Laurence Vivarès « La vie a parfois un goût de ristretto »

Quatrième de couverture

Lucie, styliste parisienne, revient seule, sur les lieux où son histoire d’amour s’est échouée pour essayer de comprendre, de se confronter à son chagrin, de recoloriser  ses souvenirs, et peut-être de guérir. Ce voyage intérieur et extérieur la conduit à Venise, trouble et mystérieuse en novembre, pendant la période de l’« acqua alta« . Au rythme d’une douce errance, Lucie vit trois jours intenses, sous le charme nostalgique de la ville. En compagnie de Vénitiens qui croiseront providentiellement sa route, un architecte et sa sœur, une aveugle, un photographe, elle ouvre une nouvelle page de son histoire.

« Chaque millimètre de sa peau était sensible. Dans la lumière voilée, toute les couleurs de cette journée de novembre à Venise se déployaient, flatteuse et reposantes. Le contraire du noir ce n’était pas le blanc, mais bien la couleur. C’était simple, mais elle ne le découvrait que maintenant. »

Mon avis

Trois jours à Venise! Venise en novembre, c’est aussi « l’acqua alta »! Sur les traces d’un amour perdu, malheureux et toxique, mais aussi sur les traces des amours de George Sand et Alfred de Musset, sur les traces d’Hemingway, du Titien et de Vivaldi… Une promenade vénitienne, des rencontres … L’histoire d’une renaissance et le conseil d’un ami: « recoloriser le souvenir pour passer à autre chose ».

Des êtres fragiles, cabossés et touchants. Les charmes de Venise! Et le tour est joué!

Un moment d’évasion dans une ville que j’adore (comme beaucoup)! Un très beau premier roman! Une lecture qui a « coloré » ce mois de novembre un peu gris!

Extraits

▪️Nos histoires tissent nos vies, mais… nous pouvons tisser nos histoires.

▪️Pour lui, la culture ancraît l’âme des êtres profondément, comme des racines immenses les reliant par-delà les époques et les frontières, dans une gigantesque nappe phréatique.

▪️Privilège de la solitude, de n’être ancré à rien , et de potentiellement s’intégrer à tout.

▪️Toute réalité, même la plus terrible, est préférable à l’illusion car on peut en faire quelque chose.

▪️Ces peintres de la Renaissance… C’étaient des poètes de la lumière.

▪️Quand on ne voit pas, on est moins prisonniers de nos jugements.

Note: 4,5/5 💙

Eyrolles, 2018, 216p.

Caroline Suchodolski « Cupidité »

Quatrième de couverture

Dans ce huis clos étouffant, la mère est paralysée. la fille cupide et psychopathe. le fils énigmatique. Quel drame se joue? Qui est coupable? De quel crime? Et pourquoi? Cette histoire de famille résonne en chacun de nous, parce que nous voyons les évènements de notre enfance à travers un prisme qui souvent déforme la réalité. La mère se sent coupable, la fille revendique une injustice; le fils …

Mon avis

Une mère paralysée, à la merci de sa fille qui s’en occupe tout en égrenant un long chapelet de reproches et d’accusations, et un fils tenu à l’écart. La mère se sent coupable. Le frère… la sœur, amour ou haine, chacun a sa version! La fille folle au point de faire du mal à sa propre mère ou le frère qui imagine un plan machiavélique pour se débarrasser de sa sœur et sauver sa mère. Le doute s’insinue…

Un huis-clos alternant les voix des trois personnages: la mère, la fille, le fils. C’est glaçant, malsain, et étouffant. Une histoire familiale diabolique!

Un style fluide et tranchant. Un roman qui se lit d’une traite. On regrette à la dernière page, qu’il ne soit pas un peu plus long. Une belle lecture!

Extraits

▪️Les autres sont devenus le miroir de ma disgrâce.

▪️La nuit nous montions sur les toits pour fumer et nous raconter notre vie, celle passée courte et sans intérêt et l’avenir large et profond comme la nuit qui s’étendait devant nos yeux.

▪️Et même si son amour n’était pas fait du même métal que le mien, elle m,aimait et cela me suffisait.

