Brigitte Peeters “Un le matin, un le soir”

Quatrième de couverture

Pour fuir un mari infidèle, Victoire accepte de remplacer Hubert, le pharmacien du village de son enfance. Une nouvelle vie se reconstruit au rythme du quotidien où se croisent Clovis, le petit-fils d’Hubert, Marius, un électricien particulièrement attentionné, et les clients qui révèlent leurs blessures, leurs fêlures, leurs manies. La boîte à livres accolée à l’officine se révèle intrigante, entre les billets que lui laisse un admirateur inconnu et le journal intime écrit en 1943 par une jeune fille de quinze ans, séduite par un soldat allemand. Le destin d’une femme peut-il bouleverser celui d’une autre ? Un le matin, un le soir est l’histoire de la réinvention d’une femme entre présent et passé, drames et passions, racontée avec humour et tendresse.

Mon avis

Une boîte à livres d’un petit village et deux femmes… La première s’est réfugiée, ici, dans le village de son enfance, après une séparation douloureuse. La seconde a déposé un carnet recouvert de papier kraft dans la boîte à livres. Une écriture manuscrite, à l’encre bleue ou noire recouvrent les pages écrites autrefois …
Et puis, des feuillets bleus glissés page 322 de « Guerre et Paix »par un admirateur mystérieux…
Deux femmes racontent deux époques…
L’histoire d’une renaissance et l’histoire d’une confession…

Un roman tendre et touchant, et des personnages très attachants. Des êtres cabossés qui s’apprivoisent peu à peu. Émotions et sourires. La partie historique dévoile une des terribles faces cachées de la seconde guerre mondiale. Un épisode sombre et terrifiant. Une fois commencé, j’ai dévoré les pages de ce roman.


Extraits
▪️L’amour fait mal. Il vous hérisse l’épiderme, vous cisaille les entrailles, vous fait glisser à la fois sur du velours et de la soie, à la fois dans les orties et les chardons. p.190
▪️L’amour fait vivre, respirer, avaler l’air à grandes foulées, le rendre plus pur, fait voir l’herbe plus verte, le ciel plus bleu. p.190
▪️J’ai à découvrir le monde “avec”. Le monde avec bonheur, avec espoir, avec des abeilles qui butinent, avec des oiseaux qui chantent, avec des lendemains qui enchantent, peut-être des après-demain qui déchantent, mais des surlendemains qui déjantent. p.222


Editions Academia (Évasion), 2021, 232p.

Fabienne Blanchut « Maman ne répond plus!»

Quatrième de couverture

A 62 ans, Zabou s’apprête à célébrer son anniversaire. Pour l’occasion, tous ses proches sont réunis: Michel, son mari passionné (essentiellement de vélo), Louise et Benjamin, ses enfants attentifs (surtout à eux-mêmes), Paul, Léa et Clara, ses petits-enfants aimants (les biberons et les pistolets à eau) et Nicoucou, son amie fidèle (à ses tee-shirts voyants et à son franc-parler légendaire). L’esprit a beau être à la fête, Zabou ne peut réfréner son envie de se réfugier dans le cellier pour pleurer et avaler des bonbons par poignées.

Après des années à s’être consacrée aux autres, elle semble désormais tout juste bonne à accompagner son mari sur les routes du Tour de France et à garder les plus petits. Et s’il était temps de rompre l’ennui? De se laisser embarquer par la douce folie de l’amitié? De fuguer pour mieux se retrouver?

Mon avis

Zabou fête son anniversaire! Mais son cœur n’est pas à la fête. Elle se sent incomprise. L’histoire de sa vie: à 62 ans, elle devenue invisible, transparente aux yeux de sa famille. Ses enfants ont quitté le nid et son mari n’est heureux que sur son vélo… Alors pour se consoler elle mange des bonbons en cachette dans le cellier …

Les vacances arrivent et son mari lui propose de suivre les routes du Tour de France. Elle accepte, oui, mais au bout de cinq jour, elle fugue…

Fuguer pour se retrouver et retrouver les siens…

À la fois drôle et touchant, le roman aborde sur un ton léger, les problématiques de la vie de couple, des relations familiales: la lassitude, le découragement, le manque d’attention, les incompréhensions… Les personnages sont attachants. Les dialogues sonne t savoureux. Un joli coup de cœur!

