DOMINIQUE ZACHARY « Les frémissements du silence »

Quatrième de couverture

À priori, ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. Déjà pour une question de rythme et de volume de voix. Alex Pergaux, chef d’entreprise, 58 ans, revêche et autocentré, parle vite, parle fort, ne vise que la rentabilité. Françoise, infirmière, 39 ans, peintre à ses heures, discrète et mystérieuse, parle lentement, d’une voix douce, ne vise que l’humanité.

Et pourtant leurs chemins vont se croiser. Alex voit ses plans bouleversés lorsqu’on le prévient que sa mère se meurt en soins palliatifs. Il découvre dans cet endroit des valeurs qui le bouleversent: aux frontières de la mort, les équipes soignantes rient et protègent leurs patients. Françoise l’observe et le déstabilise, au risque de faire vaciller Alex.

Il va d’abord devoir apprendre à parler moins fort, puis à parler moins, jusqu’à ne plus parler du tout. Il devra ensuite apprendre à écouter. À apprivoiser le silence. Et ça fait peur, le silence, surtout quand on n’y est pas habitué… 

Une quête de soi bouleversante qui va réunir ces deux antipodes, du service des soins palliatifs en Lorraine jusqu’aux confins du Maroc. Un voyage initiatique qui va les transformer à jamais.

L’auteur

Dominique Zachary, auteur de nombreux ouvrages, est journaliste professionnel en Belgique. Il a notamment signé le best-seller « La patrouille des enfants juifs », qui a été adapté en BD ainsi qu’en une comédie musicale qui a rencontré un grand succès.

Mon avis

Alex n’a pas le temps… Son travail, son entreprise, il ne vit que pour ça! Alors, quand une infirmière le contacte pour le prévenir que sa maman, en fin de vie, souhaite le revoir une dernière fois, il croit à un chantage affectif. Toutefois, il prend la route et se rend en Lorraine, au chevet de sa mère. En homme arrogant, il affronte la situation. Françoise, l’infirmière, peintre a ses heures, ose le bousculer. Elle lui conseille de cultiver le silence…

Un cheminement, une quête de soi qui passe par le silence, par l’écoute et qui l’emmènera dans un monastère, au Maroc, et sur la côte d’Opale…

Il découvrira de nouvelles rives, de nouveaux soleils… jusqu’ aux frémissements du silence…

Un roman d’une profonde humanité, qui fait réfléchir sur le sens de nos vies. Nos priorités, nos ambitions sont-elles si importantes? L’essentiel n’est-il pas ailleurs? Ne passons nous pas à côté de la vie? Un texte empreint d’émotion et de bienveillance. Une belle écriture. Une belle lecture que je vous conseille!

Extraits

▪️Il faut changer votre âme, de l’intérieur. Changer beaucoup de choses en vous. Vous ouvrir aux autres. Devenir plus humble. Plus tolérant. Vous avez déjà entendu parler de la miséricorde? Ce n’est pas qu’une notion chrétienne, chacun devrait la pratiquer dans sa vie. Soyez plus miséricordieux, Monsieur Pergaux. Parlez moins. Arrêtez de vous exprimer comme si vous aviez un compte en banque à la place du cœur. Cultivez le silence, l’écoute. Sortez de votre usine. Quittez vos certitudes. Écoutez le chant des oiseaux. Observez les arbres, les fleurs. Sentez-les. Caressez le vent. Mettez son souffle dans votre poche. p. 48

▪️Les frémissements du silence. Écouter des bruits de trois fois rien. Écouter le rien.

▪️Détrompez-vous, un simple regard échangé, un sourire, une main que vous tenez chaleureusement, sans pour autant parler, ce sont des actes d’une profonde humanité. p.123

▪️La vie est parfois faite de rendez-vous manqués, d’occasions loupées, mais si l’on ne peut revenir en arrière, il est par contre toujours possible d’aborder de nouvelles rives, d’entrevoir de nouveaux soleils. p.156

Note: 5/5

Éditions Kiwi, 2020, 243 p.

