ARNAUD DUDEK « On fait parfois des vagues »

Quatrième de couverture

Quelques jours après son dixième anniversaire, Nicolas apprend que son père – avec qui rien n’est simple, tant l’homme et le garçon paraissent différents – n’est pas son père biologique. Que faire alors du généreux donneur de gamètes? L’oublier? Le nier?

À 30 ans, Nicolas décide de partir à la recherche de son « bon génie » biologique malgré les obstacles administratifs qu’il s’attend à rencontrer.

Depuis ses premiers textes (« Rester Sage », Alma, 2012), presque tous les romans d’Arnaud Dudek tournent autour de la paternité, de l’identité, de la transmission. Il a trouvé, une fois encore, le ton juste pour raconter, à sa manière, une quête des origines à la fois intime et universelle et pose toutes ces questions qui intriguent – sans avoir la prétention d’y répondre: Qu’est-ce qu’un père? Que transmet-on? Comment se construit-on quand on se sent si différent du modèle à suivre?

L’auteur

Arnaud Dudek est né en 1979. Il habite et travaille à Paris. Après « Rester sage » (2012, « Les vérités provisoires »(2026) ou « Laisser des traces », il publie avec « On fait parfois des vagues » son septième roman.

Mon avis

Un père, dont on met les Caterpillar en cachette, un père solide, un roc qui rassure. Et un jour une annonce, un moment qui va bouger les lignes, un trémor … Le monde s’effondre, la vie en est bouleversée. Il ne reste que silence et tout ce qu’on ne se dit pas…

Sous les yeux du lecteur, l’existence qui se construit par petites touches, petits moments du quotidien. Une relation, celle d’un père et d’un fils. Et une recherche, une quête …

La paternité, filiation, la famille sont au centre du récit.

L’émotion monte et envahit dans les dernières pages. La vie comme les vagues qu’on rencontre…

Un très très beau roman. Une très très belle écriture. Un petit bijou.

Extraits

▪️Ma vie ressemble à une brise légère qui traverse des herbes hautes. p.15

▪️… derrière les lumières vives, il y a souvent une nuit cachée près d’un vieux mur fissuré. p.63

▪️Écrire: c’est ainsi que je pense trouver, d’une certaine façon ma place dans l’univers. p.72

▪️Si la certitude est un pays, l’esquive est un empire. p.130

▪️Tout ce qu’il faut savoir, c’est que tu me donnes depuis plusieurs mois des envies de balades au bout du monde,des envies d’alexandrins, des envies de rose thé. p.143

▪️On traverse la vie en faisant des vagues. Quelques vagues. De moins en moins de vagues.

Et à un moment.

Une vague.

Nous renverse. p.177

▪️… ta caresse à la douceur des promesses qu’on fait le matin à voix basse, des petits déjeuners en terrasse; des chemins de halage qui très vite conduisent au milieu d’un nulle part ensoleillé. p.185-186

Note: 5/5

Éditions Anne Carrière, 2020, 192 p.

(Épigraphe)

MARION MCGUINNESS « Une bonne et une mauvaise nouvelle »

Quatrième de couverture

Clothilde a fait de l’annonce des mauvaises nouvelles son métier. Son créneau: les interactions que les gens préfèrent éviter. Sa mission: informer avec diplomatie et professionnalisme en cas de ruptures, licenciements, maladies et décès…

Née sous X, Clothilde porte un prénom qu’elle déteste et collectionne les objets perdus qu’elle s’efforce de rendre à leurs propriétaires. Elle a deux chats, parce qu’eux ne la contredisent jamais, et une seule amie, Sarah. L’unique défaut de Sarah c’est son frère jumeau, Ben, dont Clothilde ne veut plus jamais entendre parler.

Alors qu’elle est confortablement installée dans cette vie un tantinet marginale, Clothilde reçoit la visite du notaire: il a une bonne et une mauvaise nouvelle pour elle. Sa mère biologique vient de mourir, lui laissant un héritage pour le moins inattendu: la garde d’un petit garçon de 8 ans, tout aussi roux qu’elle… qui se révèle être son frère. Mais est-ce la bonne ou la mauvaise nouvelle ?

L’auteur

Marion McGuinness est autrice et traductrice de guides pratiques et de romans. Elle a publié dans la même collection « Égarer la tristesse », paru en 2019.

Mon avis

Clothilde a un métier original, elle annonce les mauvaises nouvelles. Cette jeune femme, maltraitée par la vie, a choisi de vivre une existence solitaire. Elle s’est construit un univers controlé, qui lui convient. Un jour pourtant, on sonne à sa porte. Et c’est à elle, qu’on annonce une bonne et une mauvaise nouvelle. Mais quelle est la bonne nouvelle?

