Un jour, une citation: Muriel Barbery

🇫🇷 Et si la littérature, c’était une télévision dans laquelle on regarde pour activer ses neurones miroirs et se donner à peu de frais les frissons de l’action? Et si, pire encore, la littérature, c’était une télévision qui nous montre tout ce qu’on rate? Muriel Barbery « L’élégance du hérisson »

🇮🇹 E se la letteratura fosse una televisione in cui guardiamo per attivare i neuroni specchio e concederci a buon mercato i brividi dell’azione? E se, peggio ancora, la letteratura fosse una televisione che ci mostra tutte le occasioni perdute? Muriel Barbery « L’eleganza del riccio »

(Photo: Galerie Bortier, 1000 Bruxelles)

LORENZO MARONE « LA TRISTESSE A LE SOMMEIL LÉGER »

Quatrième de couverture

« Je m’appelle Erri Gargiulo, et je me shoote à l’espoir depuis quarante ans. »

J’ai commencé à espérer à l’âge de cinq ans, quand je me suis fait l’illusion que mes parents allaient arrêter de se disputer… J’ai espéré que mes frères seraient enlevés par des terroristes, qu’Arianna deviendrait ma petite amie, que Giulia ne pourrait plus se passer de moi, que Matilde m’accueillerait dans son lit, que l’équipe de Naples gagnerait le championnat, que, tôt ou tard, je deviendrais dessinateur de BD. 

En fin de compte, j’ai compris qu’il est faux de dire que l’espoir ne devient jamais réalité. C’est une pure et simple question de probabilités: plus on a de désirs, plus il y a de chances qu’ils se réalisent.

Le temps d’un dîner, Erri Gargiulo se souvient, se raconte et fait un choix décisif pour le reste de son existence… À la fois drôle et subtile, portée par une construction originale et parfaitement maîtrisée, une comédie douce-amère qui brosse le portrait d’un homme et de sa famille, microcosme foisonnant, moderne, recomposé, à l’image de l’Italie du Sud d’aujourd’hui, aussi nostalgique qu’électrique.

L’auteur

Lorenzo Marone est né à Naples en 1974. Après deux œuvres au succès confidentiel, il explose sur la scène littéraire italienne et internationale avec son troisième livre, « La Tentation d’être heureux », traduit dans une dizaine de langues, adapté au cinéma par Gianni Amelio et récompensé par le prix Stresa ainsi que le prix Scrivere per Amore. « La tristesse a le sommeil léger » est son nouveau roman. Lorenzo Marone vit actuellement à Naples, avec sa femme et leur fils.

Mon avis

C’est l’histoire d’un homme, de sa vie, de ses échecs, de ses choix, de ses regrets, de ses rêves, de ses doutes, de ses espoirs, de ses blessures … Et l’histoire foisonnante de sa famille recomposée…

Il se raconte le temps d’un repas de famille. Et s’ils se réunissent autour de cette table, ce jour-là, c’est qu’il y a une raison…

Lorenzo Marone sait raconter une histoire. C’est d’une finesse et d’une justesse rare. L’auteur capture l’attention du lecteur et le tient en haleine grâce à des flash-backs, des diversions, des récits de souvenirs … Et pourtant le personnage principal n’a rien d’un super-héros, il est, somme toute, banal, un homme désenchanté et fragile, mais il nous fait entrer dans sa vie.

Un roman construit selon les règles de l’art, que j’ai adoré!

Extraits

▪️En fin de compte, j’ai compris qu’il est faux de dire que l’espoir ne devient jamais réalité. C’est une pure question de probabilités : plus on a de désirs, plus il y a de chances qu’ils se réalisent.

▪️c’est justement dans les instants de monotonie que les vérités nous échappent.

▪️Alors que d’autres sillonnent l’océan de l’existence à une vitesse folle, je suis l’ancre depuis des temps immémoriaux. Allez savoir pourquoi certains individus ressemblent à des pions de Monopoly qui avancent à des pions de Monopoly qui avancent à toute allure de plusieurs cases tandis que d’autres essaient en vain d’éviter celle de la prison.

▪️Je venais d’apprendre que parfois, de même que les choix sinon refuse de faire, les questions qu’on ne osent pas peuvent faire du mal à ceux qui nous sont chers.

▪️D’un côté. Il existent des personnes qui aiment les autres; avec elles , on peut défaire les cartons d’un déménagement. D’un autre côté, il y a des personnes qui aiment l’idée d’aimer les autres; avec elles, on ne peut pas aller au-delà d’un dîner agréable.

▪️Semer le doute . Il n’existe aucune technique plus efficace pour s’opposer à une personne prête à tout sacrifier sur l’autel de ses rêves.