Extraits

▪️La liberté donne des ailes, ou les ailes offrent une plus grand liberté, je ne sais pas trop dans quel sens tourner cette phrase.

▪️À quel moment ai-je raté le tournant? Pourquoi un klaxon ne retentit pas dans un coin de notre tête avant que tout parte en cacahuète?

▪️… mais je sais que nous avons toujours de bonnes raisons de faire certaines choses, même si elles échappent à nos proches.

▪️On ne raccroche jamais son cœur quand on est parent.

Éditions Marabout, La Belle étoile, 2021, 208 p.

Gianrico Carofiglio « L’été froid »

Quatrième de couverture

Été 1992. Meurtres, attentats, enlèvements : la Mafia fait régner

la terreur dans les rues de Bari.

Quand il apprend qu’un enfant a été kidnappé, le maréchal Pietro Fenoglio sait que le point de non-retour est atteint : il s’agit du fils d’un des parrains les plus puissants de la ville. La guerre est déclarée.

Le chef du clan rival, qui sent le vent tourner, décide de collaborer avec la justice pour sauver sa peau. Il se lance alors dans un récit hypnotique qui fera plonger Fenoglio et le lecteur au plus profond d’un système où l’omerta est le mot d’ordre.

Un polar haletant, par l’un des meilleurs connaisseurs de la Mafia.

Mon avis

Tandis que l’Italie vit une de ses périodes les plus tragiques: les assassinats du juge Falcone et du juge Borsellino, entre mai et juillet 1992. Durant un été froid. À Bari, un enfant disparaît, alors qu’une guerre de mafia fait rage… Très vite un des mafieux, « au casier judiciaire ressemblant à un résumé de droit pénal », décide de collaborer avec la justice. La terreur règne dans les rues de Bari… Pietro Fenoglio, un maréchal des carabiniers, lettré, désireux de donner un sens au chaos, participe à l’enquête…

Le livre suit au plus près l’enquête et les interrogatoires du magistrat. L’auteur, magistrat lui-même, nous livre un portrait de la justice sans concession. L’histoire est profondément humaine: rien n’est jamais noir ou blanc, mais a toujours des « sfumature », comme disent les italiens. Et l’analyse de l’âme humaine est très juste. Gianrico Carofiglio est un écrivain que je lis depuis longtemps en italien comme en français, et à chaque fois, j’adore ses romans. Un coup de cœur! 💙

Extraits

▪️… il ne faut pas tenir les émotions et les sentiments pour acquis, il faut les partager, les décrire et les rendre tangibles. Il ne faut pas tenir l’amour pour acquis.

▪️ Être conscient du temps, dans les cas d’urgence, c’est important. Cela aide à lutter contre l’inévitable distorsion de la mémoire, la perte de consistance des souvenirs, la contamination apportée par l’imaginaire. 

▪️Il n’y a rien de plus inacceptable qu’un enfant qui meurt avant ses parents. Quand cela se produit, l’illusion d’un quelconque sens dans ce monde s’écroule comme le plus banal des châteaux de cartes. La mort d’un enfant ouvre une abîme de douleur et de folie dont il est impossible de voir le fond.

▪️D’ailleurs de manière plus générale, se souvient-on jamaisdes ses pensées d’autrefois.

▪️Nous faisons presque tout par hasard. Même si généralement, nous n’en sommes pas conscients.

Éditions Slatkine & Cie, 2021, 464 p.