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Marion Mc Guinness. Une fois encore la magie a opéré et je me suis laissée emporter dans l’univers de ses personnages fragiles et émouvants. Des êtres qui vont se reconstruire au fil des pages, réapprendre la confiance en l’autre et finalement s’apprivoiser.

Une belle lecture!

Et si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille également « Égarer la tristesse »

Extraits

▪️Tu sais la vie est faite de choix , et les plus faciles ne sont pas forcément les meilleurs. p.53

▪️Les livres ne faisaient pas de bruit, leur odeur suave, parfois âpre, lui rappelait les moments doux de son enfance. p.201

▪️La simple idée que toutes ces pages étaient remplies d’histoires uniques fabriquées avec seulement vingt-six lettres différentes l’avait toujours laissée songeuse et troublée. p.202

▪️Depuis la bibliothèque était devenue son endroit préféré. Déambuler entre les rayonnages, laisser courir ses doigts sur le dos des livres, en ouvrir au hasard pour lire une phrase, un paragraphe, feuilleter rapidement les pages et respirer l’odeur qui s’en échappait, tout ici l’apaisait et la rassurait. p. 203

▪️Il n’y avait que dans les livres que les gens prenaient des décisions folles, rebroussaient chemin, changeaient le cours des rivières. Dans la réalité, l’habitude et le poids de la peur, qui écrasaient les épaules et plombaient les pieds, étaient plus forts. On ne bougeait pas, on attendait, espérant peut-être une solution tombée du ciel. Que tout s’arrange, mais sans qu’on s’en mêle. p.320

▪️La force […] vient de tout ce qu’on surmonte, pas simplement de ce qu’on traverse. p.322.

Note: 5/5

Liens:

MARION MCGUINNESS « ÉGARER LA TRISTESSE »

MARION MCGUINNESS « LE TOUR DU MONDE DU BONHEUR »

Éditions Eyrolles, 2020, 352 p.

ANNE SERRE « Au cœur d’un été tout en or » [extraits]

▪️Je sais bien qu’on ignore tout de ses proches. Ou du moins, d’une grande part de ses proches qui peut vous rester dissimulée à la vie et qu’on découvre parfois soudain après leur mort dans les notes d’un agenda, un journal intime ou des lettres… p.14

▪️J’ai connu d’autres cas où deux existences ne purent jamais se mêler. Deux êtres avaient tout pour s’entendre, pour se comprendre, pour s’apporter l’un à l’autre ce qui manquait à l’un et à l’autre, or leurs trajectoires bifurquaient inexorablement et cependant toujours en s’effleurant, comme si, au fond, l’un n’était rien d’autre que le reflet de l’autre. p.20

▪️C’est ainsi que des êtres qui sont faits l’un pour l’autre, et peut-être trop précisément l’un pour l’autre, en sorte que leur ajustement les confondrait, peuvent ne jamais se croiser, même dans un périmètre grand comme un mouchoir de poche. p.22

▪️Car un bon écrivain à ceci de particulier, c’est même l’une de ses caractéristiques, qu’il ne commence jamais un roman de la même manière. p.28

▪️Tous mes souvenirs sont encombrés, recouverts ou remplis de mes lectures, aussi en suis-je arrivée à ne plus m’y fier tout en les chérissant puisque ce sont tout de même mes souvenirs. p.33

▪️Ça doit être gai, les romans italiens, comme les films italiens. J’imagine qu’il y a plein de détails dans les romans italiens, non? Moi j’aime bien quand un livre m’emmène complètement quelque part. Ça m’est arrivé avec celui de Gitta Gritti que vous m’avez passé l’autre fois. J’ai raté ma station de métro parce qu’elle était en train de raconter quelque chose dans un champ vert en plein été. Au bout il y avait ce village, et puis il y avait ce garçon qui me plaisait tellement, à l’ancienne, vraiment à l’ancienne, ça n’existe plus des gens comme ce garçon, avec des sentiments extraordinaires. p.48

▪️Les histoires doivent se mélanger, non? Ce n’est pas grave? Mais si, quand même! Si on vous interroge sur un livre, c’est quand même mieux que vous ne le mélangiez pas avec un autre ou alors on va penser que vous avez l’esprit confus. Et puis un livre, ça raconte une histoire et pas une autre. Moi, si j’en écrivais, comme vous, je n’aimerais pas du tout qu’on les confonde avec d’autres. p.48

▪️Dans les nouvelles, les romans, il y a souvent des chutes en forme d’explication qui permettent d’avaler une histoire et de bien la digérer. Dans la vie, parfois, il n’y en a pas. p.74

▪️… j’ai toujours ressenti les ruptures comme venant du ciel, comme décidées par le destin qui travaille avec acharnement à la tapisserie de votre vie. Et jusqu’ici, rien n’a démenti cette impression. p.74

