Un jour, une citation: Yves Simon

Le livre et les mains, le livre et les yeux. On feuillette, on lit, le livre passe de mains en mains. Pas de Technicolor, malgré le progrès technique, le roman demeure en noir et blanc, les couleurs du deuil. Portant que de vie et d’exubérance dans ces pages lues, la lumière des villes toscanes, la neige de New-York, comme celle de Kyoto, les cités et la lande, les poneys irlandais, Le « Ville de Montereau, prêt à partir, qui fume à gros bouillons devant le quai Saint-Bernard »(début de « L’Education sentimentale  » ) , quartiers gris de la Mitteleuropa chez Musil et leurs autos filant « dans la clarté d’avenues sans profondeur « , un brouillard urbain qui s’illumine autour de cafés tristes et de leurs tables en Formica, une buée qui s’échappe d’un baiser donné auprès d’une ambassade où flotte un drapeau rouge et or…

Dans le métro, les trains de banlieue, les trains à grande vitesse, des livres sont ouverts entre des mains rugueuses ou manucurées, qu’il neige ou s’unir vente, les yeux s’écrivent à ce qui n’est pas un paysage défilant au travers d’une vitre, mais le spectacle du monde, l’anatomie des sentiments, les écorchés de la vie, la passion, la faute. Qui n’a pas de regrets?

Je voudrais les avoir conservé s tout auprès de moi comme des anges tutélaires, mes protecteurs, des visiteurs attentifs qui m’ont tout enseigné de mondes qui n’étaient pas le mien. Yves Simon « Épreuve d’artiste (dictionnaire intime » Calmann-Lévy, p.200-201

(Photo: Galerie Bortier, Bruxelles)

Un jour, une citation: Victor Hugo

🇫🇷 Il y a quelques années qu’en visitant, ou, pour mieux dire, en furetant Notre-Dame, l’auteur de ce livre trouva, dans un recoin obscur de l’une des tours ce mot, gravé à la main sur le mur :

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Ces majuscules grecques, noires de vétusté et assez profondément entaillées dans la pierre, je ne sais quels signes propres à la calligraphie gothique empreints dans leurs formes et dans leurs attitudes, comme pour révéler que c’était une main du moyen âge qui les avait écrites là, surtout le sens lugubre et fatal qu’elles renferment, frappèrent vivement l’auteur.

Il se demanda, il chercha à deviner quelle pouvait être l’âme en peine qui n’avait pas voulu quitter ce monde sans laisser ce stigmate de crime ou de malheur au front de la vieille église.

Depuis, on a badigeonné ou gratté (je ne sais plus lequel) le mur, et l’inscription a disparu. Car c’est ainsi qu’on agit depuis tantôt deux cents ans avec les merveilleuses églises du moyen âge. Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors. Le prêtre les badigeonne, l’architecte les gratte, puis le peuple survient, qui les démolit.

Ainsi, hormis le fragile souvenir que lui consacre ici l’auteur de ce livre, il ne reste plus rien aujourd’hui du mot mystérieux gravé dans la sombre tour de Notre-Dame, rien de la destinée inconnue qu’il résumait si mélancoliquement. L’homme qui a écrit ce mot sur ce mur s’est effacé, il y a plusieurs siècles, du milieu des générations, le mot s’est à son tour effacé du mur de l’église, l’église elle-même s’effacera bientôt peut-être de la terre.

C’est sur ce mot qu’on a fait ce livre. Février 1831. Victor Hugo « Notre-Dame de Paris »

🇮🇹 Alcuni anni or sono, visitando, o per meglio dire rovistando all’interno di Notre- Dame, l’autore di questo libro trovò in un recesso oscuro di una delle torri, questa parola incisa a mano sul muro:

ANAГKH

Queste maiuscole greche, annerite dal tempo e scolpite piuttosto profondamente nella pietra, un non so che nei tratti tipici della grafia gotica presente nella forma e nella disposizione, quasi ad indicare che era stata una mano medievale a scriverle là, ma soprattutto il senso lugubre e fatale che esse racchiudono, colpirono vivamente l’autore.

Egli si chiese, cercò di indovinare quale potesse essere stata quell’anima in pena che non aveva voluto abbandonare questo mondo senza lasciare un simile marchio di crimine o di sventura in fronte alla vecchia chiesa.

In seguito, il muro (non so più quale) è stato imbiancato o raschiato e l’iscrizione è scomparsa. Perché è così che si trattano da circa duecento anni in qua le meravigliose chiese del Medio Evo. Le mutilazioni sono loro inflitte da ogni parte, dal didentro come dal difuori. Il prete le imbianca, l’architetto le raschia, poi sopraggiunge il popolo che le demolisce.

Così, tranne il fragile ricordo che le dedica qui l’autore di questo libro, non rimane più niente oggi di questa parola misteriosa incisa nella oscura torre di Notre-Dame, niente dell’ignoto destino che essa riassumeva così malinconicamente.

Già da parecchi secoli, l’uomo che ha scritto questa parola su quel muro è scomparso dal novero delle generazioni, la parola, a sua volta, è scomparsa dal muro della chiesa, forse la chiesa stessa scomparirà ben presto dalla faccia della terra.

Proprio su quella parola si è fatto questo libro. Victor Hugo « Notre-Dame de Paris »

(Notre-Dame, il y a seulement quelques semaines)

Un jour, une citation: Philippe Val

Quand tout allait mal pendant la journée, il se disait: ce soir, je vais retrouver mon livre. Il lisait avec délices. Ouvrir un livre, c’était briser toutes les chaînes de la journée. C’était voler librement dans l’univers. C’était avoir rendez-vous avec lui-même dans la réalité imprimée. Philippe Val « Tu finiras clochard comme ton Zola »

(Photo: Cook and Book, place du temps libre, 1, 1200 Bruxelles)