ALEX RIVA « VOUS ALLEZ DIRE QUE ÇA NE ME REGARDE PAS »

Quatrième de couverture

Depuis le décès de Jeanne, son épouse, Pierre a fait du «Café Saint-Honoré» sa deuxième maison. Non content d’y observer les clients, ce psychiatre à la retraite aime prendre la liberté de leur apporter son assistance affective, comme il la qualifie, après les avoir abordés avec son habituel « vous allez dire que ça ne me regarde pas… ». Être à l’écoute, prodiguer des conseils, mettre des mots sur les maux, tel est son credo pour aider ceux qui retiennent son attention.Mais l’arrivée chez lui de sa petite-fille Léa, la rencontre avec Anna, une fausse inconnue, et la relation compliquée qu’il entretient avec Antoine, son fils cadet, vont mettre à mal son nouvel équilibre de vie.À force de se mêler de ce qui ne le regarde pas et de vouloir tout comprendre, Pierre va apprendre à ses dépens que la vie rattrape parfois ceux qui pensent bien la connaître… La découverte d’un carnet sera-t-elle la clé qui lui permettra de pousser les portes de sa propre histoire?

L’auteur

Alex Riva travaille à son compte dans le domaine de la communication. Elle aime analyser avec humour et lucidité les rapports entre les êtres humains. Après le succès de la trilogie « Les femmes formidables », ce quatrième roman amène le lecteur à se poser des questions essentielles pour éclairer sa propre vie.

Mon avis

Pierre, un psychiatre à la retraite fréquente le « Café Saint-Honoré ». Il est veuf et prodigue des conseils aux clients du café en commençant par cette petite phrase: « Je sais bien que ça ne me regarde pas ». « Une assistance affective » faite de bienveillance, d’écoute et de mots… En douceur, il aime aider ses semblables, que ce soit dans ce café parisien ou dans une association d’alphabétisation où il est bénévole.

Alors que sa petite-fille s’installe chez lui et mouvemente son quotidien, une découverte bouleversera sa vie et redessinera sa propre histoire. Des carnets…

Une histoire touchante, des personnages très attachants; dans leurs fragilités et leurs questionnements. Et des relations humaines faites de sentiments, d’émotions et de secrets.

Il y quelque chose de chaleureux et de bienveillant dans ce roman: un coup de coeur!

Extraits

▪️ »Pardonne-moi »

Pierre n’arrivait pas à détacher ses yeux de ces deux mots. Ces deux mots posés au bas de la lettre qu’il tenait entre ses mains. Désemparé et impuissant, il assistait à une réécriture de sa vie.

▪️On cherche tous à un moment ou un autre a réparer nos blessures du passé.

▪️Qui sait ce qui l’attendait? Mais vous allez me dire que ça ne nous regarde pas…

Note: 5/5

alexriva.fr, 2019, 312 p.

CLARISSE SABARD « LA VIE A PLUS D’IMAGINATION QUE NOUS »

Quatrième de couverture

Après sa récente rupture avec Clément, Léna redoute une nouvelle fois les vacances de Noël dans sa famille quelque peu agitée. Mais elle n’imaginait pas avoir affaire à un nouveau cataclysme! Cette fois, c’est son père qui fait des siennes: une semaine avant Noël, la voilà forcée d’aller le chercher à l’hôpital, car il a été ramassé ivre mort devant la grille du cimetière de Vallenot… Qu’est-ce qui lui a pris? Et pourquoi a-t-il rompu avec sa dernière conquête?

Et comme si cela ne suffisait pas, sa mère a décidé de la recaser avec Clément, Mamie Jacotte l’a inscrite en secret sur un site de rencontres et son oncle Xavier a invité un SDF pour les fêtes… Cette année encore, les vacances ne s’annoncent pas de tout repos.

Heureusement qu’il y aura la neige, le chocolat chaud, le marché de Noël et les traditionnelles décorations au programme!