▪️C’est ainsi que nous nous croisons sur terre, parfois avec cette impression de nous être déjà rencontrés — ce qui d’ailleurs suscite bien souvent des amitiés et des amours, surtout des amours — alors qu’il n’en est rien. Ou bien c’est que nous nous sommes rencontrés dans des sortes de plis du temps, comme si le temps pareil a une immense couverture recouvrant un gigantesque lit formait ici ou là des poches, des coudes, des tunnels obscurs où résident et subsistent mille de nos petites expériences et tous leurs objets. p.78

▪️Notre amitié s’était défaite comme se défont souvent les amitiés, sans cause précise, parce que nos chemins bifurquaient. p.79

▪️… mais un écrivain doit savoir exactement pourquoi il met le passé composé à tel endroit et le passé simple à tel autre […] peu importe si ce n’est pas conforme à l’usage […] mais aux yeux de l’auteur, cela doit avoir un sens, et même s’il ne peut vraiment l’expliquer, son intuition doit lui dir fermement que c’est le bon temps, que c’est celui-ci qui va et pas un autre. p.101

▪️… je me dis qu’au fond c’était ainsi que je devais écrire. Comme si je n’étais pas écrivain. Comme s’il n’y avait aucun enjeu professionnel dans le fait d’écrire et qu’il s’agissait seulement d’un jeu, d’une expérience amusante. p.131

Prix Goncourt de la nouvelle 2020

Anne Serre « Au cœur d’un été tout en or », Mercure de France , 2020, 144 p.

AURÉLIA CASSIGNEUL-OJEDA « Les trois sœurs qui faisaient danser les exilés »

Quatrième de couverture

« Elles s’appelaient Flora, Begonia, Rosa. Elles étaient trois, elles étaient soeurs. Elles habitaient cette maison, à Cerbère, cette grande maison qu’aujourd’hui j’habite. Sous leurs fenêtres l’histoire roulait des flots d’hommes et de femmes. Sous leurs fenêtres la mer se balançait. Un jour elles sont parties, ont tout abandonné. »

Seul, blessé, Gabriele s’installe à Cerbère pour commencer une nouvelle vie. Il achète la maison des Fleurs, une grande bâtisse rose qui surplombe le port, abandonnée depuis des années ; il plonge alors dans la vie de trois jeunes femmes, trois soeurs qui l’habitaient, prises à leur insu dans les griffes de l’histoire, de ta Retirada espagnole à la résistance française. À trente années d’écart Gabriele revit leurs peurs, leurs joies, leurs amours et la mémoire de l’exil.

L’auteur

Aurélia Cassigneul-Ojeda est agrégée d’anglais et enseigne en classes préparatoires. À travers son père originaire de Burgos elle hérite d’une partie douloureuse de l’histoire espagnole, notamment l’assassinat de son grand-père par la Guardia Civil en 1936. Elle passe son bac à Alger et poursuit ses études à Paris avec un mémoire sur le féminisme anglais. Aujourd’hui installée à Toulouse, « Les Trois sœurs qui faisaient danser les exilés » est son troisième roman.

Mon avis

Une maison à Cerbère. Une grande bâtisse rose qui surplombe le port. Gabriele vient de l’acquérir après une rupture douloureuse. Autrefois, Flora, Bégonia et Rosa y ont traversé la tourmente de l »Histoire. Un jour, elles ont abandonné la « maison des fleurs », en y laissant cependant des fresques, des cahiers et des carnets. Et la vie de ces trois exilées qu’il découvre peu à peu, parle à son propre exil, à son propre passé. Leur histoire, son histoire… La mémoire de l’exil…

« Le cœur voyage. Le temps n’est rien. « 

Un roman qui parle des racines, de l’exil, du courage, du sens de la vie…

Une très belle écriture. Un très agréable moment de lecture.

Extraits

▪️L’étrave du navire crève l’eau et le cœur se fend. (Incipit)

▪️Mes souvenirs me font, mon vécu est ce que je suis.

▪️La vie est un cheval fougueux […] Oui la vie est comme ça, cheval fou qu’il faut apprivoiser, cadencer, lâcher, reprendre, ne pas abandonner; tenir, tenir toujours dans ses mains, dans son corps. J’ai vécu ça je crois…

▪️Je survole les époques et mon cœur voyage. Le temps n’est rien. (Excipit)

Note: 5/5

Ateliers Henry Dougier, 2020, 280p.

ARMANDE RAHAGA « Ne lui parle pas d’elle »

« On dit qu’on ne peut pas manquer de quelque chose

que l’on a pas connu. Pourtant l’amour manque toujours. »

Quatrième de couverture

Isolée dans son univers, Ann vit avec le fantôme d’Hélène, cette mère qu’elle n’a jamais connue. Il ne lui reste que quelques souvenirs effacés et des rêves palpables. Elle navigue entre ces sensations et y trouve souvent l’inspiration pour écrire.

