VALÉRIE NIMAL « NOUS NE SOMMES PAS DES MAUVAISES FILLES »

Quatrième de couverture

« D’une série de machines s’échappent des sons répétitifs. Sur les écrans, des graphiques. Reliée aux fils, elle dort sur un lit à barreaux. Je caresse son front. Ses yeux s’ouvrent, se referment, hallucinés. Tantôt elle geint, tantôt elle cogne les barres de métal. Une infirmière entre, ferme la porte avec douceur. « Votre maman a avalé une grande quantité de médicaments, elle a fait des mélanges », chuchote celle qui se faufile entre les sondes, les perfusions, en vérifiant les écrans. Je suis soulagée, enfin quelqu’un qui énonce la réalité. »

Alors que sa mère est à l’hôpital, Maud plonge dans son passé pour retracer – et retenir – le fil de cette existence qui s’échappe. Souvenir après souvenir se dessine le portrait sans concession d’une mère aimante, mais impitoyable pour ses filles ; d’une amante sentimentalement instable ; d’une exploratrice moderne, professeure d’archéologie, égyptologue et pilleuse de pyramides ; d’une femme cyclothymique qui lutte contre des crises de dépression.

Dans ce roman émouvant, tendre et éclatant, Valérie Nimal plonge le lecteur au coeur d’une relation mère-fille ravageuse à travers le regard de Maud qui va chercher un moyen de s’émanciper au point de perdre pied avec la réalité…

L’auteur

Valérie Nimal vit et travaille en Belgique. « Nous ne sommes pas de mauvaises filles » est son premier roman. Elle a par ailleurs publié deux recueils de nouvelles.

Mon avis

Après l’énième tentative de suicide de sa mère, le jour de son anniversaire, Maud se réfugie dans l’écriture: un cahier rouge, un stylo… Dans son journal « cathédrale », elle égrène ses souvenirs remuant ainsi les eaux troubles du passé. Malgré tout, elle fait face; sa sœur Marie, elle, a choisi de s’éloigner pour se protéger.

Peu à peu, au fil des souvenirs, se dessine le portrait en toile d’araignée d’une mère complexe, instable sentimentalement et à la vie mouvementée. Mais au bout du compte, il restera l’amour…

Un style percutant. Tout est dit en peu de mots justes. Une fine analyse des relations mère-fille, entre révolte et tendresse.

Un premier roman, touchant et émouvant, très très réussi! Coup de cœur!

Extraits

♡ … j’aimerais reprendre la plume. Me réapproprier la voix perdue entre les pages.

♡ Relire les lignes, les ratés, les mots barrés, s’imprégner des premières écritures… Jour après jour, en écrivant, j’édifierai un rempart contre les assauts, pierre après pierre, mon journal cathédrale, monticule de souvenirs, assemblage de mots, armature d’une vie.

♡ Pour écrire, il faut remuer les eaux troubles du passé

♡ Comme une matriochka, cette poupée russe, une femme peut en contenir d’autres.

♡ J’aurais aimé aussi vider mon cœur, le laver sous un torrent de larmes et le tordre une bonne fois pour qu’il sèche.

♡ Avant de ranger les livres dans des cartons, je caresse les couvertures du doigt. Roland Barthes. Ouvrir une page. « Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. Comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. » Ainsi, chaque ouvrage côtoie l’autre et son langage, peau à peau, et converse avec son voisin, dans une dimension singulière à laquelle j’accède en fermant les yeux. Caresses, griffures, brûlures des mots.

♡ L’écriture est le passage de la porte du temple, la limite entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Par cette porte, qui précède le Servan, chaque jour, tu apporteras une offrande. L’écriture te sauve car elle est un horizon: en elle tu vois la trouée d’un tunnel. Un chemin. Écris, efface, raye, reviens en arrière, consigne le fil des heures.

♡Au fil de ta vie, d’une relation à l’autre, tu as appris à tenir les mots à distance, à fuir leur violence, à ne pas rétorquer sur-le-champ. Tu les laisses rebondir comme des gouttes de pluie sur les pavés.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Anne Carrière, 2019, 176 p.

