Un jour, une citation: Véronique Olmi

Elle s’était inscrite à la bibliothèque municipale et découvrait des mondes qu’elle ne comprenait pas toujours, mais au fur et à mesure de ses lectures, sa vie mêlée à celle des héros de roman prenait du souffle, c’étaient des vies immenses, des ailes déployées qui battaient dans le vent, comme si chacune méritait d’être applaudie. Véronique Olmi « Les évasions particulières  » Albin Michel, p.23

(Photo: Bouquinistes, Roma)

DOMINIQUE ZACHARY « Les frémissements du silence »

Quatrième de couverture

À priori, ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Déjà pour une question de rythme et de volume de voix. Alex Pergaux, chef d’entreprise, 58 ans, revêche et autocentré, parle vite, parle fort, ne vise que la rentabilité. Françoise, infirmière, 39 ans, peintre à ses heures, discrète et mystérieuse, parle lentement, d’une voix douce, ne vise que l’humanité.

Et pourtant leurs chemins vont se croiser. Alex voit ses plans bouleversés lorsqu’on le prévient que sa mère se meurt en soins palliatifs. Il découvre dans cet endroit des valeurs qui le bouleversent: aux frontières de la mort, les équipes soignantes rient et protègent leurs patients. Françoise l’observe et le déstabilise, au risque de faire vaciller Alex.

Il va d’abord devoir apprendre à parler moins fort, puis à parler moins, jusqu’à ne plus parler du tout. Il devra ensuite apprendre à écouter. À apprivoiser le silence. Et ça fait peur, le silence, surtout quand on n’y est pas habitué… 

Une quête de soi bouleversante qui va réunir ces deux antipodes, du service des soins palliatifs en Lorraine jusqu’aux confins du Maroc. Un voyage initiatique qui va les transformer à jamais.

L’auteur

Dominique Zachary, auteur de nombreux ouvrages, est journaliste professionnel en Belgique. Il a notamment signé le best-seller « La patrouille des enfants juifs », qui a été adapté en BD ainsi qu’en une comédie musicale qui a rencontré un grand succès.

Mon avis

Alex n’a pas le temps… Son travail, son entreprise, il ne vit que pour ça! Alors, quand une infirmière le contacte pour le prévenir que sa maman, en fin de vie, souhaite le revoir une dernière fois, il croit à un chantage affectif. Toutefois, il prend la route et se rend en Lorraine, au chevet de sa mère. En homme arrogant, il affronte la situation. Françoise, l’infirmière, peintre a ses heures, ose le bousculer. Elle lui conseille de cultiver le silence…

Un cheminement, une quête de soi qui passe par le silence, par l’écoute et qui l’emmènera dans un monastère, au Maroc, et sur la côte d’Opale…

Il découvrira de nouvelles rives, de nouveaux soleils… jusqu’ aux frémissements du silence…

Un roman d’une profonde humanité, qui fait réfléchir sur le sens de nos vies. Nos priorités, nos ambitions sont-elles si importantes? L’essentiel n’est-il pas ailleurs? Ne passons nous pas à côté de la vie? Un texte empreint d’émotion et de bienveillance. Une belle écriture. Une belle lecture que je vous conseille!

Extraits

▪️Il faut changer votre âme, de l’intérieur. Changer beaucoup de choses en vous. Vous ouvrir aux autres. Devenir plus humble. Plus tolérant. Vous avez déjà entendu parler de la miséricorde? Ce n’est pas qu’une notion chrétienne, chacun devrait la pratiquer dans sa vie. Soyez plus miséricordieux, Monsieur Pergaux. Parlez moins. Arrêtez de vous exprimer comme si vous aviez un compte en banque à la place du cœur. Cultivez le silence, l’écoute. Sortez de votre usine. Quittez vos certitudes. Écoutez le chant des oiseaux. Observez les arbres, les fleurs. Sentez-les. Caressez le vent. Mettez son souffle dans votre poche. p. 48

▪️Les frémissements du silence. Écouter des bruits de trois fois rien. Écouter le rien.

