Un jour, une citation: Colette

🇫🇷 Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme… Je veux sourire à tous les visages aimables, et m’écarter des gens laids… Je veux chérir qui m’aime et lui donner tout ce qui est à moi dans le monde : mon corps rebelle au partage, mon cœur si doux et ma liberté! Colette « Les vrilles de la vigne »

🇮🇹 Voglio scrivere libri tristi e casti pieni solo di paesaggi, fiori, sofferenze, orgoglio, del candore di bestie affascinanti timorose dell’uomo… Voglio sorridere a visi affascinanti, e staccarmi dalla gente brutta, sporca e puzzolente. Voglio amare l’urologue chi mi ama e dargli tutto ciò che possego al mondo: il mio corpo ribelle al destino, il mio cuore tenero, la mia libertà! Colette « Viticci  »

(Photo: Librairie Mot Passant, Avenue de Jette, 300, 1090 Bruxelles)

Un jour, une citation: Eric de Kermel

J’aime les livres.

J’aime tous les livres!

Les tout petits, écrits d’un seul geste, comme les très grands qui sont l’œuvre de toute une vie; les vieux avec leur reliure en lambeaux, mais aussi ceux qui, tout juste sortis de chez l’éditeur, fanfaronnent avec leur belle bande rouge.

J’aime les livres qui racontent de grandes histoires romanesques à vous tirer les larmes, mais j’ai aussi un grand plaisir à me laisser prendre dans les déambulations intellectuelles et savantes des essais qui me procurent le sentiment d’être plus intelligente.

J’aime les livres d’art qui font entrer dans les maisons les tableaux du Louvre ou du Prado, ou les images dépaysantes venues des cinq continents. Combien serions-nous à ne rien connaître de ces merveilles s’il n’y avait ces livres?

J’aime la tranche des livres. Lorsqu’ils sont rangés dans les rayons, on les regarde avec la tête légèrement inclinée, comme si nous les respections avant même de les avoir ouverts.

J’aime le papier. Comment parler du papier au singulier. J’aime les papiers des pages qui se tournent, et dont parfois on se détourne. S’il est bien choisi, un papier consomme avec les mots, et les pages défilent avec gourmandise. Quand il dissone, il peut provoquer l’abandon du lecteur, irrité par un faux accord.

Un papier trop blanc ne convient pas à une histoire d’amour car l’amour n’est jamais tout blanc; il jaunit légèrement avec le temps, prend les traces des heurts et des caresses comme les draps d’un lit après une étreinte.

Un papier gaufré donne de la profondeur aux mots. Ils s’y impriment et s’installent confortablement dans l’épaisseur des fibres, tel un chat sur les coussins d’un canapé.

J’aime aussi les mots sur les pages. Je ne parle pas du sens des mots, mais du rythme que produit le mouvement du gris. Entre chaque mot, un espace toujours égal garantit une distance de courtoisie qui permet à chacun de ne pas marcher sur les pieds de son voisin et de respirer à sa guise. Si nous étions comme les mots sur une page, je suis certaine que la bienveillance trouverait davantage de place pour s’épanouir. Eric de Kermel « La librairie de la place aux herbes »

(Photo: Bouquinerie Thomas, rue Froissart, 13, 1040 Bruxelles)

Jean-Louis Aerts « Un demi-siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

1940 : Emilie a 14 ans quand la Seconde Guerre mondiale vient bouleverser ses rêves d’adolescente.

1961 : Jeanne a 18 ans lorsque sa vie vole en éclats.

2006 : Marylou a 40 ans au moment où deux drames font basculer son existence et lui rappellent son douloureux passé.

Quel lien unit ces trois femmes? Qui donc a intérêt à déterrer les vieux démons ? L’inspecteur Gleizner mène l’enquête et tente de démêler l’écheveau de mensonges qui entoure les mystérieux incidents dont est victime Marylou.

Entre thriller et récit de vie, le lecteur est forcé de plonger de nouveau dans le passé pour comprendre le présent. Passionnant de bout en bout, ce roman revisite quelques événements marquants de l’histoire de Belgique.

L’auteur

Professeur de français, de latin et de théâtre dans une école bruxelloise depuis plus de vingt-cinq ans, Jean-Louis Aerts a multiplié les expériences littéraires et artistiques: one man show, saynètes et improvisations théâtrales, nouvelles, contes, etc.