CATHY BONIDAN «  CHAMBRE 128 »

Quatrième de couverture

Un roman peut parfois changer une vie. Qui n’a pas rêvé de voir survenir un petit grain de sel romanesque dans sa vie ? Un peu de merveilleux pour secouer la routine et oublier les ennuis de bureau? Quand Anne-Lise réserve la chambre 128 de l’hôtel Beau Rivage pour de courtes vacances en Bretagne, elle ne sait pas encore que ce séjour va transformer son existence.

Dans la table de chevet, elle découvre un manuscrit sur lequel figure juste une adresse où elle décide de le réexpédier Retrouvera-t-elle son auteur? La réponse, qui lui parvient quelques jours plus tard, la stupéfait…

Au point qu’Anne-Lise va tenter de remonter la trace de tous ceux qui ont eu ce livre entre les mains. Chemin faisant, elle va exhumer histoires d’amour et secrets intimes. Pour finalement peut-être se créer une nouvelle famille…

Par l’auteur du « Parfum de l’hellébore », le premier roman aux 11 prix littéraires.

L’auteur

Institutrice à Vannes, Cathy Bonidan écrit depuis l’âge de 14 ans. C’est en voulant partager ce qu’elle écrivait sur un site d’auteurs indépendants qu’elle se fait repérer : elle reçoit son premier prix littéraire et rencontre celle qui va devenir son éditrice. Un comble pour un auteur qui voulait rester dans l’anonymat !

Mon avis

Ma passion pour les romans épistolaires, n’est plus un secret pour personne. Et ce roman est un petit bijou.

C’est l’histoire d’un roman perdu dans un avion et retrouvé dans une chambre d’hôtel. Et l’histoire de ceux qui ont eu le roman entre leurs mains. Durant trente ans, le livre voyage et touche profondément ses lecteurs. Au point de les faire parfois changer radicalement de vie. Anne-Lise le retrouve dans la table de chevet de sa chambre d’hôtel et part sur les traces du roman et de lettres en lettres, elle reparcourt son chemin de mains en mains , de lieux en lieux; son histoire faite de sentiments d’amour et d’amitié, de secrets intimes et de destins tragiques.

S’il fallait encore le démontrer, ce livre prouve qu’ un roman « peut parfois nous embarquer si loin qu’il nous pénètre et nous transforme à jamais » et « qu’ils sèment dans notre quotidien quelques mots ou quelques phrases qui vont faire leur route dans notre subconscient ». Le pouvoir des mots sur nos vies est une évidence!

On s’attache aux personnages, on les quitte à regret! Un coup de coeur!

Extraits

♡ À tous les romans qu’on a lus. À tous ceux qu’on lira encore. Parce qu’à la manière de marchands de sable, ils sèment dans notre quotidien quelques mots ou quelques phrases qui vont faire leur route dans notre subconscient. Et nous changer. En toute discrétion, mais de façon irrémédiable.

♡ … car les choses qu’on laisse inachevées nous accompagnent toute notre vie comme autant de douleurs chroniques qui résistent aux meilleurs antalgiques.

♡ Mais après tout ne dis- tu pas toujours que les raisons qui nous mènent à la lecture sont forcément les meilleures… 

♡ On s’oublie tellement à force de regarder les autres, d’apprendre à les connaître, de tenter d’exister dans leurs yeux que lorsqu’ils s’éloignent, on ne sait plus qui on est.

♡ Je sais qu’une histoire peut accaparer nos étés et nos automnes. Je sais qu’un roman peut nous embarquer si loin qu’il nous pénètre et nous transforme à jamais. Je sais que des personnages de papier peuvent modifier nos et rester toujours à nos côtés

♡ La route de votre roman continue , celle de votre vie aussi…

♡… nous savons, vous et moi, la fragilité des instants parfaits.

Note: 5/5 💙💙

Éditions de la Martinière, 2019, 286 p.

Un jour, une citation: Patrick Modiano

Il n’avait écrit ce livre que dans l’espoir qu’elle lui fasse signe. Écrire un livre, c’était aussi, pour lui, lancer des appels de phares ou des signaux de morse à l’intention de certaines personnes dont il ignorait ce qu’elles étaient devenues. Patrick Modiano « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier »

(Photo: Libreria Achille, Piazza Vecchia, 4, 34121 Trieste, Italie)