

Une enquête palpitante qui entraîne le lecteur dans une histoire familiale complexe et mystérieuse. Et toujours l’Histoire en toile de fond. De l’exposition universelle de 1958 à l’incendie de l’Innovation en 1967, c’est l’histoire de Belgique qui revit au fil des pages. Un excellent moment de lecture, on tourne les pages sans s’en rendre compte et déjà il faut quitté le personnage de Marylou avec un soupçon de tristesse.

Extraits

▪️Écrire est un acte égoïste de survie, un exutoire utilisé par l’écrivain pour ne pas sombrer dans les abîmes de la la bêtise humaine, une bouée qui l’empêche de se noyer dans l’océan de haine que l’homme déverse jour après jour sur cette terre qu’il méprise.

▪️Quand la réalité est trop dure à supporter, on choisit parfois naïvement l’hypothèse la moins traumatisante.

▪️A-t-on besoin d’étaler sa souffrance pour ne pas l’oublier?

▪️Un petit moment d’hésitation peut vous trahir aussi bien qu’un flagrant délit.

Note: 5/5

180°éditions, 2018, 350p.

Jean-Louis Aerts « Un siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

Jeune journaliste de 33 ans, Marylou est engagée par un richissime vieillard américain pour écrire sa biographie. Le contrat à peine signé, elle se rend compte qu’elle se fait manipuler. Trop tard, le piège se referme inexorablement sur elle. Le compte à rebours est déclenché : il lui reste moins de deux ans pour comprendre les enjeux dont elle est l’objet. Débute alors un véritable bras de fer entre deux êtres que tout semble opposer. De New York à Syracuse, en passant par Bruxelles, Marylou sera forcée de remonter le passé jusqu’en 1907 et d’ouvrir la boîte de Pandore.

Entre thriller et récit de vie, l’auteur nous livre un roman captivant dès la première page, dans lequel il distille, les pièces d’un puzzle qu’on prend plaisir à reconstituer. Au final, une intrigue palpitante qui nous replonge dans quelques événements marquants du XXe siècle !

Mon avis

Journaliste intérimaire, Marylou risque de perdre sa place. C’est alors qu’elle est engagée par un richissime vieillard au passé mystérieux, pour écrire sa biographie. Victime d’une machiavélique manipulation qui l’entraînera de Bruxelles à New-York et Syracuse, en passant par Redu, petit village belge dédié aux livres, elle entame un voyage qui bouleversera sa vie à jamais. Un voyage qui la conduira sur les traces de son passé… Et cette question les crimes familiaux du passé peuvent-ils influencer la vie des générations successives!

Une lecture captivante qui parle de manipulation, de secrets, de drames, de coïncidences. Différentes catastrophes qui ont marqué le dernier siècle comme autant d’étapes de cette histoire. Une intrigue passionnante qui vous emporte et dont le rythme s’accélère au fil des pages! J’ai hâte de commencer le deuxième tome « Un demi-siècle de mensonges » dont je vous parlerai bientôt! À suivre!

Extraits

▪️Les souvenirs, si funestes soient-ils, vous aident à tenir debout, à maintenir le cap, coûte que coûte.

▪️L’homme, qui n’a aucun moyen de prévoir les méfaits du hasard, a toujours essayé de trouver une explication rationnelle aux événements, pour se rassurer,

▪️On a tous des petits secrets qu’on garde jalousement de peur qu’il nous échappent ou nous explosent à la figure.

▪️La vie est un jeu où tout le monde perd, certains un peu moins vite.

▪️La vie n’est pas un jeu où l’on retourne à la case départ.

▪️La vie est ainsi faite: pour qu’il y ai une oasis, il faut un désert.

Note: 4,5/5

▪️Finaliste du Prix des Lecteurs Club 2016

180 éditions, 2017, 380p.

Abigail Seran « Un autre jour, demain »

Quatrième de couverture

Déborah attend un avion qui ne vient pas une veille de Noël, espérant en secret éviter la fête. Une bande d’anciens étudiants se retrouvent pour un week-end ; sont-ils devenus ce qu’ils aspiraient à être ? Un vieux monsieur partage contre son gré un banc avec une jeune fille. Une patiente s’installe à nouveau dans une salle d’attente longuement côtoyée. La jeune Luna est trop chamboulée pour acheter un bouquet de fleurs. Il n’a pas osé leur dire qu’il ne reprendrait pas l’entreprise familiale. Le plan social était une belle opportunité. Serait-il là où il est sans cette main tendue? Et claquent les ciseaux dans la longue chevelure!

