Un automne avec Madame de Sévigné (54)

Je suis ici dans une fort grande solitude, et pour n’y être pas accoutumée je m’en accommode assez bien. C’est une consolation que de lire. J’ai ici une petite bibliothèque qui serait digne de vous. Mais vous seriez bien digne de moi et, si nous étions voisins, nous ferions un grand commerce de nos esprits et de nos lectures. Madame de Sévigné  » Lettre à Bussy-Rabutin » du 19 juin 1680 (Pléiade, tome 2, lettre 775, p.979)

Un automne avec Madame de Sévigné (52)

Enfin, que ne pense-t-on point quand on pense toujours, avec beaucoup de silence et de loisir? Je ne vous dis point tous les pays que j’ai battus, ni tous les chemins que fait mon imagination, ma lettre serait aussi longue que d’ici à Orléans. Ce qui est vrai, c’est que je trouve toujours une égale tendresse dans mon cœur. J’aimerais fort à vous parler sur certains chapitres, mais ce plaisir n’est pas à portée d’être espéré. Ainsi, ma bonne, « je pense donc je suis »; je pense avec tendresse, donc je vous aime; je pense uniquement à vous de cette manière, donc je vous aime uniquement. Madame de Sévigné « Lettre à Madame de Grignan » du 11 mai 1680 (Pléiade, tome 2, lettre 763, p.926)

Un automne avec Madame de Sévigné (51)

Je veux vous écrire tous les soirs, ma chère enfant; rien ne me peut contenter que cet amusement. Je tourne, je marche, je veux reprendre un livre; j’ai beau faire, je m’ennuie, et c’est mon écritoire qu’il me faut. Il faut que je vous parle, et qu’encore que ma lettre ne parte ni aujourd’hui ni demain, je vous rende compte tous les soirs de ma journée. Madame de Sévigné « Lettre à Madame de Grignan » du 9 mai 1680 (Pléiade, tome 2, lettre 762, p. 921)

Un automne avec Madame de Sévigné (50)

Je crois que je ferai un traité sur l’amitié. Je trouve qu’il y a tant de choses qui en dépendent, tant de conduites et tant de choses à éviter pour empêcher que ceux que nous aimons n’en sentent le contre-coup; je trouve qu’il y a tant de rencontres où nous les faisons souffrir, et où nous pourrions adoucir leurs peines si nous avions autant de vues et de pensées qu’on en doit avoir pour ce qui tient au cœur – enfin, je ferais voir dans ce livre qu’il y a cent manières de témoigner son amitié sans la dire, ou de dire par ses actions qu’on n’a point d’amitié, lorsque la bouche traîtreusement vous en assure. Je ne parle pour personne, mais ce qui est écrit est écrit. Madame de Sévigné « Lettre à Madame de Grignan »  du 2 novembre 1679 (Pléiade, tome 2, lettre 707, p.727)

Un automne avec Madame de Sévigné (49)

Cela est plaisant avec quelle naïveté je vous écris, sans songer que la disposition de ceux qui reçoivent les lettres n’est pas toujours comme de ceux qui les écrivent. À tout moment, je vous viens dire un mot; cela me fait un amusement qui m’est toujours meilleur que tout autre chose. Madame de Sévigné « Lettre à Madame de Grignan » du 25 octobre 1679 ( Pléiade, tome 2, lettre 704, p.720)