Le jour où le doute s’installe autour de la mort de sa mère, elle se met en route à la recherche de son histoire.Les rencontres et les récits donnent à Hélène plusieurs visages. Égarée entre le réel et la fiction, Ann s’enfonce alors dans l’opacité de sa propre identité.

Déconcertant roman initiatique « Ne lui parle pas d’elle » embarque le lecteur dans une quête de la vérité, entre présences oniriques et secrets de famille. La plume d’Armande Rahaga trace des personnages criants d’authenticité et d’élan vital.

L’auteur

Née en 1991, Armande Rahaga réside dans le sud de la France, où elle a étudié les sciences du langage et de la communication. En 2019, elle remporte un prix pour une de ses nouvelles. Elle continue dans la voie littéraire en publiant ce premier roman plein de promesses.

Mon avis

Sa vie, c’est écrire. Elle a arrêté de vivre pour écrire. Et ce rêve d’écriture, elle veut le poursuivre, elle le lui a promis… D’elle, elle ne sait rien ou si peu. Qui est cette femme qui fut sa mère? Un mystère, une absence, un vide monstrueusement vaste et creux. Une feuille manuscrite virevolte dans un courant d’air… Un vertige, et c’est le début d’une quête, à la découverte du passé, à la recherche de son histoire.

Un livre sur les choix: les choix que l’on fait en croyant bien faire, les choix dont le poids est parfois trop lourd à porter, les choix que l’on fait par amour, les choix qui conditionnent la vie des autres, les choix qui bouleversent l’avenir, les choix qui deviennent silence et rendent à jamais inconsolable. Et puis les mauvaises rencontres, les vérités cachées, les mensonges et les non-dits. Et ces traces du passé qui hantent la vie et risquent de vous changer. La volonté d’écrire elle, demeure, plus forte que tout…

De belles pages sur la création littéraire…

Une très jolie écriture pour un beau premier roman. Une splendide découverte et une plume à suivre!

Extraits

▪️On dit qu’on ne peut pas manquer de quelque chose que l’on a pas connu. Pourtant l’amour manque toujours. p.53

▪️La violence d’un amour arraché et inconsolable manque à sa vie. Sans la folie et la souffrance de l’amour, elle a raté tellement de trains et de rencontres. Elle manque d’aimer. Elle a le cœur qui brûle. Tout ce qu’elle veut, c’est souffrir de l’amour et en mourir. p.53

▪️La vie n’apporte pas de belles choses, elle apporte le poids des événements, et chacun tente de jouer avec. Personne n’est épargné jamais. p.107

▪️Les non-dits et les tabous façonnent et dispersent parfois les familles. p.129

▪️La vie est imprévisible, mais c’est aussi une boucle qui se referme sur elle-même. La vie est comme un roman, et j’ai choisi d’arrêter de vivre pour écrire. p.168

▪️Écrire pour moi c’est vital, ce n’est pas seulement une façon de s’exprimer, c’est simplement vital. C’est douloureux, c’est angoissant, quelquefois, je me perds dans des endroits de mon esprit que je n’ai pas encore apprivoisés. p.169

▪️Tu es devant ta feuille blanche et tu écris, tu écris et tu décris les feuilles mortes aux couleurs orangées, un lieu imaginaire dans lequel tu n’avais pas prévu d’aller, et ton cœur de met à battre et tes doigts glissent sur le clavier jusqu’au moment où tu arrives en haut d’une montagne, tu as passé les bois sombres, les cailloux qui dégringolaient sous tes pieds et ralentissent ta marche sur les chemins pentus, tu es juste au sommet, au-dessus des nuages, et tu respires avant que l’air redevienne asphyxiant. C’est très court, et c’est intense. p.169

▪️Mais on souffre de ce qu’on ne connaît pas, et c’est peut-être la pire des douleurs qui existe. p.174

▪️Tu sais débuter un roman est l’une des choses les plus difficiles que j’ai eu à faire dans ma vie. La première phrase doit être un vol plané. L’omniscience. Tu es toute-puissante, tu vas créer et bouleverser des destins. Tu dois commencer par une atmosphère, un paysage, un regard qui annonce des événements à venir. Je n’ai jamais fait les choses comme on est censé les faire. J’ai souvent préféré commencer mon récit par l’entrée, directe et sans détour, dans la tête d’un personnage. Je n’ai aucune idée d’où l’action va se dérouler ou comment les événements vont modifier la vie des femmes et des hommes que je vais créer. Mais je connais parfaitement leurs visages et leurs démarches, avant même d’avoir commencé à écrire, j’entrevois leurs doutes, leurs buts et leurs forces. Ils accompagnent mes rêves et créent des souvenirs. Je sens que je perds le contrôle sur mes propres pensées et ils se mettent à envahir mon quotidien, si bien que je finis par voir à travers leurs yeux, je touche avec leurs mains, ils m’habitent à plusieurs quelquefois. Et quand j’écris enfin, je ne suis plus moi-même depuis longtemps. Je suis contrainte de vivre la vie réelle et leurs vies rêvées en même temps. Je me sens entre deux mondes, sans jamais réussir à faire le choix de l’un ou de l’autre. Il me faut pourtant choisir sans cesse entre le monde des vivants et ce qui me semble être celui des morts. L’imaginaire et le réel sont similaires à mes yeux. J’essaie tant bien que mal d’amarrer au bon endroit et au bon moment. p.232-233

Note: 4,5/5

180° éditions, 2020, 240 p.

