Un jour, une citation: Victor Hugo

🇫🇷 Un livre est un engrenage. Prenez garde à ces lignes noires sur du papier blanc; ce sont des forces; elles se combinent, se composent, se décomposent, entrent l’une dans l’autre, pivotent l’une sur l’autre, se dévident, se nouent, s’accouplent, travaillent. Telle ligne mord, telle ligne serre et presse, telle ligne entraîne, telle ligne subjugue. Les idées sont un rouage. Vous vous sentez tiré par le livre. Il ne vous lâchera qu’après avoir donné une façon à votre esprit. Quelquefois les lecteurs sortent du livre tout à fait transformés. Victor Hugo « Proses philosophiques de 1860 à 1865 – Du génie « 

🇮🇹 Un libro è un ingranaggio. Diffidate di quelle righe nere su carta bianca. Sono delle forze; si combinano, si compongono, si scompongono, entrano l’una nell’altra, ruotano l’una sull’altra, si dividono, si legano, si accoppiano, fermentano. Questa riga morde, quella riga stringe e schiaccia, quell’altra trascina, quella riga soggioga. Le idee sono un congegno. Vi sentite attratti dal libro. Esso vi lascerà soltanto dopo avere dato una forma al vostro spirito. Talvolta i lettori escono dal libro completamente trasformati. Victor Hugo « Prose filosofiche »

(Photo: Bouquinerie, Saint-Gilles)

Un jour, une citation: Stendhal

🇫🇷 Eh, monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l’homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé d’être immoral! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l’inspecteur des routes qui laisse l’eau croupir et le bourbier se former. Stendhal « Le rouge et le noir » chap. XIX

🇮🇹 Un romanzo è uno specchio che passa per una via maestra e ora riflette al vostro occhio l’azzurro dei cieli ora il fango dei pantani. E l’uomo che porta lo specchio nella sua gerla sarà da voi accusato di essere immorale! Lo specchio mostra il fango e voi accusate lo specchio! Accusate piuttosto la strada in cui è il pantano, e più ancora l’ispettore stradale che lascia ristagnar l’acqua e il formarsi di pozze. Stendhal « Il rosso e il nero »

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)