Un jour, une citation: Elena Ferrante

🇫🇷 Je n’aimais pas les pages trop refermées, telles des persiennes toutes baissées. J’aimais la lumière, l’air entre les lattes. Je voulais écrire des histoires pleines de courants d’air, de rayons filtrés où danse la poussière. Et puis j’aimais l’écriture qui vous fait pencher au dessus de chaque ligne pour regarder en contrebas et sentir le vertige de la profondeur, la noirceur de l’enfer. Elena Ferrante  » Les jours de l’abandon » Folio

🇮🇹 Non mi piaceva la pagina troppo chiusa, come una persiana tutta abbassata. Mi piaceva la luce, l’aria tra le stecche. Volevo scrivere storie piene di spifferi, di raggi filtrati dove balla il pulviscolo. E poi amavo la scrittura di di chi ti fa affacciare da ogni rigo per guardare di sotto e sentire la vertigine della profondità, la nerezza dell’inferno. Elena Ferrante « I giorni dell’abbandono » Edizioni e/o

(Photo: Librairie La Licorne, Chaussée d’Alsemberg, 715, 1080 Uccle)

LIVIA MEINZOLT « LE BRUIT DES PAGES »

Quatrième de couverture

2016, Paris

Éva hérite d’une librairie dans le quartier de la Butte aux Cailles. Les exigences du vieux propriétaire avec lequel elle s’était liée d’amitié ? Que la librairie ne soit jamais vendue et qu’Éva y conserve un tableau représentant une jeune femme, penchée sur un carnet, aux pieds d’un acacia majestueux. Bientôt, elle se prend à imaginer la vie de la femme du tableau, Apollinariya Ivanovna Lubiova, une jeune aristocrate russe, vibrante de rêves et d’idéaux au coeur de l’été 1916.

Mais tandis que les mois passent, fiction et réalité semblent se confondre… Et si la librairie renfermait des mystères insoupçonnés ? Le voyage d’Éva à Saint-Pétersbourg pourrait-il l’aider à comprendre le lien étrange qui l’unit à Apollinariya ?

« COUP DE COEUR! LA QUALITÉ LITTÉRAIRE DE CE ROMAN EST ABSOLUMENT REMARQUABLE. LE CHARME A COMPLÈTEMENT AGI SUR MOI. » Clarisse Sabard, auteure du best-seller « Les Lettres de Rose »

L’auteur

Livia Meinzolt a 27 ans. Très jeune, elle a su qu’elle voulait écrire, mais elle a consacré les premières années de sa vie d’adulte à explorer sa seconde passion : les voyages. Ces cinq années passées sur les routes du monde, et notamment en Russie où elle est tombée amoureuse de Saint-Pétersbourg, ont nourri son imagination. Le Bruit des pages, son premier roman, a séduit le jury du Prix du Livre Romantique. Elle est originaire du sud des Cévennes. 

Mon avis

Eva hérite de la librairie d’Ernest. Trois conditions sont liées à ce don: qu’elle ne soit jamais vendue, qu’un tableau (représentant une jeune fille écrivant sous un acacia) demeure dans la librairie et qu’un livre de Nikolaï Tchernichevsky soit exposé dans la vitrine. La librairie à l’origine appartenait à un russe qui s’est suicidé.

Eva, depuis toujours, désire écrire, elle entreprend l’écriture d’un journal intime apocryphe, dans un carnet de style ancien, relié de cuir et incrusté de fines dorures. Le journal intime d’une jeune fille russe du début du 20ème siècle. La jeune fille du tableau exposé dans la librairie. Une jeune fille qui aspire à vivre le tremblement incertain du bonheur. La révolution est aux portes, un amour immense bouscule sa vie.

L’histoire d’Eva et d’Apollinariya: deux histoires intimement liées, deux triangles amoureux, un passé frémissant … un présent surnaturel … s’aimer dans l’éternité… « lovés entre le bruit des pages »

Dans un de ses livres Tatiana de Rosnay écrit : «Parfois, la lecture d’un livre m’entraîne vers un autre? »(« Rose »). Et c’est exactement ce qui se passe avec ce livre, baigné de littérature. Il donne envie de lire ou relire les romans russes. Il donne envie de lire de la poésie. Et un livre qui entraîne d’autres lectures, c’est tout ce que j’aime de la littérature. Une histoire entraînante, douce, poétique et littéraire. Une écriture efficace et juste. Un coup de cœur, un livre que l’on savoure tant pour l’histoire que pour l’amour de la littérature.

Extraits

▪️ Être entourée de livres… c’est la vision que je me suis toujours faite du paradis!

▪️ma voix s’est échappée sur la page. Elle a enroulé les mots mystérieux, nés à l’ombre de l’été… J’ai tant hâte d’aimer! De vivre le tremblement incertain du bonheur.

▪️ce livre n’était pas de ceux que l’on dévore, mais de ceux que l’on savoure plusieurs fois.

▪️Un sourire qui renverse toutes les certitudes, et chaque incertitude.

▪️Mais accepter la réalité signifiait accepter la vie. Pas le rêve, pas le « et si » et le « peut-être »

Note: 5/5 💙💙

Prix: Prix du livre romantique 2019

Éditions Charleston,2019, 400p.

Un jour, une citation: Régis Jauffret

Un roman, c’est comme une partition, un scénario. Toute l’histoire est dans votre main, vous pouvez la soupeser, la jeter par la fenêtre pour voir si elle s’envole comme un drone. Vous pouvez aussi vous asseoir pour la déchiffrer. Chaque phrase est scellée afin qu’elle ne s’évente ni ne se fane. À chaque lecture, le regard la décachette afin que ses fragrances se répandent dans le cerveau. C’est le cerveau qui fait apparaître le décor, les personnages, qui leur donne le son de leur voix et même celui de l’aboiement de ce chien dont l’hermétique auteur raconte qu’on aurait dit dans la nuit le cri d’une étoile. Régis Jauffret « La Chronique – Marianne Magazine » 23 Mars 2018

(Photo: Librairie de Cluny, Place Paul Painlevé, 1, 75005 Paris)

Un jour, une citation: Florence Herrlemann

La littérature a toujours fait partie de ma vie. Elle m’a permis de croire encore en l’humanité, lorsque ce mot n’était devenu pour moi qu’une idée dénuée de sens, une coque vide. Elle m’a indiqué le chemin, m’a aidée à distinguer ce qui a du prix de ce qui n’en a pas. Elle m’a donné la force de continuer à garder la tête haute, à sourire, à ressentir, à rêver. Elle m’a appris à supporter la douleur, le froid, à contenir ma colère, à adoucir mes peines, à grandir, a aimer et aimer encore. Elle m’a sauvé la vie. Florence Herrlemann « L’appartement du dessous » Albin Michel, p.55

(Photo: Paris)

Un jour, une citation: Philippe Val

Quand tout allait mal pendant la journée, il se disait: ce soir, je vais retrouver mon livre. Il lisait avec délices. Ouvrir un livre, c’était briser toutes les chaînes de la journée. C’était voler librement dans l’univers. C’était avoir rendez-vous avec lui-même dans la réalité imprimée. Philippe Val « Tu finiras clochard comme ton Zola »

(Photo: Cook and Book, place du temps libre, 1, 1200 Bruxelles)