BERNARD CAPRASSE «  Le cahier orange »

Quatrième de couverture

New York, 24 janvier 1990.

Anton, avocat réputé, contemple les cercueils de ses parents, posés à même le sol, indifférent à la foule qui se presse dans la cathédrale Saint-Patrick.

Renval en Ardenne, 9 septembre 1944.

Des maquisards attaquent deux chars allemands.

Entre les deux événements: un cahier orange dont la lecture va bouleverser la vie d’Anton et l’entraîner vers sa part d’ombre.

« Olga, sais-tu qui tu aimes? »

L’auteur

Ancien avocat successivement aux barreaux de Bruxelles et de Marche-en-Famenne, Bernard Caprasse a été Gouverneur de la Province de Luxembourg. Auteur de théâtre, il signe ici son premier roman.

Mon avis

Un cahier orange et dans ce cahier, une première phrase: « Olga, sais-tu qui tu aimes? »

Le début d’un roman… Un roman, une écriture, celle de sa mère…

Et l’histoire d’une jeune fille, Olga, à Renval, dans les Ardennes belges durant la seconde guerre mondiale…

Un récit, un secret et le début d’une enquête, qui bouleversera la vie d’Anton, avocat à New-York…

Un roman bouleversant… Une histoire passionnante! Un livre inoubliable! Une écriture magnifique! Un premier roman à lire absolument! En un mot, un énorme coup de cœur!

Extraits

▪️On ne construit rien de durable s’il n’y a que la passion, Anton. Elle peut te foudroyer.

– Et quel est le paratonnerre?

– La raison. p.12

▪️Être amoureux sans raison, oui… c’est sublime. Mais il vaut parfois mieux trouver des raisons d’aimer. Tu vois, moi, je crois que c’est le plus sûr moyen de bâtir quelque chose de fort, quelque chose qui dure. Évidemment, c’est moins romantique. p.12-13

▪️Si les jours de funérailles sont douloureux, les lendemains sont cruels. Ils installent l’absence. Elle vous cueille au détour d’une porte, d’un lit, en présence d’un vêtement. p.23

▪️Sur l’un des murs de la pièce principale quelques planches posées sur des tiges de fer servaient d’étagères. J’y avais rangé mon trésor, mon seul luxe: mes livres. « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, que nous avions analysé en classe , des romans de François Mauriac et, sacrilège, d’André Gide, cet écrivain sulfureux. Marc m’avait prêté nombre de ces ouvrages à l’époque du lycée. Je ne lui avais jamais rendus… J’en avais acheté quelques-uns à bon compte auprès du tenancier de la procure de l’école , un abbé desséché et sans joie. Il me les avait conseillé pour « leur haute élévation morale » . René Bazin, catholique d’abord, romancier ensuite avait sa préférence, nullement la mienne, mais enfin c’était des livres et j’aurais lu n’importe quoi… La lecture serait souvent mon refuge lors de ces années épouvantables. p.46-47

▪️Le hasard, ce faiseur de circonstances. p.86

▪️La justice, c’est la vengeance apprivoisée.

Note: 5/5 💙💙💙

Weyrich Édition, collection Plume du Coq, 2020, 392 p.

MARCEL SEL « Rosa »

Quatrième de couverture

« Une poignante saga familiale qui navigue entre l’Italie fasciste d’hier et la Belgique d’aujourd’hui. »

« Tu vas écrire un roman. » Albert Palombieri, mon père, n’est venu que pour me dire ça. Lui qui ne m’a jamais lu ! Quand j’étais enfant, il jetait mes poèmes à la corbeille. Ceux que mes neuf ans inquiets posaient sur son bureau. Mais je tiens ma revanche : je vais lui écrire l’histoire de Rosa, sa mère. Albert ne sait rien d’elle. Il ne sait pas qu’elle fut fasciste, puis résistante, ni qu’elle a été déportée.

L’auteur

Bruxellois, Marcel Sel est écrivain, chroniqueur et scénariste. Il a publié quatre essais dont Walen Buiten, Les Secrets de Bart de Wever et Indignés de cons. Son « Blog de Sel » est considéré comme l’un de plus influents en Belgique francophone. Rosa est son premier roman.