Un jour, une citation: Andrea Marcolongo

🇫🇷 En grec ancien, le verbe λέγω (legô), qui évoque immédiatement le latin legere, signifiait aussi bien « cueillir » – des coquelicots dans un pré, des cerises sur un arbre -, que « choisir » – dans la bibliothèque sur la pointe des pieds, la main tendue vers l’étagère -, que « raconter », « dire » – et c’est pour cette raison qu’il est employé au présent en alternance avec le verbe plus complexe φημί, (phēmí), qui désigne exclusivement l’acte de parler. Andrea Marcolongo « Étymologies pour survivre au chaos » Éditions Les belles lettres , p.67

🇮🇹 In greco antico, il verbo λέγω (légo), che rimanda direttamente al latino legere, significava sia «raccogliere», i papaveri in un prato, le ciliegie da un albero, sia «scegliere» – come in biblioteca, sulle punte dei piedi e la mano tesa verso lo scaffale –, sia «raccontare», «dire» – e per questa ragione, al presente, è spesso alternato al più complesso verbo φημί (phemí), che indica esclusivamente l’atto del parlare. Andrea Marcolongo « Alla fonte delle parole » Mondadori

(Photo: Bouquinerie, Anvers)

Sandrine Roudeix « Ce qu’il faut pour voler »

Quatrième de couverture

« Au retour on avait atterri à l’aéroport à minuit passé, une heure de retard et les bagages qui se faisaient attendre, et devant le tapis vide qui ne charriait que notre fatigue, tu m’avais annoncé que tu ne rentrerais pas et que tu irais dormir chez Victor. À cette heure? Incliné vers moi avec ta dizaine de centimètres en plus qui ne cessaient de nous éloigner, tu m’avais expliqué que tu allais bientôt avoir dix-huit ans et que tu n’avais plus de comptes à me rendre. Tu irais dormir chez Victor que ça me plaise ou non. »

Que devient une mère quand son tout petit s’en va? En s’appuyant sur des photos de famille qu’on ne voit pas, Sandrine Roudeix traverse vingt ans de fusion et de défusion maternelles, démêlant les fils qui tressent la séparation inévitable d’une mère célibataire et de son garçon. Dans un roman où affleurent à chaque page l’amour et la tendresse, où la grâce naît de la vérité et de la mise à nu toujours sincère et parfois crue des situations, elle interroge la manière dont une jeune fille devient femme en devenant mère et dresse le portrait lumineux d’une double émancipation.

L’auteur

Sandrine Roudeix est romancière, scénariste et photographe. Elle est notamment l’auteure des romans Attendre (Flammarion, J’ai lu) et Les Petites Mères (Flammarion), salués par la critique. Elle a également publié Diane dans le miroir, un texte consacré à la photographe américaine Diane Arbus (Mercure de France).

Mon avis

Ce livre, c’est l’amour d’une mère pour son fils. Ce fils qui vient de quitter le nid…

Comme un album de famille que l’on parcourt, au travers de photos invisibles, se raconte leur vie … chapitre après chapitre…

Une relation mère-fils. Mais aussi le portrait d’une femme authentique, vraie. Une maman, oui, mais aussi une femme qui trace son chemin… Une femme avec ses questionnements, ses doutes… Une femme qui grandit, qui s’affirme qui apprend à faire confiance et à se faire confiance. Deux vies qui s’envolent…

Les petites séparations qui mènent à l’inévitable séparation…

Un roman sensible et intime, mais qui nous parle à toutes et à tous… Un coup de cœur! 💙

Extraits

▪️L’attachement naît avant les mots, dans la chaleur et la musique et les regards qu’on échange. Il faut du temps pour nommer les choses et les gens.

▪️Qu’elle manière d’aimer, de t’exprimer, de réfléchir, de t’énerver, de jouer, d’écrire t’ai-je léguée, alourdie par le souffle invisible de tes aïeules?

▪️Te voir grandir, c’est aussi continuer à m’affirmer. Évoluer dans tes pas comme tu progresses dans les miens. Trouver en moi la souplesse et la force et la patience de te faire confiance mais aussi de me f as ire confiance.