▪️L’amour rend aveugle, dit-on. La maternité est son aveuglement le plus total.

▪️On a tous nos casseroles, on ne peut pas changer le passé, ce qu’il faut maintenant c’est vivre avec, supporter et aller de l’avant.

Note: 4,5/5

The BookEdition.com, 2018, 174p.

Christian Bobin « La grande vie » [Extraits]

▪️Ceux qui nous sauvent de notre vie ne savent pas qu’ils nous sauvent. (épigraphe)

▪️Chère Marceline Desbordes-Valmore, vous m’avez pris le cœur à la gare du Nord. Il faisait froid. Il y avait tellement de monde, et en vérité personne. J’ai cherché un abri, un lieu humain. Je l’ai trouvé : le dos appuyé contre un pilier j’ai ouvert votre livre et j’ai lu votre poème « Rêve intermittent d’une nuit triste ». Je l’ai lu quatre fois de suite. Il n’y avait plus de foule, plus de froid. Il n’y avait plus que la lumière rose de votre chant – ce rose que Rimbaud vous a volé, entrant dans votre écriture comme un pilleur de tombe égyptienne. Qu’importe: vous revoilà. Intacte et régnante par votre cœur en torche. p.11

▪️Les livres agissent même quand ils sont fermés. Les voix… sont les fleurs de l’éternel mises dans notre bouche. p.12

▪️Chère Marceline Desbordes-Valmore vous m’avez pris le coeur à la gare du Nord et je ne sais quand vous me le rendrez. C’est une chose bien dangereuse que de lire. p.13

▪️ … mots de l’infini, des milliers de fleurs des champs accrochées à chaque arrondi de la phrase, traversant l’œil- de-bœuf d’une voyelle, jouant avec le fer forgé d’une consonne. p.18

▪️Ce que l’on appelle l’amour est indéchiffrable – un morceau de soleil oublié sur un mur, une compréhension du mal si fine que seul l’exprime un silence, un fantôme en robe bleue. p.19

▪️… le cœur ignore le temps. p.22

▪️Écrire l’inconsolable engendre une paix comme une lampe qui tourne et propose ses ombres chinoises à l’enfant au bord de s’endormir. p.23

▪️Ce que j’appelle réfléchir: je dévisse ma tête, je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade. A mon retour la tête s’est allumée. La promenade dure une heure ou un an. p.27

▪️Si je pouvais, je prendrais mes livres et je les secouerais par la fenêtre comme de vieux tapis: trop de poussière, trop de mots. p.35

▪️Les livres sont des gens étranges. Ils viennent nous prendre par la main et tout d’un coup nous voilà dans un autre monde. Un air ancien passe entre nos doigts. Des parfums dont les atomes avaient divorcé depuis des dizaines d’années. p.43

▪️… ce rayonnant désastre de l’amour. p.47

▪️Le livre que je tiens entre mes mains se met parfois à sourire. p.51

▪️Les livres sont des secrets échangés dans la nuit. p.56

▪️Les livres ne disparaîtront jamais. Il y aura toujours deux mains pour accueillir un peu de langage, quelqu’un pour s’éloigner de la tribu et recopier les écritures que font les étoiles dans le ciel. p.57

▪️Il y a des heures pour les livres comme pour l’amour. Des croisements d’étoiles qui se font ou ne se font pas. p.58

▪️J’aurai passé mes jours à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc. Ce n’est pas « vivre ». C’est beaucoup mieux. p.59

▪️Ah ne m’enlevez pas la poésie, elle m’est plus précieuse que la vie, elle est la vie même, révélée, sortie par deux mains d’or des eaux du néant, ruisselante au soleil. p.59

▪️Quand je n’écris pas c’est que quelque chose en moi ne participe plus à la conversation des étoiles. Les arbres, eux, sont toujours dans un nonchalant état d’alerte. Les arbres ou les bêtes ou les rivières. Les fleurs se hissent du menton jusqu’au soleil. Il n’y a pas une seule faut d’orthographe dans l’écriture de la nature. Rien à corriger dans le ralenti de l’épervier au zénith, dans les anecdotes colportées à bas bruit par les fleurs de la prairie, ou dans la main du vent agitant son théâtre d’ombre. A l’instant où j’écris, j’essaie de rejoindre tous ceux-là. p.80

