Un jour, une citation : Hermann Hesse

Dans la vie, la lecture, comme chaque pas, comme chaque respiration, doit apporter quelque chose, il faut y consacrer de l’énergie pour en récolter de plus riches encore, il faut s’égarer pour se retrouver avec plus de conscience encore. Il ne sert à rien de connaître l’histoire de la littérature si nous n’avons pas puisé dans chaque volume que nous avons lu, joie ou consolation, énergie ou paix intérieure. Hermann Hesse « Magie du livre – Écrits sur la littérature »

(Photo: Librairie Nijinski, Chaussée d’Ixelles, 315, 1050 Ixelles)

EMMELENE LANDON « MARIE-GALANTE »

Quatrième de couverture

Marie-Galante, c’est l’histoire de deux personnes sur une île, de deux voyages, et d’une année qui s’écoule entre les deux. Cest un livre d’amour écrit au présent, dans le présent vif et aigu d’un échange continuel.

Le premier voyage à Marie-Galante a lieu en 2016. Paul et Emmie aiment les îles, leur géographie, leur solitude, et poursuivre là pour l’un, la lecture et l’écoute, pour l’autre, la peinture et l’écrit. Ils décident de revenir l’année suivante, exactement au même endroit. Dans une continuation. Dans le bonheur du dernier amour.

L’année entre ces deux voyages est retranscrite à travers leurs dialogues. Les joies, les contrariétés, les activités, leur plaisir à se retrouver, se réveiller le matin ensemble, à parler de cinéma, de peinture, d’édition, de musique, dans un flux ininterrompu de pensées et de désir.

Avec le deuxième voyage, nous retrouvons le premier. Et si Marie-Galante était une Utopie, une sorte de Youkali, comme dans l’opéra Marie-Galante de Kurt Weill? Mais il n’y a pas de Youkali.

Le livre s’arrête au seuil.

Mon avis

Un voyage à Marie-Galante, et la volonté d’y retourner l’année suivante. Et entre les deux voyages, l’amour au quotidien. Ils s’aiment, ils se le disent… Parlent de la vie, de l’amour… Lui a « construit sa vie autour de la lecture », elle est peintre.

Un récit très intime sur la passion amoureuse. Ils parlent de tout de rien, de leur amour, de leur travail respectif, de leur voyage au milieu de l’hiver, à Marie-Galante… Un bel hommage à l’homme aimé qui parle du bonheur même si le chagrin arrive.

Extraits

♡ Ce qui comte pour lui reste avant tout la lecture, plutôt que ce qu’il en dit.

♡ Nous partageons nos solitudes. L’amour et la confiance les rendent d’autant plus intenses. 

♡ Les livres nous ouvrent des mondes, percent le silence. Une bibliothèque, c’est la possibilité d’interagir avec tous ces mondes. […] Chaque livre est au centre d’un réseau de lecture, de lecteurs, chacun vit sa propre histoire avec le livre.

♡ Tu es le bonheur dans ma vie, mon bonheur, ma joie.

♡ C’est le mystère inachevé des premières amours qui restent sur une promesse.

Le secret du dernier amour est de sortir du silence, de rompre le silence. Le dernier amour n’attend pas le bonheur, il est le bonheur.

♡ Tous les livres que je publie sont vivants, c’est comme s’ils avaient les cheveux dans le vent.

♡ Notre vie est faites-en bonheur et de lecture, et si je ne connais pas la fabrique de ton bonheur, ce n’est pas un mystère qui en résulte, mais un amour encore plus immense, l’étonnement de partager la vie avec toi.

♡ Une lecture mène à une autre. Tu vois tout du dedans. J’entends la voix intérieure de tous les livres que je publie, sans qu’elle soit mienne.

Note: 5/5

Gallimard, 2018, 98 p.