▪️Comme si le passé n’avait d’importance que lorsqu’on le lègue.

Éditions Le Passage, 2021, 224 p.

Antoine Laurain & Le Sonneur « Et mon cœur se serra »

Quatrième de couverture

« Et mon coeur se serra » est un conte étrange en cent dix-neuf dessins de l’artiste connu sous le nom  » Le Sonneur  » et vingt-huit textes d’Antoine Laurain. Entre art et littérature, entre roman dessiné et poésie typographique. De cette aimée enfuie et perdue, nous ne connaîtrons jamais le nom, mais elle hante le livre. L’amour, la rupture, la solitude, l’espoir. Comment transmettre les sentiments en trois couleurs : rouge, noir, blanc? Comment les faire passer avec juste vingt-six lettres dans l’alphabet? Beaucoup l’ont tenté avant eux : Breton, Mallarmé, Gainsbourg pour ne citer qu’eux.

Laurain et Le Sonneur relèvent le défi. Au mieux, c’est un excellent livre. Dans le pire des cas, ils ont fait un chef-d’oeuvre.

Mon avis

Il lui écrit une belle lettre… Au dernier moment, il invente une adresse, une rue imaginaire… et la poste dans la boîte jaune. Elle l’a quitté, elle a rencontré quelqu’un… C’est fini…

Il va changer de montre… pour changer le temps…

Les textes et les dessins s’alternent pour illustrer l’histoire d’un amour perdu… L’histoire d’une perte, le manque, la vie sans elle, les souvenirs, les amoureux fous de femmes entraperçues… et le temps…

Un petit bijou de poésie. Beauté du texte écrit , et splendeur des illustrations! Le rouge, le blanc, le noir…

Extraits

▪️Aujourd’hui je t’ai posté une lettre, une très belle lettre de trois pages manuscrites et rédigée avec un stylo Cross à plume moyenne et encre noire… (incipit)

▪️ Je ne peux plus t’apporter de fleurs. J’envoie des fleurs à une femme morte en 1889 et je suis seul à penser à elle en ce jour.

▪️Le manque, la perte, la douleur, l’injustice, tout disparaîtrait pour laisser place à une question incongrue. Je trouve cette idée horrifiante. Je la refuse. Il n’en sera rien. Je ne peux admettre que le temps aplanisse tout, que la pluie rince les sentiments, que le vent change la forme des rochers. Dans dix ans, dans mille ans, je n’aurai pas changé d’avis. Je saurai très bien ce que je te trouvais.

Flammarion, 2021, 150 pages

Clémentine Mélois « Dehors, la tempête » [Extraits]

▪️« Mes livres »

[…]

Je les respire.

Je les accumule.

Je les chéris.

Je les empile.

Je les lis.

Je les relis.

Je n’arrive pas à les lire.

Je ne les termine pas.

Je les range.

Je les oublie.

Je les perds.

Je les cherche.

Je les rachète.

Je les retrouve.

Je les rachète en double.

Je les rachète en triple.

Je les emporte avec moi.

Je les transporte.

Je les oublie.

Je les redécouvre.

Je m’aperçois qu’en fait je les ai déjà lus.

J’y glisse des marque-pages, souvenirs de moments de lecture.

Je note au crayon, sur la page de garde, le lieu et la date de leur acquisition. p.24-25

▪️Parfois, au détour d’un texte, j’ai l’impression que l’auteur m’invite à entrer chez lui. Ravie, un peu intimidée, je m’installe dans son fauteuil préféré, consciente du privilège qui m’est offert de pénétrer ainsi dans l’intimité de l’écrivain. J’ai le sentiment de capter quelque chose de sa « vérité ». p.76

▪️Une bibliothèque est comme un portrait. Dans le choix des livres et dans leur classement se révèle, il me semble, la vraie nature des gens. p.137

