Un jour, une citation: Cesare Pavese

🇫🇷 Quand nous lisons, nous ne cherchons pas des idées neuves, mais des pensées déjà pensées par nous, à qui la page imprimée donne le sceau d’une confirmation. Les paroles des autres qui nous frappent sont celles qui résonnent dans une zone déjà nôtre – que nous vivons déjà – et la faisant vibrer nous permettent de saisir de nouveaux points de départ au-dedans de nous. Cesare Pavese « Le métier de vivre »

🇮🇹 Leggendo non cerchiamo idee nuove, ma pensieri già da noi pensati, che acquistano sulla pagina un suggello di conferma. Ci colpiscono degli altri le parole che risuonano in una zona già nostra- che già viviamo- e facendola vibrare ci permettono di cogliere nuovi spunti dentro di noi. Cesare Pavese “Il mestiere di vivere »

(Photo: Boekarest, Monseigneur Ladeuzeplein, 12, 3000 Louvain)

HYAM ZAYTOUN « VIGILE »

Quatrième de couverture

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.

Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

L’auteur

Comédienne, Hyam Zaytoun joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle collabore par ailleurs à l’écriture de scénarios. Elle est aussi l’auteur d’un feuilleton radiophonique – « J’apprends l’arabe » – diffusé sur France Culture en 2017. Vigile est son premier texte. 

 Mon avis

Une nuit où tout bascule. Une nuit traumatique. L’homme qu’elle aime fait un arrêt cardiaque. Et ce sont des jours d’angoisse, d’attente, de peur, de douleur, d’entraide et de courage qui commencent. Des jours de cauchemars sans fin…. Peine et espoir s’alternent… Cinq plus tard, elle raconte.

Un texte bouleversant, tellement beau. L’amour parcourt les pages. L’émotion envahit le lecteur, il est rare qu’un texte touche autant.

Extraits

▪️Une histoire de pulsation. Une certitude physique qui mute en pensée.

▪️La mort est comme un diable qui susurre à l’oreille qu’il est déjà trop tard…

▪️Tendre des fils. Ne pas se laisser submerger par la déferlante.

▪️On dirait que tu me connais déjà. Et dans tes gestes, tu parles corps à corps. Tu me désarmes.

▪️Cette façon de s’accorder le droit d’aimer pour deux.

▪️Je ne connaissais pas notre bonheur.

▪️Je repense à cette histoire. Une histoire de famille, que je reconstitue à force de récits, à force d’images aperçues ça et là dans la maison de tes parents.

▪️Près de ton lit maintenant je détisse. Et tisse autrement. Je gagne du temps. Que nos enfants grandissent. Que l’on s’aime encore plus. À tes oreilles, je glisse une autre histoire. Et tes lèvres prendront bien le relais mon amour.

▪️-Moi, quand je serai papa, vous serez papi et mamie. […] Cela m’a submergée. […] Et j’ai dit, Oui. Oui à Victor. Oui à l’avenir qu’il nous dessinait simplement. Et j’ai osé. Pour la première fois, à nouveau, je nous ai vus vieillir ensemble. (Excipit)

Note: 5/5 💙💙

Prix: Sélectionné pour le Grand Prix des Lectrices et des Lycéennes de ELLE

Le Tripode, 2019, 128 p.

Un jour, une citation: Dacia Maraini

🇫🇷 Sortir d’un livre, c’est comme sortir du meilleur de soi-même. Passer des envolées légères et vibrantes de l’esprit aux lourdeurs d’un corps mendiant, toujours en quête de quelque chose, est de toute façon une défaite. Laisser des êtres connus et appréciés pour retrouver un soi-même que l’on n’aime pas, esclave d’une comptabilité ridicule de journées qui s’ajoutent aux journées, comme indistinctes. Dacia Maraini « La vie silencieuse de Marianna Ucria »

🇮🇹 Uscire da un libro è come uscire dal meglio di sé. Passare dagli archi soffici e ariosi della mente alle goffaggini di un corpo accattone sempre in cerca di qualcosa è comunque una resa. Lasciare persone note e care per ritrovare una se stessa che non ama, chiusa in una contabilità ridicola di giornate che si sommano a giornate come fossero indistinguibili. Dacia Maraini « La lunga vita di Marianna Ucrìa »

(Photo: Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)

Un jour, une citation : Amélie Nothomb

🇫🇷 – Émile, les livres ne sont pas la clef de tout.

⁃ Bien sûr que non. Mais les livres aussi, ce sont des voisins – des voisins de rêve, qui viennent chez vous seulement quand vous les appelez, et qui s’en vont dès que vous ne voulez plus les voir. Amélie Nothomb « Les catilinaires »

🇮🇹- Émile, i libri non sono la chiave di tutto.

⁃ Certo che no. Ma anche i libri sono vicini. Vicini di sogno, che vengono a trovarti solo quando li chiami, e che se ne vanno appena non li vuoi più intorno. Amélie Nothomb « Le Catilinarie »

(Photo: Daunt Books, Marylebone High St, Marylebone, Londres)

Un jour, une citation: Elena Ferrante

🇫🇷 Les livres sont des organismes complexes, les lignes qui nous ont profondément troublés qui constituent le paroxysme du tremblement de terre qu’un texte provoque chez le lecteur dès les premières pages. De fait, soit on localise la faille, et on devient la faille, soit les mots que nous avons crus écrits pour nous demeurent introuvables, ou semblent banals, ou encore prennent carrément l’allure de lieux communs. Elena Ferrante « Frantumaglia – L’écriture et ma vie » Gallimard

🇮🇹 I libri sono organismi complessi, le righe che ci hanno profondamente turbato sono il momento più intenso di un nostro terremoto di lettori che il testo ha avviato fin dalle prime pagine: o si rintraccia quindi la faglia, e si diventa la faglia, o le parole che ci sono sembrate scritte per noi non si trovano più e se si trovano sembrano banali, quasi un luogo comune. Elena Ferrante « La Frantumaglia » Edizioni e/o

(Photo: Pêle-mêle d’Ixelles)