Un peu de poésie en attendant le printemps (3)

Voici que la saison décline

Voici que la saison décline,

L’ombre grandit, l’azur décroît,

Le vent fraîchit sur la colline,

L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

Août contre septembre lutte ;

L’océan n’a plus d’alcyon;

Chaque jour perd une minute,

Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,

Est immobile à mon plafond;

Et comme un blanc flocon de neige,

Petit à petit, l’été fond.

Victor Hugo « Dernière gerbe »

Auteur

Victor Hugo (Besançon 26 février 1802 – Paris 22 mai 1885) poète, dramaturge, romancier et dessinateur français. Il est considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il vécut à Bruxelles, pour fuir le régime de Napoléon III. Lorsqu’il arrive à Bruxelles en 1852, Victor Hugo prend ses appartements dans la Maison du Moulin à Vent sur la Grand-Place. Il déménage ensuite quelques numéros plus loin dans une chambre de la Maison du pigeon.

Un peu de poésie en attendant le printemps (2)

Il a neigé

Il a neigé dans l’aube rose
Si doucement neigé,
Que le chaton croit rêver.
C’est à peine s’il ose
Marcher.

Il a neigé dans l’aube rose
Si doucement neigé,
Que les choses
Semblent avoir changé.

Et le chaton noir n’ose
S’aventurer dans le verger,
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur où se posent,
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.

Maurice Carême

L’auteur

Maurice Carême (Wavre 12 mai 1899 – Anderlecht 13 janvier 1978). Écrivain et poète belge de langue française. Issu d’une famille modeste, il devient instituteur et est nommé à Anderlecht. Pendant quelques années, il est fasciné par les mouvements surréalistes et futuristes. Son œuvre comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais et traductions; elle fut couronnée par de nombreux prix littéraires en Belgique et à l’étranger. Il existe depuis l’an 2000, une promenade Maurice-Carême sur l’île de la Cité à Paris

Un peu de poésie en attendant le printemps

Le temps a laissé son manteau.

De vent, de froidure et de pluie,

Et s’est vêtu de broderie,

De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête, ni oiseau

Qu’en son jargon ne chante ou crie :

Le temps a laissé son manteau.

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie,

Gouttes d’argent d’orfèvrerie,

Chacun s’habille de nouveau :

Le temps a laissé son manteau.

Charles d’Orléans

.

{Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye,

Et s’est vestu de brouderie,

De soleil luyant, cler et beau.

Il n’y a beste ne oyseau,

Qu’en son jargon ne chante ou crie ;

Le temps a laissié son manteau.

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent, en livree jolie,

Gouttes d’argent d’orfaverie,

Chascun s’abille de nouveau :

Le temps a laissié son manteau.}

Charles d’Orléans

L’auteur

Charles d’Orléans (Paris 24/11/1394- Amboise 05/01 /1465) duc d’Orléans et de Valois, est un prince connu surtout pour ses œuvres poétiques écrites lors de sa longue captivité anglaise. Il est le fils de Louis Ier, duc d’Orléans (le frère du roi de France, Charles VI), et de Valentine Visconti, fille du duc de Milan. Il est l’auteur d’une œuvre considérable : 131 chansons, 102 ballades, sept complaintes et pas moins de 400 rondeaux. Il est aussi l’auteur de pièces poétiques en langue anglaise.

Un été avec la poésie (53)

Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.
Tu mérites un amour qui te fasse te sentir en sécurité, capable de décrocher la lune lors qu’il marche à tes côtés, 
qui pense que tes bras sont parfaits pour sa peau. 
Tu mérites un amour qui veuille danser avec toi, qui trouve le paradis chaque fois qu’il regarde dans tes yeux, 
qui ne s’ennuie jamais de lire tes expressions. 
Tu mérites un amour qui t’écoute quand tu chantes, qui te soutiens lorsque tu es ridicule, qui respecte ta liberté, qui t’accompagne dans ton vol, qui n’a pas peur de tomber.
Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie. 

FRIDA KAHLO

(Coyoacán 1907 – Coyoacán 1954)

Fin d’un été avec la poésie.

Un été avec la poésie (52)

Ce soir et cette rose


Près de toi j’ai passé tant d’heures,

d’instants élus,

et près de toi jamais une heure

ne m’a déçu :

pour toi j’ai choisi tant de fleurs,

avec toi, tel

l’abeille, j’en ai bu le miel,

avec toi. Mais

jamais heure ne fut plus belle,

plus triste aussi

au moment du départ que celle

où j’entendis

ce soir-là, se parler nos âmes

dans le secret.

Jamais plus douce fleur par toi

cherchée, élue,

que celle qui brillait sur toi,

par moi reçue.

Bien que pour toi, bien que pour moi,

toutes les heures

qui passent entre toi et moi

trop tôt se meurent,

bien que pour toi, bien que pour moi,

rare et choisie

cette rose venant de toi

sera flétrie.

Pourtant mon cœur, tant qu’il vivra,

de ces trois choses

verra l’image : toi, ce soir

et cette rose.

GUIDO GEZELLE

(Bruges 1830 – Bruges 1899)


(Maison de Guido Gezelle à Bruges/Brugge, Rolweg 64 )

Un été avec la poésie (51)

Reflets


Sous l’eau du songe qui s’élève,

Mon âme a peur, mon âme a peur!

Et la lune luit dans mon cœur,

Plongé dans les sources du rêve.
.

Sous l’ennui morne des roseaux,

Seuls les reflets profonds des choses,

Des lys, des palmes et des roses,

Pleurent encore au fond des eaux.
.

Les fleurs s’effeuillent une à une

Sur le reflet du firmament,

Pour descendre éternellement

Dans l’eau du songe et de la lune.

MAURICE MAETERLINCK

(Gand 1862 – Nice 1949)

« Serres chaudes »

Un été avec la poésie (50)

Un cœur et une chaumière 

Que faut-il pour être heureux ?

Un cœur et une chaumière.

C’est ce que l’on fait de mieux

Dans les rêves de la terre.

.

Les châteaux sont trop nombreux

Où l’on n’a que la misère ;

Que faut-il pour être heureux?

Un cœur et une chaumière.

.

Les mots sont plus amoureux

Quand le mur n’est pas de pierre;

Tout le jour j’aurais tes yeux,

La nuit j’aurais tes paupières…

.

Et, ne gardant au ciel bleu

Qu’une étoile pour lumière,

Nous n’aurions, pour tous les deux,

Qu’un cœur et qu’une chaumière?

ROSEMONDE GÉRARD 

(Paris 1866 – Paris 1953)