Un autre jour, demain raconte ces points de bascule subtils ou brutaux qui construisent, transforment une existence. Autant d’histoires familiales, voyageuses, laborieuses, de brèves rencontres en récits de générations. Une galerie de personnages qui luttent, renoncent, s’animent, s’aiment, se fuient, s’éteignent, croquent la vie qui passe, celle d’aujour­d’hui, celle juste avant demain.

Mon avis

Un rencontre « arc-en-ciel » sur un quai de gare, un banc, un aveu lors d’une randonnée, une femme libre, les mots que l’on tait, l’attente d’un avion et deux regards qui se croisent, et l’amour des mots, de la danse, des chaussures, un bouquet de fleurs, des visages aux regards éperdus et les souvenirs, se construire une histoire! Moments de vie où tout peut changer! L’instant, avant demain!

De jolies nouvelles, une jolie atmosphère! Du sourire au lèvre à la larme au coin de l’œil, une bouffée d’émotions envahit cette lecture! Un très joli moment! Coup de coeur!

Extraits

▪️Jusqu’à se brûler la peau. Laisser l’eau. Sur la nuque, bouillante. La vapeur qui efface le reflet pour se sentir moins moche dans le miroir. Le shampoing dans les yeux. Oublier. Les autres, le monde, les contraintes, soi. Vouloir disparaître dans le siphon aux eaux sales. Peau de Sioux sous le jet agressif. Monter la température parce que le derme s’est habitué. Refuser d’arrêter. Saisir le pommeau. Passer à l’eau glacée. Ces petites entailles sur les jambes, le ventre, la poitrine, qui coupent le souffle. Et dans un geste de rage, arrêter la torture.S’emmitoufler dans une serviette. Une silhouette trop dodue qu’on ira couvrir bien vite. Éviter le miroir tant que la transformation n’est pas achevée. Un matin comme un autre, entre abandon et espoir. (Incipit)

▪️La journée trépassera comme les autres.

▪️Si je sortais maintenant. Je prendrais des pas, des bus, des avions. Je retrouverais ma vie qui est ici, peut-être là. …

▪️La première fois qu’ils furent plus que des signes sur une page, ce fut une révélation. Allongée sur le ventre, à regarder « Boule et Bill » jouer à la balle, la bulle, soudain, livra ses secrets. J’avais l’image, est venu le son. Je me souviens très bien de ma surprise de pouvoir, d’un coup, accéder à la compréhension, aux mots. Une sorte de sidération fascinée: je savais lire.

▪️[les mots] ils furent aussi ceux qui disent, qui blessent, qui aiment, construisent ou détruisent, soulagent. Ces « mots-maux » et « gemmes-mots » De ceux que l’on apprivoise…

▪️Quand enfin je m’autorisai à raconter des histoires, je retrouvai cette envie gourmande de jouer avec ces compagnons facétieux. Ils s’alignèrent en paragraphes, en chapitres, en livres. Ils construisaient un monde, des personnages, des chagrins et des rires. Ils emmenaient le lecteur sur le chemin de mon imaginaire, mots libres, heureux et vagabonds, mots riches de couleurs redécouvertes. Quand ils trouvèrent des passeurs, éditeurs, bibliothécaires et libraires, quand ils s’installèrent sous les yeux d’inconnus, qu’au-delà de leur forme primaire en noir sur blanc, ils prirent corps dans la tête et le cœur de liseurs bienveillants, ce fut un ravissement. Les mots créaient un univers, une réalité pour ceux qu’ils avaient croisés.

▪️Qu’ils volent ou glissent, qu’ils s’incrustent ou passent, endimanchés ou sommes, les mots, mes mots, deviennent alors les vôtres.

▪️Quand nous nous embrassons, nos coeur se touchent.

▪️Derrière les vitres, des visages aux regards éperdus. Partent-Ils, reviennent-ils? Avec eux, je roule dans mes souvenirs.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Luce Wilquin, 2018, 110p.

Laurence Vivarès « La vie a parfois un goût de ristretto »

Quatrième de couverture

Lucie, styliste parisienne, revient seule, sur les lieux où son histoire d’amour s’est échouée pour essayer de comprendre, de se confronter à son chagrin, de recoloriser  ses souvenirs, et peut-être de guérir. Ce voyage intérieur et extérieur la conduit à Venise, trouble et mystérieuse en novembre, pendant la période de l’« acqua alta« . Au rythme d’une douce errance, Lucie vit trois jours intenses, sous le charme nostalgique de la ville. En compagnie de Vénitiens qui croiseront providentiellement sa route, un architecte et sa sœur, une aveugle, un photographe, elle ouvre une nouvelle page de son histoire.

