Un jour, une citation: Franck Thilliez

La lecture a ceci de magique qu’elle permet de remonter le temps. Rien ne vous empêche, alors que vous approchez de la fin d’un livre, de relire les premiers chapitres et de retrouver ainsi les personnages tels qu’ils étaient une heure, un mois ou des années auparavant. La réalité est malheureusement toute différente. Ce qui est passé est passé. Normalement… Franck Thilliez « L’anneau de Moebius »

(Photo: Librairie Au vieux quartier, rue de La Croix, 30, 5000 Namur)

Un jour, une citation: Dacia Maraini

🇫🇷 Dehors il fait noir. Stérile et absolu, le silence enveloppe Marianna. Dans ses mains, un livre d’amour. Les mots, dit l’auteur, sont cueillis par les yeux comme les grappes d’une vigne grimpante, ils sont écrasés par la pensée comme par une roue de moulin, puis sous forme liquide, ils se répandent et parcourent les veines avec bonheur. Est-ce cela, la divine vendange de la littérature? Trembler avec les personnages qui circulent entre les pages, boire le suc de la pensée d’autrui, éprouver en miroir l’ivresse d’un plaisir qui appartient à un autre. Exalter ses propres sens à travers le spectacle toujours répété de l’amour en représentation, n’est-ce pas aussi de l’amour? Quelle importance si cet amour n’a jamais été vécu directement en face à face? Assister aux enlacements de corps étrangers mais si proches et connus par la lecture, n’est-ce pas comme les vivre, ces enlacements, avec le privilège en plus de rester maître de soi? Dacia Maraini « La vie silencieuse de Marianna Ucria »

🇮🇹 Fuori è buio. Il silenzio avvolge Marianna sterile e assoluto. Fra le sue mani un libro d’amore. Le parole, dice lo scrittore, vengono raccolte dagli occhi come grappoli di una vigna sospesa, vengono spremuti dal pensiero che gira come una ruota di mulino e poi, in forma liquida si spargono e scorrono felici per le vene. E questa la divina vendemmia della letteratura? Trepidare con i personaggi che corrono fra le pagine, bere il succo del pensiero altrui, provare l’ebbrezza rimandata di un piacere che appartiene ad altri. Esaltare i propri sensi attraverso lo spettacolo sempre ripetuto dell’amore in rappresentazione, non è amore anche questo? Che importanza ha che questo amore non sia mai stato vissuto faccia a faccia direttamente? Assistere agli abbracci di corpi estranei, ma quanto vicini e noti per via di lettura, non è come viverlo quell’abbraccio, con un privilegio in più, di rimanere padroni di sè? Dacia Maraini « La lunga vita di Marianna Ucrìa »

(Photo: Bouquinerie, 1050 Bruxelles)

Un jour, une citation: Alberto Manguel

J’aime contempler mes bibliothèques encombrées, pleines de noms plus ou moins familiers. Je trouve délicieux de me savoir entouré d’une sorte d’inventaire de ma vie. J’aime découvrir dans des volumes presque oubliés des traces du lecteur que j’ai été un jour – griffonnages, tickets d’autobus, bouts de papier avec des noms et des numéros mystérieux, et, parfois, sur une page de garde, une date et un lieu qui me ramènent à un certain café, à une lointaine chambre d’hôtel, à un été d’autrefois. Alberto Manguel « Une histoire de la lecture » Actes Sud

(Photo: Bouquinerie, Antwerpen-Anvers)