«CLARISSE SABARD A LE POUVOIR D’ENFERMER LE LECTEUR DANS UNE BULLE DE BIEN-ÊTRE DONT ON A DU MAL À SORTIR.» Élodie, du blog « Au Chapitre »

L’auteur

Clarisse Sabard est née en 1984 dans une petite ville située en plein cœur du Berry. Après un bac littéraire, elle s’oriente vers le commerce. Un AVC la rattrape et elle décide de réaliser enfin son rêve: écrire. Passionnée de littérature et de voyages, elle vit aujourd’hui à Nice et se consacre à l’écriture.

Son premier roman « Les Lettres de Rose », a reçu le Prix du Livre Romantique 2016.

Elle est également l’auteure de « La Plage de la mariée », du « Jardin de l’oubli », de « Ceux qui voulaient voir la mer », ainsi que d’une première comédie de Noël, « La Vie est belle et drôle à la fois ».

Mon avis

« Les mots sont délicats à poser sur des blessures, et il arrive parfois qu’au lieu de les cicatriser, ils les rouvrent. »Quand elle rentre passer les vacances de Noël en famille, Léna ne s’imagine pas que celles-ci seront aussi mouvementées et agitées. Séparée depuis quelques mois de son amoureux, Clément, elle souffre encore de cette rupture. Et son père, dont l’existence est jalonnée de coups de théâtre, la préoccupe énormément… De rebondissement en rebondissement, de secret de famille en secret de famille, d’émotions en émotions, elle vivra une folle semaine auprès des siens et apprendra à laisser ses certitudes de côté. Un Noël plein de surprises et de révélations… Un livre qui réchauffe le cœur comme les fêtes de Noel réchauffent le coeur. La neige , le chocolat chaud , un sapin qu’on décore…, une famille… Une famille ses blessures et ses chagrins, ses secrets, ses révélations, ses problèmes… Des personnages bienveillants auxquels on s’attache. Un agréable moment de lecture.

Extraits

▪️Il n’y a rien de plus trompeur que les souvenirs. S’ils surviennent avec une apparence doucereuse, des centaines de griffes acérées se cachent sous leur surface. Elles sont là pour nous lacérer lentement le cœur en nous rappelant qu’il ne tenait qu’à nous de savourer ces instants à la beauté si parfaite.

▪️… même sous les nuages les plus sombres réside la lumière. Après les drames, il renaît toujours quelque chose de plus fort. L’espoir, l’amour, la vie dans toute sa splendeur.

▪️ La vie est un intarissable nid à emmerdes. Mais que veux-tu! Une fois qu’on est mère, c’est à vie.

▪️La vie a quand même un sens de l’humour parti- culier. Elle devrait s’écrire au crayon de papier pour qu’on puisse en gommer tous les ratés, ce serait bien moins compliqué.

▪️Les mots sont délicats à poser sur des blessures, et il arrive parfois qu’au lieu de les cicatriser, ils les rouvrent.

▪️La poésie, Catherine, ce n’est rien d’autre que des mots que l’on pose pour apaiser un peu le vacarme quand la vie devient trop facétieuse.

▪️Les blessures ont deux pouvoirs : nous détruire ou nous construire. C’est nous qui choisissons de les apprivoiser ou non. Même si cela ne se fait pas en un jour.

▪️À cet instant, je sais que la vie peut devenir une joie, si c’est ce que l’on décide d’en faire. Une joie contagieuse, une joie qui se donne, entière. Une joie dessinée par des cœurs bienveillants. Parce qu’au- delà des peines et des douleurs, la vie est belle et drôle à la fois.

Note: 5/5

Éditions Charleston, 2019, 304 p.

NATHALIE AFLALO « C’EST UNE CHANSON QUI NOUS RESSEMBLE »

Quatrième de couverture

Ça se passe à Paris et à Lyon, mais aussi à Göteborg, à Amsterdam, à Romans.

Ça se passe maintenant. Et il y a vingt-cinq ans.

Le tourbillon de la vie, des destins croisés.