SOPHIE DE BAERE « Les corps conjugaux »

Quatrième de couverture

« Au sommet du don, je pourrais sacrifier à cet homme jusqu’à ma propre vie et mes enfants. Comme je m’offrais autrefois à ma mère, aux jurys des concours, aux garçons des parkings: ce matin-là, dans cette mairie, je me donne tout entière. Je n’ai plus de défense, redeviens objet. Pourvu qu’il m’aime, Jean pourra faire de moi ce qu’il veut. »

Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans?

Portrait de femme bouleversant, histoire d’un amour fou, secrets d’une famille de province : ce texte fort et poétique questionne l’un des plus grands tabous et notre part d’humanité.

Mon avis

Ils s’aiment. Mais l’amour ne peut pas toujours s’imaginer ce que le destin réserve. Une révélation, un jour, détruit tout sur son passage… La tragédie s’empare alors de leurs existences … Et le drame peu à peu s’écrit.

Une histoire déchirante comme une tragédie grecque. Une histoire qui vous prend à la gorge, une lecture bouleversante dont on ne sort pas indemne.

L’amour, la culpabilité, les tabous, les choix impossibles, les jugements de la société … On s’interroge… Aimer, c’est aller jusqu’où?

Une superbe écriture pour un roman fort.

Extraits

▪️… mes moments de lecture. Si ce n’est les livres de cuisine ou les magazines télé, il n’y a pas de livres chez moi. Alors j’emprunte des romans au CDI ou à la bibliothèque de Bolbec. Et le soir, lorsque ma mère commence à s’endormir sur le fauteuil du salon, je ferme la porte de ma chambre et je les dévore à la lueur d’une lampe de poche. Pendant ces moments suspendus, j’oublie. J’oublie la Miss. J’oublie ce qui tisse ma vie; et je la rapièce à coups de destins et de mots lointains…Maman pourrait trouver ça utile voire dangereux. Elle dit souvent que les livres sont des illusions. Et même, l’apanage des fainéants. p.28-29

▪️Les mots qui surgissent de nos profondeurs sont d’une beauté tout autre. De celles qui rendent différent. De celles qui réparent et qui sauvent. Qui me réparent. Qui me sauvent, peut-être. p.46

▪️Il ne s’agit pas une promesse d’amour mais déjà d’un repère […] Il ne sera jamais la lueur hésitante, je sais déjà qu’il sera mon avenir. Partout. Tout le temps. Dans les endroits hostiles comme en bordure des noirs silences. p.50-51

▪️L’éducation par la crainte laisse des habitudes tenaces. p.68

▪️… l’absence d’un enfant est une omniprésence. Déchirante. Inconsolable. p.107

▪️Il est des lieux qui collent à l’émotion du moment. p.109

▪️Quand vous prenez une décision courageuse, les gens, surtout les plus proches, vous applaudissent. Puis ils rejoignent leur quotidien et ils oublient. p. 143

▪️… une héroïne tragique. La beauté sombre d’un drame. C’est tout ce qui me reste au fond. p.194-195

▪️… la lecture. Tu dis souvent qu’à part ton amour pour moi, c’est tout ce qu’il te reste. Se nourrir des mots et des vies des autres. S’oublier entre les lignes, dans les méats de la fiction. p.285

▪️Au fond de moi, je sais que mon amour pour toi n’a pas mis les voiles et il ne les mettra jamais. Il sera toujours là, en chacun de mes jours. Il danse à mes lèvres, sur mes épaules et jusque sous mes ongles. Le grand amour ne passe pas. Il continue de battre en chacun de ceux qu’il a élus, tapi près du cœur. Jusqu’à la fin. p.292

▪️L’existence n’est finalement faite que de mots. Ce sont qui subliment ou qui noircissent les destins. Ils agissent et décident, font et défont l’appétit et le désir. Ils peuvent tout répéter à l’infini. Bonheur et malheur. Guérison ou blessure. Il y a aussi les mots qui ne passent pas et ceux qui nous dépassent. À moi, les mots ont souvent manqué. p.299

▪️… comme un livre trop puissant qu’on doit reposer de temps à autre. Pour être capable d’en poursuivre la nécessaire lecture. p.301

▪️On peut polir les mots mais pas les silences. Ils nous échappent et nous révèlent. p.315

Note: 5/5 💙

Lien: Sophie de Baere « La dérobée »

J.C. Lattès, 2020, 352 p.

