Sandrine Roudeix « Ce qu’il faut pour voler »

Quatrième de couverture

« Au retour on avait atterri à l’aéroport à minuit passé, une heure de retard et les bagages qui se faisaient attendre, et devant le tapis vide qui ne charriait que notre fatigue, tu m’avais annoncé que tu ne rentrerais pas et que tu irais dormir chez Victor. À cette heure? Incliné vers moi avec ta dizaine de centimètres en plus qui ne cessaient de nous éloigner, tu m’avais expliqué que tu allais bientôt avoir dix-huit ans et que tu n’avais plus de comptes à me rendre. Tu irais dormir chez Victor que ça me plaise ou non. »

Que devient une mère quand son tout petit s’en va? En s’appuyant sur des photos de famille qu’on ne voit pas, Sandrine Roudeix traverse vingt ans de fusion et de défusion maternelles, démêlant les fils qui tressent la séparation inévitable d’une mère célibataire et de son garçon. Dans un roman où affleurent à chaque page l’amour et la tendresse, où la grâce naît de la vérité et de la mise à nu toujours sincère et parfois crue des situations, elle interroge la manière dont une jeune fille devient femme en devenant mère et dresse le portrait lumineux d’une double émancipation.

L’auteur

Sandrine Roudeix est romancière, scénariste et photographe. Elle est notamment l’auteure des romans Attendre (Flammarion, J’ai lu) et Les Petites Mères (Flammarion), salués par la critique. Elle a également publié Diane dans le miroir, un texte consacré à la photographe américaine Diane Arbus (Mercure de France).

Mon avis

Ce livre, c’est l’amour d’une mère pour son fils. Ce fils qui vient de quitter le nid…

Comme un album de famille que l’on parcourt, au travers de photos invisibles, se raconte leur vie … chapitre après chapitre…

Une relation mère-fils. Mais aussi le portrait d’une femme authentique, vraie. Une maman, oui, mais aussi une femme qui trace son chemin… Une femme avec ses questionnements, ses doutes… Une femme qui grandit, qui s’affirme qui apprend à faire confiance et à se faire confiance. Deux vies qui s’envolent…

Les petites séparations qui mènent à l’inévitable séparation…

Un roman sensible et intime, mais qui nous parle à toutes et à tous… Un coup de cœur! 💙

Extraits

▪️L’attachement naît avant les mots, dans la chaleur et la musique et les regards qu’on échange. Il faut du temps pour nommer les choses et les gens.

▪️Qu’elle manière d’aimer, de t’exprimer, de réfléchir, de t’énerver, de jouer, d’écrire t’ai-je léguée, alourdie par le souffle invisible de tes aïeules?

▪️Te voir grandir, c’est aussi continuer à m’affirmer. Évoluer dans tes pas comme tu progresses dans les miens. Trouver en moi la souplesse et la force et la patience de te faire confiance mais aussi de me f as ire confiance.

▪️Comme si le passé n’avait d’importance que lorsqu’on le lègue.

Éditions Le Passage, 2021, 224 p.

Antoine Laurain & Le Sonneur « Et mon cœur se serra »

Quatrième de couverture

« Et mon coeur se serra » est un conte étrange en cent dix-neuf dessins de l’artiste connu sous le nom  » Le Sonneur  » et vingt-huit textes d’Antoine Laurain. Entre art et littérature, entre roman dessiné et poésie typographique. De cette aimée enfuie et perdue, nous ne connaîtrons jamais le nom, mais elle hante le livre. L’amour, la rupture, la solitude, l’espoir. Comment transmettre les sentiments en trois couleurs : rouge, noir, blanc? Comment les faire passer avec juste vingt-six lettres dans l’alphabet? Beaucoup l’ont tenté avant eux : Breton, Mallarmé, Gainsbourg pour ne citer qu’eux.

Laurain et Le Sonneur relèvent le défi. Au mieux, c’est un excellent livre. Dans le pire des cas, ils ont fait un chef-d’oeuvre.