Un roman choral où l’on fait la connaissance de Nathan, Charlotte, Raphaël, Valérie, Suzanne, Arnaud… et de plein d’autres personnages comme au cinéma .

Des enfants, un chien, et même un chat.

Des retrouvailles, des rencontres, des hasards, la quête de soi et du bonheur, de l’amour, de l’amitié, des choix, des déceptions, des chagrins, des rires, de la manipulation, du courage, des secondes chances, de la résilience, de la bonne bouffe, du vin, des plantes, du running, et du yoga.

Et beaucoup de musique…

L’auteur

Nathalie Aflalo est née et a grandi à Paris. Après avoir vécu mille vies, habité aux États-Unis et en Italie, dessiné et édité pendant près de 15 ans des tissus, elle a choisi de poser ses valises à Lyon avec ses trois filles et son chien. C’est une chanson qui nous ressemble est son premier roman.

Mon avis

Et vous que feriez-vous si votre premier amour réapparaissait dans votre vie? Oseriez-vous quitter la banquise pour le volcan?

Ils se sont aimés, ils se sont quittés, il y a longtemps!

Chacun a construit sa famille: un mari, une femme, des enfants.

Et puis un jour, ils se retrouvent! Et le destin fait bouger toutes les lignes d’horizon …

Un roman comme la vie! Des destins qui s’entrecroisent au rythme d’une chanson. Des rencontres, des retrouvailles. Les joies, les chagrins, les hésitations et les élans d’une génération. Des êtres qui se perdent parfois en route, mais restent toujours à la recherche du bonheur. Des êtres et des chansons qui nous ressemblent. Des personnages touchants et attachants. Et la musique qui donne l’atmosphère et le rythme au roman. Une très agréable lecture.

Extraits

▪️Il sortit le reste des bouquins qu’il avait pris chez sa grand-mère. Des livres de poche aux pages cornées, aux couvertures abîmées, dont les couleurs étaient fanées. Des trésors inestimables à ses yeux. Le papier était jauni, et ils avaient cette odeur particulière de moisi et de vieux qui l’emporta instantanément dans un voyage spatio-temporel.

▪️Peut-on se laver de sa tristesse ?

▪️Nathan avait toujours pensé que les hasards de la vie constituaient autant de clins d’œil du destin auxquels il fallait prêter attention.

▪️Mais souvent, le rire est seulement l’expression du bonheur de se trouver ensemble.

▪️Il retrouvait le bonheur des joutes verbales épistolaires avec Charlotte. Il avait oublié son sens de la repartie et éprouvait du plaisir à choisir les mots, à les polir comme des pierres précieuses, à se réapproprier ce goût de l’écriture qu’il affectionnait plus jeune, et qu’il avait petit à petit abandonné.

▪️Se détacher de tout. Sentir chaque pensée comme un wagon rattaché à d’autres. Rester sur le quai. Les regarder défiler. Pas de passé, ni de futur, la chaleur l’envahit, elle était ici et maintenant, ressentant une gratitude infinie pour la plus petite des particules qui l’entourait.

▪️En quoi consiste la différence entre être amoureux et aimer? Peut-être une forme de passion qui consume en détruisant tout sur son passage? Aimer, c’est s’inscrire dans la durée, c’est se sentir à sa place.

Nathalie Aflalo, 2019.

DOMINIQUE BARBÉRIS « UN DIMANCHE À VILLE-D’AVRAY »

Quatrième de couverture

« En fait, a murmuré ma sœur sans me regarder, j’ai pensé à quelqu’un. J’ai fait une rencontre, il y a des années, je ne te l’ai jamais dit ? Il m’est arrivé quelque chose. Une rencontre! Le mot est tombé bizarrement avec l’ombre. J’ai arrêté tout net de fredonner. Je me rappelais la formule de maman: « Va voir ce que ta sœur fabrique. » En réalité, sur certains points, Claire Marie me fait penser à ces canards qui ont l’air de glisser sur l’eau (un glissement d’objets immobiles) mais leurs pattes remuent sous la surface à toute allure. »

Deux soeurs se retrouvent à Ville-d’Avray, un dimanche alors que fléchit la lumière. L’une révèle à l’autre son errance avec un inconnu : une brève histoire, inquiète et trouble comme les eaux des étangs tout proches, mystérieuse et violente comme notre insatiable besoin de romanesque.

