JACK JAKOLI « PUNITION »

Quatrième de couverture

Imaginez un instant que vous êtes un célèbre écrivain. Imaginez, après avoir passé la nuit à arroser votre rancœur, vous installer confortablement pour un vol vers New York où vous devez négocier l’adaptation télévisée de votre best-seller. Imaginez simplement que vous êtes Joël Dicker. Toutefois, malencontreusement, vous vous êtes assis au mauvais endroit. Sur le siège d’un homme qui n’a manifestement pas réservé cette place par hasard. Préparez-vous maintenant à souffrir. 

L’auteur

Jack Jakoli, enquêteur à la Police Judiciaire, est coutumier des histoires tordues et des déviances humaines. Lecteur frénétique et écrivain fanatique depuis son adolescence, il extériorise ses craintes dans l’écriture aussi bien de romans que de nouvelles. Il vous propose ici l’une d’entre elles, une fiction qui vous gardera en haleine jusqu’aux derniers mots et mettant en scène malgré lui, l’écrivain à succès Joël Dicker. En attendant ses prochaines parutions, suivez son actualité sur Instagram et Facebook.

Mon avis

Joël Dicker dans un avion pour New-York et un homme sur le siège d’à côté. Une discussion… la tension monte. Et quand on croit avoir tout compris, on n’a peut-être rien compris! Que faut-il croire? Un petit régal qui se dévore en un instant, on tourne les pages, c’est top court! Une jolie plume, qui arrive à nous transporter dans l’avion avec Joël Dicker! À lire!

Extrait

– Vous avez voulu oublier le moment présent ou juste en profiter?

⁃ Un peu des deux. Pourquoi?, demanda Joël.

⁃ Pourquoi pas? C’est ça la véritable question, pourquoi ne pas oublier le moment présent?

Éditions Lamiroy, Opuscule #75, 2019, 36 p.

VALÉRIE NIMAL « NOUS NE SOMMES PAS DES MAUVAISES FILLES »

Quatrième de couverture

« D’une série de machines s’échappent des sons répétitifs. Sur les écrans, des graphiques. Reliée aux fils, elle dort sur un lit à barreaux. Je caresse son front. Ses yeux s’ouvrent, se referment, hallucinés. Tantôt elle geint, tantôt elle cogne les barres de métal. Une infirmière entre, ferme la porte avec douceur. « Votre maman a avalé une grande quantité de médicaments, elle a fait des mélanges », chuchote celle qui se faufile entre les sondes, les perfusions, en vérifiant les écrans. Je suis soulagée, enfin quelqu’un qui énonce la réalité. »

Alors que sa mère est à l’hôpital, Maud plonge dans son passé pour retracer – et retenir – le fil de cette existence qui s’échappe. Souvenir après souvenir se dessine le portrait sans concession d’une mère aimante, mais impitoyable pour ses filles ; d’une amante sentimentalement instable ; d’une exploratrice moderne, professeure d’archéologie, égyptologue et pilleuse de pyramides ; d’une femme cyclothymique qui lutte contre des crises de dépression.

Dans ce roman émouvant, tendre et éclatant, Valérie Nimal plonge le lecteur au coeur d’une relation mère-fille ravageuse à travers le regard de Maud qui va chercher un moyen de s’émanciper au point de perdre pied avec la réalité…

L’auteur

Valérie Nimal vit et travaille en Belgique. « Nous ne sommes pas de mauvaises filles » est son premier roman. Elle a par ailleurs publié deux recueils de nouvelles.

Mon avis

Après l’énième tentative de suicide de sa mère, le jour de son anniversaire, Maud se réfugie dans l’écriture: un cahier rouge, un stylo… Dans son journal « cathédrale », elle égrène ses souvenirs remuant ainsi les eaux troubles du passé. Malgré tout, elle fait face; sa sœur Marie, elle, a choisi de s’éloigner pour se protéger.

Peu à peu, au fil des souvenirs, se dessine le portrait en toile d’araignée d’une mère complexe, instable sentimentalement et à la vie mouvementée. Mais au bout du compte, il restera l’amour…

Un style percutant. Tout est dit en peu de mots justes. Une fine analyse des relations mère-fille, entre révolte et tendresse.

Un premier roman, touchant et émouvant, très très réussi! Coup de cœur!

Extraits

♡ … j’aimerais reprendre la plume. Me réapproprier la voix perdue entre les pages.

♡ Relire les lignes, les ratés, les mots barrés, s’imprégner des premières écritures… Jour après jour, en écrivant, j’édifierai un rempart contre les assauts, pierre après pierre, mon journal cathédrale, monticule de souvenirs, assemblage de mots, armature d’une vie.