▪️Le cœur est une chambre noire, le seul appareil photographique fiable. p.102

▪️La poésie c’est la grande vie. p.103

Christian Bobin « La grande vie » Folio, 106p. 2015

Marina Carrère d’Encausse « Une femme entre deux mondes »

Quatrième de couverture

C’est un mur entre deux mondes. D’un côté, la prison. De l’autre, la liberté. D’un côté, Valérie, écrivain, journaliste et maman comblée. De l’autre, Nathalie – Nathalie au noir passé. L’ombre et la lumière… Entre les deux femmes, une correspondance se noue bientôt. Puis, au fil des visites au parloir, une intimité qui fera vaciller le rempart des faux-semblants. Car, de chaque côté du mur, c’est la même peine qui hurle, le même secret tapi dans la mémoire des corps, les mêmes chaînes qu’il faudra, main dans la main, briser…

Mon avis

Une rencontre au cours d’une lecture dans une prison. Une correspondance se noue. Tout les oppose, mais elles s’attirent comme des aimants. Chacune a sa part d’ombre. L’écrivain, Valérie, vit un amour toxique, Nathalie, la détenue, a un passé très noir qu’elle ne veut pas dévoiler! Des secrets … la mémoire qui délivre les douleurs du passé.

Un livre qui se lit d’une traite, une jolie histoire. Une plume juste et sensible. On ne s’attend pas à un dénouement aussi bouleversant!

Extraits

▪️Les livres, leurs personnages, les histoires qu’ils racontent, c’est le moyen pour ces prisonnières de rêver, de s’échapper hors les murs.

▪️Ensuite, c’est d’écriture qu’il est question, de l’évasion que cela procure, de ce moyen de mettre des mots sur des sentiments, des situations…

Note: 3,5/5

Pocket, 2018, 208 p.

Marie Ferranti « Histoire d’un assassin »

Quatrième de couverture

Dominique Zincoli vit dans un village non loin de Bastia, en 1913, avec son épouse Teresa et son fils Petru. Il ne s’est jamais remis de la mort précoce de sa mère, Françoise, qui avait été rejetée de la famille par son père, le patriarche Jean Bonifazzi, pour être tombée amoureuse d’un paysan pauvre. Dominique a grandi dans la haine de son grand-père, qu’il juge responsable de la mort de Françoise, et dans la détestation de Marcus, son frère cadet, proche de Jean. Le roman s’ouvre sur une tragédie. Dans le village, on chuchote, on prend parti, les médisances et les rumeurs circulent…
Histoire d’un assassin décrit avec une ironie souvent cruelle les relations à l’intérieur d’une société villageoise minée par les jalousies, les mesquineries, les superstitions et les désirs inavoués. Un monde clos où les tyrannies secrètes sont exercées aussi bien par les hommes que par certaines femmes.

Mon avis

On savait qu’un jour il essaierait d’assasiner son grand-père!
Et ce jour arrive, Dominique tire sur son grand-père et sur son frère, Marcus. Vouant un amour immense à sa mère, Françoise, il a toujours détesté ce grand-père qui l’avait reniée et abandonnée. Mademoiselle de Guagno décide de le sauver d’une condamnation à mort. Elle transformera les victimes en coupables … grâce à son argent, à son influence… et aux ragots…

Un court roman au style épuré, pas un mot de trop. On ressent en lisant l’atmosphère de ce village corse, un monde particulier et mystérieux! Un livre qui se lit d’une traite.

Extraits

▪️La justice n’a rien à voir là-dedans! C’est toute la beauté de ce mystère.

▪️Pourtant, insister sur l’écart entre le roman et la réalité est troublant. Cela démontre la puissance de la fiction et sa capacité à dévoiler, par des vies détournées, la vérité profonde des événements et des êtres. (Épilogue)

Note: 4,5/5

Gallimard, 2018, 118p.

