Un jour, une citation: Jean Anouilh

🇫🇷 La vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c’est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n’est peut-être tout de même que le bonheur! Jean Anouilh « Antigone »

🇮🇹 La vita è un libro che si ama, è un bambino che gioca ai tuoi piedi, un arnese che si tiene bene in mano, una panchina per riposarsi la sera davanti casa. Mi disprezzerai ancora, ma scoprire questo, vedrai, è la consolazione dell’invecchiare. La vita, non è forse comunque che la felicità. Jean Anouilh « Antigone »

(Photo: Bouquinerie Thomas, rue Froissart, 13, 1040 Bruxelles)

Un jour, une citation: Dacia Maraini

🇫🇷 Dehors il fait noir. Stérile et absolu, le silence enveloppe Marianna. Dans ses mains, un livre d’amour. Les mots, dit l’auteur, sont cueillis par les yeux comme les grappes d’une vigne grimpante, ils sont écrasés par la pensée comme par une roue de moulin, puis sous forme liquide, ils se répandent et parcourent les veines avec bonheur. Est-ce cela, la divine vendange de la littérature? Trembler avec les personnages qui circulent entre les pages, boire le suc de la pensée d’autrui, éprouver en miroir l’ivresse d’un plaisir qui appartient à un autre. Exalter ses propres sens à travers le spectacle toujours répété de l’amour en représentation, n’est-ce pas aussi de l’amour? Quelle importance si cet amour n’a jamais été vécu directement en face à face? Assister aux enlacements de corps étrangers mais si proches et connus par la lecture, n’est-ce pas comme les vivre, ces enlacements, avec le privilège en plus de rester maître de soi? Dacia Maraini « La vie silencieuse de Marianna Ucria »

🇮🇹 Fuori è buio. Il silenzio avvolge Marianna sterile e assoluto. Fra le sue mani un libro d’amore. Le parole, dice lo scrittore, vengono raccolte dagli occhi come grappoli di una vigna sospesa, vengono spremuti dal pensiero che gira come una ruota di mulino e poi, in forma liquida si spargono e scorrono felici per le vene. E questa la divina vendemmia della letteratura? Trepidare con i personaggi che corrono fra le pagine, bere il succo del pensiero altrui, provare l’ebbrezza rimandata di un piacere che appartiene ad altri. Esaltare i propri sensi attraverso lo spettacolo sempre ripetuto dell’amore in rappresentazione, non è amore anche questo? Che importanza ha che questo amore non sia mai stato vissuto faccia a faccia direttamente? Assistere agli abbracci di corpi estranei, ma quanto vicini e noti per via di lettura, non è come viverlo quell’abbraccio, con un privilegio in più, di rimanere padroni di sè? Dacia Maraini « La lunga vita di Marianna Ucrìa »

(Photo: Bouquinerie, 1050 Bruxelles)

Un jour, une citation: Harper Lee

🇫🇷 Jusqu’au jour où je craignis que cela me fut enlevé, je ne m’étais jamais rendu compte que j’aimais lire. Pense-t-on que l’on aime respirer? Harper Lee « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur »

🇮🇹 Fino al giorno in cui mi minacciarono di non lasciarmi più leggere, non seppi di amare la lettura: si ama, forse, il proprio respiro? Harper Lee « Il buio oltre la siepe »

(Photo: Librairie Nijinski, Chaussée d’Ixelles, 315, 1050 Bruxelles)

Un jour, une citation: Sylvain Tesson

La dernière caisse est une caisse de livres. Si on me demande pourquoi je suis venu m’enfermer ici, je répondrai que j’avais de la lecture en retard. Je cloue une planche de pin au-dessus de mon châlit et y range mes livres. J’en ai une soixantaine. À Paris, j’ai pris grand soin de constituer une liste idéale. Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres: on pourra toujours remplir son propre vide. L’erreur serait de choisir exclusivement de la lecture difficile en imaginant que la vie dans les bois vous maintient à un très haut degré de température spirituelle. Le temps est long quand on n’a que Hegel pour les après-midi de neige.

[…] Les livres sont des icônes. Pour la première fois, je vais lire un roman d’une traite. Sylvain Tesson « Dans les forêts de Sibérie » Folio

(Photo: Librairie Filigranes, avenue des arts, 39-42, 1040 Bruxelles)

Un jour, une citation: Eric de Kermel

J’ai souvent remarqué que dans une conversation, lorsque nous découvrons avec un ou une amie que nous avons aimé un même livre, il y a d’un seul coup une intensité nouvelle dans l’échange. Comme si nous avions vécu ensemble une expédition à l’autre bout du monde. Eric de Kermel « La librairie de la place aux Herbes » Eyrolles, p.123

(Photo: Tipi Bookshop, rue de l’hôtel des Monnaies, 186, 1060 Bruxelles)

Abigail Seran « Un autre jour, demain »

Quatrième de couverture

Déborah attend un avion qui ne vient pas une veille de Noël, espérant en secret éviter la fête. Une bande d’anciens étudiants se retrouvent pour un week-end ; sont-ils devenus ce qu’ils aspiraient à être ? Un vieux monsieur partage contre son gré un banc avec une jeune fille. Une patiente s’installe à nouveau dans une salle d’attente longuement côtoyée. La jeune Luna est trop chamboulée pour acheter un bouquet de fleurs. Il n’a pas osé leur dire qu’il ne reprendrait pas l’entreprise familiale. Le plan social était une belle opportunité. Serait-il là où il est sans cette main tendue? Et claquent les ciseaux dans la longue chevelure!