L’auteur

Dominique Barbéris est une romancière française. Elle enseigne à Sorbonne-Université et y anime des ateliers d’écriture. Son premier livre La Ville a été publié chez Arléa en 1996. Ses huit autres livres sont chez Gallimard : Les Kangourous a été adapté à l’écran en 2005 par Anne Fontaine sous le titre « Entre ses mains ». « Quelque chose à cacher » a eu le Prix des Deux Magots et le Prix de la Ville de Nantes en 2008. Et « L’Année de l’éducation sentimentale » le Prix Jean-Freustié / Fondation de France en 2018.

Mon avis

C’est la fin de l’été. Un dimanche de septembre, à la frontière entre l’automne et l’été. Deux soeurs s’installent dans le jardin d’un pavillon de Ville-d’Avray; les ombres, un certain malaise, un jus de fruit et des verres, une conversation, ou plutôt un aveu, un aveu dans un murmure: une rencontre quelques années plus tôt, une brève histoire curieuse et troublante …

Comme un vieux film en noir et blanc, ce livre évoque les souvenirs, la mélancolie des dimanches après-midi, les amours littéraires de la jeunesse, le hasard des rencontres, le besoin d’un peu de romanesque dans la vie. Une atmosphère traverse le roman: un peu Modiano, un peu Simenon. Une pépite!

Extraits

▪️Nous avions réclamé le livre et le lisions, le soir, au lit, la lumière éteinte, nous brodions sur le scénario, inventions des épisodes qui nous ravissaient et nous faisaient peur.

▪️C’est ainsi, la vie; on essayait de porter vaillamment ses rêves ou ceux des autres.

▪️… peut-être que cette tristesse , nous la partage tous, cette tristesse qu’on sent quand les choses ferment, quand elles finissent

▪️En fait, a murmuré ma sœur sans me regarder, j’ai pensé à quelqu’un. J’ai fait une rencontre, il y a des années, je ne te l’ai jamais dit ? Il m’est arrivé quelque chose. Une rencontre! Le mot est tombé bizarrement avec l’ombre. J’ai arrêté tout net de fredonner. Je me rappelais la formule de maman: « Va voir ce que ta sœur fabrique. » En réalité, sur certains points, Claire Marie me fait penser à ces canards qui ont l’air de glisser sur l’eau (un glissement d’objets immobiles) mais leurs pattes remuent sous la surface à toute allure.

▪️… l’arbre. J’ai pensé que nos souvenirs étaient comme lui, qu’ils avaient un tronc solide et caché dans l’ombre.

▪️Le hasard, ça n’existe pas tout à fait, … on peut aider; on a la liberté de choisir.

▪️Qu’est-ce qui lui restait à attendre? Qu’est-ce qui pouvait encore advenir? Simplement que les heures « la blessent », une à une? — voilà que me revenait d’on ne sait où, de très loin, cette vieille citation latine que monsieur Jumeau nous avait traduite; une devinette inscrite sur un cadran solaire romain: « Toutes blessent, la dernière tue ». Il avait expliqué que c’étaient les heures. Enfant, j’avais été frappée par cette image de blessure. À l’époque, je n’imaginais pas qu’une blessure puisse être purement intérieure . Ou plus exactement, je ne voyais pas le temps comme une blessure.Je me suis dit: Pourtant c’est vrai; pourtant c’est juste; c’est ce qu’elles ont fait; c’est ce que les heures font au bout du compte, elles le font même si vite!

Note: 5/5 💙💙

Première sélection du Prix Goncourt 2019 et Prix Goncourt des Lycéens 2019, Première sélection du Prix Fémina

Éditions Arléa (coll. La rencontre), 2019, 128p.

