Nathalie Azoulay « Titus n’aimait pas Bérénice »

Quatrième de couverture

Titus n’aimait pas Bérénice alors que Bérénice pensait qu’il l’aimait.
Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s’aiment au Ier siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle. Mais cette histoire est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café.
Dans les jours qui suivent, Bérénice décide de revenir à la source, de lire tout Racine, de chercher à comprendre ce qu’il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment un homme comme lui a-t-il pu écrire une histoire comme ça? Entre Port-Royal et Versailles, Racine devient le partenaire d’une convalescence où affleure la seule vérité qui vaille : si Titus la quitte, c’est qu’il ne l’aime pas comme elle l’aime. Mais c’est très long et très compliqué d’en arriver à une conclusion aussi simple.

Mon avis
Un homme quitte une femme, et pour affronter cette épreuve, elle se replonge dans l’œuvre de Racine. « On ne quitte jamais impunément ce qu’on a aimé. »: ce pourrait être la morale de ce roman.
Un roman érudit où l’on rencontre Molière, Corneille, La Fontaine, Boileau et Louis XIV, qui retrace la vie de Jean Racine et qui donne envie de relire tout Racine, même sans chagrin d’amour à guérir. Un coup de cœur tant par l’écriture, les jolies tournures de phrases, que par l’histoire dont le thème est très original !!

Extraits
– poser ses mots comme on pose ses couleurs, avant-goût mélange. Car les mots sont pareils à la terre, ils sèchent quand ils sont trop remués, perdent en sens et en force, ont besoin de toujours plus de mots entre eux pour signifier.
– … de toute écriture, ce qui compte, c’est la lecture qu’on en fait.
– Si la lecture est une dissection, alors le commentaire ne peut être qu’une cicatrice.
– La vie des hommes peut tourner comme le vent.
– L’écriture l’allège quand elle est précise.
– … en tout être, il y a toujours de la roche et de l’écume.
– Il faut du temps pour mesurer l’espace qui va vous séparer de quelqu’un.
– dans sa vie les personnes se suivent et se succèdent comme les degrés d’une échelle. N’est-ce pas d’ailleurs le cas de toutes les vies? Les différentes périodes et circonstances façonnent l’enchaînement sans qu’on ait même besoin de le décider.
– un seul geste, un seul silence, peut avoir sur une action plus d’effet que cent gesticulations.
– Il faut aller dans la vie pour écrire la vie sous peine de n’écrire que des traités de poésie appliquée.
– L’amour peut mener à la folie, il en est sur , au dérangement total de l’esprit, l’hallucination, des milliers de serpent qui sifflent sur la tête… Il aperçoit cette extrémité comme une chose possible, un cap perdu dans les brumes, lointain mais prochain, dans la droite ligne de ces malaises qui l’étreignait 100 fois par jour. Et il suffit d’entrevoir, sentir le début de la morsure.
– l’annonce d’une séparation,.. au cœur de la condition humaine, ses désirs, sa solitude. On peut disséquer la mort sans verser une seule goutte de sang.
– Si les sexes savaient cela l’un de l’autre, si chacun pouvait se mettre, ne serait-ce qu’un minute, à la place de l’autre, il n’y aurait pas tant de drames et de malheurs.
– un silence à entendre les frottements du pinceau sur la toile ou, mieux , la plume sur le papier.
– c’est au cœur des alliances les plus serrées que les conflits sont les plus forts.
– Certaines équivalences ont l’art de réduire chacun de leurs termes à néant..
– Le chagrin est une fièvre qui a des redoublements et ses suspensions.
– On ne quitte jamais impunément ce qu’on a aimé
Qu’est-ce qu’une vie ? Se demanda-a-t-il. Un chapelet de scènes éparses et accidentelles? Ou un tracé sinueux mais toujours guidé par une volonté unique, infaillible, plus puissante que les changements de décors?
– Alors nous écrirons le silence.
– Que Titus n’a jamais aimé Bérénice ou qu’il l’a aimée, que vouloir comprendre ce qu’on appelle l’amour, c’est vouloir attraper le vent.

Note: 5/5
Prix: Prix Médicis 2015
Folio,2017, 290p.

Prix de la Closerie des Lilas 2017

Première sélection du prix de la Closerie des Lilas:

– Catherine Locandro « Pour que rien ne s’efface »( éditions Héloïse d’Ormesson)

– Valérie Tong Cuong « Par amour » ( JC Lattès)

–  Cécile Coulon « Trois saisons d’orage » Viviane Hamy)

– Marie-Eve Lacasse « Peggy dans les phares » (Flammarion)

– Shumona Sinha « Apatride » (Éditions de l’Olivier)

– Stéphanie Kalfon « Les parapluies d’Erik Satie » (Joëlle Losfeld)

– Oriane Hancourt-Galignani « Hadamar » (Grasset)

Grand prix du roman de l’Académie Française 

Voici dévoilée la première sélection du Grand prix du roman de l’Académie française 2016.

Les 10 romans  :
Adélaïde de Clermont-Tonnerre « Le dernier des nôtres » (Grasset)
Éric Deschodt « Penjab » (De Fallois)

Benoît Duteurtre « Livre pour adultes » (Gallimard)

Gaël Faye « Petit pays » (Grasset)

Philippe Forest « Crue » (Gallimard)

Stéphane Hoffmann « Un enfant plein d’angoisse et très sage » (Albin Michel)

Marcus Malte « Le garçon » (Zulma)

Sylvain Prudhomme « Légende » (Gallimard)

Karine Tuil « L’insouciance » (Gallimard)

Éric Vuillard « 14 Juillet » (Actes Sud).
Le prix sera remis le 27 octobre 2016.

Prix Médicis

 

Première sélection du Prix Médicis:

Romans français

Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
Stéphane Audeguy, Histoire du lion personne (Seuil)
David Boratav, Portrait du fugitif (Phébus)
Stéphane Corvisier, Drama Queen Palace (Grasset)
Jean-Baptiste Del Amo, Règne animal (Gallimard)
Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
Nicolas Idier, Nouvelle jeunesse (Gallimard)
Ivan Jablonka, Laetitia ou la fin des hommes (Seuil)
Laurent Mauvignier, Continuer (Minuit)
Denis Michelis, Le bon fils (Notabilia)
Céline Minard, Le grand jeu (Rivages)
Christine Montalbetti, La vie est faite de ces toutes petites choses (POL)
Arnaud Sagnard, Bronson (Stock)
Florence Seyvos, La sainte famille (L’Olivier)

Romans étrangers

Niccolo Ammaniti, Anna (Grasset)
Nickolas Butler, Des hommes de peu de foi (Autrement)
Ralph Dutli, Le dernier voyage de Soutine (Le bruit du temps)
Christoph Hein, Le noyau blanc (Métailié)
James E. McTeer II, Minnow (Editions du Sous-sol)
Edna O’Brien, Les petites chaises rouges (Sabine Wespieser)
Ferdinand von Schirach, Tabou (Gallimard)
Steve Sem-Sandberg, Les élus (Robert Laffont)
Antonio Xerxenesky, L’histoire de la femme qui devait tuer Orson Welles (Asphalte)
Samar Yazbek, Les portes du néant (Stock)
Nell Zink, Une comédie des erreurs (Seuil)