▪️Je voudrais qu’on m’emporte ailleurs. Très loin d’ici, dans un style bien tourné. Je voudrais qu’on me raconte une histoire. Je voudrais de belles phrases et des baisers enflammés. Je voudrais un feu de cheminée, je voudrais des chaussons fourrés et du suspense, je voudrais de l’aventure, je voudrais du doute, de l’introspection et un vent chargé d’embruns. Du crépuscule et de la mousse humide, de la passion et du mystère, je voudrais des pirates et des dragons, je voudrais un plancher qui craque, une étoffe qui bruisse, je voudrais un drame terrible et un dénouement superbe, je voudrais de l’exaltation, je voudrais des larmes et que tout ça sente l’encre, l’océan, la sueur, le sous-bois et la fumée. Donnez-noi tout de suite un livre, et à la rigueur une biscotte pour grignoter avec. p.146-147

Grasset, 2020, 192p.

Kate Milie « Le mystère Spilliaert »

Quatrième de couverture

Peintre reconnu pour une œuvre intense mêlant mélancolie, cauchemars et plages énigmatiques, Léon Spilliaert est souvent perçu comme un symboliste perdu dans de sombres angoisses existentielles… Il n’en est rien. Admirateur de Nietzsche, ami d’Émile Verhaeren et de Stefan Zweig, Spilliaert, qui ne peignit quasi que des arbres à la fin de sa vie, fut, avant tout, un visionnaire.

Les personnages de ce roman vont se rencontrer et se raconter en retraçant sa vie et son œuvre. Dans une dynamique mêlant passé et présent, amour perdu, homme chancelant, buveuse d’absinthe et nature guérisseuse, ce livre emmène ses lecteurs à Ostende, Bruxelles et Paris sur les pas d’un immense artiste.

L’auteur

Kate Milie a publié plusieurs ouvrages, du polar au guide de balades. Elle aime la mer, les arbres, le crépuscule et horizons mystérieux. Avec son nouveau livre, elle signe son retour au roman intimiste. Et affirme, une fois de plus, sont goût pour les mises en abyme.

Mon avis

Depuis plusieurs semaines, elle rêve de « l’homme chancelant » Cet homme représenté dans un tableau de Léon Spilliaert, « La nuit ». Le musée abritant l’œuvre est fermé pour rénovation. Elle se tourne alors vers un autre musée, le visite et décide dans la foulée d’écrire sur le peintre belge Léon Spilliaert.

Elle organise un atelier d’écriture consacré à Spilliaert, à l’Hôtel Métropole. Ils sont deux à s’inscrire: Adrienne et William. Elle, veut écrire son histoire familiale, lui, a connu un amour inoubliable… quelque chose les relie au peintre…

Et l’auteur, elle, traîne son envie d’écriture dans le port et sur la plage d’Ostende…

Entre Bruxelles, Ostende et Paris, la vie du peintre se mêle et à celle des autres personnages du livre. On entre dans l’univers du peintre: sa mélancolie, sa solitude, mais aussi les arbres… Verhaeren, Ensor, un éditeur bruxellois. Et les lieux qui racontent…

Un très beau roman, riche et très original.

Extraits

▪️Un homme, vu de dos, vêtu d’une redingote, coiffé d’un haut-de-forme, erre la nuit, en bord de mer, le long des majestueuses Galeries royales d’Ostende. Il semble tituber, tend une main hagarde vers les imposantes colonnes. Qui est cet homme? Un noctambule égaré sur la digue après la fermeture des cabarets? Un promeneur perdu? Un être dévasté venu confier une douleur intenable à la mer? p.9

▪️À quoi tient une rencontre? Parfois à rien, à pas grand chose, quelques minuscules secondes qui vont devenir des éclats d’infini et bouleverser une vie. p.33

▪️Je veux écrire… Mais les mots se dérobent.. Les phrases ne veulent pas de moi… p.53

▪️L’obscurité s’est abattue sur la rue. Il pleut. La lumière du réverbère fait danser d’étranges silhouettes sur les murs des façades, les ombres de la nuit ont métamorphosé le salon. À nouveau, quand le soir tombe, l’effroi le saisit. p. 139

▪️Durant leurs promenades, Rachel aime imaginer la vie qui se déroule derrière les rideaux soyeux. Lui a eu un immense coup de cœur pour l’allée centrale ornée de petits arbres, de parterres de fleurs. Ici et là, des bancs public incitent au repos et à la contemplation. Mais ce matin, il fait trop froid… p.143-144

▪️Le bonheur, c’est ça, ces petits moments bleus…p.147

180 éditions, 2021, 164 p.