JEANNE-MARIE SAUVAGE-AVIT « CÉLESTE, FILLE DE PERLINE »

Quatrième de couverture

Saint-Étienne, 1945

À la libération, Céleste a vingt ans. Alors que les scènes d’épuration se multiplient partout en France, sa vie bascule brutalement dans l’horreur lorsqu’elle est accusée à tort de liens avec l’occupant allemand. Incapable de reprendre une vie normale auprès des siens, elle part s’installer à Lyon où elle fait bientôt la connaissance d’Alexander, un jeune G.I.

Par amour pour lui, elle deviendra une « épouse américaine », une de ces femmes qui vont traverser seules l’Atlantique vers une nouvelle famille, tandis que leurs maris continuent leur progression à travers l’Europe. Mais Céleste peut-elle devenir l’épouse soumise qu’on attend d’elle dans l’Illinois puritain des années quarante ou, à l’exemple de sa cousine Claire, exigera-t-elle davantage de la vie ? Une vie de femme libre ? 

Après le best-seller Cueilleuse de thé, Jeanne-Marie Sauvage-Avit revient à ses premières amours en nous offrant un magnifique destin de femme plongée en plein cœur de l’Histoire.

L’auteur

Professeure d’histoire et de géographie à la retraite, Jeanne-Marie Sauvage-Avit a vécu ses vingt premières années à Saint-Étienne. Installée désormais dans la région de Martigues, elle partage ses loisirs entre l’écriture, le jardin et les randonnées. Elle est l’auteure du best-seller Cueilleuse de thé, qui a remporté le Prix du Livre Romantique en 2017, et de Perline, Clémence, Lucille et les autres, lauréat du Prix Femme Actuelle.

Mon avis

Accusée à tort, Céleste subit l’humiliation, en ce 22 août 1944. Traumatisée, elle se réfugie à Lyon où elle rencontre un soldat américain, blessé.

Ils s’aiment. Ils se marient, et alors qu’il reste combattre en France, elle part seule, rejoindre sa nouvelle famille américaine de l’autre côté de l’Atlantique…

De beaux portraits de femmes qui rêvent d’indépendance. Des femmes fortes et volontaires. Des femmes qui cherchent leur chemin vers l’émancipation, la liberté, dans un monde qui change, mais qui parfois leur impose encore d’épouser tel ou tel mari. Ce monde qui les voit encore trop souvent prisonnières des conventions et de la bienséance.

Au cœur du roman, une belle histoire d’amour, comme un parcours semé d’embûches… Une jolie écriture.

Extraits

▪️Ils apprirent plus à se connaître par l’écriture qu’ils ne l’avaient fait en bavardant. L’écriture a quelque chose de magique; les sentiments s’y expriment sans fausse pudeur, les anecdotes révèlent les passions et les désirs, le mot ne se cache pas derrière un geste qui pourrait l’affaiblir.

▪️La lettre ne disait rien des émotions éprouvées par la jeune fille. Comment savoir si les yeux brillent ou si les lèvres tremblent quand on n’a que des mots à lire ?

▪️L’amour est une passion friable qui ne dure qu’un temps. Il ne faut pas regretter le sentiment qui s’éloigne mais passer à autre chose, la tendresse, l’estime ou l’amitié.

▪️… le temps était un implacable consommateur de rêves et de sentiments…

▪️La haine est un sentiment dangereux, disait-il. Elle ruine la vie de celui qui s’en repaît. » Et il ajoutait : « Tiens-toi à l’écart des gens haineux. Ils pourraient te détruire. »

▪️Il n’y a pas plus léger soulagement que celui qu’on éprouve quand on a dépassé ses peurs.

Note: 4/5

Éditions Charleston, 2019, 288p.

