Un jour, une citation: Patrick Modiano

🇫🇷 Écrire un livre, c’était aussi, pour lui, lancer des appels de phares ou des signaux de morse à l’intention de certaines personnes dont il ignorait ce qu’elles étaient devenues. Il suffisait de semer leurs noms au hasard des pages et d’attendre qu’elles donnent enfin de leurs nouvelles. Patrick Modiano « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier »

🇮🇹 Per lui scrivere un libro voleva anche dire lanciare segnali luminosi o Morse all’ indirizzo di persone di cui non sapeva più niente. Bastava seminarne a caso i nomi fra le pagine e aspettare che loro dessero notizie. Patrick Modiano « Perché tu non ti perda nel quartiere »

(Photo: Librairie Les fleurs du mal, Louvain-la-Neuve)

Un jour, une citation: Annie Ernaux

Mais à quoi bon écrire si ce n’est pour désenfuir des choses même une seule irréductible a des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d’une idée préconçue ni d’une démonstration, mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre – à supporter- ce qui arrive et ce qu’on fait. Annie Ernaux « Mémoire de fille » Gallimard

(Photo: Librairie de Cluny, place Paul Painlevé 1, 75005 Paris)

Un jour, une citation: Elena Ferrante

🇫🇷 Je n’aimais pas les pages trop refermées, telles des persiennes toutes baissées. J’aimais la lumière, l’air entre les lattes. Je voulais écrire des histoires pleines de courants d’air, de rayons filtrés où danse la poussière. Et puis j’aimais l’écriture qui vous fait pencher au dessus de chaque ligne pour regarder en contrebas et sentir le vertige de la profondeur, la noirceur de l’enfer. Elena Ferrante  » Les jours de l’abandon » Folio

🇮🇹 Non mi piaceva la pagina troppo chiusa, come una persiana tutta abbassata. Mi piaceva la luce, l’aria tra le stecche. Volevo scrivere storie piene di spifferi, di raggi filtrati dove balla il pulviscolo. E poi amavo la scrittura di di chi ti fa affacciare da ogni rigo per guardare di sotto e sentire la vertigine della profondità, la nerezza dell’inferno. Elena Ferrante « I giorni dell’abbandono » Edizioni e/o

(Photo: Librairie La Licorne, Chaussée d’Alsemberg, 715, 1080 Uccle)

Un jour, une citation: Colette

Écrire, pouvoir écrire! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d’une tache d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé de papillon-fée… Écrire… C’est le regard accroché, hypnotisé par le reflet de la fenêtre dans l’encrier d’argent, la fièvre divine qui monte aux joues, au front, tandis qu’une bienheureuse mort glace sur le papier la main qui écrit. Cela veut dire aussi l’oubli de l’heure, la paresse au creux du divan, la débauche d’invention d’où l’on sort courbatu, abêti, mais déjà récompensé, et porteur de trésors qu’on décharge lentement sur la feuille vierge, dans le petit cirque de lumière qui s’abrite sous la lampe. Écrire! Verser avec rage toute la sincérité de soi sur le papier tentateur, si vite, si vite que parfois la main lutte et renâcle, surmenée par le dieu impatient qui la guide… et retrouver, le lendemain, à la place du rameau d’or, miraculeusement éclos en une heure flamboyante, une ronce sèche, une fleur avortée… Colette « La Vagabonde »

(Photo: Rigatteria, via Malcanton, 12, 34121 Trieste)

Un jour, une citation: Patrick Modiano

Il n’avait écrit ce livre que dans l’espoir qu’elle lui fasse signe. Écrire un livre, c’était aussi, pour lui, lancer des appels de phares ou des signaux de morse à l’intention de certaines personnes dont il ignorait ce qu’elles étaient devenues. Patrick Modiano « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier »

(Photo: Libreria Achille, Piazza Vecchia, 4, 34121 Trieste, Italie)

Un jour, une citation: Romain Gary

🇫🇷 Toutes ces mésaventures firent que je m’enfermais de plus en plus dans ma chambre et que je me mis à écrire pour de bon. Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. Romain Gary « La Promesse de l’aube »

🇮🇹 Tutte quelle disgrazie fecero si che mi chiudessi sempre di più in camera mia e mi metessi a scrivere davvero. Attaccato dalla realtà su tutti i fronti, respinto da tutte le parti, scontrandomi ovunque con i miei limiti, presi l’abitudine di rifugiarmi in un mio mondo immaginario e viverci, attraverso i personaggi che inventavo, una vita piena di significato, di giustizia, di compassione. Romain Gary « La promessa dell’alba »

(Photo: Piolalibri, rue Franklin, 66-68, 1000 Bruxelles)

Un jour, une citation: Camille de Peretti

C’est si difficile d’écrire un livre. Au départ, tout est neuf, tout est beau, comme aux débuts d’un amour. Les premiers mots font battre le coeur comme un premier baiser, ils sont irrésistibles. Les pages défilent dans un tourbillon d’euphorie jusqu’au point final. C’est alors seulement que commence le véritable travail. Il faut tout reprendre et tout corriger. La relecture constitue une déception immense. « C’est donc ça mon livre? » On fait des petits ajouts, on supprime de gros paragraphes. A la deuxième relecture, rien ne va plus, les personnages sont bancals, les situations psychologiques superficielles, le style déplorable nous saute au visage. L’éditeur conseille de laisser reposer le manuscrit un moment, de ne plus y toucher, de ne plus y penser. Puis on repart au combat. Des chapitres entiers disparaissent, les virgules se bousculent. Encore un effort. Puis un jour, c’est terminé. On est libéré. On se jure de ne plus retomber, de trouver un travail sérieux, un travail avec des horaires et des congés payés, un travail respectable. Quand, un beau matin, elle est là qui se tient devant nous, la première phrase d’un nouveau roman. Ce sera un alexandrin; ce sera « Le bébé est là, qui vagit dans le berceau. Camille de Peretti « La Casati »

(Photo: Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)