CORINNE ERNAULT « La maison d’autres »

Quatrième de couverture

Quand Hugo, mystérieux intermittent du spectacle, pose ses valises dans le colombier de La Sauvageonne, maison d’hôtes provençale de Jeanne, le bel équilibre de celle-ci commence à s’effriter. Qui est cet homme qui fait resurgir l’histoire familiale? Bientôt, les secrets de Misia, la grand-mère fantasque et de Tania, la mère trop tôt disparue, sortent des tiroirs, dans un tourbillon de billets de banque oubliés. Les souvenirs et les regrets aussi. Pourquoi Hugo est-il venu? Jeanne va-t-elle sortir indemne de ce voyage dans ses souvenirs? En quelques jours, la vérité dévoilée va recolorer les clichés en noir et blanc du passé.

Mon avis

La Sauvageonne, une maison d’hôtes en Provence. Une maison que Jeanne a hérité de sa grand-mère, Misia. Une maison, et le passé qui bientôt refait surface avec ses secrets, ses non-dits. Peu à peu le puzzle se recompose, et la vérité surgit des tiroirs comme les billets de banque oubliés, un peu partout dans la maison. Et puis l’arrivée de Hugo, un homme mystérieux, un inconnu qui déposera ses valises dans le colombier encore en chantier…

Une très jolie lecture, sur les secrets, les vérités qu’on cache pour protéger, les drames de la vie, les histoires de famille, les destins qui bouleversent et ces silences plus bruyants que les mots … Des personnages très attachants, et une écriture poétique et maîtrisée. La Provence en toile de fond et une maison d’hôtes où l’on aimerait séjourner. Un coup de cœur…

Extraits

▪️Les histoires de famille, c’est parfois si douloureux qu’il vaut mieux entrer dans le passé avec les ballerines légères de la nostalgie plutôt qu’avec les gros godillots de la mélancolie.

▪️Qu’est-ce qu’un non-dit? Un silence coupable muré dans la perpétuité de la honte.

▪️Nous continuâmes à marcher sans but précis. Nos mots étaient le chemin à suivre. Nos arrêts étaient la ponctuation de cette conversation.

Note: 5/5 💙

Corinne Ernault, 212p.

JACQUES DE SAINT VICTOR « Casa bianca »

Quatrième de couverture

Ils pourraient jouer dans un film de Nanni Moretti. Michela est italienne, lui, le narrateur, français. À la cinquantaine, ils ne supportent plus de voyager « en touriste »: chaque séjour à l’hôtel menace de se terminer par une catastrophe conjugale. Une seule solution: s’enraciner, chercher le jardin d’Eden.

Ils pensent le trouver dans un couvent en ruine, un morceau de pierre dans les Pouilles, près de Lecce, légué par ses parents à Michela. Mais le couple n’est pas au bout de ses surprises. Lui, le spécialiste de la mafia, découvre que le couvent abrite un cercle de jeu très étrange. Comment le déloger? Serait-il aux mains de gangsters locaux? Le village a été l’une des forteresses de la Sacra Corona, la mafia locale. Les voisins le rassurent: « Tout ça, c’est du passé. Maintenant, la mafia ici, c’est fini! » Les deux amoureux se lancent dans la restauration du couvent. L’amour rend aveugle, celui des vieilles pierres aussi. Après le purgatoire, on touchera peut-être le paradis…

Avec humour, Jacques de Saint Victor nous raconte les tribulations d’un couple décalé et rocambolesque dans cette Italie du Sud, mystérieuse et sensuelle. Casa Bianca est une méditation sur le temps, l’enfance et le rêve universel d’une maison à soi.*

Mon avis

Deux universitaires, écrivains, elle italienne, lui français, décident de restaurer un ancien couvent dans le Sud de l’Italie. Et d’en faire un lieu à soi: « un petit port solide sur cet océan déchaîné ». De vieilles pierres qui se restaureront à coup de « non c’è problema » et un voyage à la découverte de ces terres ancestrales, mystérieuses et ensoleillées. À la découverte aussi de l’histoire et des traditions de ces terres, imprégnées par l’esprit des Anciens. Et le « diario » (journal) d’un « zio », témoignage de toute une époque, que l’on découvre dans un vieux coffre-fort dont personne n’a plus la clef…

Une pointe d’humour, une pointe d’érudition font de cette lecture, une très très belle lecture. Une bouffée de soleil au milieu de l’hiver et de sa grisaille. Aux couleurs de l’Italie. On prendrait bien la route vers ce sud enchanteur..