ANNIE ERNAUX « LE VRAI LIEU » (Entretiens avec Michelle Porte) [Extraits]

Quatrième de couverture

En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m’a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d’aujourd’hui, Cergy. J’évoquerais ma vie, l’écriture, le lien entre les deux. J’ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu – géographique, social – où l’on naît, et celui où l’on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l’arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés.

Extraits

⭐️ Dès que j’ai su lire, j’ai aimé lire d’une façon incroyable et puis, comme disaient mes parents « apprendre », sans complément d’objet, comme une disposition générale, un appétit insatiable. p.27

⭐️ Il y a tellement de choses dans l’écriture. Ce n’est pas intéressant de chercher d’où vient l’écriture, je ne crois pas. Ce qui est intéressant, c’est ce qu’on écrit. C’est devant soi l’écriture, toujours devant soi. p.32

⭐️ Plus que précieux, le livre était un objet sacré. Le sésame de tout, d’un accès à quelque chose de supérieur, d’important pour la vie et qui, pour cette raison, a ses yeux, pouvait s’avérer nuisible. p.49

⭐️ La lecture, c’était le lieu de l’imaginaire, là où je vivais de manière intense… p.52

⭐️ Je ne crois pas qu’on puisse écrire sans avoir lu beaucoup. En lisant, insensiblement, il apparaît comme possible de faire la même chose. p.52

⭐️ C’est une certitude pour moi que nous pouvons savoir qui nous avons été, quels sont nos désirs, aller plus loin dans notre propre histoire, en essayant de nous souvenir de tous les textes lus, mais aussi les films, tous les tableaux vus, en dehors même de leur valeur artistique. p.54

⭐️  Je ne suis pas une femme qui écrit, je suis quelqu’un qui écrit. p.57

⭐️ C’est un lieu, l’écriture, un lieu immatériel. Même si je ne suis pas dans l’écriture d’imagination, mais l’écriture de la mémoire, c’est aussi une façon de m’évader. D’être ailleurs. L’image qui me vient toujours pour l’écriture, c’est celle d’une immersion. De l’immersion dans une réalité qui n’est pas moi. Mais qui est passée par moi. p. 65

⭐️ Les souvenirs sont des choses. Les mots aussi sont des choses. Il faut que je les ressente comme des pierres, impossible à bouger sur la page, à un moment. Tant que je n’ai pas atteirnt cet état, cette matière du mot, de la phrase, ça ne me convient pas, c’est gratuit. tout cela relève de l’imaginaire, bien sûr, de l’imaginaire de l’écriture. Écrire, je le vois comme sortir des pierres du fonds d’une rivière. C’est ça. p.72

⭐️ J’ai cette certitude que les choses qui m’ont traversées ont traversé d’autres gens. ça me vient de la lecture, du fait que dans la littérature j’ai trouvé des choses pour moi. p.74

⭐️ Écrire, ce n’est pas laisser sa trace en tant que nom, en tant que personne. C’est laisser la trace d’un regard, d’un regard sur le monde. p.76

⭐️ C’est quoi, le style? C’est un accord entre sa voix à soi la plus profonde, indicible, et la langue, les ressources de la langue. C’est réussir à introduire dans la langue cette voix, faite de son enfance, de son histoire. p.76-77

⭐️ La littérature n’est pas la vie, elle est ou devrait être l’éclaircissement de l’opacité de la vie. p. 84

⭐️ Ouvrir un livre, c’est vraiment pousser une porte et se trouver dans un lieu où il va se passer des choses pour soi. C’est comme ça que je conçois la lecture, et s’il ne se passe rien pour moi, j’oublie très vite le lieu où le livre ne m’a pas emmenée finalement. p.88

⭐️ Écrire, c’est créer du temps. Celui où va entrer le lecteur. C’est silencieux, là où ça se passe. Quand on y pense c’est extraordinaire. p. 89

⭐️ Je crois que l’écriture ne peut pas se définir en termes de bonheur ou de malheur. Peut-être en une alternance de désespoir et de contentement. p.90

⭐️ Mais si on passe sept ans sur un livre, qu’on le termine, il y a quelque chose qui existe vraiment dans le monde en dehors de soi. Pour moi, c’est comme si j’avais bâti une maison. Où quelqu’un peut entrer, comme dans sa propre vie à lui. p. 91

⭐️ Je crois que je considère aussi l’écriture comme un don. Mais on ne sait pas ce qu’on donne, on ne sait pas. Ce que les autres vont prendre dans ce qu’on donne. Ils peuvent refuser aussi. p.97

⭐️La littérature peut rendre heureux. p. 106

Folio, 2018, 128 p.

