Cristina Comencini « Être en vie »

Quatrième de couverture

« Qu’est-ce que ça veut dire être en vie ?

– Pour moi, c’est comme une chanson, vous la savez par coeur, elle vous semble stupide, toujours la même, tout le monde la connaît, mais quand il vous arrive de la chanter à nouveau, elle vous donne le frisson… »

Caterina vit à Rome, a un travail qu’elle aime, un mari et deux enfants. Un destin inespéré pour la petite orpheline de Campanie.

Quand les corps sans vie de sa mère adoptive et de son compagnon, Sebastiano, sont retrouvés dans une chambre d’hôtel à Athènes, Caterina décide de s’y rendre, seule. À son arrivée, elle est rejointe par le fils de Sebastiano. Ils ont le même âge, sont liés par la même douleur. Pourtant, tout en lui l’irrite, la dérange, et l’attire.

Au cours de ces quelques jours intenses, ils vont revisiter leur enfance et faire ressurgir un passé au goût d’interdit et de liberté. Et se sentir, enfin, vivants.

Mon avis

Une femme, Caterina, au passé divisé en deux, deux vies différentes, se rend en Grèce pour rapatrier le corps de sa mère adoptive, décédée avec son compagnon dans une chambre d’hôtel à Athènes. Sur place, elle passe quelques jours en attente de l’autopsie et reparcourt les souvenirs de son enfance. Elle est rejointe par le fils du compagnon. Entre eux, s’instaure une relation sur le fil. Blessés tout deux par leur enfance, liés dans la douleur, ils découvriront la liberté et le frisson d’être vivants.

Un livre intime et introspectif, sur les drames de l’enfance, le poids du passé et la difficulté d’être en vie. Une lecture splendide, une écriture toute en émotion! Un énorme coup de cœur!

Extraits

▪️«As-tu déjà vu plus belle catastrophe? As-tu déjà vu ça? » Zorba le Grec

▪️Et Sebastiano a murmuré :

– « Qu’est-ce que ça veut dire d’être en vie? »

Yorgos l’a regardé en silence, puis lui a dit:

– « Pour moi, c’est comme une chanson, vous la savez par cœur, elle vous semble stupide, toujours la même, tout le monde la connaît, mais quand il vous arrive de la chanter à nouveau, elle vous donne le frisson… »

▪️… J’ai compris beaucoup de choses, entre autres sur nous

– À savoir? m’a-t-il demandé soupçonneux.

– Qu’on vit ensemble pour entrer dans la vie de l’autre, dans ses désirs, dans son histoire, puis qu’on essaie de les effacer.

▪️Je ne raconterai pas ce qui s’est passé entre nous cette nuit-là.Que nous ayons dansé, fait l’amour, parlé ou que nous soyons seulement restés enlacés en silence devant toutes les merveilles qui nous avaient été rendues, c’est notre secret. La déesse aux doigts de rose ne nous a pas trouvés endormis, nous l’attendions. (Excipit)

Note: 5/5 💙💙💙

Titre original: « Essere Vivi »

Traducteur: Dominique Vittoz

Prix: Premio Cesare Pavese 2016

Stock, La Cosmopolite, 2018,

«Che significa essere vivi?»

Yorgos l’ha guardato e dopo un silenzio ha detto: «Per me è come una canzone, la conosci a memoria, ti sembra stupida, sempre la stessa, la sanno tutti, ma quando la canti di nuovo tu, ti fa venire i brividi…»

Catherine Barreau « L’escalier »

Quatrième de couverture

Ils sont trois, Rita, Georges et Jean-Charles. Ils n’ont à priori rien en commun et pourtant ils vont partager pendant de longues heures une expérience inattendue : se retrouver blosués dans la cage d’escalier d’un bâtiment administratif à Namur. Trois individus pris dans la nasse, et qui ne comprennent pas ce qui a bien pu se passer au-dehors pour les coincer de la sorte. Il va falloir s’apprivoiser et, surtout, survivre. Trois personnages en quête d’une issue et d’un destin.