Mon avis

Il lui écrit une belle lettre… Au dernier moment, il invente une adresse, une rue imaginaire… et la poste dans la boîte jaune. Elle l’a quitté, elle a rencontré quelqu’un… C’est fini…

Il va changer de montre… pour changer le temps…

Les textes et les dessins s’alternent pour illustrer l’histoire d’un amour perdu… L’histoire d’une perte, le manque, la vie sans elle, les souvenirs, les amoureux fous de femmes entraperçues… et le temps…

Un petit bijou de poésie. Beauté du texte écrit , et splendeur des illustrations! Le rouge, le blanc, le noir…

Extraits

▪️Aujourd’hui je t’ai posté une lettre, une très belle lettre de trois pages manuscrites et rédigée avec un stylo Cross à plume moyenne et encre noire… (incipit)

▪️ Je ne peux plus t’apporter de fleurs. J’envoie des fleurs à une femme morte en 1889 et je suis seul à penser à elle en ce jour.

▪️Le manque, la perte, la douleur, l’injustice, tout disparaîtrait pour laisser place à une question incongrue. Je trouve cette idée horrifiante. Je la refuse. Il n’en sera rien. Je ne peux admettre que le temps aplanisse tout, que la pluie rince les sentiments, que le vent change la forme des rochers. Dans dix ans, dans mille ans, je n’aurai pas changé d’avis. Je saurai très bien ce que je te trouvais.

Flammarion, 2021, 150 pages

Clémentine Mélois « Dehors, la tempête » [Extraits]

▪️« Mes livres »

[…]

Je les respire.

Je les accumule.

Je les chéris.

Je les empile.

Je les lis.

Je les relis.

Je n’arrive pas à les lire.

Je ne les termine pas.

Je les range.

Je les oublie.

Je les perds.

Je les cherche.

Je les rachète.

Je les retrouve.

Je les rachète en double.

Je les rachète en triple.

Je les emporte avec moi.

Je les transporte.

Je les oublie.

Je les redécouvre.

Je m’aperçois qu’en fait je les ai déjà lus.

J’y glisse des marque-pages, souvenirs de moments de lecture.

Je note au crayon, sur la page de garde, le lieu et la date de leur acquisition. p.24-25

▪️Parfois, au détour d’un texte, j’ai l’impression que l’auteur m’invite à entrer chez lui. Ravie, un peu intimidée, je m’installe dans son fauteuil préféré, consciente du privilège qui m’est offert de pénétrer ainsi dans l’intimité de l’écrivain. J’ai le sentiment de capter quelque chose de sa « vérité ». p.76

▪️Une bibliothèque est comme un portrait. Dans le choix des livres et dans leur classement se révèle, il me semble, la vraie nature des gens. p.137

▪️Je voudrais qu’on m’emporte ailleurs. Très loin d’ici, dans un style bien tourné. Je voudrais qu’on me raconte une histoire. Je voudrais de belles phrases et des baisers enflammés. Je voudrais un feu de cheminée, je voudrais des chaussons fourrés et du suspense, je voudrais de l’aventure, je voudrais du doute, de l’introspection et un vent chargé d’embruns. Du crépuscule et de la mousse humide, de la passion et du mystère, je voudrais des pirates et des dragons, je voudrais un plancher qui craque, une étoffe qui bruisse, je voudrais un drame terrible et un dénouement superbe, je voudrais de l’exaltation, je voudrais des larmes et que tout ça sente l’encre, l’océan, la sueur, le sous-bois et la fumée. Donnez-noi tout de suite un livre, et à la rigueur une biscotte pour grignoter avec. p.146-147

Grasset, 2020, 192p.

Kate Milie « Le mystère Spilliaert »

Quatrième de couverture

Peintre reconnu pour une œuvre intense mêlant mélancolie, cauchemars et plages énigmatiques, Léon Spilliaert est souvent perçu comme un symboliste perdu dans de sombres angoisses existentielles… Il n’en est rien. Admirateur de Nietzsche, ami d’Émile Verhaeren et de Stefan Zweig, Spilliaert, qui ne peignit quasi que des arbres à la fin de sa vie, fut, avant tout, un visionnaire.