DOMINIQUE JEZEGOU « LE SECRET DERRIÈRE LE MUR »

Quatrième de couverture

« Le secret derrière le mur » est une aventure du cœur et de l’esprit qui vous fera remonter le temps, de notre époque à celle des corsaires… Anne et Gil se rencontrent à Lisbonne, au Portugal et tombent follement amoureux l’un de l’autre. Ils s’installent tous deux au Pays basque et Anne découvre le destin incroyable de la famille de Gil, les Alméida, à la fois basques et portugais. Après qu’un drame terrible eut brisé leur union, Anne décide de retourner habiter au Croisic, avec leur fils Nicolas. Luttant contre son chagrin, elle décide de restaurer une vieille demeure sur la côte. En y découvrant une pièce murée, elle va faire ressurgir des évènements très anciens et peu à peu comprendre que, quelque chose d’unique la lie à cet endroit et à ceux qui l’ont fréquenté. En trois lieux et trois époques, cette histoire explore les sentiments, montre qu’ils peuvent transcender le temps, mais aussi comment, des êtres, malgré des périodes et des vies très différentes, ont finalement beaucoup en commun : la solitude, le chagrin lié à la disparition d’un être cher, la quête du bonheur. En réalité, une seule chose agit sur notre destinée à tous. L’amour.

L’auteur

Longtemps journaliste dans la presse écrite, Dominique Jézégou a notamment vécu et travaillé en Afrique ainsi qu’en Polynésie française. Après « Vin de Tahiti, jusqu’au bout du rêve », l’histoire d’un vignoble, publiée aux éditions Féret, elle poursuit son expérience littéraire avec son premier roman intitulé « Le secret derrière le mur ».

Mon avis

Une rencontre à Lisbonne, dans un musée, et c’est l’amour fou. Le Portugal, ses poètes, le fado, la saudade en toile de fond de cet amour qui se dessine …

Mais ses vacances se terminent, et elle rentre à Nantes. Lui se partage entre le Portugal et le Pays basque…

Le Pays Basque où il décident de s’installer et de construire leur vie. Mais, un jour, c’est le drame …

Une maison au Croisic, une demeure qui vous trouve…

Un livre comme un voyage dans le temps et dans l’espace où l’amour, le deuil, le courage de surmonter les épreuves se côtoient. Le parcours douloureux d’une femme qui lentement se reconstruira pour elle et pour son enfant. S’accordera-t-le droit de vivre à nouveau?

C’est aussi une histoire de corsaires, l’histoire d’un secret…

Et puis il y a l’amour pour les livres: Pessoa, Tabucchi , Saramago…

Des personnages bienveillants et touchants. Une écriture précise et délicate.

L’art de raconter une histoire, est totalement maîtrisé, dans ce roman. Une belle lecture.

Extraits

▪️« Peut-être, est-ce cette demeure qui m’a trouvée…

Elle était là au détour d’un chemin, surgissant derrière un bouquet d’arbres et je l’ai aimée tout de suite…

L’air sentait bon, le soleil dardait ses derniers rayons et la lumière était belle en cette fin d’après-midi. C’était l’heure que je préfère, ce court instant où le temps et l’espace semble se conjuguer, un vrai moment de paix où tout est suspendu.

L’heure douce, comme l’appelait mon bien-aimé…

▪️Voyager, c’est aussi prendre des leçons d’histoire.