▪️Il paraît que le doute serait l’apanage des gens intelligents que les gens superficiels ne le connaissent pas, qu’ils se satisfont de leur mariage. De leur emploi et du dieu qu’il faut remercier de les leur avoir donnés.

▪️Plus les vies semblent parfaites, plus elles reposent sur un énorme bluff.

▪️Des gens restent à côté de toi, une vie entière, et tu ne t’en rends pas compte. D’autres t’effleurent à peine, et tu t’en s’ouvrît pour toujours.

▪️… il y a une chose dans sans laquelle la famille, les enfants et le foyer ne sont plus qu’une coquille vide. Cette chose, la plus importante de toutes. Celle qui mérite ton plus grand respect, c’est ton bonheur.

▪️s’il est une chose au monde qui fiche une peur bleue, c’est bien le bonheur. On ne sait jamais quand il va arriver.

▪️La vérité, c’est que la vie est un ensemble de petits épisodes transformés en souvenirs. Et que si on est pas capable de les considérer à leur juste valeur, alors on ne mérite pas de les garder en mémoire. Et avec une mémoire vide, à quoi bon vivre?

▪️Tout ce qu’on ne fait pas au bon moment se transforme ensuite en boulet qu’on traîne pour le restant de ses jours.

Note: 5/5💙💙

Belfond, 2019, 384p.

JOHANNE RIGOULOT « UN DIMANCHE MATIN »

Quatrième de couverture

« C’est un fait divers comme la France en compte des centaines chaque année. Quand, au hasard d’une conversation, j’évoque « mon cousin condamné pour le meurtre de sa femme », je m’étonne de la surprise des gens.

Les crimes et délits saturent les journaux et nourrissent nos imaginaires. Ils doivent bien trouver leur réalité quelque part. Elle est la mienne et celle de ma famille depuis ce soir de juillet 2004.

Pierre a tué un dimanche matin avant de cacher le cadavre de sa victime. Par les multiples atteintes por-tées au corps de sa femme, mère de ses deux enfants, il a contraint le monde à parler d’elle au passé. Trois jours plus tard, le temps d’une mise en scène grossière révélée par l’enquête, l’affaire envahissait nos vies.

La famille est un organisme vivant. Qu’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte. » J.R.

L’auteur

Scénariste et romancière, Johanne Rigoulot est notamment l’auteur de « Et à la fin tout le monde meurt » (Prix Marie-Claire du premier roman) et de « Bâti pour durer »

Mon avis

Elle a connu l’homme. Le monde rencontre le meurtrier. Son cousin, Pierre, a commis l’inconcevable, l’impensable, l’inimaginable. Il a tué sa femme un dimanche matin…

Un récit courageux qui raconte un tsunami familial.

Comment réagir quand quelqu’un qu’on a côtoyé et aimé, devient un criminel? La famille du coupable s’effondre et est anéantie, entre incompréhension, désarroi, mais quel est le poids de sa douleur face à celle de la famille de la victime? Et puis il y a les parloirs, les lettres qu’on échange et les procès. Et essayer de mettre des mots sur le papier comme pour traquer l’oxygène.

C’est très très bien écrit.

Extraits

▪️Face à l’inconcevable, c’est un réflexe de survie: on traque la clé du basculement comme on chercherait l’oxygène.

▪️La famille est un organisme vivant. S’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte.

▪️Il est des souffrances profondes impossible à assumer.

▪️La vie raconte des histoires et nous sommes libres de les écouter ou non.

▪️J’ignore dans mon chagrin , où s’arrête mon histoire personnelle et où commence la nôtre, universelle, mais, comme beaucoup, j’ai perdu la foi.

▪️Ces lignes. Par elles, je traque l’oxygène.

▪️J’ai connu l’homme. Eux rencontrent un meurtrier. La justice, elle tranche par les faits.

▪️L’amour fait et défait. Il vient étayer les fondements identitaires, les modifie à sa guise. C’est une métamorphose.

▪️dans ce monde étrange, le sentiments amoureux construit des châteaux de sable livrés au hasard de la marée.

▪️L’individu est un puzzle, entre corps et tête, plaisir et douleur ou bonheur et souffrance, rendu difforme par le désespoir amoureux. L’évolution humaine s’est nourrie de la capacité à concilier la chair et l’esprit.

▪️Je crois à l’écriture avant toute chose. Je crois que ceux qu’on a aimés ne meurent pas tant que l’on témoigne d’eux. Je crois aux prémices de l’apaisement dans la justesse des mots.

Note: 5/5

Éditions des Équateurs, 2019, 224p.