Un jour, une citation: Siri Hustvedt

Il arrive que je reconnaisse l’intelligence d’un écrivain ou la fluidité et l’élégance de son style, mais que je ne ressente pas grand-chose de plus. De tels livres semblent s’évaporer presque immédiatement après que je les ai lus, sans doute parce que la mémoire est consolidée par l’émotion. Les expériences d’émotion intense s’attardent dans l’esprit; les tièdes, non. Les grands livres, à mon avis, se distinguent par une urgence dans le récit, une nécessité que l’on peut sentir viscéralement. La lecture n’est pas une activité purement cognitive consistant à déchiffrer des signes; c’est l’entrée dans une danse de significations dont les résonances vont bien au-delà de ce qui n’est qu’intellectuel. Siri Hustvedt « Vivre, penser, regarder », Actes Sud.

(Photo: Vieille Bourse, Lille)

Un jour, une citation: Emmanuelle Collas

… et notamment des livres. La maison en est remplie. À chaque vie correspond son lot de livres. Je ne suis pas le capitaine Nemo, pour qui le monde a fini le jour où son Nautilus s’est plongé pour la première fois sous les eaux. Et Perec ne m’a pas été d’un grand secours sur la manière de ranger les livres. Je les trie, les classe, les empile, les range, les cherche, les retrouve, les déplace, puis recommence à les ranger, alphabétiquement, par thématique, par genre, par dossier en cours, par attachement, chronologiquement selon leur arrivée dans la maison ou par simple nécessité de pouvoir les trouver si besoin est, de les sentir tout près. Il me les faut à côté de moi, même si certains, déjà lus et relus, attendent pendant des semaines, voire des mois, que je les ouvre à nouveau. Ils sont là et me rassurent. Je les aime car ils me protègent contre l’incertitude des jours. Emmanuelle Collas « Sous couverture » Éditions Anne Carrière, p.89

( Photo: Bouquinerie, Bruxelles)

Un jour, une citation: Italo Calvino

🇫🇷 Comme ta maison est le lieu où tu lis, elle peut nous dire la place que les livres occupent dans ta vie, s’il s’agit d’une défense que tu mets en avant pour tenir le monde à distance, d’un rêve dans lequel tu t’enfonces comme dans une drogue, ou si au contraire, il s’agit de ponts que tu jettes vers l’extérieur, vers le monde qui t’intéresse tant, que tu voudrais en dilater et en multiplier les dimensions à travers les livres. Italo Calvino « Si par une nuit d’hiver un voyageur » Folio, p.201

🇮🇹 La tua casa, essendo il luogo in cui tu leggi, può dirci qual è il posto che i libri hanno nella tua vita, se sono una difesa che tu metti avanti per tener lontano il mondo di fuori, un sogno in cui sprofondi come in una droga, oppure se sono dei ponti che getti verso il fuori, verso il mondo che t’interessa tanto da volerne moltiplicare e dilatare le dimensioni attraverso i libri. Italo Calvino « Se una notte d’inverno un viaggiatore »

(Photo: Librebook, Bruxelles)

Un jour, une citation: Vivian Gornick

Pour moi relire un livre que j’estimais important à une période de ma vie, c’est un peu comme s’allonger sur le divan du psychanalyste. Un récit que je connaissais par cœur des années durant est tout à coup remis en perspective avec angoisse, je me rends compte que j’ai mal interprété tel personnage ou tel détail de l’intrigue. Ils se rencontrent à New York alors que j’étais persuadée que c’était à Rome; en 1870, alors que j’aurais parié sur 1900; qu’est-ce que la mère a fait au héros, déjà? Le monde continue à disparaître dès que je me mets à lire, pourtant, je ne peux m’empêcher de me demander comment, ayant mal compris ceci, et cela, ce livre a tout de même réussi à me captiver. Vivian Gornick « Inépuisables », Éditions Rivages (Incipit) p.6

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)