Mon avis

« Tu vas écrire un roman»

C’est par ces mots qu’un père vient « chambarder » la vie de son fils. Il lui ordonne d’écrire et de commencer aujourd’hui à mettre un mot derrière l’autre. Par vengeance, le fils, lui imposera l’histoire que son père a toujours tenté de connaître, celle qu’on lui a toujours cachée. Page après page, à chaque ligne, il lui racontera enfin la vérité sur Rosa…

Énorme coup de cœur pour ce roman entre Italie et Belgique; entre passé et présent; entre secrets et difficulté de se parler; entre ciel gris et beauté des villages italiens. Une magnifique saga où l’Histoire trouble la vie des êtres et entraîne les destins…

Une très belle écriture. Une lecture touchante qui me restera longtemps en mémoire…

Note: 5/5 💙💙

Prix

Finaliste Prix Rossel

Prix Des Bibliothèques de la ville de Bruxelles

Prix Saga Café

Prix Soleil Noir Jaune Rouge

Prix Des Délégués de Classe – Prix Lycéens 2019

Finaliste Prix Lecteurs Club 2017

Onlit Éditions, 2017, 300 pages

MAURICE MARTIN « La véritable affaire de Bruxelles »

Quatrième de couverture

Que s’est-il réellement passé à Bruxelles le 10 juillet 1873 entre Rimbaud et Verlaine? Pourquoi ce fait divers célèbre a-t-il eu des répercussions criminelles près de cent cinquante ans plus tard?

Un flic désabusé de l’anticorruption et un antiquaire excentrique vont se trouver précipités dans un mystère dont ils ne discernent pas la finalité.

À Bruxelles, Paris et Rome, ils déchiffrent des bribes de réponse à l’énigme, dans les chambres secrètes et les réserves des bibliothèques, alors que d’autres acteurs sont à leur poursuite, disposés à tuer pour ravir l’objet précieux, témoin du passé.

Et si l’Histoire n’était qu’une histoire? Et si la vérité avait toujours été falsifiée?

Entre le thriller et le roman d’aventures, « La véritable affaire de Bruxelles » est un page turner rondement mené. Écrit par un ex-commissaire bruxellois à la plume affûtée, le récit transporte le lecteur entre deux époques et trois pays, distillant au fil des pages suspense, action et mystère.

L’auteur

Commissaire retraité de la police fédérale, Maurice Martin a commencé sa carrière dans la police communale et l’a terminée dans le service anticorruption. Féru d’écriture, il gagne un prix à l’occasion d’un concours de nouvelles policières organisé par la RTBF. Et puis, un jour, bien plus tard, il est allé au marché aux Puces…

Mon avis

Bruxelles, Rome, Paris et une canne…

Verlaine et Rimbaud ne sont pas très loin.

Deux époques:

Verlaine et Rimbaud à Bruxelles en 1873. Le 10 juillet 1873, Verlaine blesse Rimbaud d’un coup de « rivolvita », qu’il venait d’acheter Galerie du Roi. Que s’est-il réellement passé?

2012, Martin de Landsheer, policier cynique et ingérable, et amateur de brocantes retrouve une canne dans un vieux meuble, qu’il vient d’acquérir au marché aux Puces. Cette découverte le plongera dans une aventure faite de mystères, de secrets, d’énigmes qu’il tentera de résoudre.

Les deux affaires seraient-elles liées?

Un jeu de piste qui tient le lecteur en haleine! Un thriller dont Bruxelles est la protagoniste. Une histoire qui plaira aux lecteurs de Dan Brown. Une écriture maîtrisée!

Extraits

▪️Les meubles, c’est comme les gens, il faut gratter un peu leur vernis, pour savoir ce qu’ils valent. Et on est souvent déçu. p.14

▪️… au travers des courants et des tempêtes, il faut toujours s’efforcer de garder le cap. p.110

Note: 4/5

180° éditions, 2020, 384p.