Un autre jour, demain raconte ces points de bascule subtils ou brutaux qui construisent, transforment une existence. Autant d’histoires familiales, voyageuses, laborieuses, de brèves rencontres en récits de générations. Une galerie de personnages qui luttent, renoncent, s’animent, s’aiment, se fuient, s’éteignent, croquent la vie qui passe, celle d’aujour­d’hui, celle juste avant demain.

Mon avis

Un rencontre « arc-en-ciel » sur un quai de gare, un banc, un aveu lors d’une randonnée, une femme libre, les mots que l’on tait, l’attente d’un avion et deux regards qui se croisent, et l’amour des mots, de la danse, des chaussures, un bouquet de fleurs, des visages aux regards éperdus et les souvenirs, se construire une histoire! Moments de vie où tout peut changer! L’instant, avant demain!

De jolies nouvelles, une jolie atmosphère! Du sourire au lèvre à la larme au coin de l’œil, une bouffée d’émotions envahit cette lecture! Un très joli moment! Coup de coeur!

Extraits

▪️Jusqu’à se brûler la peau. Laisser l’eau. Sur la nuque, bouillante. La vapeur qui efface le reflet pour se sentir moins moche dans le miroir. Le shampoing dans les yeux. Oublier. Les autres, le monde, les contraintes, soi. Vouloir disparaître dans le siphon aux eaux sales. Peau de Sioux sous le jet agressif. Monter la température parce que le derme s’est habitué. Refuser d’arrêter. Saisir le pommeau. Passer à l’eau glacée. Ces petites entailles sur les jambes, le ventre, la poitrine, qui coupent le souffle. Et dans un geste de rage, arrêter la torture.S’emmitoufler dans une serviette. Une silhouette trop dodue qu’on ira couvrir bien vite. Éviter le miroir tant que la transformation n’est pas achevée. Un matin comme un autre, entre abandon et espoir. (Incipit)

▪️La journée trépassera comme les autres.

▪️Si je sortais maintenant. Je prendrais des pas, des bus, des avions. Je retrouverais ma vie qui est ici, peut-être là. …

▪️La première fois qu’ils furent plus que des signes sur une page, ce fut une révélation. Allongée sur le ventre, à regarder « Boule et Bill » jouer à la balle, la bulle, soudain, livra ses secrets. J’avais l’image, est venu le son. Je me souviens très bien de ma surprise de pouvoir, d’un coup, accéder à la compréhension, aux mots. Une sorte de sidération fascinée: je savais lire.

▪️[les mots] ils furent aussi ceux qui disent, qui blessent, qui aiment, construisent ou détruisent, soulagent. Ces « mots-maux » et « gemmes-mots » De ceux que l’on apprivoise…

▪️Quand enfin je m’autorisai à raconter des histoires, je retrouvai cette envie gourmande de jouer avec ces compagnons facétieux. Ils s’alignèrent en paragraphes, en chapitres, en livres. Ils construisaient un monde, des personnages, des chagrins et des rires. Ils emmenaient le lecteur sur le chemin de mon imaginaire, mots libres, heureux et vagabonds, mots riches de couleurs redécouvertes. Quand ils trouvèrent des passeurs, éditeurs, bibliothécaires et libraires, quand ils s’installèrent sous les yeux d’inconnus, qu’au-delà de leur forme primaire en noir sur blanc, ils prirent corps dans la tête et le cœur de liseurs bienveillants, ce fut un ravissement. Les mots créaient un univers, une réalité pour ceux qu’ils avaient croisés.

▪️Qu’ils volent ou glissent, qu’ils s’incrustent ou passent, endimanchés ou sommes, les mots, mes mots, deviennent alors les vôtres.

▪️Quand nous nous embrassons, nos coeur se touchent.

▪️Derrière les vitres, des visages aux regards éperdus. Partent-Ils, reviennent-ils? Avec eux, je roule dans mes souvenirs.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Luce Wilquin, 2018, 110p.

Un jour, une citation: Colette

Vois, arrête-toi, cet instant est beau! Y a-t-il ailleurs, dans toute ta vie qui se précipite, un soleil aussi blond, un livre aussi passionnant, un fruit aussi ruisselant de parfums sucrés, un lit aussi frais de draps rudes et blancs? Reverras-tu plus belle la forme de ces collines? Oh! souhaite d’arrêter le temps, souhaite de demeurer encore un peu pareille à toi-même: ne grandis pas, ne pense pas, ne souffle pas! Souhaite cela si fort qu’un dieu, quelque part, s’en émeuve et t’exauce! Colette « La Retraite sentimentale »

(Photo: Librebook, Chaussée de Wavre, 128, 1050 Bruxelles)