Mon avis

Trois femmes, trois destins, trois histoires intimement liées. Emilie, Jeanne et Marylou: trois destins qui s’enchevêtrent… Emilie, amoureuse durant la seconde guerre mondiale. Jeanne, et le secret qui bouleversera sa vie. Et Marylou, qui après mille péripéties, a retrouvé une vie plus tranquille. Son grand-père décéde. Est-ce un accident ou un meurtre? On échappe pas à sa destinée. Le passé refait jour, ainsi que les manipulations les drames et les mensonges….

Une enquête palpitante qui entraîne le lecteur dans une histoire familiale complexe et mystérieuse. Et toujours l’Histoire en toile de fond. De l’exposition universelle de 1958 à l’incendie de l’Innovation en 1967, c’est l’histoire de Belgique qui revit au fil des pages. Un excellent moment de lecture, on tourne les pages sans s’en rendre compte et déjà il faut quitté le personnage de Marylou avec un soupçon de tristesse.

Extraits

▪️Écrire est un acte égoïste de survie, un exutoire utilisé par l’écrivain pour ne pas sombrer dans les abîmes de la la bêtise humaine, une bouée qui l’empêche de se noyer dans l’océan de haine que l’homme déverse jour après jour sur cette terre qu’il méprise.

▪️Quand la réalité est trop dure à supporter, on choisit parfois naïvement l’hypothèse la moins traumatisante.

▪️A-t-on besoin d’étaler sa souffrance pour ne pas l’oublier?

▪️Un petit moment d’hésitation peut vous trahir aussi bien qu’un flagrant délit.

Note: 5/5

180°éditions, 2018, 350p.

Jean-Louis Aerts « Un siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

Jeune journaliste de 33 ans, Marylou est engagée par un richissime vieillard américain pour écrire sa biographie. Le contrat à peine signé, elle se rend compte qu’elle se fait manipuler. Trop tard, le piège se referme inexorablement sur elle. Le compte à rebours est déclenché : il lui reste moins de deux ans pour comprendre les enjeux dont elle est l’objet. Débute alors un véritable bras de fer entre deux êtres que tout semble opposer. De New York à Syracuse, en passant par Bruxelles, Marylou sera forcée de remonter le passé jusqu’en 1907 et d’ouvrir la boîte de Pandore.

Entre thriller et récit de vie, l’auteur nous livre un roman captivant dès la première page, dans lequel il distille, les pièces d’un puzzle qu’on prend plaisir à reconstituer. Au final, une intrigue palpitante qui nous replonge dans quelques événements marquants du XXe siècle !

Mon avis

Journaliste intérimaire, Marylou risque de perdre sa place. C’est alors qu’elle est engagée par un richissime vieillard au passé mystérieux, pour écrire sa biographie. Victime d’une machiavélique manipulation qui l’entraînera de Bruxelles à New-York et Syracuse, en passant par Redu, petit village belge dédié aux livres, elle entame un voyage qui bouleversera sa vie à jamais. Un voyage qui la conduira sur les traces de son passé… Et cette question les crimes familiaux du passé peuvent-ils influencer la vie des générations successives!

Une lecture captivante qui parle de manipulation, de secrets, de drames, de coïncidences. Différentes catastrophes qui ont marqué le dernier siècle comme autant d’étapes de cette histoire. Une intrigue passionnante qui vous emporte et dont le rythme s’accélère au fil des pages! J’ai hâte de commencer le deuxième tome « Un demi-siècle de mensonges » dont je vous parlerai bientôt! À suivre!

Extraits

▪️Les souvenirs, si funestes soient-ils, vous aident à tenir debout, à maintenir le cap, coûte que coûte.

▪️L’homme, qui n’a aucun moyen de prévoir les méfaits du hasard, a toujours essayé de trouver une explication rationnelle aux événements, pour se rassurer,

▪️On a tous des petits secrets qu’on garde jalousement de peur qu’il nous échappent ou nous explosent à la figure.

▪️La vie est un jeu où tout le monde perd, certains un peu moins vite.

▪️La vie n’est pas un jeu où l’on retourne à la case départ.

▪️La vie est ainsi faite: pour qu’il y ai une oasis, il faut un désert.

Note: 4,5/5

▪️Finaliste du Prix des Lecteurs Club 2016

180 éditions, 2017, 380p.