Les personnages de ce roman vont se rencontrer et se raconter en retraçant sa vie et son œuvre. Dans une dynamique mêlant passé et présent, amour perdu, homme chancelant, buveuse d’absinthe et nature guérisseuse, ce livre emmène ses lecteurs à Ostende, Bruxelles et Paris sur les pas d’un immense artiste.

L’auteur

Kate Milie a publié plusieurs ouvrages, du polar au guide de balades. Elle aime la mer, les arbres, le crépuscule et horizons mystérieux. Avec son nouveau livre, elle signe son retour au roman intimiste. Et affirme, une fois de plus, sont goût pour les mises en abyme.

Mon avis

Depuis plusieurs semaines, elle rêve de « l’homme chancelant » Cet homme représenté dans un tableau de Léon Spilliaert, « La nuit ». Le musée abritant l’œuvre est fermé pour rénovation. Elle se tourne alors vers un autre musée, le visite et décide dans la foulée d’écrire sur le peintre belge Léon Spilliaert.

Elle organise un atelier d’écriture consacré à Spilliaert, à l’Hôtel Métropole. Ils sont deux à s’inscrire: Adrienne et William. Elle, veut écrire son histoire familiale, lui, a connu un amour inoubliable… quelque chose les relie au peintre…

Et l’auteur, elle, traîne son envie d’écriture dans le port et sur la plage d’Ostende…

Entre Bruxelles, Ostende et Paris, la vie du peintre se mêle et à celle des autres personnages du livre. On entre dans l’univers du peintre: sa mélancolie, sa solitude, mais aussi les arbres… Verhaeren, Ensor, un éditeur bruxellois. Et les lieux qui racontent…

Un très beau roman, riche et très original.

Extraits

▪️Un homme, vu de dos, vêtu d’une redingote, coiffé d’un haut-de-forme, erre la nuit, en bord de mer, le long des majestueuses Galeries royales d’Ostende. Il semble tituber, tend une main hagarde vers les imposantes colonnes. Qui est cet homme? Un noctambule égaré sur la digue après la fermeture des cabarets? Un promeneur perdu? Un être dévasté venu confier une douleur intenable à la mer? p.9

▪️À quoi tient une rencontre? Parfois à rien, à pas grand chose, quelques minuscules secondes qui vont devenir des éclats d’infini et bouleverser une vie. p.33

▪️Je veux écrire… Mais les mots se dérobent.. Les phrases ne veulent pas de moi… p.53

▪️L’obscurité s’est abattue sur la rue. Il pleut. La lumière du réverbère fait danser d’étranges silhouettes sur les murs des façades, les ombres de la nuit ont métamorphosé le salon. À nouveau, quand le soir tombe, l’effroi le saisit. p. 139

▪️Durant leurs promenades, Rachel aime imaginer la vie qui se déroule derrière les rideaux soyeux. Lui a eu un immense coup de cœur pour l’allée centrale ornée de petits arbres, de parterres de fleurs. Ici et là, des bancs public incitent au repos et à la contemplation. Mais ce matin, il fait trop froid… p.143-144

▪️Le bonheur, c’est ça, ces petits moments bleus…p.147

180 éditions, 2021, 164 p.

Sandro Veronesi « Le colibri »

Quatrième de couverture

« Tu es un colibri parce que, comme le colibri, tu mets toute ton énergie à rester immobile. Tu réussis à t’arrêter dans le monde et dans le temps autour de toi, , et même parfois, à retrouver le temps perdu. »

C’est ainsi que Luisa la femme qu’il aime et qui ne cesse de lui échapper, s’adresse à Marco Carrera. Mais qu’advient-il d’un homme lorsque la passion et la tragédie s’invitent ensemble au cœur d’une nuit d’été?