Sandro Veronesi « Le colibri »

Quatrième de couverture

« Tu es un colibri parce que, comme le colibri, tu mets toute ton énergie à rester immobile. Tu réussis à t’arrêter dans le monde et dans le temps autour de toi, , et même parfois, à retrouver le temps perdu. »

C’est ainsi que Luisa la femme qu’il aime et qui ne cesse de lui échapper, s’adresse à Marco Carrera. Mais qu’advient-il d’un homme lorsque la passion et la tragédie s’invitent ensemble au cœur d’une nuit d’été?

Le grand roman d’amour et de résilience de Sandro Veronesi, traduit dans le monde entier.

L’auteur

Sandro Veronesi est considéré comme l’un des auteurs italiens les plus importants. Il a remporté les prix littéraires les plus prestigieux et notamment le prix Strega, le Femina étranger et le prix Méditerranée pour Chaos calme, également adapté au cinéma avec Nanni Moretti. Cinq ans après Terres rares, Le colibri, également lauréat du Prix Strega, est le grand roman de Sandro Veronesi, salué dans la presse transalpine comme le meilleur roman italien des dernières années.

Mon avis

Dans la vie d’un homme, il a des bonheurs et des tragédies. Des coïncidences et des découvertes…

Une enfance heureuse, des vacances d’été, la mer, entre Florence et Bolgheri. Un amour naissant et puis un drame, une nuit d’été 1981…

Dans son roman, Sandro Veronesi dresse le portrait d’un homme, en recomposant sous les yeux du lecteur, sa vie de manière désordonnée. Entre hier, aujourd’hui et demain…. Peu à peu le puzzle se compose, élucidant toutes les questions. Une construction narrative magistrale.

Éloge de l’immobilité, ce livre témoigne du courage et de l’énergie qu’il faut parfois pour s’arrêter dans le monde et dans le temps. Tel un colibri.

Extraits

▪️la psychanalyse était comme le tabac , il ne suffisait pas de ne pas fumer, il fallait se protéger des fumeurs.

On devrait tous savoir – et ce n’est pas le cas – que le sort d’une relation entre deux personnes est toujours fixé dès le départ et une fois pour toutes: pour prévoir la fin qui l’attend, il suffit de regarder son début. En effet, on connaît toujours, à l’aube d’une relation, un moment d’illumination où on la voit dans un même mouvement fleurir, s’installer dans la durée, devenir ce qu’elle deviendra et finir comme elle finira. Et on voit tout, parce que, en réalité, la relation entière est contenue dans son commencement, de même que la forme de toute chose est contenue dans sa première manifestation. Mais cette vision inspirée n’excède pas l’instant, ensuite elle s’évanouit ou on la refoule, ce qui explique pourquoi les histoires entre les gens réservent des surprises, causent des dégâts, du plaisir ou de la douleur imprévus. On le savait, on l’avait su au début dans un éclair de lucidité, mais ensuite, pendant le reste de notre vie, on a perdu ce savoir.

▪️… de même qu’un drame brise souvent le pacte qui soude une famille, causant un naufrage inexorable, ce même drame peut produire l’effet contraire si la famille a déjà explosé et rapprocher les membres survivants, même si pendant des années ils se sont opposés, blessés, éloignés et ignorés de toutes leurs forces. C’est la théorie de la pierre jetée dans l’eau: dans une eau calme la pierre produit une turbulence, tandis qu’elle apporte le calme dans une eau agitée.

