Un jour, une citation: Honoré de Balzac

Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. Parti de la Grèce, j’arrivais à Rome et traversais l’étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait–on pas en racontant la vie et les aventures d’un mot? Sans doute il a reçu diverses impressions des événements auxquels il a servi; selon les lieux, il a réveillé des idées différentes; mais n’ est–il pas plus grand encore à considérer sous le triple aspect de l’âme, du corps et du mouvement? à le regarder, abstraction faite de ses fonctions, de ses effets et de ses actes, n’y a–t–il pas de quoi tomber dans un océan de réflexions? La plupart des mots ne sont–ils pas teints de l’idée qu’ils représentent extérieurement? à quel génie sont–ils dus! S’il faut une grande intelligence pour créer un mot, quel âge a donc la parole humaine? L’assemblage des lettres, leurs formes, la figure qu’elles donnent à un mot, dessinent exactement, suivant le caractère de chaque peuple, des êtres inconnus dont le souvenir est en nous. Honoré de Balzac « Louis Lambert »

(Photo: Camden, Londres)

Un jour, une citation: Amanda Sthers

Il est pour moi un signe de grande richesse et de joie d’avoir une bibliothèque qui déborde, des bouquins sur le sol en piles. Comme des Lego, comme des marches qui montent à ce qui nous a bâtis. Les histoires qu’on achète sans les lire comptent aussi dans nos vies. Pourquoi certaines fois gardons-nous dans la poche le chocolat qui nous est offert avec le café en attendant de le déguster alors qu’il arrive que nous nous jetions avidement sur une boîte de friandises? Je parcours souvent les couvertures usées qui tapissent mes murs. J’écris mes émotions à la fin des romans, ou en bas de page, il arrive même que je dessine, et en retrouvant des gribouillis, c’est aussi une part de moi qui me revient et me fait sourire. Je regarde les romans pas encore ouverts, ils me font attendre. Il faut se sentir prêt, on ne va pas n’importe quand chez la princesse de Clèves ou s’enfoncer dans le désert des Tartares … Amanda Sthers «  Les promesses » Grasset

(Photo: Bancarella, Turin)