Un jour, une citation: Emily Dickinson

🇫🇷 Il n’y a pas de Frégate comme un Livre

Pour nous emporter en Terre lointaine

Ni de Coursier comme une Page

De fringante Poésie –

Le plus pauvre peut être du Voyage

Sans l’injure du Péage –

Qu’il est modeste le chariot

Qui porte l’âme Humaine.

🇮🇹 Non esiste un vascello veloce come un libro

per portarci in terre lontane

né corsieri come una pagina

di poesia che si impenna –

questa traversata

può farla anche il povero

senza oppressione di pedaggio

tanto è frugale

il carro dell’anima.

🇺🇸 There is no Frigate like a Book

To take us Lands away,

Nor any Coursers like a Page

Of prancing Poetry –

This Traverse may the poorest take

Without oppress of Toll –

How frugal is the Chariot

That bears a Humansoul.

.

Emily Dickinson (1830-1886)

(Photo: Bouquinerie Olvrat Christine, 40 rue des Lingots, 14600 Honfleur)

Un peu de poésie en attendant le printemps (9)

🇫🇷 Apparemment, la Nature est à l’oeuvre,

Les limaces sortent de leurs repaires.

Les abeilles bourdonnent,

Les oiseaux volettent

Et l’Hiver qui sommeille

En plein air

Porte sur le visage

Un rêve de printemps.

Samuel Taylor Coleridge « Le travail sans espoir » – 21 février 1825.

.

🇬🇧 All Nature seems at work. Slugs leave their lair—

The bees are stirring—birds are on the wing—

And Winter slumbering in the open air,

Wears on his smiling face a dream of Spring!

Samuel Taylor Coleridge « Work without hope » – 21 february 1825

.

Auteur

Samuel Taylor Coleridge (Ottery St Mary, Devon 21 octobre 1772 – Highgate 25 juillet 1834) Poète, critique, philosophe et théologien britannique. Fils de pasteur, très jeune, il se passionne pour la lecture. Coleridge est l’une des plus riches figures du renouveau romantique anglais. Ses principales œuvres sont: « Le dit du Vieux Marin », « Christabel », « Les souffrances du sommeil »

Un peu de poésie en attendant le printemps (8)

Dans l’interminable

Ennui de la plaine,

La neige incertaine

Luit comme du sable.

.

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune,

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

.

Comme des nuées

Flottent gris les chênes

Des forêts prochaines

Parmi les buées.

.

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

Paul Verlaine, « Romances sans paroles » (1874)

Auteur

Paul Verlaine (Metz 30 mars 1844 – Paris 8 janvier 1896) Sa famille s’installe à Paris où Verlaine est bientôt mis en pension à cause de son caractère. Enfant unique longtemps désiré, il est choyé par sa mère qui lui passe tous ses caprices. Paul Verlaine découvre “ Les fleurs du mal ” de Baudelaire et ainsi décide de devenir poète. Il abandonne sa femme pour suivre Rimbaud en Angleterre et en Belgique. Mais les relations entre ces deux hommes trop différents sont orageuses. En 1873, Verlaine blesse Rimbaud avec un révolver et sera condamné à deux ans de prison. Il se convertit au catholicisme pendant sa détention. Après sa libération, il devient professeur en Angleterre, puis à Rethel dans les Ardennes, mais il est chassé de ce dernier poste pour avoir recommencé à boire. « Poèmes saturniens », « Fêtes galantes », « Chansons pour elle » , « Épigrammes « , « Élégies  » sont quelques-unes parmi ses œuvres.

Un peu de poésie en attendant le printemps (7)

En hiver

Le sol trempé se gerce aux froidures premières,

La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,

Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,

Des coussinets de laine irisés de lumières.

.

Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,

A travers le désert des silences dolents,

Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents

Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.

.

Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,

Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,

On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,

.

Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,

Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin

Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.

Emile Verhaeren « Les flamandes » « En hiver » (1883)

Auteur

Emile Verhaeren (Saint Amand 21/05/1855 – Rouen 27/11/1916) Poète belge flamand, d’expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale proche de l’anarchisme lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d’une grande musicalité. Surnommé le « grand Barbare doux », il a su donner une voix au vent, à la mer, aux arbres et aux forces de la nature.