▪️Détrompez-vous, un simple regard échangé, un sourire, une main que vous tenez chaleureusement, sans pour autant parler, ce sont des actes d’une profonde humanité. p.123

▪️La vie est parfois faite de rendez-vous manqués, d’occasions loupées, mais si l’on ne peut revenir en arrière, il est par contre toujours possible d’aborder de nouvelles rives, d’entrevoir de nouveaux soleils. p.156

Note: 5/5

Éditions Kiwi, 2020, 243 p.

ARNAUD DUDEK « On fait parfois des vagues »

Quatrième de couverture

Quelques jours après son dixième anniversaire, Nicolas apprend que son père – avec qui rien n’est simple, tant l’homme et le garçon paraissent différents – n’est pas son père biologique. Que faire alors du généreux donneur de gamètes? L’oublier? Le nier?

À 30 ans, Nicolas décide de partir à la recherche de son « bon génie » biologique malgré les obstacles administratifs qu’il s’attend à rencontrer.

Depuis ses premiers textes (« Rester Sage », Alma, 2012), presque tous les romans d’Arnaud Dudek tournent autour de la paternité, de l’identité, de la transmission. Il a trouvé, une fois encore, le ton juste pour raconter, à sa manière, une quête des origines à la fois intime et universelle et pose toutes ces questions qui intriguent – sans avoir la prétention d’y répondre: Qu’est-ce qu’un père? Que transmet-on? Comment se construit-on quand on se sent si différent du modèle à suivre?

L’auteur

Arnaud Dudek est né en 1979. Il habite et travaille à Paris. Après « Rester sage » (2012, « Les vérités provisoires »(2026) ou « Laisser des traces », il publie avec « On fait parfois des vagues » son septième roman.

Mon avis

Un père, dont on met les Caterpillar en cachette, un père solide, un roc qui rassure. Et un jour une annonce, un moment qui va bouger les lignes, un trémor … Le monde s’effondre, la vie en est bouleversée. Il ne reste que silence et tout ce qu’on ne se dit pas…

Sous les yeux du lecteur, l’existence qui se construit par petites touches, petits moments du quotidien. Une relation, celle d’un père et d’un fils. Et une recherche, une quête …

La paternité, filiation, la famille sont au centre du récit.

L’émotion monte et envahit dans les dernières pages. La vie comme les vagues qu’on rencontre…

Un très très beau roman. Une très très belle écriture. Un petit bijou.

Extraits

▪️Ma vie ressemble à une brise légère qui traverse des herbes hautes. p.15

▪️… derrière les lumières vives, il y a souvent une nuit cachée près d’un vieux mur fissuré. p.63

▪️Écrire: c’est ainsi que je pense trouver, d’une certaine façon ma place dans l’univers. p.72

▪️Si la certitude est un pays, l’esquive est un empire. p.130

▪️Tout ce qu’il faut savoir, c’est que tu me donnes depuis plusieurs mois des envies de balades au bout du monde,des envies d’alexandrins, des envies de rose thé. p.143

▪️On traverse la vie en faisant des vagues. Quelques vagues. De moins en moins de vagues.

Et à un moment.

Une vague.

Nous renverse. p.177

▪️… ta caresse à la douceur des promesses qu’on fait le matin à voix basse, des petits déjeuners en terrasse; des chemins de halage qui très vite conduisent au milieu d’un nulle part ensoleillé. p.185-186

Note: 5/5

Éditions Anne Carrière, 2020, 192 p.

(Épigraphe)

Un jour, une citation: Alexandra Koszelyk

Elle engloutissait les romans à une vitesse métronomique. Les mondes de papier la rendirent épicurienne. Partout. Tout le temps. Elle lisait comme on respire. Par soif, par nécessité. Le plaisir était là aussi. Elle refermait chaque livre, comme on quitte des amis. Alexandra Koszelyk « À crier dans les ruines » Aux forges de Vulcain, p.147

(Photo : Librairie Nijinski, Bruxelles)