Un jour, une citation: José Saramago

🇫🇷 On apprend presque tout en lisant, […] chacun invente sa propre façon, certains passent leur vie à lire sans jamais réussir à dépasser le stade de la lecture, ils restent collés à la page, ils ne comprennent pas que les mots sont comme des pierres placées en travers d’une rivière pour en faciliter la traversée, elles sont là pour que nous puissions parvenir sur l’autre rive, c’est l’autre rive qui importe […] Sauf si ces fameuses rivières ont plus de deux rives, sauf si chaque personne qui lit est elle-même sa propre rive et si la rive qu’elle doit atteindre lui appartient en propre. » José Saramago « La caverne »

🇮🇹 Leggendo, si viene a sapere quasi tutto, […] ciascuno inventa la propria, quella che gli sia più consona, c’è che passa tutta la vita a leggere senza mai riuscire ad andare al di là della lettura, restano appiccicati alla pagina, non percepiscono che le parole sono soltanto delle pietre messe di traverso nella corrente di un fiume, sono lì solo per farci arrivare all’altra sponda, quella che conta è l’altra sponda, […] A meno che quei fiumi non abbiano due sole sponde, ma tante, che ogni persona che legge sia, essa stessa, la propria sponda, e che sia sua, e soltanto sua, la sponda a cui può arrivare. José Saramago « La caverna »

(Photo: Bouquinerie, Bruxelles)

Un jour, une citation: Goliarda Sapienza

🇫🇷 Il n’y a rien à faire, comme disait ma mère, tous les dix ans il faut relire les livres qui nous ont formés si l’on veut mener à bien quelque chose. Goliarda Sapienza « L’art de la joie »

🇮🇹 Non c’è niente da fare, come diceva mia madre, ogni dieci anni bisogna rileggere i libri che ci hanno formato se si vuol venire a capo di qualcosa. Goliarda Sapienza « L’arte della gioia »

(Photo: Bouquinerie, Paris)

Un jour, une citation: John Williams

🇫🇷 Il se promenait dans les rayonnages de la grande bibliothèque de l’université parmi des milliers de livres et inhalait cette odeur de renfermé, de cuir, de toile et de papier jaunissant comme le plus exotique des encens. Parfois il s’arrêtait, sortait un ouvrage des rayons et le tenait un moment dans ses grandes  mains tout émues de manipuler un objet si peu familier. La reliure, le dos, les planches si dociles… Puis il le feuilletait et attrapait un paragraphe ici ou là… Ses doigts malhabiles tournaient les pages avec le plus grand soin, terrifiés qu’ils étaient à l’idée d’abîmer ou de déchirer ce qu’ils avaient eu tant de mal à découvrir. John Williams « Stoner »

🇮🇹 Vagava per i corridoi della biblioteca dell’università, in mezzo a migliaia di libri, inalando l’odore stantio del cuoio e della tela delle vecchie pagine, come se fosse un incenso esotico. Certe volte si fermava, prendeva un volume da uno scaffale e lo teneva per un istante tra le sue manone, che vibravano al contatto ancora insolito con il dorso e il bordo e le pagine docili. Poi cominciava a sfogliarlo, leggendo qualche paragrafo qua e là, e le sue dita rigide giravano le pagine con infinita attenzione, quasi timorose di distruggere, con la loro rozzezza, ciò che avevano scoperto con tanta fatica. John Williams « Stoner »

(Photo: Libreria Achille, Piazza Vecchia, 4, 34121 Trieste, Italie)

MICHÈLE LESBRE « RENDEZ-VOUS À PARME »