« Chaque millimètre de sa peau était sensible. Dans la lumière voilée, toute les couleurs de cette journée de novembre à Venise se déployaient, flatteuse et reposantes. Le contraire du noir ce n’était pas le blanc, mais bien la couleur. C’était simple, mais elle ne le découvrait que maintenant. »

Mon avis

Trois jours à Venise! Venise en novembre, c’est aussi « l’acqua alta »! Sur les traces d’un amour perdu, malheureux et toxique, mais aussi sur les traces des amours de George Sand et Alfred de Musset, sur les traces d’Hemingway, du Titien et de Vivaldi… Une promenade vénitienne, des rencontres … L’histoire d’une renaissance et le conseil d’un ami: « recoloriser le souvenir pour passer à autre chose ».

Des êtres fragiles, cabossés et touchants. Les charmes de Venise! Et le tour est joué!

Un moment d’évasion dans une ville que j’adore (comme beaucoup)! Un très beau premier roman! Une lecture qui a « coloré » ce mois de novembre un peu gris!

Extraits

▪️Nos histoires tissent nos vies, mais… nous pouvons tisser nos histoires.

▪️Pour lui, la culture ancraît l’âme des êtres profondément, comme des racines immenses les reliant par-delà les époques et les frontières, dans une gigantesque nappe phréatique.

▪️Privilège de la solitude, de n’être ancré à rien , et de potentiellement s’intégrer à tout.

▪️Toute réalité, même la plus terrible, est préférable à l’illusion car on peut en faire quelque chose.

▪️Ces peintres de la Renaissance… C’étaient des poètes de la lumière.

▪️Quand on ne voit pas, on est moins prisonniers de nos jugements.

Note: 4,5/5 💙

Eyrolles, 2018, 216p.

Alberto Vigevani «  Un été au bord du lac »

Quatrième de couverture

Sur les bords du lac de Côme, lieu de villégiature privilégié de la bourgeoisie milanaise, les heures s’écoulent encore avec douceur. En cet été d’entre deux guerres, les femmes, dans leurs costumes de bain, osent les coiffures à la garçonne. Les jeunes hommes, en jaquette et cravate, dansent sur le rythme du Saint-Louis blues. Et les adolescents ressentent le trouble des premiers émois amoureux. Giacomo, envoûté par la mère de l’un de ses camarades, fait son éducation sentimentale dans une mélancolie nostalgique. Est-elle due à son âge ou pressent-il déjà le crépuscule de ce monde tissé de privilèges?

Mon avis

La mélancolie des étés au bord du lac de Côme. L’adolescence, la famille, les cousins, les amis, les vacances tant attendues. L’été s’étire. Rien ne semble se passer et pourtant… Une Italie bourgeoise d’une autre époque…

Une subtile éducation sentimentale. Un voile de mélancolie parcourt le livre. Et une douce poésie émane de ces pages. Tout est dans le détail.

Extraits

▪️ Il lisait les romans de Salgari, de Jules Verne et d’Alexandre Dumas. Ayant dévoré tous ceux qu’il avait pu trouver, avec tant de passion qu’il s’étonnait que les auteurs n’en eussent pas écrits davantage, il lisait aussi des abrégés d’histoire ou de classiques – poèmes d’Homère, tragédies de Shakespeare – ou encore les romans d’amour qu’il dénichait dans le cabinet de toilette de sa mère. Il s’emplissait ainsi l’esprit d’une foule de notions et de bizarreries, inutiles à ses études et qui, parfois, échauffaient sa tête, prompte à s’exalter, au point qu’il en souffrait. Alors il s’étendait sur le lit pour se laisser envahir par des situations fantastiques, dont il était le héros principal, et par des rêves de gloire qu’il n’aurait confiés à personne.

▪️La lecture demeurait son seul refuge; la mélancolie de son esprit paraissait. envahir aussi tout son corps

▪️Ainsi naissaient en lui des instantanés, sons ou paroles, comme une route s’ouvre en un point connu, puis devient ensuite inconnue et imprévisible, en même temps que les visages d’amis d’un jour ou de compagnons de bagarres ou que des conversations inachevées: chaque été, une poignée d’impressions s’imprimaient dans ses sens, semblable à un vol d’hirondelles en vrille autour de quelque chose, un clocher derrière les maisons, les toits, les arbres, et Giacomo pensait que là était la vraie vie, dans un monde empli d’humeurs et de lumières violentes.

Note: 4/5

Titre original: « Estate sul lago »

Traductions l’italien: Claude Bonnafont

Éditions Liana Levi, 2015, 160p.