Un jour, une citation: Christian Bobin

🇫🇷 Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent c’est pour toujours, des portes s’ouvrent que l’on ne soupçonnait pas, on entre et on ne reviendra plus en arrière. Christian Bobin « La plus que vive »

🇮🇹 Pochi libri cambiano una vita. Quando la cambiano è per sempre, si aprono porte che non si immaginavano, si entra e non si torna più indietro. Christian Bobin « Più viva che mai. Una storia d’amore dura per sempre »

(Boekhandel Dominicanen, Dominicanerkerkstraat, 1, Maastricht)

Un jour, une citation: Colette

🇫🇷 Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme… Je veux sourire à tous les visages aimables, et m’écarter des gens laids… Je veux chérir qui m’aime et lui donner tout ce qui est à moi dans le monde : mon corps rebelle au partage, mon cœur si doux et ma liberté! Colette « Les vrilles de la vigne »

🇮🇹 Voglio scrivere libri tristi e casti pieni solo di paesaggi, fiori, sofferenze, orgoglio, del candore di bestie affascinanti timorose dell’uomo… Voglio sorridere a visi affascinanti, e staccarmi dalla gente brutta, sporca e puzzolente. Voglio amare l’urologue chi mi ama e dargli tutto ciò che possego al mondo: il mio corpo ribelle al destino, il mio cuore tenero, la mia libertà! Colette « Viticci  »

(Photo: Librairie Mot Passant, Avenue de Jette, 300, 1090 Bruxelles)

Un jour, une citation: Eric de Kermel

J’aime les livres.

J’aime tous les livres!

Les tout petits, écrits d’un seul geste, comme les très grands qui sont l’œuvre de toute une vie; les vieux avec leur reliure en lambeaux, mais aussi ceux qui, tout juste sortis de chez l’éditeur, fanfaronnent avec leur belle bande rouge.

J’aime les livres qui racontent de grandes histoires romanesques à vous tirer les larmes, mais j’ai aussi un grand plaisir à me laisser prendre dans les déambulations intellectuelles et savantes des essais qui me procurent le sentiment d’être plus intelligente.

J’aime les livres d’art qui font entrer dans les maisons les tableaux du Louvre ou du Prado, ou les images dépaysantes venues des cinq continents. Combien serions-nous à ne rien connaître de ces merveilles s’il n’y avait ces livres?

J’aime la tranche des livres. Lorsqu’ils sont rangés dans les rayons, on les regarde avec la tête légèrement inclinée, comme si nous les respections avant même de les avoir ouverts.

J’aime le papier. Comment parler du papier au singulier. J’aime les papiers des pages qui se tournent, et dont parfois on se détourne. S’il est bien choisi, un papier consomme avec les mots, et les pages défilent avec gourmandise. Quand il dissone, il peut provoquer l’abandon du lecteur, irrité par un faux accord.

Un papier trop blanc ne convient pas à une histoire d’amour car l’amour n’est jamais tout blanc; il jaunit légèrement avec le temps, prend les traces des heurts et des caresses comme les draps d’un lit après une étreinte.

Un papier gaufré donne de la profondeur aux mots. Ils s’y impriment et s’installent confortablement dans l’épaisseur des fibres, tel un chat sur les coussins d’un canapé.

J’aime aussi les mots sur les pages. Je ne parle pas du sens des mots, mais du rythme que produit le mouvement du gris. Entre chaque mot, un espace toujours égal garantit une distance de courtoisie qui permet à chacun de ne pas marcher sur les pieds de son voisin et de respirer à sa guise. Si nous étions comme les mots sur une page, je suis certaine que la bienveillance trouverait davantage de place pour s’épanouir. Eric de Kermel « La librairie de la place aux herbes »

(Photo: Bouquinerie Thomas, rue Froissart, 13, 1040 Bruxelles)

Un jour, une citation: Victor Hugo

🇫🇷 Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

De venir dans ma chambre un peu chaque matin;

Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;

Elle entrait et disait: «Bonjour mon père»;

Prenait ma plume, ouvrait mes livres s’asseyait

Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,

Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.

Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,

Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,

Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent

Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,

Et mainte page blanche entre ses mains froissée

Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.

Victor Hugo « Les contemplations »

🇮🇹 Lei aveva l’abitudine quando era una bambina

di venire un po’ nella mia camera ogni mattina.

Io la attendevo così come un raggio di sole in cui si spera;

Lei entrava e diceva: Buongiorno, mio piccolo papà!

Prendeva la mia piuma, apriva i miei libri, si sedeva

sul mio letto, disordinava le mie carte, e rideva

poi improvvisamente se ne andava come un uccello che passa.

Allora io riprendevo, con la testa un po’ meno stanca,

la mia opera interrotta, e immerso nella scrittura,

tra i manoscritti ritrovavo spesso

qualche schizzo che lei aveva disegnato,

e varie pagine bianche sgualcite dalle sue mani

dove, non so come, mi uscivano i più dolci versi.

Victor Hugo « Le contemplazioni »

(Librairie Am Stram Gram, 1 rue Général Mac Arthur. 1180 Bruxelles (Uccle)

Un jour, une citation: Franck Thilliez

La lecture a ceci de magique qu’elle permet de remonter le temps. Rien ne vous empêche, alors que vous approchez de la fin d’un livre, de relire les premiers chapitres et de retrouver ainsi les personnages tels qu’ils étaient une heure, un mois ou des années auparavant. La réalité est malheureusement toute différente. Ce qui est passé est passé. Normalement… Franck Thilliez « L’anneau de Moebius »

(Photo: Librairie Au vieux quartier, rue de La Croix, 30, 5000 Namur)

Un jour, une citation: Michelle Richmond

… pour qu’un livre soit vraiment bon, il ne suffisait pas de développer les personnages secondaires aussi devaient être bien croqués. Lorsque le lecteur referme un livre, il ne doit pas seulement se souvenir du protagoniste et de l’antagoniste, mais aussi de tous ceux qui traversent l’histoire… Parce que la vie est faite de ça … Elle n’est pas uniquement constituée de personnages principaux et de grands événements. Mais de tout un chacun, de toute chose, dans les interstices. Michelle Richmond « Le carnet de la mathématicienne  »

(Photo: Daunt Books, Marylebone High St, 84, Marylebone, Londres)