Un jour, une citation: Jorge Luis Borges

🇫🇷 Un livre est une chose parmi les choses, un volume parmi les volumes qui peuplent l’univers indifféremment, jusqu’à ce qu’il trouve son lecteur, l’homme destiné à recevoir ses symboles. C’est alors que survient cette émotion singulière que l’on nomme beauté, ce beau mystère, que ne peuvent déchiffrer ni la psychologie, ni la rhétorique. « La rose est sans pourquoi » a dit Angelus Silesius… Jorge Luis Borges « Le livre des préfaces » suivi de « Essai autobiographique »

🇮🇹 Un libro è una cosa dentro le cose, un volume perso nei volumi che popolano l’indifferente universo, fino a che si imbatte nel suo lettore, nell’uomo destinato ai suoi simboli. Accade allora, la singolare emozione chiamata bellezza, questo stupendo mistero che non viene decifrato né dalla psicologia né dalla retorica. “La rosa è senza perché”, disse Angelus Silesius… Jorge Luis Borges « Prologhi »

(Photo: Librairie Nijinski, Ixelles)

Un jour, une citation: Federico Garcia Lorca

… Le rideau se lève. L’âme du livre va être jugée. Les yeux du lecteur sont deux petits génies qui cherchent les fleurs spirituelles pour les offrir à ses pensées. Tout livre est un jardin. Heureux celui qui sait le cultiver et bienheureux celui qui en coupe les roses pour en nourrir son âme! … Les lampes de l’imagination s’allument en recevant le baume parfumé de l’émotion. Le rideau se lève. Federico García Lorca «Impressions et paysages et proses diverses»

(Photo: Cook and Book, place du temps libre, 1, 1200 Bruxelles)

Un jour, une citation: Edward Bunker

🇫🇷 … chaque nouveau livre était un prisme qui venait réfléchir la variété infinie des vérités de l’expérience. Certains agissaient comme des télescopes; d’autres comme des microscopes Edward Bunker « La bête contre les murs »

🇮🇹 … ciascun libro era un prisma che rifrangeva le verità infinitamente variegate dell’esperienza. Alcuni erano telescopi, altri microscopi. Edward Bunker « Animal Factory »

(Photo: Bouquinerie, Ixelles)

Un jour, une citation: Jules Renard

🇫🇷 On entre dans un livre comme dans un wagon, avec des coups d’oeil en arrière, des hésitations, l’ennui de changer de lieu et d’idée. Quel sera le voyage? Que sera le livre? Jules Renard « Journal » –  15 février 1890, p.42

🇮🇹 Si entra in un libro come in un treno, con qualche occhiatina dietro, con qualche esitazione e con la noia di cambiare luogo e idee. Come andrà il viaggio? Come sarà il libro? Jules Renard « Diario » – 15 febbraio 1890

(Photo: Cook and Book, Place du temps libre, 1, 1200 Bruxelles)

Un jour, une citation: Marcel Proust

🇫🇷 Puis la dernière page était lue, le livre était fini. Il fallait arrêter la course éperdue des yeux et de la voix qui suivait sans bruit, s’arrêtant seulement pour reprendre haleine, dans un soupir profond. Alors, afin de donner aux tumultes depuis trop longtemps déchaînés en moi pour pouvoir se calmer ainsi d’autres mouvements à diriger, je me levais, je me mettais à marcher le long de mon lit, les yeux encore fixés à quelque point qu’on aurait vainement cherché dans la chambre ou dehors, car il n’était situé qu’à une distance d’âme, une de ces distances qui ne se mesurent pas par mètres et par lieues, comme les autres, et qu’il est d’ailleurs impossible de confondre avec elles quand on regarde les yeux « lointains » de ceux qui pensent « à autre chose ». Alors, quoi? ce livre, ce n’était que cela? Ces êtres à qui on avait donné plus de son attention et de sa tendresse qu’aux gens de la vie, n’osant pas toujours avouer à quel point on les aimait, et même quand nos parents nous trouvaient en train de lire et avaient l’air de sourire de notre émotion, fermant le livre, avec une indifférence affectée ou un ennui feint; ces gens pour qui on avait haleté et sangloté, on ne les verrait plus jamais, on ne saurait plus rien d’eux. Marcel Proust « Sur la lecture »

🇮🇹 Poi, letta l’ultima pagina, il libro era finito. Bisognava fermare la corsa a perdifiato degli occhi e della voce che li seguiva in silenzio, interrompendosi solo per riprendere slancio, con un sospiro profondo. Allora per dare al tumulto, che da troppo tempo infuriava in me per potersi calmare cosi, altri moti da dirigere, mi alzavo, mi mettevo a camminare lungo il letto, gli occhi ancora fissi su un punto che invano si sarebbe cercato dentro la stanza o fuori , perché si trovava a una distanza d’anima, una di quelle distanze che non si misurano in metri o in leghe, come le altre, e che del resto è impossibile confondere con esse quando si guardano gli occhi « distanti » di chi pensa « ad altro ». E allora? era tutto lì, il libro? Quelle creature a cui si era concessa più attenzione e tenerezza che alle persone della vita, non sempre osando confessare fino a che punto le si amava e addirittura, quando i nostri genitori ci trovavano immersi nella lettura e avevano l’aria di sorridere della nostra emozione, chiudendo il libro con ostentata indifferenza o finta noia; quelle persone per cui avevamo trattenuto il fiato e pianto, non le avremmo mai più riviste, non avremmo più saputo nulla di loro. Marcel Proust « Il piacere della lettura »

(Photo: Tulibris, Rue de la Tulipe, 25, 1050 Ixelles)