Un jour, une citation: Dacia Maraini

🇫🇷 Dehors il fait noir. Stérile et absolu, le silence enveloppe Marianna. Dans ses mains, un livre d’amour. Les mots, dit l’auteur, sont cueillis par les yeux comme les grappes d’une vigne grimpante, ils sont écrasés par la pensée comme par une roue de moulin, puis sous forme liquide, ils se répandent et parcourent les veines avec bonheur. Est-ce cela, la divine vendange de la littérature? Trembler avec les personnages qui circulent entre les pages, boire le suc de la pensée d’autrui, éprouver en miroir l’ivresse d’un plaisir qui appartient à un autre. Exalter ses propres sens à travers le spectacle toujours répété de l’amour en représentation, n’est-ce pas aussi de l’amour? Quelle importance si cet amour n’a jamais été vécu directement en face à face? Assister aux enlacements de corps étrangers mais si proches et connus par la lecture, n’est-ce pas comme les vivre, ces enlacements, avec le privilège en plus de rester maître de soi? Dacia Maraini « La vie silencieuse de Marianna Ucria »

🇮🇹 Fuori è buio. Il silenzio avvolge Marianna sterile e assoluto. Fra le sue mani un libro d’amore. Le parole, dice lo scrittore, vengono raccolte dagli occhi come grappoli di una vigna sospesa, vengono spremuti dal pensiero che gira come una ruota di mulino e poi, in forma liquida si spargono e scorrono felici per le vene. E questa la divina vendemmia della letteratura? Trepidare con i personaggi che corrono fra le pagine, bere il succo del pensiero altrui, provare l’ebbrezza rimandata di un piacere che appartiene ad altri. Esaltare i propri sensi attraverso lo spettacolo sempre ripetuto dell’amore in rappresentazione, non è amore anche questo? Che importanza ha che questo amore non sia mai stato vissuto faccia a faccia direttamente? Assistere agli abbracci di corpi estranei, ma quanto vicini e noti per via di lettura, non è come viverlo quell’abbraccio, con un privilegio in più, di rimanere padroni di sè? Dacia Maraini « La lunga vita di Marianna Ucrìa »

(Photo: Bouquinerie, 1050 Bruxelles)

Abigail Seran « Un autre jour, demain »

Quatrième de couverture

Déborah attend un avion qui ne vient pas une veille de Noël, espérant en secret éviter la fête. Une bande d’anciens étudiants se retrouvent pour un week-end ; sont-ils devenus ce qu’ils aspiraient à être ? Un vieux monsieur partage contre son gré un banc avec une jeune fille. Une patiente s’installe à nouveau dans une salle d’attente longuement côtoyée. La jeune Luna est trop chamboulée pour acheter un bouquet de fleurs. Il n’a pas osé leur dire qu’il ne reprendrait pas l’entreprise familiale. Le plan social était une belle opportunité. Serait-il là où il est sans cette main tendue? Et claquent les ciseaux dans la longue chevelure!

Un autre jour, demain raconte ces points de bascule subtils ou brutaux qui construisent, transforment une existence. Autant d’histoires familiales, voyageuses, laborieuses, de brèves rencontres en récits de générations. Une galerie de personnages qui luttent, renoncent, s’animent, s’aiment, se fuient, s’éteignent, croquent la vie qui passe, celle d’aujour­d’hui, celle juste avant demain.

Mon avis

Un rencontre « arc-en-ciel » sur un quai de gare, un banc, un aveu lors d’une randonnée, une femme libre, les mots que l’on tait, l’attente d’un avion et deux regards qui se croisent, et l’amour des mots, de la danse, des chaussures, un bouquet de fleurs, des visages aux regards éperdus et les souvenirs, se construire une histoire! Moments de vie où tout peut changer! L’instant, avant demain!

De jolies nouvelles, une jolie atmosphère! Du sourire au lèvre à la larme au coin de l’œil, une bouffée d’émotions envahit cette lecture! Un très joli moment! Coup de coeur!

Extraits

▪️Jusqu’à se brûler la peau. Laisser l’eau. Sur la nuque, bouillante. La vapeur qui efface le reflet pour se sentir moins moche dans le miroir. Le shampoing dans les yeux. Oublier. Les autres, le monde, les contraintes, soi. Vouloir disparaître dans le siphon aux eaux sales. Peau de Sioux sous le jet agressif. Monter la température parce que le derme s’est habitué. Refuser d’arrêter. Saisir le pommeau. Passer à l’eau glacée. Ces petites entailles sur les jambes, le ventre, la poitrine, qui coupent le souffle. Et dans un geste de rage, arrêter la torture.S’emmitoufler dans une serviette. Une silhouette trop dodue qu’on ira couvrir bien vite. Éviter le miroir tant que la transformation n’est pas achevée. Un matin comme un autre, entre abandon et espoir. (Incipit)

▪️La journée trépassera comme les autres.