MARC MEGANCK « Bruxelles en cheminant sur la ligne du temps »

« Elle a mille ans la ville,

La ville âpre et profonde;

Et sans cesse, malgré l’assaut des jours

Et des peuples minant son orgueil lourd,

Elle résiste à l’usure du monde. »

Emile Verhaeren « L’âme de la ville » in « Les villes tentaculaires »

Bruxelles au fil du temps et des dates. Une ville écrite à l’encre, gravée dans la matière.

La ville se raconte du site néolithique en Forêt de Soignes (au lieu-dit Boisfort-Etangs), 4000 ans avant notre ère au grand piétonnier du centre-ville, de 2020.

Des dates de l’Histoire: la répression espagnole, la révolution belge et la prestation de serment de Léopold Ier, ….

Des dates qui ont marqué la ville mais qui resteront également gravées dans nos mémoires … 1967, 1996, 2016…; l’incendie de l’Innovation, la marche blanche, les attentats de Zaventem et de Maelbeek…

Et puis l’exil de Victor Hugo, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, la première exposition de Magritte, Jacques Brel, Hergé…

Un livre instructif et intelligent, une invitation à visiter Bruxelles d’une autre façon. À lire et à consulter. 💙

Quatrième de couverture

Bruxelles est une ville écrite à l’ encre, gravée dans la matière, jalonnée de dates anniversaires, de commémorations en tous genres: victoires et défaites, gloires et drames, coups de génie ou coup du sort, sensations fortes ou regrets.

L’auteur

Marc Meganck vit à Bruxelles. Il est écrivain et historien.

Autres chroniques:

Marc Meganck « Après nous les nuages »

Marc Meganck et Aurélie Russanowska «Au sud des jours ordinaires» (micro-nouvelles)

Marc Meganck « Bruxelles, en cheminant sur la ligne du temps » 180° éditions

NATHALIE SKOWRONEK « La carte des regrets »

Quatrième de couverture

Suicide, assassinat, mort accidentelle? Les circonstances de la mort de Véronique Verbruggen sur un sentier des Cévennes n’auraient pas valu plus de quelques lignes dans la presse si la victime n’avait pas été une éditrice reconnue. Deux hommes s’interrogent et partagent un même chagrin: Daniel Meyer, son mari, ophtalmologue,  et Titus Séguier, son amant, cinéaste qui jusqu’au bout aura attendu qu’elle vienne partager sa vie.

Pour Daniel, rien n’est jamais venu troubler les vingt ans de vie commune avec sa femme, qu’il aime indéfectiblement. Quant à Titus, dépossédé de son amour, il hésite entre se taire par respect des convenances ou élever à Véronique un « testament amoureux » cinématographique, en poursuivant le projet entamé avec elle avant sa disparition.

Il y a aussi Mina, la fille de Véronique, vingt et un ans, née d’un premier amour. Trop de sous-entendus, d’indices qui ne trouvent pas leur place dans le puzzle familial… Qui était cette mère dont les tourments se lisaient en filigrane? Demander des éclaircissements à son beau-père serait si douloureux pour Daniel… Alors Mina remonte la trace de Titus Séguier. Elle découvre la complexité d’une mère écartelée, celle des sentiments, et comprend qu’on ne connait jamais tout à fait cet autre qui nous semblait si proche.

Derrière le vernis des apparences, le portrait bouleversant d’une femme qui ne pouvait pas choisir. Nathalie Skowronek dit avec une grande subtilité les différentes facettes de l’amour et comment si les époques changent, les écartèlements du cœur demeurent.

Mon avis

Une femme meurt sur un sentier des Cévennes, laissant deux hommes dans une profonde détresse. Éperdus, ils partagent la douleur de sa disparition. Le mari, dont l’amour était indéfectible, et l’amant, qui attendait patiemment. Chacun à sa façon, tente de défendre sa place dans le cœur de cette femme…

Et puis, il y a sa fille qui essaye de comprendre. Elle part sur les traces du mystère de cette mère, dont le cœur était écartelé entre deux hommes…

Trois chagrins au fil des pages… Trois endeuillés qui tisseront chacun leur propre version de l’histoire…

Et ces questions: Que savons-nous de la vie de ceux qui nous entourent? Que nous montre-t-il d’eux-mêmes? Que dissimulent-ils?