Le grand roman d’amour et de résilience de Sandro Veronesi, traduit dans le monde entier.

L’auteur

Sandro Veronesi est considéré comme l’un des auteurs italiens les plus importants. Il a remporté les prix littéraires les plus prestigieux et notamment le prix Strega, le Femina étranger et le prix Méditerranée pour Chaos calme, également adapté au cinéma avec Nanni Moretti. Cinq ans après Terres rares, Le colibri, également lauréat du Prix Strega, est le grand roman de Sandro Veronesi, salué dans la presse transalpine comme le meilleur roman italien des dernières années.

Mon avis

Dans la vie d’un homme, il a des bonheurs et des tragédies. Des coïncidences et des découvertes…

Une enfance heureuse, des vacances d’été, la mer, entre Florence et Bolgheri. Un amour naissant et puis un drame, une nuit d’été 1981…

Dans son roman, Sandro Veronesi dresse le portrait d’un homme, en recomposant sous les yeux du lecteur, sa vie de manière désordonnée. Entre hier, aujourd’hui et demain…. Peu à peu le puzzle se compose, élucidant toutes les questions. Une construction narrative magistrale.

Éloge de l’immobilité, ce livre témoigne du courage et de l’énergie qu’il faut parfois pour s’arrêter dans le monde et dans le temps. Tel un colibri.

Extraits

▪️la psychanalyse était comme le tabac , il ne suffisait pas de ne pas fumer, il fallait se protéger des fumeurs.

On devrait tous savoir – et ce n’est pas le cas – que le sort d’une relation entre deux personnes est toujours fixé dès le départ et une fois pour toutes: pour prévoir la fin qui l’attend, il suffit de regarder son début. En effet, on connaît toujours, à l’aube d’une relation, un moment d’illumination où on la voit dans un même mouvement fleurir, s’installer dans la durée, devenir ce qu’elle deviendra et finir comme elle finira. Et on voit tout, parce que, en réalité, la relation entière est contenue dans son commencement, de même que la forme de toute chose est contenue dans sa première manifestation. Mais cette vision inspirée n’excède pas l’instant, ensuite elle s’évanouit ou on la refoule, ce qui explique pourquoi les histoires entre les gens réservent des surprises, causent des dégâts, du plaisir ou de la douleur imprévus. On le savait, on l’avait su au début dans un éclair de lucidité, mais ensuite, pendant le reste de notre vie, on a perdu ce savoir.

▪️… de même qu’un drame brise souvent le pacte qui soude une famille, causant un naufrage inexorable, ce même drame peut produire l’effet contraire si la famille a déjà explosé et rapprocher les membres survivants, même si pendant des années ils se sont opposés, blessés, éloignés et ignorés de toutes leurs forces. C’est la théorie de la pierre jetée dans l’eau: dans une eau calme la pierre produit une turbulence, tandis qu’elle apporte le calme dans une eau agitée.

▪️Le fait est qu’on comprend sans mal que le mouvement obéit à un motif alors qu’il est plus difficile de saisir qu’il en va de même pour l’immobilité.

▪️Il y a des êtres qui se démènent toute leur vie, désireux d’avancer, connaître, conquérir, découvrir progresser, pour s’apercevoir qu’en définitive ils n’ont jamais cherché que la vibration qui les a jetés dans le monde: pour ceux-là, les points de départ et d’arrivée coïncident. Puis il y en a d’autres qui parcourent une longue route aventureuse tout en restant immobiles, parce que c’est le monde qui glisse sous leurs pieds et qu’ils se retrouvent très loin de leur point de départ…

Traduction: Dominique Vittoz

Prix: Premio Strega 2020

Éditions Grasset, 2021, 384p.