Mon avis

Un court roman qui met en scène trois personnages qui n’ont rien en commun, et qui se retrouvent confinés dans une cage d’escalier et se demandent ce qui s’est passé dehors. Un joli roman intrigant et inattendu.

Citations

– (incipit) Il les a entendus se saluer: au revoir? Bon week-end, à lundi. Des déplacements dans le couloir, des blagues, les mêmes chaque vendredi.

Note: 3,5/5

Weyrich Edition, Plumes du coq, 136p.

Graham Swift « Le dimanche des mères »

Quatrième de couverture

Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque année, les aristocrates donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc désœuvrée. Va-t-elle passer la journée à lire? Va-t-elle parcourir la campagne à bicyclette en cette magnifique journée? Jusqu’à ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure désertée. Tous deux goûtent pour la dernière fois à leurs rendez-vous secrets, car Paul doit épouser la riche héritière Emma Hobday. Pour la première – et dernière – fois, Jane découvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fiancée. Ce dimanche des mères 1924 changera à jamais le cours de sa vie. Graham Swift dépeint avec sensualité et subtilité une aristocratie déclinante, qui porte les stigmates de la…

Mon avis

Une journée dans la vie d’une femme, qui va bouleverser sa vie. Cette journée est celle du « dimanche des mères »et elle a un dernier rendez-vous avec son amant avant que celui-ci ne se marie! Mon troisième coup de coeur de cette rentrée de janvier! Un roman qui parle de classe sociale, de lecture,d’écriture, des mots, des choses,de réalité et de fiction, avec une touche de sensualité. Très très réussi!

Citations

– … condition idéale pour devenir écrivain – surtout romancière. N’avoir aucune référence… « êtr »e soi-même une feuille vierge.

– Elle deviendrait écrivain et parce qu’elle était écrivain, ou parce que c’était précisément cela qui l’avait incitée à devenir écrivain, elle était obsédée par le caractère changeant des mots. Un mot n’était pas une chose, loin de là. Une chose n’était pas un mot. Cependant, d’une certaine façon, les deux – choses – devenaient inséparables. Tout n’était-il qu’une pure et simple fabrication ? Les mots étaient comme une peau invisible qui enveloppait le monde, qui lui conférait une realite. Pourtant vous ne pouviez pas dire que le monde n’existerait pas, ne serait pas réel si vous supprimiez les mots. Au mieux, il semblait que les choses pouvaient remercier les mots qui les distinguaient les unes des autres et que les mots pouvaient remercier toute chose.

– Et quelles autres qualités sont, à votre avis, nécessaires pour devenir écrivain ?- Eh bien, vous devez comprendre que les mots ne sont que des mots, un peu de vent, c’est tout…

– Et pouvait-elle faire la part des choses  et séparer ce quelle avait vu en imagination de ce qu’elle avait réellement vécu?… Le propre de l’écrivain n’était-il pas de saisir la vie à bras-Le corps?

– Les livres étaient une nécessité, Le rocher sur lequel était fondée sa vie.

– Qui sait si certaines choses, certains endroits ne se mettent pas à exister avec plus d’authenticité dans l’esprit ?

– Elle ne saurait jamais… jusqu’à quel point les autres- ceux qui n’étaient pas écrivains-« écrivaient » les événements de leur vie.

– Un « conte » avait quelque chose de plus séduisant qu’une « histoire », cela sans doute parce qu’il suggérait qu’il n’était pas fidèle à la vérité, qu’il pouvait comporter une plus grande part d’invention. Restait en arrière-plan une question au sujet de chacun de ces mots- conte, histoire et même récit- à savoir , quelle errait la part de vérité dans chacun d’eux.

– … tous les écrivains sont des agents secrets.

-… car trouver un langage, trouver le langage, c’était , comme elle finirait par le comprendre, l’essentiel de l’écriture.

– … dans la vie des choses- oh! bien davantage que nous ne l’imaginons! – ne sauraient, en aucune façon, s’expliquer.

Note: 5/5
Gallimard, 2017, 141p.