♡ Pour écrire, il faut remuer les eaux troubles du passé

♡ Comme une matriochka, cette poupée russe, une femme peut en contenir d’autres.

♡ J’aurais aimé aussi vider mon cœur, le laver sous un torrent de larmes et le tordre une bonne fois pour qu’il sèche.

♡ Avant de ranger les livres dans des cartons, je caresse les couvertures du doigt. Roland Barthes. Ouvrir une page. « Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. Comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. » Ainsi, chaque ouvrage côtoie l’autre et son langage, peau à peau, et converse avec son voisin, dans une dimension singulière à laquelle j’accède en fermant les yeux. Caresses, griffures, brûlures des mots.

♡ L’écriture est le passage de la porte du temple, la limite entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Par cette porte, qui précède le Servan, chaque jour, tu apporteras une offrande. L’écriture te sauve car elle est un horizon: en elle tu vois la trouée d’un tunnel. Un chemin. Écris, efface, raye, reviens en arrière, consigne le fil des heures.

♡Au fil de ta vie, d’une relation à l’autre, tu as appris à tenir les mots à distance, à fuir leur violence, à ne pas rétorquer sur-le-champ. Tu les laisses rebondir comme des gouttes de pluie sur les pavés.

Note: 5/5 💙💙

Éditions Anne Carrière, 2019, 176 p.

Littérature belge: sélection 2018

Ma sélection 2018, en littérature belge:

– Tuyêt-Nga Nguyên « Les mots d’amour, je les aime tant» Renaissance du Livre

– Jérôme Colin « Le champ de bataille » Allary Éditions

– Odile d’Oultremont « Les déraisons » Éditions de l’observatoire

– Dominique Costermans « En love mineur » Éditions Quadrature

– Isabelle Bary « Dix-sept valises » Éditions Luce Wilquin

– Élise Bussière « Mal de mère» Éditions Mols

– Armel Job « Une femme que j’aimais » Robert Laffont

– Roméo Matsas « Le méridien d’Athènes » L’Harmattan

– Alia Cardyn « Une vie à t’attendre » Éditions Charleston

– Jean-Louis Aerts « Un demi-siècle de mensonges » 180° éditions

⁃ Marc Meganck et Aurélie Russanowska «Au sud des jours ordinaires» (micro-nouvelles) 180° éditions

Jean-Louis Aerts « Un demi-siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

1940 : Emilie a 14 ans quand la Seconde Guerre mondiale vient bouleverser ses rêves d’adolescente.

1961 : Jeanne a 18 ans lorsque sa vie vole en éclats.

2006 : Marylou a 40 ans au moment où deux drames font basculer son existence et lui rappellent son douloureux passé.

Quel lien unit ces trois femmes? Qui donc a intérêt à déterrer les vieux démons ? L’inspecteur Gleizner mène l’enquête et tente de démêler l’écheveau de mensonges qui entoure les mystérieux incidents dont est victime Marylou.

Entre thriller et récit de vie, le lecteur est forcé de plonger de nouveau dans le passé pour comprendre le présent. Passionnant de bout en bout, ce roman revisite quelques événements marquants de l’histoire de Belgique.

L’auteur

Professeur de français, de latin et de théâtre dans une école bruxelloise depuis plus de vingt-cinq ans, Jean-Louis Aerts a multiplié les expériences littéraires et artistiques: one man show, saynètes et improvisations théâtrales, nouvelles, contes, etc.

Mon avis

Trois femmes, trois destins, trois histoires intimement liées. Emilie, Jeanne et Marylou: trois destins qui s’enchevêtrent… Emilie, amoureuse durant la seconde guerre mondiale. Jeanne, et le secret qui bouleversera sa vie. Et Marylou, qui après mille péripéties, a retrouvé une vie plus tranquille. Son grand-père décéde. Est-ce un accident ou un meurtre? On échappe pas à sa destinée. Le passé refait jour, ainsi que les manipulations les drames et les mensonges….

Une enquête palpitante qui entraîne le lecteur dans une histoire familiale complexe et mystérieuse. Et toujours l’Histoire en toile de fond. De l’exposition universelle de 1958 à l’incendie de l’Innovation en 1967, c’est l’histoire de Belgique qui revit au fil des pages. Un excellent moment de lecture, on tourne les pages sans s’en rendre compte et déjà il faut quitté le personnage de Marylou avec un soupçon de tristesse.

Extraits

▪️Écrire est un acte égoïste de survie, un exutoire utilisé par l’écrivain pour ne pas sombrer dans les abîmes de la la bêtise humaine, une bouée qui l’empêche de se noyer dans l’océan de haine que l’homme déverse jour après jour sur cette terre qu’il méprise.

