Un jour, une citation: Stendhal

🇫🇷 Eh, monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l’homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé d’être immoral! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l’inspecteur des routes qui laisse l’eau croupir et le bourbier se former. Stendhal « Le rouge et le noir » chap. XIX

🇮🇹 Un romanzo è uno specchio che passa per una via maestra e ora riflette al vostro occhio l’azzurro dei cieli ora il fango dei pantani. E l’uomo che porta lo specchio nella sua gerla sarà da voi accusato di essere immorale! Lo specchio mostra il fango e voi accusate lo specchio! Accusate piuttosto la strada in cui è il pantano, e più ancora l’ispettore stradale che lascia ristagnar l’acqua e il formarsi di pozze. Stendhal « Il rosso e il nero »

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)

Un jour, une citation: Laurence Cossé

🇫🇷 Mon grand-père m’a laissé bien davantage, la passion de la littérature, et quelque chose en plus, de fondamental, la conviction que la littérature est importante. Il en parlait souvent. La littérature est source de plaisir, disait-il, c’est une des rares joies inépuisables mais pas seulement. Il ne faut pas la dissocier de la réalité. Tout y est. C’est pourquoi je n’emploie jamais le mot fiction. Toutes les subtilités de la vie sont la matière des livres. Il insistait: tu notes bien que je parle du roman? Il n’y a pas que les situations d’exception, dans les romans, les choix de vie ou de mort, les grandes épreuves, il y a aussi les difficultés ordinaires, les tentations, les déceptions banales; et en réponse, toutes les attitudes humaines, tous les comportements, des plus beaux aux plus misérables. Lisant cela, on se demande: Et moi, qu’est ce que j’aurais fait? Il faut se le demander. Écoute moi bien: c’est une façon d’apprendre à vivre. Des adultes vont te dire que non, que la littérature n’est pas la vie, que les romans n’enseignent rien. Ils auront tort. La littérature informe, elle instruit, elle entraîne. Laurence Cossé « Au bon roman » Gallimard, p.176-177

🇮🇹 Ma il nonno mi ha lasciato molto di più, mi ha lasciato l’amore per la letteratura e un’altra cosa fondamentale, la convinzione che la letteratura sia importante. Ne parlava spesso. La letteratura è fonte di piacere, diceva, è una delle rare gioie inestinguibili, e non solo. Non deve essere separata dalla realtà. Nella letteratura c’è tutto. È il motivo per cui non uso mai la parola finzione. La materia dei libri è costituita dalle sottigliezze della vita. Insisteva: hai capito che sto parlando del romanzo? Non ci sono solo le situazioni eccezionali nei romanzi, le questioni di vita o di morte e le grandi prove, ci sono anche le difficoltà ordinarie, le tentazioni, le delusioni banali. E rispondono a tutte le attitudini umane, a tutti i comportamenti, dal più nobile al più miserabile. Uno legge e si domanda: che cosa avrei fatto io? Deve domandarselo. Ascoltami bene: è un modo di imparare a vivere. Certi adulti ti diranno di no, che la letteratura non è la vita, che i romanzi non insegnano niente. Sbagliano. La letteratura informa, istruisce, addestra. Laurence Cossé “La libreria del buon romanzo” Edizioni e/o

(Photo: Bouquinerie, Charleroi)

SARAH BARUKH « Envole-moi »

« Envole-moi, envole-moi, envole-moi

Loin de cette fatalité qui colle à ma peau

Envole-moi, envole-moi

Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots »

Quatrième de couverture

À presque quarante ans, Anaïs a réinventé sa vie à Nice, loin de la grisaille du 19e arrondissement parisien où elle est née. Lorsque Marie, son amie d’enfance, la contacte après une longue absence, des souvenirs enfouis rejaillissent. Les années 90, lorsque le rap et le basket galvanisaient les cours de lycée et le racisme sévissait déjà. Cette amitié bancale, où Marie semblait décider de tout… Et le drame qui les a séparées. Le temps d’un week-end improvisé, les deux femmes affronteront leurs fantômes pour tenter de se retrouver. Grâce à des personnages d’une vérité poignante, Sarah Barukh, l’auteure de « Elle voulait juste marcher tout droit », nous plonge au coeur de l’adolescence et de ses stigmates, explorant dans ce roman troublant le poids du passé et la nécessité de s’en libérer pour pouvoir être soi-même.

Mon avis

Seule à Nice, son mari étant en voyage, Anaïs, traverse une épreuve douloureuse et éprouvante. C’est le moment que choisit son amie d’enfance, Marie, pour la recontacter après des années de blanc. Leurs routes se sont séparées un jour de 1993, l’année du drame…

Un road trip, une parenthèse de deux jours, et le poids du passé qui les a séparées. Deux jours pour retourner dans les pas de ces adolescentes et de leur amitié. Une amitié de celle qu’on croit pour la vie jusqu’à l’inévitable séparation.

Thelma et Louise ne sont pas bien loin…

Un roman qui raconte les années 90. L’adolescence et ses amitiés, parfois toxiques; l’adolescence et ses malaises; l’adolescence, ses solidarités et ses rivalités inavouées; l’adolescence et sa violence; mais aussi le racisme, le drame de l’excision et la radicalisation.

Et puis, la musique et « Envole-moi » de Jean Jacques Goldman…

Une très, très belle découverte, une écriture directe et moderne. Des personnages touchants !

Et comme une envie de lire les précédents romans de cette auteure!

Extraits

▪️Notre quotidien avait beau faire de nous des étrangers, nos voix ravivaient toujours notre proximité à nouveau intacte. p.102

▪️Mais je savais désormais que les rêves étaient de la dentelle. Quelque chose de doux et délicat mais qui ne suffit pas à tenir chaud dans le froid de l’existence. p.121

▪️Seuls les livres nous liaient. Ma mère les dévorait, comme moi, chacune dans son coin. Et quand je voulais me rapprocher d’elle en évitant les sujets qui fâchaient, je lui proposais qu’on échange les derniers romans qui nous avaient plu. On se laissait quelques semaines et on se rappelait pour commenter. Les histoires n’étaient bien sûr jamais prises au hasard. Nous comprenions les messages que véhiculaient ces héroïnes mourant de vanité, celles que leur orgueil empêchait de vivre, celles encore qui devaient tout quitter pour pouvoir être elles-mêmes… Nous défendions nos ambassadrices. Les arguments n’étaient pas toujours convaincants, mais c’était notre point de rencontre. p.238-239

▪️Qu’elle que soit l’époque, l’adolescence charriait la même violence. Un âge ingrat qui traversait les générations en laissant des traces qu’une vie entière ne suffisait pas toujours à effacer. p. 291

▪️Soudain au loin, vers l’Italie, se dessine un arc-en-ciel. Des larmes chaudes coulent le long de mes joues….

Note: 5/5 💙

Albin Michel, 2020, 304p.

Un jour, une citation: Joan Didion

🇫🇷 J’écris vraiment pour découvrir ce que je pense, ce que je regarde, ce que je vois et ce que ça veut dire. Ce que je veux et ce qui me fait peur. Joan Didion « L’Année de la pensée magique »

🇮🇹 Scrivo per scoprire cosa penso, cosa sto osservando, cosa vedo e cosa vuol dire tutto questo. Per scoprire cosa voglio e cosa temo. Joan Didion « L’anno del pensiero magico »

Photo: Boekhandel De Slegte, Anvers)