Jocelyne Desverchère « Première à éclairer la nuit »

Quatrième de couverture

« J’ai retrouvé cette image en noir et blanc, et je me demande ce que tu sais de moi. Et j’ai écrit ce récit, je crois qu’il en a été ainsi de nous. Peut-être ».

Mon avis

Un court roman qui raconte un amour. Il l’aime, elle est mariée. Un chassé-croisé amoureux, des mensonges et des secrets!

Une histoire délicate, poétique et pudique. Une écriture cinématographique, sobre et minimaliste.

Extraits

▪️J’ai griffonné rapidement ces mots dans un carnet, ce n’est pas un journal intime. C’est un carnet dans lequel je note des chansons que j’ai entendues, des noms de morceaux que j’apprendrai un jour, des lectures que je vais peut-être effectuer, le mardi et le jeudi soir. Je colle aussi les places de cinéma. J’aime bien faire ça. Comme ça en déroulant rapidement les feuilles du carnet, je vois les titres des films qui apparaissent les uns après les autres, et un film qui est le mien se met en place dans ma chambre. Je ne suis plus seul. Je me souviens de ces amants au clair de lune, des baisers dans les champs, la tablée au bord de la rivière, le visage de l’homme, le visage au vent, son visage plein de suie, ce bal populaire, des plumes au vent sur les chapeaux des moustiquaires au galop… J’ai envie de faire de beaux rêves.

▪️Promesse de vie à deux, deux alliés à la vie.

Note: 4/5

P.O.L, 2016, 140 p.

Florence Malmassari «Makoro »

Quatrième de couverture

« Si tu empiles vingt pommes, tu as à peu près la hauteur de Makoro. Elle a dix ans, ses jambes sont des baguettes, les muscles collent aux os, c’est une petite grenouille. Ses cheveux, ce sont des milliards de frisures de laine, on passe les doigts dedans, c’est doux et ça pétille, au-dessous, on sent la tête bien faite, bien ferme. » Makoro vient de Kissibougou, un village en brousse. A Bamako, dans un minuscule deux pièces, Ada sa tante l’accueille comme si c’était sa fille. On plonge alors dans la vie d’un quartier bouillonnant aux côtés de personnages pétulants : la vieille Niéba, Tiguidé-aux-belles-fesses, Touré le professeur, Inoussa le prodige, Abdoulaye-jus-à-bulles et petit Youssouf, qui nous entraînent dans un Mali vibrant, poétique et profond.

Mon avis

Elle a dix ans et n’est pas plus haute que vingt pommes. Elle s’appelle Makoro. Sa mère étant malade, elle quitte son village pour aller vivre chez sa tante, à Bamako…

Une nouvelle vie commence, faite de rencontres: que ce soit à l’école ou dans le quartier où elle habite…

Un roman qui parle de traditions, d’histoires ancestrales et de sagesse. Les personnages qui gravitent autour de Makoro sont à la fois touchants et d’une vivacité inouïe. Une histoire pleine de vie. Une écriture vivante, joyeuse et colorée. Une très jolie découverte.

Extraits

▪️La nuit, tout se tait. Même les étoiles sont muettes.

▪️La passion tourmente, et les vrais liens apaisent.

▪️Mais les mots, petite, c’est eux qui transportent. Sur les mots, on vibre d’espérance.

▪️À chaque homme son destin, il y a des routes longues et des routes plus courtes.

▪️Tu t’égares, quand tes oreilles s’ouvrent aux flatteries. Celui qui vaut la peine, ce n’est pas celui qui parle le plus.

▪️Si un homme se connaît et d’encre à son histoire, rien ne lui porte atteinte.

▪️Si tu crois que l’amour est un marchand de mirages, l’histoire d’Ada et Boubacar te recolle les rêves.

▪️Les contes te délivrent des indices et te donnent des signes. Tu les interprètes avec ton jugement propre.,Alors, les histoires fantastiques, c’est une façon de réfléchir, tu sors de ton vécu pour revenir à toi-même.

Note: 4/5

Ateliers Henry Dougier, 2018, 128 p.