▪️Quand la réalité est trop dure à supporter, on choisit parfois naïvement l’hypothèse la moins traumatisante.

▪️A-t-on besoin d’étaler sa souffrance pour ne pas l’oublier?

▪️Un petit moment d’hésitation peut vous trahir aussi bien qu’un flagrant délit.

Note: 5/5

180°éditions, 2018, 350p.

Jean-Louis Aerts « Un siècle de mensonges »

Quatrième de couverture

Jeune journaliste de 33 ans, Marylou est engagée par un richissime vieillard américain pour écrire sa biographie. Le contrat à peine signé, elle se rend compte qu’elle se fait manipuler. Trop tard, le piège se referme inexorablement sur elle. Le compte à rebours est déclenché : il lui reste moins de deux ans pour comprendre les enjeux dont elle est l’objet. Débute alors un véritable bras de fer entre deux êtres que tout semble opposer. De New York à Syracuse, en passant par Bruxelles, Marylou sera forcée de remonter le passé jusqu’en 1907 et d’ouvrir la boîte de Pandore.

Entre thriller et récit de vie, l’auteur nous livre un roman captivant dès la première page, dans lequel il distille, les pièces d’un puzzle qu’on prend plaisir à reconstituer. Au final, une intrigue palpitante qui nous replonge dans quelques événements marquants du XXe siècle !

Mon avis

Journaliste intérimaire, Marylou risque de perdre sa place. C’est alors qu’elle est engagée par un richissime vieillard au passé mystérieux, pour écrire sa biographie. Victime d’une machiavélique manipulation qui l’entraînera de Bruxelles à New-York et Syracuse, en passant par Redu, petit village belge dédié aux livres, elle entame un voyage qui bouleversera sa vie à jamais. Un voyage qui la conduira sur les traces de son passé… Et cette question les crimes familiaux du passé peuvent-ils influencer la vie des générations successives!

Une lecture captivante qui parle de manipulation, de secrets, de drames, de coïncidences. Différentes catastrophes qui ont marqué le dernier siècle comme autant d’étapes de cette histoire. Une intrigue passionnante qui vous emporte et dont le rythme s’accélère au fil des pages! J’ai hâte de commencer le deuxième tome « Un demi-siècle de mensonges » dont je vous parlerai bientôt! À suivre!

Extraits

▪️Les souvenirs, si funestes soient-ils, vous aident à tenir debout, à maintenir le cap, coûte que coûte.

▪️L’homme, qui n’a aucun moyen de prévoir les méfaits du hasard, a toujours essayé de trouver une explication rationnelle aux événements, pour se rassurer,

▪️On a tous des petits secrets qu’on garde jalousement de peur qu’il nous échappent ou nous explosent à la figure.

▪️La vie est un jeu où tout le monde perd, certains un peu moins vite.

▪️La vie n’est pas un jeu où l’on retourne à la case départ.

▪️La vie est ainsi faite: pour qu’il y ai une oasis, il faut un désert.

Note: 4,5/5

▪️Finaliste du Prix des Lecteurs Club 2016

180 éditions, 2017, 380p.

Marc Meganck et Aurélie Russanowska «Au sud des jours ordinaires» (micro-nouvelles)

Quatrième de couverture

Les cent micro-nouvelles rassemblées dans ce volume évoquent les petits riens qui agacent et qui éraflent, ces instants trop brefs qui éblouissent, qui aiguisent nos sens. Coups de sang. Coups de cœur. Pour approcher le sud de nos désirs, il faut bien souvent composer avec les « gens », cette abstraction plurielle, ce groupe flou impliqué dans nos énervements quotidiens, dans nos émerveillements d’un jour.

Une chronique tendre et cynique de la vie ordinaire…

Mon avis

Tous ces gestes du quotidien qui nous attendrissent ou nous énervent, moments tristes ou tendres, cyniques parfois. Bribes de vie, petits travers de chacun, la délicate fragilité des instants, les émerveillements aussi. Éloge de l’anodin et de la vie ordinaire. Des micro-nouvelles à déguster dans l’ordre ou le désordre. À picorer au gré de l’envie! Une écriture magnifique et les illustrations d’Aurélie Russanowska sont splendides! Ce livre est également un bel objet et je ne peux que conseiller de l’offrir pour les fêtes qui approchent. À lire et à relire.