Sophie Simon « Come prima »

Quatrième de couverture

Celso a tout pour prétendre être un homme heureux et accompli. Cet élégant écrivain profite de la douceur de Rome et de la tendresse d’Antonia, épousée trente ans plus tôt, pour panser les plaies d’une passion dévastatrice. Mais un jour il reçoit un message. Elena – celle-là même qu’il a eu tant de mal à oublier – l’informe qu’elle sera bientôt de passage et qu’elle aimerait prendre un café avec lui. Douze jours, voici le temps qu’il lui reste. Pour comprendre pourquoi il se sentait si vivant au côté de celle qui l’aurait à coup sûr empêché d’être jamais heureux et accompli. Douze jours pour savoir s’il est prêt à tout risquer pour revivre ce frisson, come prima.

Entre drame et comédie, porté par une écriture aussi pleine de grâce que de flèches, le roman met à nu un antihéros profondément attachant. « Celso, c’est moi, dit Sophie Simon. Sa lâcheté, ses angoisses et ses doutes sont les miens. » Mais c’est aussi la combinaison de figures italiennes, le Zeno de Svevo, Mastroianni, Gassman, Sordi, des silhouettes de grand personnages superbes et risibles, qui ont accompagné l’auteure durant l’écriture de Come prima, comme dans sa vie.

L’auteur

Sophie Simon vit à Paris. Elle a déjà publié deux romans et un recueil de nouvelles aux éditions Lattès.

Mon avis

Celso vit à Rome. Il mène ce que l’on peut appeler une vie tranquille et rangée. Une famille et son métier d’écrivain. Un jour, il reçoit un message, et ces mots: « Que dirais-tu de prendre un café? » Un ancien amour, une passion, la passion de sa vie, veut le revoir. Elena, son grand amour, celle qu’il n’a jamais oublié. Une brève réponse et le rendez-vous est pris. Il lui reste trois semaines pour revivre, repenser, analyser cet amour. Come prima… Et il pourra mesurer le chemin parcouru…

Que faut-il préférer dans la vie, la passion ou la tendresse?

Un roman sur les doutes, les angoisses, les lâchetés, la définition du bonheur, sur l’idée d’être peut-être passé à côté de sa vie… Et l’Italie…

Un coup de cœur…

Extraits

▪️Voulant m’épargner une vie soumise à la tyrannie de l’affect, j’ai vécu une vie soumise à la dictature du devoir.

▪️l’aspect éphémère, fugitif des choses, en particulier celui du bonheur, me procure une tristesse infinie. C’est pour cette raison que, bien souvent, lorsqu’il m’arrive d’être heureux, très vite le chagrin me rattrape.

▪️La souffrance de l’autre est l’une des choses les plus pénibles à supporter. L’impuissance, l’incompétence qu’elle révèle en nous est redoutable, pointant les limites et les imperfections de notre humanité, et nous ouvre, lorsque nous en devinons l’ampleur, les portes d’un enfer que l’on préférerait ignorer.

▪️Tu penses que quelques nuances, c’est peu de choses. « Va dire ça a Chopin. »

Éditions Anne Carrière, 2021, 192p.

Littérature italienne: coups de cœur 2020

Mes coups de cœur de cette année 2020! 🇮🇹

– Dario Levantino « De rien ni de personne » Éditions Rivages

– Gianrico Carofiglio « Trois heures du matin » Slatkine et Cie

– Cristina Caboni « Une vie entre les pages » Presses de la Cité

– Nadia Terranova « Adieu fantômes » Quai Voltaire

– Elisabetta Rasy « Un hiver à Rome » Éditions du Seuil

-Paolo Maurensig « Pimpernel – Una storia d’amore » Einaudi editore

– Ferzan Ozpetek « Come un respiro » Mondadori

– Daria Bignardi « Oggi faccio azzurro » Mondadori

– Silvia Bonucci « Retours à Trieste » Éditions du Seuil

– Sibilla Aleramo « Une femme » Des femmes

Littérature belge: coups de cœur 2020

Un peu de littérature belge:

9 romans coups de cœur en cette année si particulière!