Un très, très beau roman sur le deuil, l’amour, les impossibles choix, les écartèlements du cœur, l’humiliation de l’affirmation du désamour.

Les êtres et leurs fêlures… Les êtres et leurs blessures… Les êtres et leurs silences… Les êtres et leur mystère…

Coup de cœur pour ce livre tout en finesse.

Extraits

▪️Que savons-nous de la vie de ceux qui nous entourent? Que nous montre-t-il d’eux-mêmes? Que dissimulent-ils?

Tout est fragile, incertain, on ne sait jamais si on est dans l’espérance ou dans l’illusion.

▪️… l’image tronquée de sa vie. À force de laisser en suspens, d’inventer de faux récits, comme si paroles et actes n’avaient pas à s’accorder, elle s’enfonce dans ce qui s’apparente, même si elle ne parvient pas à se le formuler, à une double vie. Elle se voit jouer un rôle, porter un masque, pauvres simulacres qui n’ont d’autre but que de garder à distance ce qui risquerait de compromettre cet équilibre instable, morcelé, un bout d’elle ici, un autre là …

▪️La liberté on la prend, on ne la reçoit pas.

▪️Elle était mon lieu. Elle était mon autre dans le monde.

▪️On brandissait leurs histoires comme on agite des marionnettes. Dans le désordre des arguments et des indignations, chacun ne parlait que de lui-même et avait à cœur de justifier le bien-fondé de ses choix de vie.

▪️… les phrases laissées en suspens, les sous-entendus lourds de sens.

Note : 5/5 💙💙

Grasset, 2020, 144 pages.

CAROLINE VALENTINY « Il fait bleu sous les tombes »

Quatrième de couverture

« Enfant, lorsqu’il était en vie, il se couchait dans l’herbe, le soir, pour observer le ciel. Aujourd’hui, depuis son carré d’herbe étanche à la lumière, il a beau plisser les yeux, il ne peut plus rien voir. »

Jusqu’il y a peu, Alexis était vivant. A présent, il ne sait plus. Il perçoit encore la vie alentour, le bruissement des feuilles, le pas des visiteurs, et celui, sautillant, de sa petite sœur qui vient le visiter en cachette.

Il se sent plutôt bien, mais que fait-il là ? Il ne sait plus. Ses proches n’y comprennent rien non plus. Quel est le mystère d’Alexis? Qu’a-t-il voulu cacher à en mourir?

Caroline Valentiny explore le clair-obscur de l’existence dans un premier roman d’une subtilité et d’une douceur impressionnantes.

L’auteur

Caroline Valentiny est psychologue au sein de l’Université catholique de Louvain en Belgique. « Il fait bleu sous les tombes »est son premier roman.

Mon avis

Alexis a choisi de quitter cette terre et pourtant ses pensées perçoivent la vie qui continue. Pour ses proches, son adieu à la forme d’un point d’interrogation. Entre lui et eux, une frontière qui déchire l’atmosphère…

La détresse d’une mère au cœur nauséeux de questions sans réponses, la tendresse d’une petite sœur qui broie le coeur, un père qui n’arrête plus de travailler et Juliette, son amoureuse..

Un livre sensible et touchant abordant un sujet difficile et triste. Les personnages face au deuil. Et la petite fille perdue, au milieu de tout ça, qui émeut par sa sensibilité et sa tendresse. Un magnifique coup de cœur.

Extraits

▪️Quand votre enfant meurt, peu importe son âge, et même s’il était devenu presque un homme et que sa force vous émerveillait quand il vous serrait dans ses bras, il redevient le tout petit sur lequel vous étiez censée veiller, et vous savez soudain que vous avez failli, que le protéger était ce que vous auriez du faire, que c’était même la seule chose que la vie exigeait vraiment de vous, vous, sa mère.

