Un été avec la poésie (53)

Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.
Tu mérites un amour qui te fasse te sentir en sécurité, capable de décrocher la lune lors qu’il marche à tes côtés, 
qui pense que tes bras sont parfaits pour sa peau. 
Tu mérites un amour qui veuille danser avec toi, qui trouve le paradis chaque fois qu’il regarde dans tes yeux, 
qui ne s’ennuie jamais de lire tes expressions. 
Tu mérites un amour qui t’écoute quand tu chantes, qui te soutiens lorsque tu es ridicule, qui respecte ta liberté, qui t’accompagne dans ton vol, qui n’a pas peur de tomber.
Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie. 

FRIDA KAHLO

(Coyoacán 1907 – Coyoacán 1954)

Fin d’un été avec la poésie.

Un été avec la poésie (52)

Ce soir et cette rose


Près de toi j’ai passé tant d’heures,

d’instants élus,

et près de toi jamais une heure

ne m’a déçu :

pour toi j’ai choisi tant de fleurs,

avec toi, tel

l’abeille, j’en ai bu le miel,

avec toi. Mais

jamais heure ne fut plus belle,

plus triste aussi

au moment du départ que celle

où j’entendis

ce soir-là, se parler nos âmes

dans le secret.

Jamais plus douce fleur par toi

cherchée, élue,

que celle qui brillait sur toi,

par moi reçue.

Bien que pour toi, bien que pour moi,

toutes les heures

qui passent entre toi et moi

trop tôt se meurent,

bien que pour toi, bien que pour moi,

rare et choisie

cette rose venant de toi

sera flétrie.

Pourtant mon cœur, tant qu’il vivra,

de ces trois choses

verra l’image : toi, ce soir

et cette rose.

GUIDO GEZELLE

(Bruges 1830 – Bruges 1899)


(Maison de Guido Gezelle à Bruges/Brugge, Rolweg 64 )

Un été avec la poésie (51)

Reflets


Sous l’eau du songe qui s’élève,

Mon âme a peur, mon âme a peur!

Et la lune luit dans mon cœur,

Plongé dans les sources du rêve.
.

Sous l’ennui morne des roseaux,

Seuls les reflets profonds des choses,

Des lys, des palmes et des roses,

Pleurent encore au fond des eaux.
.

Les fleurs s’effeuillent une à une

Sur le reflet du firmament,

Pour descendre éternellement

Dans l’eau du songe et de la lune.

MAURICE MAETERLINCK

(Gand 1862 – Nice 1949)

« Serres chaudes »

Un été avec la poésie (50)

Un cœur et une chaumière 

Que faut-il pour être heureux ?

Un cœur et une chaumière.

C’est ce que l’on fait de mieux

Dans les rêves de la terre.

.

Les châteaux sont trop nombreux

Où l’on n’a que la misère ;

Que faut-il pour être heureux?

Un cœur et une chaumière.

.

Les mots sont plus amoureux

Quand le mur n’est pas de pierre;

Tout le jour j’aurais tes yeux,

La nuit j’aurais tes paupières…

.

Et, ne gardant au ciel bleu

Qu’une étoile pour lumière,

Nous n’aurions, pour tous les deux,

Qu’un cœur et qu’une chaumière?

ROSEMONDE GÉRARD 

(Paris 1866 – Paris 1953)

Un été avec la poésie (49)

Les pierres
 
Les pierres que nous avons jetées, je les entends
tomber, cristallines, à travers les années. Les actes
incohérents de l’instant volent dans
la vallée en glapissant d’une cime d’arbre
à une autre, s’apaisent
dans un air plus rare que celui du présent, glissent
telles des hirondelles du sommet d’une montagne
à l’autre, jusqu’à ce qu’elles
atteignent les derniers hauts plateaux
à la frontière de l’existence. Où nos
actions ne retombent
cristallines
sur d’autres fonds
que les nôtres.

Tomas Tranströmer

(Stockholm 1931 – Stockholm 2015)

Prix Nobel de Littérature 2011

Un été avec la poésie (48)

Il meurt lentement 

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l’habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d’émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu’il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd’hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d’être heureux!

PABLO NERUDA

(Parral 1904 – Santiago 1973)
 

Texte original :

Muere lentamente quien no viaja,

quien no lee,

quien no oye música,

quien no encuentra gracia en sí mismo.

Muere lentamente

quien destruye su amor própio,

quien no se deja ayudar.

Muere lentamente

quien se transforma en esclavo del hábito

repitiendo todos los días los mismos trayectos,

quien no cambia de marca,

no se atreve a cambiar el color de su vestimenta

o bien no conversa con quien no conoce.

Muere lentamente

quien evita una pasión y su remolino de emociones,

justamente éstas que regresan el brillo a los ojos

y restauran los corazones destrozados.

Muere lentamente

quien no gira el volante cuando está infeliz con

su trabajo, o su amor,

quien no arriesga lo cierto ni lo incierto para ir

atrás de un sueño

quien no se permite, ni siquiera una vez en su vida,

huir de los consejos sensatos…

Vive hoy!

Arriesga hoy!

Hazlo hoy!

No te dejes morir lentamente!

No te impidas ser feliz

 

Un été avec la poésie (47)

Lassitude



Je dormirai ce soir d’un large et doux sommeil…

Fermez bien les rideaux, tenez les portes closes.

Surtout, ne laissez pas pénétrer le soleil.

Mettez autour de moi le soir trempé de roses.

.

Posez, sur la blancheur d’un oreiller profond,

De ces fleurs sans éclat et dont l’odeur obsède.

Posez-les dans mes mains, sur mon cœur, sur mon front,

Les fleurs pâles au souffle amoureusement tiède.

.

Et je dirai très bas : « Rien de moi n’est resté…

Mon âme enfin repose… ayez donc pitié d’elle.

Qu’elle puisse dormir toute une éternité. »

Je dormirai, ce soir, de la mort la plus belle.

.

Que s’effeuillent les fleurs, tubéreuses et lys,

Et que meure et s’éteigne, au seuil des portes closes,

L’écho triste et lointain des sanglots de jadis.

Ah ! le soir infini ! le soir trempé de roses !

RENÉE VIVIEN

« Cendres et Poussières » (1902)