En 1889, Verhaeren rencontre une jeune aquarelliste, Marthe Massin, qui fréquente régulièrement la sœur du poète. Il tombe sous son charme et l’épouse en 1891. Son amour pour elle s’exprimera au travers de 3 recueils de poèmes dédiés aux âges de la vie d’un couple : « Les Heures claires » (1896), « Les Heures d’après-midi » (1905), « Les Heures du soir » (1911)

À partir de 1898, il séjourna fréquemment dans une petite commune à la frontière française, Roisin

Grâce aux éditions du Mercure de France, ses recueils connaîtront une diffusion européenne. On le traduit dans les langues européennes les plus importantes (l’anglais, le russe, l’allemand) et il fait des tournées littéraires à travers la Belgique, la France, la Hollande, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, La Pologne et la Russie. A ce moment, Verhaeren est sans conteste une célébrité littéraire. Ce sont aussi les années pendant lesquelles il fait la connaissance d’Auguste Rodin, d’Eugène Carrière, de Rainer Maria Rilke et surtout de Stefan Zweig.

Le mythe veut que ces derniers mots ont été : Ma femme, ma patrie.

Émile Verhaeren meurt accidentellement à Rouen et en 1927, sa dépouille sera transférée dans un tombeau monumental aux bords de l’Escaut, à Saint-Amand.

Un peu de poésie en attendant le printemps (6)

Chant d’automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!

J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être: colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe;

L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui ? – C’était hier l’été; voici l’automne!

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,

Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,

Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,

Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,

Même pour un ingrat, même pour un méchant;

Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère

D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

.

Courte tâche! La tombe attend; elle est avide!

Ah! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,

Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,

De l’arrière-saison le rayon jaune et doux!

Charles Baudelaire « Les fleurs du mal » (1857)

Auteur

Charles Baudelaire (Paris 09/04/1821 – Paris 31/08/1867) Poète français. Il publia de son vivant une seule œuvre, les Fleurs du Mal. L’ouvrage est condamné « pour outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs » la poésie de Charles Baudelaire annonce la modernité et fait de lui un précurseur du symbolisme. Pour lui, l’art consiste à « créer une magie suggestive contenant à la fois l’objet et le sujet, le monde extérieur à l’artiste et l’artiste lui-même. Il publiera également des poèmes en prose, « Spleen de Paris »

Un peu de poésie en attendant le printemps (5)

Le goûter

On a dressé la table ronde

Sous la fraîcheur du cerisier.

Le miel fait les tartines blondes,

Un peu de ciel pleut dans le thé.

On oublie de chasser les guêpes

Tant on a le coeur généreux.

Les petits pains ont l’air de cèpes

Égarés sur la nappe bleue.

Dans l’or fondant des primevères,

Le vent joue avec un chevreau ;

Et le jour passe sous les saules,

Grave et lent comme une fermière

Qui porterait, sur son épaule,

Sa cruche pleine de lumière.

Maurice Carême

Auteur

Maurice Carême (Wavre 12 mai 1899 – Anderlecht 13 janvier 1978). Écrivain et poète belge de langue française. Issu d’une famille modeste, il devient instituteur et est nommé à Anderlecht. Pendant quelques années, il est fasciné par les mouvements surréalistes et futuristes. Son œuvre comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais et traductions; elle fut couronnée par de nombreux prix littéraires en Belgique et à l’étranger. Il existe depuis l’an 2000, une promenade Maurice-Carême sur l’île de la Cité à Paris.

Un peu de poésie en attendant le printemps (4)

Histoire

Une lettre écrite à l’envers

La main qui passe sur ta tête

Et l’heure

Où l’on se lève le matin

Soleil rouillé

Vitre fondue

Nature morte

Le courant d’air ferme ma porte

Et les songes m’ont réveillé

Il y a encore une bougie qui brûle

Pierre Reverdy « Sources du vent » (Poésie/Gallimard)

Auteur

Pierre Reverdy (Narbonne 11/09/1889 – Solesmes 17/06/1960) Poète français associé au cubisme et aux débuts du surréalisme . Il a eu une influence notable sur la poésie moderne de langue française. Au début des années 1920, il fut l’amant de Coco Chanel à qui il dédicaça de nombreux poèmes. En 1926, à l’âge de 37 ans, il se retire dans une réclusion méditative près de l’abbaye bénédictine de Solesmes où il demeure jusqu’à sa mort, à 70 ans, en 1960.