▪️On débute en silence, sur terre, derrière le rideau des coulisses maternelles, on termine en silence, sous des rideaux de terre, l’âme évanouie, distraite.

▪️Elle ne pouvait pas chercher les traces de son corps. Elle cherchait celles de son cœur.

▪️La mort était cette hémorragie blanche qui le faisait douter de tout, de l’odeur des fleurs, de la couleur de la neige , du néant permanent qui s’était mis à recouvrir le souvenir des arbres, des routes et des semaines, de sa propre réalité, du fil de sa mémoire. Il voulait que le bleu l’emporte, mais le bleu se traînait.

▪️Alexis emportait avec lui son secret. Peut-être était-ce la lumière, un éclat bleuté dans la tombée du jour. Peut-être était-ce l’amour, peut-être le manque d’amour. L’appel intérieur d’une musique qu’il ne parvenait pas à jouer. L’ennui. Ou la peur. Ou le bruit. Le silence, il fallait qu’elle lui laisse la réponse. Il avait emprunté les marches et s’était jeté dans le vide, elle devrait désormais vivre avec cet impossible-là, ça n’ôtait rien à la grâce de ce qu’il avait été, à la grâce infinie de ce qu’il avait été.

▪️Elle emporterait les souvenirs, oh, ça oui, tous les souvenirs elle les prendrait, mais les traces elle les laisserait, elle les regarderait partir dans l’autre sens, vers un océan inconnu, il fallait bien.

▪️Il était né… Il y avait eu le ciel, les rires, les soirs d’hiver. Il y avait eu la musique et les caresses. Il y avait eu les livres et leurs trésors. Il y avait eu les peurs et les doutes. Il y avait eu tant et tant. Il avait tout reçu, une conscience, un corps, les battements de son cœur. Les odeurs, les détresses, l’amour. Tous ces instants désormais rassemblés au creux de la terre qui poursuivaient leur mémoire, reliés au soleil, à sa sœur, à ses proches, au bois des violoncelles, aux pages des histoires et comme tout le reste à l’univers immense. Tous ces instants qui ne se perdraient que pour mieux poursuivre leur marée vive…

Note: 5/5 💙💙💙

Albin Michel, 2020, 194 p.

JACK JAKOLI « La Catabase »

Quatrième de couverture

Elle émerge lentement, aveuglée par un projecteur.

Nue et enchaînée à une table métallique.

Près d’elle, un homme portant un masque de porc installe une caméra. 

Il se retourne vers l’objectif et prononce quelques mots avant de saisir un marteau : « J’ai bien reçu vos paiements. Nous allons pouvoir commencer conformément à vos directives. »

Belgique, été 2006. 

Un promeneur découvre un corps sauvagement mutilé. 

Contraint d’intégrer la section criminelle d’un village tranquille, Matt entame sa première enquête.

Rien ne pouvait le préparer à ce qu’il va découvrir. 

Tiré de faits réels, Jack Jakoli vous invite à prendre part à une terrible descente aux Enfers…

Mon avis

D’abord le titre: « La catabase ». Un mot qui vient du grec ancien. La catabase est un motif récurrent des épopées grecques, traitant de la descente du héros dans le monde souterrain, les Enfers. Il s’agît d’une épreuve qualificative décisive de l’initiation et de la formation du héros épique. Comme Orphée descendant chercher Eurydice aux Enfers…

Voilà pour le titre du roman. Et c’est bien une descente aux enfers que raconte ce roman. Il nous entraîne au tréfonds de la noirceur humaine… Une âme humaine tellement noire et sombre qu’elle est de l’ordre de l’inimaginable.

Un premier chapitre glaçant nous plonge dans un monde terrifiant. Et pourtant on tourne les pages jusqu’à tard dans la nuit et on reprend à l’aube… Et cela jusqu’à cette fin…

Le bandeau du livre ne trompe, il s’agit bien d’un page turner qu’on ne lâche pas.