Quatrième de couverture

RENDEZ-VOUS A PARME. Dans les cartons de livres que lui a légués Léo, un vieil ami avec qui elle partageait la passion du théâtre, la narratrice découvre un exemplaire de La Chartreuse de Parme. Les premières pages la ramènent à l’été de ses quatorze ans, quand un homme de l’âge de son père lui lisait le roman à haute voix sur une plage. A la fin de la saison, il lui avait murmuré : « Quand vous serez plus grande, vous irez à Parme, il faut lire ce roman de Stendhal à Parme. » Des années plus tard, elle décide d’obéir à cette affectueuse injonction. Laissant désemparé l’homme qu’elle vient de rencontrer, elle prend seule le train pour l’Italie. Dans la sereine ville de Parme, la ferveur de ses préparatifs s’est évanouie. Mais, lorsqu’elle pénètre dans le théâtre Farnèse, son voyage soudain revêt un autre sens : sur la scène vide, défilent les silhouettes absentes dont les spectacles ont tant compté. Patrice Chéreau, Philippe Clévenot, Vàclav Havel, Tadeusz Kantor, Peter Brook et tant d’autres l’emportent dans une belle sarabande. Plutôt que celles, bien loin, de La Chartreuse de Parme, elle est venue suivre ici les traces d’un passé qui lui est essentiel. Le théâtre dès lors guide sa mémoire, envahit son séjour, l’apaise, et l’entraîne vers le présent. Quand, sur une impulsion, elle demande à son amant parisien de la rejoindre, un autre voyage peut commencer… Rendez-vous à Parme est un roman lumineux sur le désir, une invitation à vivre, comme au théâtre, tous les possibles.

L’auteur

Michèle Lesbre vit à Paris. « Rendez- vous à Parme » , son douzième livre chez Sabine Wespieser éditeur, renoue avec la veine romanesque du « Canapé rouge » (2007) ou de « Écoute la pluie » (2013)

Mon avis

Laure aime le théâtre. Cette passion l’unissait à Léo, qui vient de lui léguer six cartons de livres. Parmi les livres, elle découvre « La Chartreuse de Parme » de Stendhal. Un souvenir lui revient. Un été sur une plage normande et la lecture que lui faisait de ce livre un homme qui avait perdu sa fille. Il lui avait dit: « Quand vous serez plus grande, vous irez à Parme, il faut lire le roman de Stendhal à Parme. »

Son exemplaire de « La Chartreuse  » en poche, elle prend un train pour l’Italie, laissant l’homme qu’elle vient de rencontrer… Les souvenirs affluent, le passé revit au fil des jours. Le théâtre… Et puis une invitation aussi soudaine que surprenante…

Ce livre a le charme d’un voyage en Italie sur les traces des souvenirs. Parme, Bologne, Turin, le lac de Côme… autant de lieux, autant de souvenirs…

L’écriture est magnifique: poétique et douce. Une invitation à relire Stendhal, que j’ai saisie sur le champ! Une invitation à lire certains auteurs italiens aussi. Une lecture qui entraîne d’autres lectures: tout ce que j’aime. Un énorme coup de coeur!

Extraits

♡ Voilà les livres dont je me souviendrai au paradis, ils sont pour toi. 

♡ C’était un tout autre roman, je l’habitait avec bonheur, comme retranchée en un temps suspendu où l’histoire se mêlait à la vie.

♡ L’amour comme une sorte de voyage. L’amour n’est- il pas un voyage?

♡ Stendhal écrivait sans doute son roman avec en tête les bouleversements de 1831, à Modène, même s’il se termine un an avant, et c’était ce que j’aimais, cette façon d’évoquer l’histoire à travers la vie et les sentiments.

♡ La littérature est le grand théâtre du temps.

♡ Nos vies sont peuplées d’ombres flottantes.

♡ En m’endormant, je pensais que les commencements avaient jalonné ma vie […] et que j’aimais follement ces commencements. Je n’avais peut- être rien su faire d’autre que de succomber au charme de ce qui survient, l’inattendu, le merveilleux cadeau du hasard. Je m’étais perdue souvent, mais ces perpétuelles improvisations me construisaient. 

♡ Il y a des villes pour les chagrins et d’autres pour le bonheur, parfois ce dont les mêmes.

Note: 5/5💙💙

Sabine Wespieser Éditeur, 2019, 116 p.