Extraits

▪️Ce n’étaient donc pas toujours le temps qui embellissait les souvenirs et produisait l’es navrant « c’était -mieux-avent ». Les choses changeaient aussi. Et pas toujours en bien.

▪️On ne choisit jamais tout à fait. Un jour, un lieu vous saisit.

▪️Il arrive parfois dans la vie que les gens sur lesquels nous comptons le moins nous rendent un fier service, alors que ceux qui semblent les plus fiables se révèlent incapables du moindre coup de pouce.

▪️Si stava meglio quando si stava peggio.

▪️ « On est vraiment bien ici. » […] « Tu serais devenu sentimental? » J’étais juste content d’avoir trouvé un petitport solide sur cet océan déchaîné, […]. Une terre rassurante ou je pouvais faire la paix avec moi-même.

▪️… cette maison où j’ai passé une partie de mon enfance. Jamais je n’aurais pensé y revenir. Les souvenirs que j’en garde ne sont pas toujours joyeux ; c’est aussi une maison hantée par des secrets. Mais je sais qu’il faut parfois revenir sur les lieux de son passé et ouvrir les armoires pour faire la paix avec soi-même.

Note: 5/5

Éditions des Équateurs, 2019, 398p.

MARION MCGUINNESS « LE TOUR DU MONDE DU BONHEUR »

Quatrième de couverture

Du Japon au Chili, de la Nouvelle-Zélande à la Scandinavie, partez à la découverte des secrets des gens heureux!

Dans toutes les langues et cultures du monde, des mots sont utilisés pour définir des concepts parfois complexes. En quelques syllabes, des arts de vivre, des visions du bonheur ou la façon d’y parvenir sont ainsi « décodés ». Derrière chaque mot, tout un univers de valeurs, d’histoires et de modes de vie jaillit.

Le bonheur ne se définit ainsi pas de la même façon au Danemark ou au Japon, et les valeurs clés pour être heureux ne sont pas les mêmes non plus. Chacun construit son bonheur à partir du contexte dans lequel il naît, mais aussi de son identité profonde. Mais ce qui reste universel, c’est notre quête du bonheur, sous toutes ses formes – et ses mots !

Cet ouvrage est une fenêtre ouverte sur le monde entier, sur différents regards et cultures. Découvrez 44 concepts, des plus connus (Hygge, Lagom, Ikigaï…) aux plus confidentiels, pour avoir une vision globale et bigarrée du bonheur. Composez votre propre recette en piochant ce qui vous « parle » le plus, ce qui résonne le plus en vous et vous aide à construire votre chemin du bonheur.

L’auteur

Spécialiste en développement personnel, Marion McGuinness est autrice, traductrice et lectrice en langue anglaise depuis plusieurs années. Elle est notamment la traductrice de « Livre du Hygge » et du « Livre du Lykke », de Meik Wiking , che First Éditions (2016 & 2017) et du « Petit Livre de l’Ikigaï » de Ken Mogi (Mazarine/Fayard, 2018)

Mon avis

Un voyage à la découverte de tous les bonheurs du monde.

Des mots, des citations, des photos, des portraits de chercheurs de bonheur et des curiosités pour décliner un bonheur multiple et varié.

Hygge, Hakuna Matata, Serendipity, Accords toltèques, Ikigaï, Ho’oponopono, Slow Life….

Arts de vivre, pratiques ancestrales, concepts culturels, théories modernes, croyances, philosophies…

Le bonheur est tantôt bruyant, tantôt silencieux; il se vit au milieu de la foule, ou seul dans la nature.

Mais le lien universel est cette quête du bonheur commune à tous…

Un livre merveilleux à la fois instructif et inspirant … À lire d’une traite ou à laisser traîner sur une table pour y picorer quelques moments de sérénité au hasard d’une page!

Une superbe idée de cadeau à l’approche des fêtes!

Extraits

▪️Serendipité. Rechercher quelque chose, trouver autre chose et réaliser que ce que vous avez trouvé convient mieux à vos besoins que ce que vous pensiez rechercher. Lawrence Block

▪️Le mot « ikigaï signifie littéralement « raison de vivre ( iki veut dire vivre et gaï, raison) c’ est cette force intérieure, immuable et puissante, qui nous pousse à avancer et nous lever chaque matin. p.89

▪️Le sentiment d’être à sa place , comme à la maison. La sensation d’être en sécurité, protégé du monde, et de pouvoir enfin baisser sa garde. Meik Wiking

▪️Sois reconnaissant envers les gens qui te rendent heureux. Ils sont les jardiniers qui font fleurir ton âme. Marcel Proust

▪️Le bonheur n’est pas un état « stable »: il est normal de ressentir des émotions différentes, aussi bien la joie que la tristesse, et surtout, le bonheur n’est pas posé quelque part immobile. Non, il faut vivre et bouger pour le ressentir – le bonheur est vivant, c’est une aventure. Il doit se « travailler »

▪️ »Lagom är bästl » Proverbe suédois signifiant « Le juste milieu, c’est ce qu’il y a de mieux!  »

Lien (vers la chronique du premier roman de Marion McGuinness):

https://abookisalwaysagoodidea.com/2019/07/09/marion-mcguinness-egarer-la-tristesse/

Éditions De Boeck Supérieur, 2019, 192 p.