Note: 4,5/5

Lien: JACK JAKOLI « PUNITION »

Éditions IFS, Collection Phénix noir, 2019, 312p.

ODILE D’OULTREMONT « BAÏKONOUR »

Quatrième de couverture

Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l’océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu’au jour où la mer lui ravit ce père qu’elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.

Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d’une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma.

Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin?

L’auteur

Scénariste et réalisatrice, Odile d’Oultremont vit entre Bruxelles et Paris. Son premier roman « Les Déraisons », a reçu le Prix de la Closerie des Lilas. « Baïkonour  » est son deuxième roman.

Mon avis

Une mère, une fille et leur deuil…

Un grutier et sa vie à une cinquantaine de mètres du sol.

Et l’océan, fascinant et dangereux…

Deux inconnus … Entre ciel et mer…

Le deuil, la disparition, l’amour, les relations familiales, autant de thèmes abordés avec subtilité. Les détours d’une rencontre et les prémices d’un amour …

Et la disparition en mer d’un père, d’un mari: la fille en accepte la fatalité, la mère garde espoir et vit dans le déni, un déni conscient, assumé.

Une histoire délicate, touchante et poétique.

Une très belle écriture.

Il est des livres qui vous enchantent et vous charment, celui-ci en est un. On voudrait rester encore un peu avec ces personnages, faire encore un bout de chemin avec eux. Un bijou!

Extraits

▪️Le mieux pour s’adresser à l’océan est de se taire. De retenir les mots, de les maintenir bien en silence et de ne parler qu’ avec les yeux.

▪️… à se chamailler souvent mais avec des mots d’une douceur peu usée, la poésie dans la dispute ou bien l’inverse.

▪️La mer, comme les artistes, a ses périodes: son talent et sa virtuosité se situent au point de convergence entre la puissance des flots et leur lyrisme; l’un prenant le pas sur l’autre au fil des jours.

▪️la mer est douce commence étreinte, une crème d’écume se prolonge loin derrière eux et le soleil transpire à la verticale.

▪️elle ignorait que sa mère puisse l’observer d’aussi loin autant d’attention, ça lui semble aberrant , cette distance cousue d’autant de sollicitude ça doit être ça, une mère.

▪️On ne crache pas, personne ne crache, sur l’espoir.

Note: 5/5 💙💙💙

Lien:

Odile d’Oultremont « Les déraisons »

Éditions de l’Observatoire, 2019, 224p.

MARINE MOUZELARD « LA LOI DE LOUISE »

Quatrième de couverture

Louise Foresteur travaille pour un prestigieux cabinet d’avocats bruxellois. Une seule règle : garder sa petite culotte vissée aux fesses. Elle maitrise la situation jusqu’à ce qu’elle tombe sur le très séduisant Christopher Wastteel, aussi menteur qu’avocat.

Que faire lorsque la raison ignore les sentiments et les sentiments, la raison ? Entre séduction, disputes, crêpage de chignon et hauts talons, Louise se retrouve dans un sacré bourbier où le café est hors de prix et les avocats accros au coca-light.

Un roman chick lit entre le girly et la satire sur le monde des avocats. Savez-vous ce qu’il se passe derrière les portes d’un cabinet ? Est-ce vrai ou inventé ? Vous ne le saurez jamais !

L’auteur

Romancière bruxelloise de 31 ans, passionnée de chick lit (littérature pour femmes) et de polar. Elle est auteure de 7 livres dont un livre de conseils littéraires.

Mon avis

Louise travaille dans un cabinet d’avocats à Bruxelles. Côté cœur rien ne va plus, elle vient de rencontrer Christopher, aussi séduisant que menteur. Elle devrait le fuir…

Un roman plein d’humour, vif et actuel. Pétillant, comme son personnage.

Une balade dans Bruxelles, ses cafés, ses restos…

Une fin un peu abrupte, peut-être …

Extraits

▪️La vie est belle, belle, belle quand on sait comment la prendre. Inutile de se débattre, de ramer à contre-courant, un jour on change de direction et on s’aperçoit avoir toujours voulu être là à cet instant précis.