▪️ … les livres qui s’accumulaient sur les rayonnages de leur bibliothèque. Celle ci penchait d’ailleurs dangereusement sous le poids de la quantité d’ouvrages qu’elle contenait. Indifférents à la distinction de styles et d’idées, les auteurs voisinaient. Certains ouvrages avaient du être lus à plusieurs reprises, car la reliure était fatiguée. Je constatais que Pessoa avait effectivement une large place. J’aimais ces bibliothèques qui révèlent la vraie nature de leur lecteur, plus passionné par le contenu que par le contenant.

▪️Les souvenirs deviennent précieux lorsqu’on sait qu’on ne reviendra pas en arrière.

▪️Les livres avaient toujours eu pour moi, un effet profondément rassurant. Je sentais, comme toute lectrice qui se reconnait, l’odeur familière des livres, du papier et de l’encre d’imprimerie.

▪️En rentrant, je m’assis sur le canapé et sortis de mon sac le livre découvert ce jour là. Je caressai sa tranche dorée et sa reliure de vieux cuir, décorée de mords et de nerfs dorés. Je fermai les yeux tout en humant son odeur au charme poussiéreux, celle que j’aimais chez les livres anciens et qui ne manquait pas d’ouvrir dans mon esprit, mille portes imaginaires.

▪️J’avais toujours aimé les livres aussi loin que je me souvienne. Enfant, j’étais déjà fascinée par leur odeur, puis par les images et les personnages. C’était des objets simples et élégants. Uniques. Je les ouvrais et ils révélaient des mondes inconnus. Ils me faisaient voyager. Plus tard, en grandissant, cette passion avait pris une autre dimension, j’avais découvert une autre pensée que la mienne. Le livre avait ainsi façonné ma conscience, enrichi ma sensibilité, ouvert mon esprit.

▪️On dit parfois que les livres sont des âmes fortes.

▪️La correspondance passée est toujours très intéressante. C’est pour moi comme un véritable laboratoire intérieur. Les épistoliers en sont rarement conscients, mais ils nous éclairent en profondeur sur leur espace intérieur, mais aussi sur l’époque, le contexte et l’histoire.

▪️Pour l’avoir expérimenté jeune, je savais que lorsqu’on a commencé, le bonheur de découvrir des histoires, ne cesse jamais.

▪️Je ne crois pas non plus au hasard, je crois plutôt à une coïncidence pleine de sens qui dirige la destinée.

▪️… des livres. Je réalisai qu’ils avaient toujours été de solides compagnons dont j’avais recherché la proximité dans les moments les plus complexes de ma vie. J’éprouvais donc un certain plaisir à ouvrir chaque jour la porte du magasin, à longer les rangées de livres, à caresser du bout des doigts les reliures, à découvrir les couvertures, à tourner les pages … A eux seuls, ils m’offraient des voyages immobiles.

▪️… tout ce, à quoi nous tenons, est fragile. Combien nos existences sont fragiles. Comme du cristal. Tout peut se briser. En un instant.

▪️Lorsque nous nous plongeons dans notre histoire familiale, bien plus souvent qu’on ne croit, la petite et la grande histoire se confondent, jusqu’à faire émerger, des secrets, des souvenirs lointains, refoulés, avec leur héritage de blessures et de chagrins. J’avais plongé très profondément dans ce passé inconnu, j’étais allée bien plus loin que je ne l’aurais imaginé. Sans doute fallait il creuser encore davantage pour avoir toutes les réponses.

▪️les mots s’effacent pour toujours, si on ne les prononce pas, au bon moment.

▪️Penchée sur le livre, je restai plusieurs minutes à fixer les mots. Si nous pensions comme ce violoncelliste, en combien de secondes se résumerait notre existence?

▪️j’ai découvert que dans ce qui nous lie les uns aux autres, les frontières n’existent pas, elles peuvent être repoussées toujours plus loin. L’amour est infini. Et quand tout s’achève ici bas, en réalité tout commence, car il reste l’éternité.

Note: 4,5/5

5 sens Éditions, 2019, 544 p.