Extraits

▪️Quitter le quotidien pour rejoindre le sud de nos désirs, là où il y a de la chaleur, des coups de sang et des coups de cœur. Composer avec « les gens », cette abstraction plurielle, ce groupe flou impliqué dans nos énervements quotidiens, dans nos émerveillements d’un jour… les petits riens qui agacent et qui éraflent, ces instants trop brefs qui éblouissent, qui aiguisent nos sens. (Épigraphe)

▪️La vie n’est qu’une galerie de rôles qu’on endosse. Des rôles qu’on se construit ou qu’on se voit imposer, pas à pas…

▪️Ils sont rares, ces moments fragiles, semblables à des bulles de savon qui éclatent après une course éphémère dans les airs. Un verre en terrasse, la mer au loin, un livre à portée de la main, quelques notes de musique qui grésillent, la chaleur du soleil sur la peau.

▪️ Il faut y être pleinement… au risque de louper la délicate fragilité des instants.

▪️Car je sais qu’au fond, il y a de la lumière, un soleil, un sourire, de la douceur et des yeux qui font mourir les idées noires…

▪️On a la sienne sur le dos, au fond des poches, au creux de la poitrine et sur le bout des lèvres. Une vie et ce qu’on en fait, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Elle nous porte ou on la traîne.

▪️On se crée une vie linéaire en rêvant de la croisée des chemins.

▪️C’est une torture mentale. Combien de clics ? Combien d’actualisations de la page ? Le facteur passe à une heure régulière et puis c’est tout pour la journée. On peut reporter ses attentes au lendemain, cesser de se tourmenter. L’e-mail, lui, est pervers, il peut tomber à tout moment. Il est vecteur d’une terrible – parfois d’une effroyable – incertitude.

▪️Prendre un bateau dans le ciel en compagnie de l’enfant qui sourit et apprécier pleinement la naïveté, la pureté originelle. Se mettre en retrait et se complaire dans l’anodin, de la vie ordinaire.

▪️Le tic-tac de nos vies qui avancent.

▪️Les paupières semblent fermées. Le visage est légèrement penché en avant. Le regard posé sur le papier, sur les pages qui tournent presque imperceptiblement, sur les lignes du temps qui s’est arrêté. C’est beau une femme qui lit. De face, de côté. Dans un bistrot, dans un train, dans une baignoire, dans nos songes. Sur une terrasse, sur un banc, sur une butte herbeuse. C’est un spectacle apaisant, celui d’une femme emportée par des mots, emmenée par un auteur et son univers….

▪️Garder l’image intacte. Partir avant qu’ elle ne relève la tête, avant que le roman ne se referme.. avant qu’elle ne cesse de diriger son regard vers des illusions.

▪️La version papier nécessite du temps, celui qu.il faut prendre, réapprendre, avant de l’oublier.

▪️Changer de destination. Quitter l’autoroute avant de destination. Parce que la région qu’on traverse est belle. Parce qu’on est libre. Et se perdre, encore.

Note: 5/5 💙

180° Éditions, 2016, 184p.

Élise Bussière « Mal de mère »

Quatrième de couverture

1975. Miami.

Elizabeth Jones disparaît de façon inexpliquée. Vingt ans plus tard, son carnet intime refait surface. Sa fille se doit alors de réinventer sa propre histoire.

En explorant la vulnérabilité du lien maternel, ce livre offre un éclairage singulier sur un choix radical.

Mon avis

Une mère fait un choix radical. Un choix difficile à comprendre. Celui de disparaître. Disparaître car elle n’est pas la mère qu’elle souhaitait pour sa fille. Disparaître car elle ne se sent pas à la hauteur de la tâche de mère. Disparaître car elle souffre d’une détresse insidieuse et d’une profonde solitude. Et pourtant elle aime sa fille. Un jour elle entre dans une papeterie et achète un carnet rouge. Elle y écrira la vie qu’elles n’ont pas vécue ensemble…

Alternant la voix de la mère et celle de la fille, on découvre les douleurs de chacune; sentiments confus d’abandon, émotions qui submergent pour la fille, fragilité et défaillance pour la mère. Un beau livre sur la difficulté d’être mère et sur la difficulté de se construire en l’absence de mère. Un rendez-vous manqué entre ces deux femmes qui ne se connaîtront jamais! On oublie trop souvent que la maternité n’est pas toujours que du bonheur!

Extraits

▪️Depuis ta naissance, je n’étais que l’ombre de moi-même, vidée, sans équilibre. Pour t’offrir mieux que cette image, j’ai préféré disparaître.

▪️Est-ce que j’écris par nécessité ou par choix? Je ne sais pas.

▪️Mais, face à cette impensable brisure, parviendrons-nous à tisser les liens qui réparent?

Note: 5/5

Éditions Mols, 2018, 124 p.