Lydie Salvayre « Sept femmes » [Extraits]

▪️Car il fallait qu’elles fussent folles ces femmes pour affirmer leur volonté présomptueuse d’écrire dans un milieu littéraire essentiellement gouverné par les hommes. Car il fallait qu’elles fussent folles pour s’écarter aussi résolument, dans leurs romans ou leurs poèmes, de la voie commune, pour creuser d’aussi dangereuses corniches, pour impatienter leur temps ou le devancer comme elles le firent, et endurer en conséquence les blâmes, les réproba­tions, les excommunications, ou pire l’ignorance d’une société que, sans le vouloir ou le voulant, elles dérangeaient. p.8

▪️Je relus, il y a un an, tous leurs livres. Je traversais une période sombre. Le goût d’écrire m’avait quittée. Mais je gardais celui de lire. Il me fallait de l’air, du vif. Ces lectures me l’apportèrent. Je vécus avec elles, m’endormis avec elles. Je les rêvais. Certain jour, un seul vers de Plath suffisait à m’occuper l’esprit. La perfection est atroce, me répétais-je, elle ne peut pas avoir d’enfant. Le lendemain, j’avalais d’un trait les trois cent dix-sept pages du roman de Woolf Orlando, dans un bonheur presque parfait

▪️… j’inventais leur œuvre, tout lecteur, je crois, fait cela. p.9

▪️Écrire, pour ces femmes, ne connaissaient d’ autre autorité que celle de vivre. Et vivre sans écrire revenait à mourir. p. 11

▪️Parfois, le livre ouvert sur sa poitrine, elle (Emily Brontë) s’interrompt de lire comme le font tous les lecteurs du monde et parcourt « El mundo por de dentro « , comme aurait dit Quevedo, à la poursuite d’un songe, ou d’une image, ou de rien, ou d’une histoire pleine de bruits ou de rebonds… p.33-34

▪️Elle (Emily Brontë) ne saura jamais qu’un écrivain nommé Georges Bataille désignera , un siècle après, « Les hauts de Hurlevent » comme le plus grand roman d’amour de tous les temps. p.48-49

▪️il arrive que les grands événements d’une vie se produisent en un instant. p.85

▪️… puisque écrire ne conduit qu’à écrire.

▪️Elle (Marina Tsvetaeva) disait qu’elle était condamnée aux mots […] condamnée à vouloir l’impossible qui émane du domaine des mots. Elle disait qu’elle ne tenait pas la plume, que c’était la plume qui la tenait. p.136

▪️Correspondance d’âme à âme, de rêve à rêve. […] Lieu de la plus haute amitié. D’une parole partagée entre deux etres qui d’emblée se reconnaissent. Où chacun, dans sa tentative de cerner l’art poétique de l’autre avec cette intuitions ceux-là qui aiment et qui admirent, livre dans un mouvement quelque chose de soi. p.149

▪️Car Tsvetaeva a besoin pour écrire d’entendre à son oreille battre le cœur d’un autre, besoin que ses poèmes soient lus par d’autres et qu’ils résonnent en d’autres. p.162

▪️Un écrivain est une oreille. Rien d’autre. Un écrivain, comme le cœur et les marées, pour le dire autrement, un écrivain à son rythme intérieur. Et s’il n’end pas son rythme intérieur, il n’est pas écrivain. C’est aussi simple, et aussi implacable. Le rythme est l’écrivain. p.196

▪️Un auteur aimé vous amène vers ses livres aimés, lesquels vous amènent vers d’autres livres aimés, et ainsi infiniment jusqu’à la fin des jours, formant ce livre immense, inépuisable, toujours inachevé, qui est en nous comme un cœur vivant, immatériel mais vivant. p.208

▪️Elle (Ingeborg Bachmann) dit qu’elle déteste la littérature lorsque la littérature n’est qu’une parure de cheminée. Elle veut que la littérature exerce une influence sur la réalité. Elle le croit. Elle veut le croire… p.209

▪️Paul Celan: « Le poème peut être une bouteille jetée à la mer, abandonnée à l’espoir, certes fragile, qu’elle pourra un jour être recueillie sur quelque plage, sur la plage du cœur.

Lydie Salvayre « Sept femmes », Points, 2014

(Photos: Midis de la Poésie du 7 novembre 2019 au Théâtre National, Bruxelles)