Un jour, une citation: Italo Calvino

🇫🇷 Comme ta maison est le lieu où tu lis, elle peut nous dire la place que les livres occupent dans ta vie, s’il s’agit d’une défense que tu mets en avant pour tenir le monde à distance, d’un rêve dans lequel tu t’enfonces comme dans une drogue, ou si au contraire, il s’agit de ponts que tu jettes vers l’extérieur, vers le monde qui t’intéresse tant, que tu voudrais en dilater et en multiplier les dimensions à travers les livres. Italo Calvino « Si par une nuit d’hiver un voyageur » Folio, p.201

🇮🇹 La tua casa, essendo il luogo in cui tu leggi, può dirci qual è il posto che i libri hanno nella tua vita, se sono una difesa che tu metti avanti per tener lontano il mondo di fuori, un sogno in cui sprofondi come in una droga, oppure se sono dei ponti che getti verso il fuori, verso il mondo che t’interessa tanto da volerne moltiplicare e dilatare le dimensioni attraverso i libri. Italo Calvino « Se una notte d’inverno un viaggiatore »

(Photo: Librebook, Bruxelles)

Un jour, une citation: Vivian Gornick

Pour moi relire un livre que j’estimais important à une période de ma vie, c’est un peu comme s’allonger sur le divan du psychanalyste. Un récit que je connaissais par cœur des années durant est tout à coup remis en perspective avec angoisse, je me rends compte que j’ai mal interprété tel personnage ou tel détail de l’intrigue. Ils se rencontrent à New York alors que j’étais persuadée que c’était à Rome; en 1870, alors que j’aurais parié sur 1900; qu’est-ce que la mère a fait au héros, déjà? Le monde continue à disparaître dès que je me mets à lire, pourtant, je ne peux m’empêcher de me demander comment, ayant mal compris ceci, et cela, ce livre a tout de même réussi à me captiver. Vivian Gornick « Inépuisables », Éditions Rivages (Incipit) p.6

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)

Un jour, une citation: Umberto Eco

🇫🇷 Celui qui lit aura vécu au moins cinq mille ans: il était là quand Cain tua Abel, quand Renzo épousa Lucia, quand Leopardi admirait l’infini. La lecture, c’est une immortalité à rebours. Umberto Eco

🇮🇹 Chi legge avrà vissuto 5000 anni: c’era quando Caino uccise Abele, quando Renzo sposò Lucia, quando Leopardi ammirava l’infinità, perché la lettura è un’immortalità all’indietro. Umberto Eco Perché i libri allungano la vita, La bustina di Minerva, in “L’Espresso”, 2 giugno 1991

(Photo: Millefeuille, Café littéraire, Bruxelles)

Un jour, une citation: Eloïse Lièvre

La lecture achevée, les pages n’ont plus besoin d’être marquées, mais, nulle inadvertance, on n’oublie pas ce qu’on laisse dans les livres. On le laisse là sciemment, pour le retrouver plus tard, ou pour qu’il soit trouvé plus tard, quand on rouvrira le livre et qu’il exhalera, sous la forme de ce vestige pauvre, un fragment du passé, ou le souvenir d’un être cher. Ces bribes modestes de réel transforment les livres en herbiers, en albums, en écrins. Boîtes à moments. Memento mori. Bouteilles à la mer. Capsules de temps. A l’échelle de la bibliothèque, chaque livre joue ce même rôle. Eloïse Lièvre « Notre dernière sauvagerie » Fayard, p.306

(Photo: Librairie Nijinski, Bruxelles)