▪️Si je sortais maintenant. Je prendrais des pas, des bus, des avions. Je retrouverais ma vie qui est ici, peut-être là. …

▪️La première fois qu’ils furent plus que des signes sur une page, ce fut une révélation. Allongée sur le ventre, à regarder « Boule et Bill » jouer à la balle, la bulle, soudain, livra ses secrets. J’avais l’image, est venu le son. Je me souviens très bien de ma surprise de pouvoir, d’un coup, accéder à la compréhension, aux mots. Une sorte de sidération fascinée: je savais lire.

▪️[les mots] ils furent aussi ceux qui disent, qui blessent, qui aiment, construisent ou détruisent, soulagent. Ces « mots-maux » et « gemmes-mots » De ceux que l’on apprivoise…

▪️Quand enfin je m’autorisai à raconter des histoires, je retrouvai cette envie gourmande de jouer avec ces compagnons facétieux. Ils s’alignèrent en paragraphes, en chapitres, en livres. Ils construisaient un monde, des personnages, des chagrins et des rires. Ils emmenaient le lecteur sur le chemin de mon imaginaire, mots libres, heureux et vagabonds, mots riches de couleurs redécouvertes. Quand ils trouvèrent des passeurs, éditeurs, bibliothécaires et libraires, quand ils s’installèrent sous les yeux d’inconnus, qu’au-delà de leur forme primaire en noir sur blanc, ils prirent corps dans la tête et le cœur de liseurs bienveillants, ce fut un ravissement. Les mots créaient un univers, une réalité pour ceux qu’ils avaient croisés.

▪️Qu’ils volent ou glissent, qu’ils s’incrustent ou passent, endimanchés ou sommes, les mots, mes mots, deviennent alors les vôtres.

▪️Quand nous nous embrassons, nos coeur se touchent.

▪️Derrière les vitres, des visages aux regards éperdus. Partent-Ils, reviennent-ils? Avec eux, je roule dans mes souvenirs.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Luce Wilquin, 2018, 110p.

Laurence Vivarès « La vie a parfois un goût de ristretto »

Quatrième de couverture

Lucie, styliste parisienne, revient seule, sur les lieux où son histoire d’amour s’est échouée pour essayer de comprendre, de se confronter à son chagrin, de recoloriser  ses souvenirs, et peut-être de guérir. Ce voyage intérieur et extérieur la conduit à Venise, trouble et mystérieuse en novembre, pendant la période de l’« acqua alta« . Au rythme d’une douce errance, Lucie vit trois jours intenses, sous le charme nostalgique de la ville. En compagnie de Vénitiens qui croiseront providentiellement sa route, un architecte et sa sœur, une aveugle, un photographe, elle ouvre une nouvelle page de son histoire.

« Chaque millimètre de sa peau était sensible. Dans la lumière voilée, toute les couleurs de cette journée de novembre à Venise se déployaient, flatteuse et reposantes. Le contraire du noir ce n’était pas le blanc, mais bien la couleur. C’était simple, mais elle ne le découvrait que maintenant. »

Mon avis

Trois jours à Venise! Venise en novembre, c’est aussi « l’acqua alta »! Sur les traces d’un amour perdu, malheureux et toxique, mais aussi sur les traces des amours de George Sand et Alfred de Musset, sur les traces d’Hemingway, du Titien et de Vivaldi… Une promenade vénitienne, des rencontres … L’histoire d’une renaissance et le conseil d’un ami: « recoloriser le souvenir pour passer à autre chose ».

Des êtres fragiles, cabossés et touchants. Les charmes de Venise! Et le tour est joué!

Un moment d’évasion dans une ville que j’adore (comme beaucoup)! Un très beau premier roman! Une lecture qui a « coloré » ce mois de novembre un peu gris!

Extraits

▪️Nos histoires tissent nos vies, mais… nous pouvons tisser nos histoires.

▪️Pour lui, la culture ancraît l’âme des êtres profondément, comme des racines immenses les reliant par-delà les époques et les frontières, dans une gigantesque nappe phréatique.

▪️Privilège de la solitude, de n’être ancré à rien , et de potentiellement s’intégrer à tout.

▪️Toute réalité, même la plus terrible, est préférable à l’illusion car on peut en faire quelque chose.

▪️Ces peintres de la Renaissance… C’étaient des poètes de la lumière.

▪️Quand on ne voit pas, on est moins prisonniers de nos jugements.

Note: 4,5/5 💙

Eyrolles, 2018, 216p.