✨ Nathalie Skowronek « La carte des regrets ». Éditions Grasset

✨ Alia Cardyn « Mademoiselle Papillon » Éditions Robert Laffont

✨Caroline Valentiny « Il fait bleu sous les tombes » Éditions Albin Michel

✨ Bernard Caprasse « Le cahier orange » Éditions Weyrich

✨ Armel Job « La disparue de l’île Monsin » Éditions Robert Laffont

✨ Barbara Abel « Et les vivants autour » Éditions Belfond

✨ Pilar Pujadas « Je t’écris de Barcelone » Édition Poussière de Lune

✨ Dominique Zachary « Les frémissements du silence » Éditions Kiwi

✨Jack Jakoli « La Catabase » Éditions Ifs

STEPHANIE LAND « Maid »

Quatrième de couverture

Il est arrivé qu’un écrivain devienne femme de ménage. Pour vivre de l’intérieur une condition sociale qui n’était pas la sienne, et pouvoir témoigner, dénoncer les conditions de travail indignes, les horaires inhumains, mettre sa plume au service de celles que personne n’écoute. Ce fut le cas de Florence Aubenas, et de Barbara Ehrenreich qui signe la préface de ce livre. Mais il arrive – plus rarement – que ce soit l’inverse. Qu’une femme de ménage devienne écrivain. Au début de ce récit, Stéphanie Land est seule et mère d’une petite fille de 2 ans et, pour (sur) vivre et leur procurer un toit, elle nettoie les maisons auxquelles elle s’amuse à donner des noms romanesques : la Maison du Clown, la Maison Porno, la Maison Triste, la Maison de la Femme qui Entasse… Elle explore ainsi le ventre de l’Amérique depuis sa classe moyenne supérieure à la réalité de ceux qui la servent. À la fin de son récit, sa fille a 7 ans et s’apprête à lui sauter au cou pour la féliciter : Stéphanie va recevoir son diplôme de création littéraire de l’Université de Missoula. Montana. Suivi en cours du soir à distance. Entre les deux, Stéphanie a briqué, balayé, frotté, rangé, et vu l’envers du décor de l’Amérique triomphante. Elle a aspiré la poussière chez les autres, et aspiré à devenir quelqu’un d’autre. Elle raconte.

Mon avis

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours rêver d’être écrivain…

Mais suite à une séparation, elle se retrouve dans un foyer pour sans-abri avec sa fille, et c’est là que sa fille apprend à marcher un après -midi de juin. Mère célibataire, elle chancelle au bord du précipice dans lequel la pauvreté risque de la plonger. La précarité devient son quotidien. Jardinière, femme de ménage, elle passe de maison en maison leur donnant même des noms: la maison du clown, la maison du week-end, la maison triste, la maison du chef, la maison de la femme au chat…

À la merci du jugement, du mépris et du regard des autres, elle surmonte obstacle après obstacle…

Son rêve est toujours là… Écrire sa vie avec de belles couleurs…

Un récit autobiographique, témoignage instructif sur le monde de la précarité aux Etats-Unis et sur la difficulté d’être mère célibataire: les luttes au quotidien, la pauvreté et le désespoir. Et l’amour d’une mère pour sa fille…

Extraits

▪️En grandissant, je me suis mise à écrire des histoires et rien ne me plaisait tant que de disparaître des heures entières dans un livre comme je l’aurais fait avec de vieux amis. Je préférais les jours de pluie, quand je commençais à lire un nouveau livre dès le matin au café et le finissais tard le soir dans un bar.

▪️Écrire était un moyen de décrire notre vie et nos aventures avec de belles couleurs.

▪️Quand elle me réveillait en se glissant dans mon lit, mettait ses petits bras autour de mon cou, ses boucles de cheveux encadrant son visage, et qu’elle chuchotait à mon oreille pour me demander si, ce jour là, nous pouvions être des pandas, j’oubliais soudain la semaine que je venais de passer à serrer les dents. Alors, cette gosse sensationnelle et moi, rien que nous deux, nous nous laissions dériver – comme dans une bulle.

Traduction: Christel Gaillard-Paris

Préface: Barbara Ehrenreich

Éditions Globe, 2020, 336p