▪️Le fait est qu’on comprend sans mal que le mouvement obéit à un motif alors qu’il est plus difficile de saisir qu’il en va de même pour l’immobilité.

▪️Il y a des êtres qui se démènent toute leur vie, désireux d’avancer, connaître, conquérir, découvrir progresser, pour s’apercevoir qu’en définitive ils n’ont jamais cherché que la vibration qui les a jetés dans le monde: pour ceux-là, les points de départ et d’arrivée coïncident. Puis il y en a d’autres qui parcourent une longue route aventureuse tout en restant immobiles, parce que c’est le monde qui glisse sous leurs pieds et qu’ils se retrouvent très loin de leur point de départ…

Traduction: Dominique Vittoz

Prix: Premio Strega 2020

Éditions Grasset, 2021, 384p.

Sophie Simon « Come prima »

Quatrième de couverture

Celso a tout pour prétendre être un homme heureux et accompli. Cet élégant écrivain profite de la douceur de Rome et de la tendresse d’Antonia, épousée trente ans plus tôt, pour panser les plaies d’une passion dévastatrice. Mais un jour il reçoit un message. Elena – celle-là même qu’il a eu tant de mal à oublier – l’informe qu’elle sera bientôt de passage et qu’elle aimerait prendre un café avec lui. Douze jours, voici le temps qu’il lui reste. Pour comprendre pourquoi il se sentait si vivant au côté de celle qui l’aurait à coup sûr empêché d’être jamais heureux et accompli. Douze jours pour savoir s’il est prêt à tout risquer pour revivre ce frisson, come prima.

Entre drame et comédie, porté par une écriture aussi pleine de grâce que de flèches, le roman met à nu un antihéros profondément attachant. « Celso, c’est moi, dit Sophie Simon. Sa lâcheté, ses angoisses et ses doutes sont les miens. » Mais c’est aussi la combinaison de figures italiennes, le Zeno de Svevo, Mastroianni, Gassman, Sordi, des silhouettes de grand personnages superbes et risibles, qui ont accompagné l’auteure durant l’écriture de Come prima, comme dans sa vie.

L’auteur

Sophie Simon vit à Paris. Elle a déjà publié deux romans et un recueil de nouvelles aux éditions Lattès.

Mon avis

Celso vit à Rome. Il mène ce que l’on peut appeler une vie tranquille et rangée. Une famille et son métier d’écrivain. Un jour, il reçoit un message, et ces mots: « Que dirais-tu de prendre un café? » Un ancien amour, une passion, la passion de sa vie, veut le revoir. Elena, son grand amour, celle qu’il n’a jamais oublié. Une brève réponse et le rendez-vous est pris. Il lui reste trois semaines pour revivre, repenser, analyser cet amour. Come prima… Et il pourra mesurer le chemin parcouru…

Que faut-il préférer dans la vie, la passion ou la tendresse?

Un roman sur les doutes, les angoisses, les lâchetés, la définition du bonheur, sur l’idée d’être peut-être passé à côté de sa vie… Et l’Italie…

Un coup de cœur…

Extraits

▪️Voulant m’épargner une vie soumise à la tyrannie de l’affect, j’ai vécu une vie soumise à la dictature du devoir.

▪️l’aspect éphémère, fugitif des choses, en particulier celui du bonheur, me procure une tristesse infinie. C’est pour cette raison que, bien souvent, lorsqu’il m’arrive d’être heureux, très vite le chagrin me rattrape.

▪️La souffrance de l’autre est l’une des choses les plus pénibles à supporter. L’impuissance, l’incompétence qu’elle révèle en nous est redoutable, pointant les limites et les imperfections de notre humanité, et nous ouvre, lorsque nous en devinons l’ampleur, les portes d’un enfer que l’on préférerait ignorer.

▪️Tu penses que quelques nuances, c’est peu de choses. « Va dire ça a Chopin. »

Éditions Anne Carrière, 2021, 192p.